‹ Ossian poésies galliques en vers françaisChapitre 18 sur 38 · FRAGMENT DU POEME DE FINGAL · texte numérisé non relu

FRAGMENT DU POEME DE FINGAL

Ma t V I 3 t a.

Li’ÉTOiT.k voix d’ Oscar... rarement dans an sont^e

Son Ombre vient me consoler...

Je lui parlois... Le jour détruit ce doux mensonge, Et-j« sens que mon ame est prête à s’envoler.

Le fantôme A'Oscar remonte dans sa nue ;

Sa robe de vapeurs, flottante au gré des vents,

Sons les feux du ^leil resplendit à ma vue ,

Et l’or de l’étranger briUe en ses plis mouvants.

Tu vis, mon cher Oscar ^ dans ce cœur qui t’adore : Mes larmes coulent dans la nuit,

Mes larmes coulent à l’aurore,

Mes larmes, quand le jour s’enfuit.

Demandent à coulér encore.

Hélas! comme un jeune arbrisseau Qu’un zéphyr matinal balance Sur l’onde pure du ruisseau,

•Te flcurissois en ta présence.

Le souffle brûlant de la mort

lO.

Tout m’iniportune, tout m’afflige.

O s s 1 A ir.

Ta voix s’est fait entendre à mon cœur agité :

Oui , le cœur dn vieillard répond à ta tendresse. Quand notre ame est en paix, il est dans la tristesse Une secrete et douce volupté ;

Mais un chagrin profond lentement nous xmnsnme. O ma fille! des maux^ que souffre m beauté.

Puissent mes chants adoucir l’amertume !

Nous goûtions dans iSe/wales charmes du repos : Autour d’un chêne en feu nous écoutions mon pere Racontant les combats des antiques héros ;

Et près de lui Fillan, mon jeune frere, PonsSoit, à ce récit, de belliqueux'sangïots :

Mon fils , lui dit le roi, j’aime ta noble audace ;

J’ai vu briller ta lance, et ton pere joyeux S’est enorgueilli de sa race ;

Sois régal de Tremnor, ce chef de nos aïeux ,

Dès son enfance instruit à la victoire ;

POESIES

A desséché mon verd feuillage :

Mes compagnes plaignent mon sort Et les ennuis de mon veuvage :

En vain pour réjouir mon coeur Leur main sur la harpe voltige...

Ces accords blessent ma douleur; -

ii9

Son glaive renommé veilla sur nos climats ;

Il s’éteignit enfin dans les combats ;

Mais la harpe gnerriere éternise sa gloire.

J'avois ton âge et presque ta beauté Quand à mes yeux, plus fraîche que l’aurore.

Plus blanche que le cygne an plumage argenté.

On le lis embaumé que Morven voit éclore,

Pour la première fois s’offrit Evélina:

Je traversois la forêt de Co/ta;

Quelques braves suivoieut ton pere:

Uu cri plaintif, parti de la bruyère.

Glace mon cœur de surprise et d’effroi;

Nous approchons: Evélina tremblantç Mc reconnoît, et s’avance vers moi;

Sa chevelure, au gré des vents errante,

, Voile à demi son sein mouillé de pleurs.

<• Fille de la beauté, d’où naissent tes douleurs?

U Quel dessein te conduit dans ce bois solitaire « Instruis Fin gai de tes malheurs;

> Il est pour l’infortune un astre tutélaire.

— «'Chef des combats, toi que Morven révéré,

« Toi dont le Barde a consacré le nom , '

« D'un roi puissant à qui je fus bien chere - « Tu vois en moi le dernier rejeton :

« Mille guerriers brùleréht pour mes chanues ,

POESIES

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a Et les rochers du sourcilleux Croma <c Plus d'une fois virent couler leurs larmes ; <• Le noir Bolbar m’apperçut et m'aima ; d A fuir de mon palais son amour m’a contrainte.

— « Qu’il vienne ce sombre guerrier ;

« Fille de l’océan,, repose-toi sans crainte d A l’abri de mon bouclier, x

Sur les mers , à ces mots , je prqmene ma vue ; Bientôt dans le lointain, comme une épaisse nue. S'avance de Bolbar l’esquif audacieux;

Le vent du nord mugit dans sa voile étcNudue,

Et Son poids ouvre au loin un sillon écumeux : Noble étranger, enfant de la tempête.

Dis -je à Bolbar^ Selma brille de feux;

De mon retour on prépare la fête :

Viens écouter nos chants, et t’asseoir à nos jeux.

, Le traître me répond par un affreux sourire ;

11 bande l’arc fatal .... le -^ait siffle .... soudain

Evèlina chancelle, tombe, expire

O Applaudis-toi du sang qu’a répandu ta main ;

R II est aisé d’immoler une femme,:

it Mais 1 e bras de F ingai sait punir l’assassin. *

Nous combattons; la rage qui m’enflamme En ma faveur fait pencher le destin ;

Bolbar 'vaincri ronle flans la poussière:

ose m’adresser nne lâche prière;

Mais sans pitié je lui perce le sein;

Et de son corps , gisant sur la bruyere , L’aigle des monts vient repaître sa faim. '

LATHMON.

SUJET

Lathmon, fils de Nuath, prince breton, profita de l’absence de Fingal, quietoiten Irlande ,, pour faire une descente dans le pays de Uforven. Il s avança jusqu’à la vue du palais de Sdfnn. Mais comme il etoiC sur le point de l’assiéger arriva : Lathmon se

retira sur une colline, où il fut surpris pendant la nuit, et fait prisonnier par Ossian et par Gaul , fils de Morni. Le poème commence au moment où Fingal paroît sur la côte. '

O Selma, 'dans tes murs quelle effrayante paix! Aucun son de tes bois ne trouble le silence ;

En des clima ts lointains Fingal le ve sa lance ,

Et le deuil et la crainte habitent son palais '

Les filles de Morven ont devancé l’aurore ;

Leurs yeux mouillés de pleurs s’égarent sur les eaux.... Mais le fils de Comhal ne paroît point encore,

Le vent du nord mugit, et retient ses vaisseaux.

Quel estee noir torrenfqni descend des montagnes Et roule avec fracas ses flots tumultueux?

C’est Lathmon; son armée inonde nos campagnes, Et porte vers Selma ses pas impétueux : '

Ivre d’un fol espoir, il s’arme pour abattre L’orgueil de ce palais connu des nations :

Les braves sont absents ; contre ces bataillons Les vierges de Sèlma doivent-elles combattre?

Fuis, superbe étranger, fuis.... sur les flots lointains "^ois-tu se déployer nos voiles ondoyantes?

T in gai, vainqueur des flots, des venj:s, et des destins, Eamene sur n<Ts bords ses cohortes vaillantes.

Nous entrons dans la baie: Ossian furieux - ■' Monte sur la colline, et son œil intrépide •

Voit rouler dans la plaine une foule homicide : Trois fois son bouclier rend un son belliqueux;

A ce son imprévu la biche épouvantée S’enfuit, en bondissant , vers sa grotte écartée ; L’ennemi m’envisage , et mon aspect fatal Du péril qui l’attend est pour lui le signal ;

Je parois à ses yeux comme un soi^bre nuage Qui pese sur les airs et recele l’orage^

Assis en ce mom'ent près du ruisseau Joyeux,

Et le front appuyé sur un bâton 'noueux,

Wlorni s’entretenoit des batailles antiques. - *

son fils, écontoit ses récits héroïques ; .

Ils charment son oreille, et remplissent son c<Jctir D’un mélange nouveau de respect et d’ardeur;

lao ■

POESIES

Souvent, dans les transports de son jeune courage ,

Il se leve, et ses mains font voler le fenillagc;

Mais le vieillard entend le son dn bouclier;

Son aine rcconnoît ce signal meurtrier :

« Mon fils, dit-il à Caul-, la guerre se réveille,

•t Et des accents de mort ont frappé mon oreille.

« Fi/igal est de retour: va, cours, apporte-moi « Ces armes qui jadis semoient par-tout l’effroi, et Ces armes, monuments des jours de ma puissance;

« Et toi , mon jeune fils , toi , ma seule espérance ,

<1 Oui du nom paternel dois soutenir l'éclat,

« Prends une ariuni;e , et vole à ton premier combat.

« Morni fut des guerriers et la gloire et l’exemple,

« Aussi, vois de quel œil sa tribnlc contemple! tt De riia vieillesse au loin les pas sont honorés :

Il Je m’avance ; d’amour, de respect pénétrés,

n Tons les jeunes héros autour de moi s’empressent “ A mes cheveux blanchis leurs hommages s’adressent, « Et chacun de ton uere attend un seul regard. »

Gaul s’éloigne et revient : le débile vieillard S’est revêtu d'acier; mais sa main défaillante ' Succombe sous le poids de sa lance brillante :

11 marche vers Fingal ; Gaul lui prête son bras.

Et , guide vigilant, conduit ses foibles pas.

B ’ O s s 1 A N. lai .

Mon pere à leur aspect laisse éclater sa joie :

« Noble chef de Strumon^ faut-il que je te Toie

• Courbé sous l'appareil d’uu guerrier menaçant?

R Tu brillois autrefois comme nu astre naissant

< Qui chasse les brouillards flottants sur mes collines ,

■ Et dore d’un feu pur les campagnes voisines.

« Le moment du repos est arrivé ponr toi ; . . ■)

• Ton peuple te bénit; conserve -lui son roi:

R Cependant, bon vieillard, je rends grâce à ton zele :

« C’est assez de F ingai pour punir un rebelle.

— « Roi de Morven^ mon bras a perdu sa vigueur;

■ Si , par fois rappelant mon antique valeur ,

■ Je veux de son fourreau retirer mon épée ,

« Elle résiste , hélas ! à ma force trompée ;

a Mais, 7'V/zg'o/, pour mon fils elle brille aujourd’hui;

R A son premier combat il a besoin d'appui ;

R Je l’ai vu s’enflammer an récit de ma gloire :

R Ah! du nom de Morni périsse la mémoire!

R Et puisse l’ennemi, de .ma vue alarmé,

R Dire, T oilà de Gau/ le pere renommé !

— R Roi de Strumon, ton fils mérite ma tendresse; R Fingal d'un bouclier couvrira sa jeunesse ;

R Toi, tranquille à Selma^ loin des combats sanglants^.

POESIES

« Tiens goûter cette paix que t’imposent les ans :

« Par les mâles accords de la harpe gnerriere « Mes Bardes charmeront ton ame noble et fiere.

Ils entrent. Sur Morven la sombre nuit descend :

T.cs rois se sont assis près d’un cbéne brûlant ; llHin chante; sa voix, ornement de nds fèt^,

Du pere de Fingal célébré les conquêtes.

Sondain Morni frissonne, et son œil irrité Lance un regard terrible an Earde épouvanté, (i)

Le chant cesse ; et Fingal: « Quelle sombre tristesse >4 De ces heureux moments vient troubler l’alégresse ? « Si la haine autrefois divisa nos aïeux,

« Ils commandent ensemble aux vents séditieux.

X Oublions, ô Morni ^ leurs antiques querelles :

X La paix a joint "nos cœurs, demeurons-lui fideles.

« Oui, répond le vieillard ; ton pere étoit vaillant ;

X Combien de fois j’ai vu son courage bonübnt,

X Comme un feu destruéteur,consumer les phalanges! X Ce héros disparu revit dans les lonanges ;

X Moi-même j’ai donné des larmes à sa mort, tt De Lathmon cependant sachons tromper l’effort ; X Osaiàn^ et toi Gaulf sur la colline «Ombre * Observez tous ses pas à la faveur de l’ombre.

D’O.SSIAîî. . ia3 « Ët SQT-tont ûiodérez yotre ressentiment: .

U La jennesse est fongneuse et s’égare aisément. »

Il se tait ; nous partons : nne clarté légère ' <

Tremble encor dans les cienx, et luit snr la fongerb.

Déjà nons entendions les^pas.de l’ennemi.

Quand, la main sur son fer qui brilloit à demi,

Go/// me dit, emporté par l’ardeur qui l’enflamme,

« Pourquoi, fils de Pingal^ sens-je brûler mon ameP « D’où peuvent naître en moi ces transports inconnus ?

« Dans le sable à regret mes pas sont retenus^

« Je sens trembler mon coeur, mes forces s’affoiblissent ,

« Et d’un voile jaloux mes regards s’obscurcissent.

« Ossian, dis-le-moi, près d’un péril certain « Le cœur du brave ainsi tremble-t-il dans son sein ? a Qnellegloireponrnons,pouri^fng!fl/, pour monpere,

« Si l’étranger surpris... — Que cette ardeur m’est chere « O mon ami F notre ame en secret se confond ;

« A la témérité si le succès répond,'

« Nons nous couvrons tons deux d’une gloire immortelle : , <1 Et quand la mort seroit le prix de notre zele,

« Nos peres , il est vrai , nous donneroient des pleurs ,

« Mais un secret orgueil viendroit enfler leurs cœurs ;

« Ils diroient : Si nos fils dorment sous cette pierre ,

« Leur nom seul de Motyen doW illustrer la terre ».

POESIES

'( Eh! ponrqnoi do tomheaa nous occaper?

« La mort aime le bra^e et eiaint de le frapper :

• Le lâche en vain la fnit ; elle Tole à sa snite,

« Et de ses braa sanglants l’entonre dans sa faite. >>

Je m’élance â ces mots : Gaul marche sqr mes pas ;

Un torrent^ dont les bords sont conrerts.de frimas, Ronle et serpente antonr de l’armée ennemie :

, Tranquille et sans défense elle étoit endormie,

. £t les fenx de son camp, sans force et sans chalenr.

Ne versoient qn’ane pâle et monrante lueor.

Ponr franchir le torrent, qni me sépare d’elle.

Déjà je m’appnyois snr ma lance fidele , -

Lorsque le jeune Gaul; « Ossian^ que fais-tu?

•t Nera point démentir ton sang et ta rertn ; . . .

« Que dé ton bouclier le brnit se fasse entendre, , ,

• Que l’ennemi s’éveille et puisse se défendre. »

Je me rends à ses voeux : de l’homicide airain Le son retentissant frappe l’air ; et soudain ' Tout s’éve^e à la fois , tont frémit , tout s’agite ; L’étranger an hasard coort et se précipite ;

Il croit dans sa terreur qne Motven l’a surpris , Délibéré, s’égare ; et nons, poussant des cria,

Nous frappons. Sous mes conps le fier Cremor chancelle j Nermi tombe, et se perd dans la nuit étemelle ;

Et toi, fils de Morni^ tou bras n’est point oisif,

Tu fonds sur Donthormo , guerrier foible et craintif ;

En vain, pour échapper à ta juste colere,

Il gravit contre un cbêne antique et sobtaire.

Ta lance le poursuit, pénétré dans son flanc.

Et le tronc du vieil arbre est rougi de son sang, .

Mais l’aurore se leve; à sa clarté mourante ' ,

L’étranger se rallie, et perd son épouvante : r

Lathmon nous apperçoit , et pâlit de fureur :

« Hé quoi ! deux seuls guerriers ont semé la terreur î « Hé quoi, dans notre sanglenrs mains se sont trempées!

« Dois-je faire contre eux briller dix mille épées?

K Et , tandis que leur bras a vaincu sans secours ,

« Dirai-je à mes tribus de terminer leurs jours?

« Non, je combattrai seul: Ossian^ plçin d’andace,

« Ossian, fils des rois, est digne de sa race : a Sulmath^ va le trouver, et dis-lui que Lalhmon a Connoît depuis long-temps et sa gloire et son nom ,

O Qu’à l’heure du combat nul effroi ne l’arrête,

« Qn’ilattend dans la plaine , et que sa lance est prête. >

J’accepte le défi ; nous combattons; l’éclair Est moins prompt dans les deux qu’en nos mains n’est le fer : Sons les coups redoublés nos cuirasses gémissent ;

De nos casques d’airain mille flammes jaillissent;

Tout ce que peut l’adresse, et la ruse, et l’ardeur,

126 POESIES D’OS SI AN

Et la force da bras, et l’audace du cœur,

Nous l'employons : déjà nos lances menrtrieres De leurs éclats brillants parsèment les bruyères ; Ainsi que deux Esprits sur leurs trônes mouvants Se lancent la tempête, et la foudre, et les vents, Ainsi nous nous portons atteinte sur atteinte;

De notre sang mêlé déjà la terre est teinte :

Lathmon enfîn, Lathmon doit snbir le trépas.

Un tronçon de ma lance embarrasse ses pas; '

Il tombe ; mon épée est déjà snr sa tête ,

Quand du fils de Momi le bras poissant m’arrête. ZafAmon jette sur nous nn regard attendri;

Et nous prenant la main : « Couple auguste et chéri, « Nous dit-il, sans rougir je cede la victoire ;

« Eh! qni peut effacer l’éclat de votre gloire?

« Vous épargne* le sang des guerriers abattus ;

« Autant que vos exploits j’admire vos vertus.

— « Viens, lui dis-je ; Fingal à Sülma nous appelle ; « Serre avec lui les nœuds d’une paix étemelle;

« Du sang, qu’il voit couler, il gémit en secret,

« Et jamais ses enfants-n’ont vaincu qu’à regret.

NOTE

(i) Vllin aroit mal choisi son sujet : Morni craignoit qu’en chantant les exploits de Comhal^ le Barde ne réveillât dans l’ame de Fingul le souvenir de leurs anciennes querelles.

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