‹ Ossian poésies galliques en vers françaisChapitre 19 sur 38 · ET DE · texte numérisé non relu

ET DE

. DERMIDE , FILS DE DIARAN.

SUJET

Caruth , pere à'Oscar, raconte la mort de son fils , et de Dermide, son ami. Il ne faut pas confondre cet Oscar et ce Dermide avec les héros de même nom dont il est question dans Témora , comme nous en avons averti dans une note sur’ le premier chant dn poème précédent. Il n’est pas sûr que celui-ci soit ù^Ossian ; mais , comme il n’est pas sans mérite , nous croyons qu’il ne déparera point ce recueil.

Pourquoi rouvrir la source de mes larmes ?

Pourquoi de mon Oscar me demander le sort?

Fils A' Alpin tu le sais, sa jeunesse, ses charmes N’ont pu le dérober au glaive de la mort.

O mon unique amoiir ! ma douleur paternelle Vainement de ton nom attendrit ces forêts;

POESIES D’OSSIAN, i»g T»at se couvre à mes yeux d’une ombre müvêrselle... Je ne vis que par mes regrets. '

Il s’est éteint comme un astre dmide.

Quand l’orage nocturne éclate sur les monts;

Comme le roi du jour, quand un brouillard humide De son bouclier d’or nous eacbe les rayons:

Et moi ) dans mon palais lugubre et solitaire y Comme un chêne vieilli, dont le Nord en fureur Dépouille et fait rouler la tête octogénaire.

Je me flétris sohs le malheur.

L’herbe des champs vit et meurt inconnue;

Le brave n’a jamais partagé son destin;- Sa lance est un éclair qui déchire la nue, i Son hras à l’ennemi donne un trépas certain ;

Mais toi, mon cher Oscar, tu succombes sans gloire; Tu n’as point dans ta chute entrainé l’ennemi.

Et ton glaive fameux; pour demiere victoire.

Fume du sang de ton ami.

Dermide y Oscar, dès leur plus tendre enfance Etoient unis par lés plus tendres nœuds;.

Age, beauté, grâce, douceur, vaillance.

Peine, plaisir, tout fnt égal entre eux:

Dans les combats leur lance dévorante

i3o - P O ES I ES

, * Embnisuit les rois renversés ; «

Tels roaleni deux torrents dont la course écnniaate Précipitélc deuil, le trouble, l’épouvante,

A travers les roôs fracassés.

Ùargo tomba sons lenr épée , .

D<zr^o qui jamais n’avoit fnû Sa EHe, de larmes trempée,

Deménroit senle et sans appui : '

Elle étoit innocente et belle ^

Belle comme le jour naissant,

Fraîche comme la fleur nouvelle Au parfum doux et ravissant;

Ses beaux yeux étoient deux étoiles Qui tremblent eu milien des airs - On rayonnent parmi les voiles ^

Des brouillards hâtes des déserts. ■ .

Les deux héros soupirèrent pour elle ;

Ou la posséder ou mourir;

Voilà leur voeu. Mais iVfno! fut rebelle A l’aimable Dermîcle: Oscar eut son désir;

Elle adora mon fils, quoique sa baain vaillante Fumât encor du sang d’un pcre infortuné...

Eh ! qni peut de sa flamme accuser une amante? Euchaine-t-on un coeur vers un antre entraîné ?

« Oscar, loi dit Dermidc, abrégé ma souffrance;

R Tu connois mes tourments; tu sais que dans mou cœur « De te ravir iVtiiA je garde l’espérance : '

« Mon ami, prends ton glaive, et finis mon malheur.

— a Qu’en te donnant la mort Oscar se déshonore !

— « Eh! quelautrequ’Oscordoit mepriverdnjour.’

« Possédé sans rival la beauté qui t'adore ;

■ Frappe , éteins dans mon sang un criminel amour.

— « Ah ! plutôt combattons, et paisse la victoire « Ne point rougir ce fer du sang de mon ami!

R Dermide^ défends-toi; songe, songe à ta gloire;

R Que par l’amour ton bras soit aüFermi ».

Leu rs fers brillent soudain . . . Mais Dermide succombe .

Oscar près du torrent bourbeux Dépose le corps dans la tombe.

Une farouche joie éclate dans ses yeux:

Il va trouver Nina: « Beauté qui m’es si chere,

U Viens, lui dit-il ; à'Oscar suis les pas incertains ».

Elle obéit; sous des arbres voisins Ils s’arrêtent tons deux: R Regarde cette pierre; '

« Sais-tu, dans le tombeau, qui dort en ce moment?

■ Sais-tu que ma main meurtrière R En immolant. £>ermiWe immola ton amant? \

R O Nina' charme heureux d’une trop courte vie,

« Mon Ombre va s’unir à son fantôme errant ».

U se frappe à ces mots, et sur l’herbe rougie Son sang coule, et se mêle aux ondes du torrent.

Page 1