JO DISCOURS
nerions-pous pas. au poète écossois ses torrents , ses- neiges , ses bruyères ? Quoi qu’eu dise la prévention ,• lé premier de ces deux genres n’a^ pas tous les avantages. L’un re- ■trace ce qui est sous nos yeux ; l’autre , ce que nous n’avons jamais vu: celui-là procure- aux sens des émotions douces; celuici éleve l’ame, il la. fortifie, il l’habitue à lutter contre le malheur , il la prépare aux vicissitudes de la vie par le spectacle du désordre- des éléments. Observons d’ailleurs que si le barde emploie les mêmes images plus souvent que les peintres français , il raconte aussi beaucoup plus qu’eux, et brise l’uniformité de ses descriptions pâr la variété de ses récits. Lorsqu’il a rassemblé dans ses chants les objets inanimés dont l’attrait le touche , ou dont l’horreur l’épouvante , il évoque les héros, il les suit au sein des périls , il énumere” leurs exploits , il raconte de quelle maniéré leur valeur a succombé, et se montre ainsi tour - à - tour peintre , poète , et historien. D’un autre côté le défaut d’ordre se feroit peut-être moins sen-
PRÉtlMINAIRK. II
tir dans ses. ouvrages , si M. Macpherson , en^ ' visitant le nôrd de l’Ecosse et les isles Ebrides , n’eût recueilli dans la bouche des montagnards tout ce qui sembloit au premier coup -d’œil porter l’empreinte de FHomere ' écossois. Plusieurs joiurnalistes étrangers le lui reprochèrent dans le temps ; et l’on seroit tenté de croire qu’ils n’eurent pas tort , lorsqu’on e;samine de près la collection que l’Europe doit jà ses recherches. Non, celui qui a fait Minona^ Carthon, Témora^ Lorma^ etc., ne peut être auteur de Catloda ét de Fingal. Ces derniers poèmes sont un long tissu d’incohérences ; et dans les premiers les ' idées se lient comme les faits , les transitions sont bien ménagées , l’intérêt suit la marche progressive. On voit , en les analysant , que le barde' tient toujours en main le fil de la méthode naturelle. 11 faut nécessairement, ou qu’on lui ait attribué quelques' essais de ses successeurs , ou que ses propres chants aient subi de grandes altérations ; ce qui est encore plus présumable après une durée de quinze siècles. Quoi qu’il eit soit* ses détrac-