‹ Ossian poésies galliques en vers françaisChapitre 25 sur 38 · CHANT DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHANT DEUXIEME

SOMMAIRE

Ossian s’adresse à l’Ombre de 3>e/7ino'r, et la prie de recevoir son fils Oscar dans le palais aérien. Il entend le bruit de Cathmorqui s’avance. Il Ta trouver Fil/an, son frere , qui veilloit sur la colline , et j allume un grand feu. Cathmor, trop généreux pour surprendre l’armée de Fingal , réprimande sévèrement Foldath qui avoit conseillé l'attaque de nuit. Les chefs de l’armée d'jEr/n se livrent au sommeil. Mais Cathmor veille encore. Ossian le rencontre , et Cathmor obtient de lui qu’il fera .chanter l’hymne funèbre sur le tombeau de Caïrbari Ossian , en quittant Cathmor , trouve le Barde Carril qui descendoit de la montagne en chantant une hymne au soleil ; il lui ordonne de chanter celle de Gaïrbar.

T R K M N O R , roi des héros , pere des tourbillons , ( i ) Toi qui roules Técl^'en tortueux sillons,

Un palais orageux fais ouvrir les cent portes ;

Oes Bardes décédés rassemble les cohortes ;

Que leurs chant.s solemncls arrivent Jusqu’à moi.

Digilized by C.i ^le

L n guerrier inconnu ne monte point vers toi ;

C est Oscar .• O mon fils , qnelle pàlenr soudaine * scs traits charmants qne Riorven vi t à peine !

Ton pere, loin de toi, plenre en ces froids déserts,... Mais les vents courroucés t’emportent dans les airs.

Ossian, pourquoi donc ce funebre nnagc Qui pese sur ton ame et glace ton courage?

Songe au roi de Morven; il est seul, et son bras Ne leve qu’à regret la lance des combats...

11 voit tons ses enfants s’éteindre à leur aurore.... Mais, non,.. U n’est pas seul... Ossian vit encore.

‘ Je me leve à ces mots, et j’écoute : nul bruit Ne m’arrive à travers le calme de la nuit.

Inquiet pour Fillan^ troublé de son silence.

Du sommet du Mora^ furieux, je m’élance. ' '

A la pâle clarté des astres incertains

•Te vois mon frere... Un glaive arme ses jeunes mains;

U m’entend, et bientôt, d’une voix menaçante : (2)

U Füs de la Nuit, dit-il , dont l’audace impuissante 0 D’un héros de Morven affronte le courroux,

« Quel fol espoir t’amene et te livre à mes coups ?

— « Vaillant fils de Clatho ( 3 ),méconnois-tntonfrere?

» C’est aux seuls ennemis que tu dois ta colere.

1,2 POESIES D’OSSIAN

U Hélas! la solitude (4) environne Fingal:

« Les ans de son repos ont donné le signal ;

« .Ce vieillard généreux compte sur notre zele : *

,« C’est à nons de servir la cause paternelle.

— « O mon frere ^ à mon âge Oscar etoit fameux.

« Le Barde consacroit ses exploits belliqueux ;

« Et moi, foible guerrier, moi , perdu dans la foule ,

« Obscur comme un ruisseau qui dans l’ombre s écoule , « Frere et lils d’un héros , par mes faits éclaUnts « .le n’ai point de mqn pere honoré les vieux ans.

Va, tu n’as pas besoin de prouver ton courage.

U Mais pourquoi me tenir ce sinistre langage?

U Pourquoi du nom d’ Oscar accabler ma douleur ?

« Ah ! plutôt excitons notre oisive valeur :

V Eutends-tu danslesbois de sourds et longs murmures , <i Le cliquetis des fers, et le choc des armures ?

« La bataille s’ébranle, et s’ayance en grondant.

Je me penche à ces mots ; ma main d’un chêne ardent Attise encor la flamme : à sa clarté soudaine ,

Cathmor^ qui s’avançoit, s’arrête dans la plaine, n ressemble au torrent que les noirs aquilons Suspendent dans les airs'en chaînes de glaçons. Foldath est près de lui: plein d’une aveugle rage.

LA BATAILLE DE TÉMORA. 173 Èt , bralant de hâter le moment dn carnage , n adresse à Cathmor ce féroce discours :

^ « Frere de Caîrbar^ la nnit presse son cours ;

« Le superbe étranger repose sans défense ;

« A la faveur de l’ombre ^ et sur- tout' du silence ,

« Laisse-nons pénétrer dans ces rangs endormis,

« Et ce glaive, baigné du sang des ennemis /

« Quoi! lui répond Caf/ïwor, veux-tu frapper dans l’ombre? « Les guerriers de M.otven sont-ils en si grand nombre ?

« Un héros doit combattre à la clarté des cienx. .

« F ingai d’ailleurs , F ingai n’a point fermé ses yeux ;

« 11 veille sur le mont comme un aigle rapide ■< Qu’environnent les vents sur son rocher aride.

« Demain je combattrai suivi de mes tribus.

— • « Fils de Bobar Duthul^ ne te souvient-il plus « Que Foldath^ compagnon des héros de ta raàe ,

« Vit toujours le soleil éclairer son audace ?

« Mais Caîrbar m’aima , d’une étroite amitié « A son cœur belliqueux mon coeur étoit lié.

« Hélas ! j’ai. vu tomber ce roi si redoutable ;

« Il languit près de nous, étendu sur le sable,

« Et des pleurs, cependant, n’ontpointbaigné son corps ;

« On n’a point de la harpe entendu les accords;

•< Nul Barde n’a chanté son départ de la vie ;

• POESIES D’OSSIAW.

» Et Foldath laisseroit au gré de sou envie U Se reposer daus l’ombre un barbare vainqueur !...

O A son roi décrépit je percerai le cœur;

« Entouré de ses fils il mordra la poussière;

« Et lui-méme et scs Gis- quitteront la-lumiere,

« Sans que l'hymne du Barde éternise leur nom.

— « Présomptueux guerrier, l’esperes-tu? Non, non; a Le pere d'Ossian ne peut mourir sans gloire.

Cl Les Bardes, malgré toi, béniront sa mémoire.

« Et leurs chants de triomphe à ses vertus ofTerts n Réjouiront son ame errante dans les airs.

V Foldath ^ 'a Ion. trépas, crains plutôt leur silence.... « Mais pourquoi dans mon cœur réveiller la vengeance « Puis-je oublier mon frere ? il m^’aimoit : et ses yeux « Se mouillèrent souvent de pleurs délicieux,

« Quand, vainqueur fortuné, du milieu des batailles , « Je regagnois d'yitha les antiques murailles.

Il dit: mais chaque cbef dans la plaine étendu Se livre au doux sommeil sur ses yeux descendu. Des étoiles du soir les clartés vacillantes Font au loin resplendir les armures brillantes ;

Mais les yeux de restent encore ouverts*

L’Ombre de Caîrbar^ errante en ces déserts,

De soupirs dohlourcux afflige son oreiller

Inquiet, à travers la foule qui sommeille,

Il s’égare, en frappant son large bouclier.

Ce bruit vient jusqu’à nous : « Invincible guerrier,

« Dis-je au jeune Fillc^n (5), reste dans ce passage.

« Je vais à l’étranger opposer mon courage.

« Mon frere, si je meurs, cours éveiller F ingai; Qu’il songe à sa mémoire, et punisse un rival.

Je franchis le torrent : Cathmor s'offre à ma vue ; ■ Pareils à deux esprits qui, penchés sur leur nue.

Se soufflent la tempête et les vents en courroux. L’airain an même instant eût gémi sous nos coups,

Si mon œil, égaré dans d’épaisses ténèbres,

N’eùt reconnu Cathmor à ses armes célébrés ,

A son casque ombragé par un panache d’or.

D’où l’aigle, vers les cieux, semble prendre l’essor.

« Est-ce le roi A'Erin qui m’apparoît dans l’ombre ?

« M’écriai-je j étranger, que ton aspect est sombre! a Ossian de ta mort peut-il s’enorgueillir (6)

A ces mots, à ce nom, je le vois tressaillir;

Et, me tendant la main : « Roi des chants mémorables « Qui promets au héros des triomphes durables,

■ Chef des Bardes vantés, je bénis le destin.

« Sais-tu combien de fois, dans son palais lointain,

« Charmé de tes vertus et de ta bicufaisauce.

POESIES D’OSSIAN

-n Cathmor à ses banquets desira ta présence ?

« Mais, avant de combattre, attendons qu’à nos yenx O Brille du jonr naissant un rayon Inminenx^

« Et les guerriers futurs remarqueront la place « Où jadis nous aurons signalé notre audace;

X Tremblants’, ils songeront aux siècles écoulés.

X Ainsi , l’aspect des lieux par les ombres peuplés « Dans l’ame du chasseur, muet et solitaire ,

X 'Verse nq effroi mélé d’un charme involontaire.

— « Oui, dans ces mêmes lieux les fils de l’avenir « Des antiques combats viendront s’entretenir:

■ Cette pierre grisâtre à leurs regards offerte ,

« Par les siècles noircie, et de mousse couverte,

« Leur dira, qn’antrefois , dans ce climat lointain « Ossian et Cathmor se donnèrent la main...

« Mais pourquoi me fuis-tu ? — Nous quitterons la terre ; « Et, promis l’un et l’autre an palais du tonnerre^

« Des accords belliqueux y conduiront nos pas.

« Ossian, j’ens un frere... il ne nous suivra pas;

« La honte est son partage, et ce guerrier célébré « Erre autour de ces bois, privé du chant funebre.

— « Rassure-toi , Cathmor (7) ; à l’ennemi vaincu X La haine d’Ossûzn n’a jamais snrvécu ;

X L’Ombre de Cairhar entendra scs louanges.

LA BATAILLE DE TEMORA. 177 <i Et joindra dans les airs les mobiles phalanges. »

Cathmor pousse un soupir^ et s’éloigne à l’instant.

Il brilloit dans la nuit, sous l’acier éclatant,

Comme un pâle fantôme à travers la fougere:

Le voyageur, perdu sur la rive étrangère, L’apperçoit, prend la fuite, et, caché dans les bois. Du spectre solitaire entend la foible voix.

Mais qui vient tont-à-conp du sein de 15 vallée? Son regard est pensif, sa démarche troublée;

Sur la naissante aurore il attache les yeux, ^

Et des flots de rosée humectent ses cheveux.

C’est le Barde Carril ; sa voix mélodieuse Entonne du matin l’hymne religieuse.

« A l’aspect du soleil les ténehres ont fui. (8)

■1 Les. dots épouvantés reculent devant lui :

U Héros du firmament, les étoiles honteuses « Se cachent à ta voix sous les mers écnmeuscs ;

« Dans ta main étincelle un glaive flamboyant :

« Que j’aime, roi du jour, ton éclat effrayant « Quand ton disque, couvert de vapeurs enflammées, « Dans les champs de la mort roule sur les armées,

« Ou sur les monts déserts amasse les brouillards!

« Mais que tes doux rayons enchantent mes regards « Quand, vainqueur, tu jaillis du scindes noirs otages.

i7« LA BATAILLE DE TEMORA.

« Et que tes cheveux d’or flottent sur les nuages ?

« Le chasseur consolé, sur le gazon naissant « Poursuit le cerf rapide et le daim bondissant.

« O toi dont les bienfaits s’accroissent d’àge en âge,

« Soleil, dois-tu sans cesse éclairer le carnage?

« Barde, dis-je à C^m7,tesaccords sont touchants <t Mais ce jour qui nous luit n’est point propice aux chants; » La bataille et la mort environnent mon pere :

<1 Debout sur la colline, enflammé de colere,

« Il s’apprête au combat, et ses yeux vigilants « Comptent les flots guerriers dans la plaine roulants.

« An sein de ce vallon qu’arrose une onde pure, tt Sous les rameaux flétris d’un chêne sans verdure,

« Une tombe , 6 Carril, se présente à tes yeux.

« Là , du sommeil 8ans*ftn dort un chef belliqueux ;(q)

« C’est le frere d’un roi digne de nos hommages.

« ^on ombre désolée attriste ces rivages ;

« Ônvre-lui le palais, objet de ses désirs ,

« Et qu’on n’entende plus ses douloureux soupirs.

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