‹ Ossian poésies galliques en vers françaisChapitre 30 sur 38 · CHANT SIXIEME · texte numérisé non relu

CHANT SIXIEME

SOMMAIRE

Au travers du brouillard qui couvre le rocher de Cormul

. on apperçoit de temps en temps Fingal. Description de sa descente de la colline : il ordonne à Gaul, à Dermide , et au Barde Carril d’aller chercher dontmal, seul rejeton de la famille de Cormac, Fingal, en marchant à l’ennemi, arrive à la caverne de Lubar où étoit le corps de Fillan. Il voit Branno couché à l’entrée de cétte caverne : cette vue «nouvelle sa douleur. Cathmor range son armée en bataille. Desciiption de l’action générale ; exploits de Cathmor et de Fingal; tempête; déroute totale des Irlandais. Les deux rois se battent : leur entretien après le combat. Cathmor expire. Fingal remet sa lance à Ossian. L’ombre de Cathmor apparolt à Sulmala dans la grotte où elle s’étoit retirée. L’arrivée de Clommal est annoncée par les chants 'de cent Bardes. Le poè'me finit par un discours de Fingal.

Qu AND la bise d’hiver, attristant la campagne, A chargé de glaçons le lac de la montagne.

Le chassenr, dès l'anrore, ennemi dn repos ,

Eu vain prête l’oreille an mnrmnre des flots ;

Tons les flots sont mnets ; leur snr&ce glacée De tonfTes de gazon, de fenilles hérissée,

Tremble an souffle des vents, et luit aux doux rayons Que verse un jour naissant sur la cime des monts :

Ainsi brille au matin notre vaillante armée.

Le brouillard qui Voltige en épaisse fumée .

Voile encor le Cormul (i), et cache à tous les yeux Dn grand roi de JHorven le front victorieux.

Mais bientôt, paroissant à travers le nuage,- Mon pere des héros reçoit an pur hommage:

Tout Morven le salue, et sa bruyante voix Fait retentir l’écho des vallons et des bob.

Ossian et Dermide^ appuyés sur leur lance, Gardoient auprès roi le plus profond silence ;

Nous n’avions pas vaincu: F ingai vit nos regrets: n D’où vient cette tristesse empreinte dans vos traits.^

« Nous dit-il : mesenfants, n’étes-vpns point ma gloire ,

« La force de mon bras, l’ame de ma victoire?

U Ossian, songe à vaincre et non à t’affliger;

■ Je oonnois tes douleurs et dob les partager:

« Quand aux mursde<Se/;tt^ nous suspendrons nos armes, X Alors, ô mon cher flb, laisse couler tes larmes;

R Chante les deuxhéros (3) que nous ne verrons plus: fl Mais la guerre rugit... tes pleurs sont superflus... n Gau/, Dermide, approchez : non loin de cette plaine

POESIES D'OSStAN.

« S’élève un mont sauvage où le Nord se décLaîne ;

« An milieu de ces rocs, blanchis par les hivers,

» Et de ces vieux sapins qne la mousse a couverts ,

« S'étend une caverne an jour impénétrable;

« Elle prête à dominai son ombre seconrable.

« Depuis l’instant fatal où son pere frappé « Tomba dans son palais lâchement usurpé,

■ Par un fiarde soustrait au vainqueur sanguinaire f « Dans sa caverne ohscnre il languit solitaire.'

« Du malheureux Cormac il a reçu le jour.

« Quand lannit daUsles eieux vient régner à son tour,

U Et sur le firmament tendre ses sombres voiles.,

« A la foible clarté qni tombe des étoiles « Il parcourt les forêts, et son arc ennemi « T surprend quelquefois le chevreuil endormi.

« Qne puissent ses destins devenir plus prospères ! a Je veux le rétablir an trône de ses peres.

U Compagnons de F ingai ^ allez, et dites-lni U Qne ce fer pour sa cause étincelle aujourd’hui,

■ Qu 'il vous suive en ces lieux; et^ graceà mon contage, « Qu’il aUie resaisir son antique héritage. »

Il se tait : les deux chefs s’éloignent à l’instant,

Et le Barde Carril les précédé en chantant.

Mais l’aurore paroît ; du sein des mers bruyantes Jaillissent tout-à-conp des flammes ondoyantes;

LA BATAILLE DE TEMORA. 2i5

Le roi dû jonr s’élève, et siir les monts déserts . Yerse l’or de son char emporté dans les airs.

Des braves de Morven les bataillons s’étendent,

Et de l’âpre Cormul en tnmulte descendent.

Fingal goide aux combats leur belliqueux essor; Un aigle snr son casque étend ses ailes d’or ; n s’avance couvert des arines paternelles.

Et de son glaive nnd volent mille étincelles :

Tel s’élève un rocher couronné de sapins;

Les orages fougueux, les aquilons mutins.

Le battent à la fois de leur conrronx stérile...

II repose vainqueur sur sa base immobile..

La grotte de Lubar frappe les yeux dq- roi :

Cet aspect dans ses sens éveille un morne effroi ; Là repose Fülan Branno ,fdogiie fldele , l^T’a point abandonné sa dépouille mortelle.

Près du jeune héros il languit attristé;

Autrefois, orgueilleux de son agilité,

A son maître docile, il voloit dans la plaine.

Et chassoit devant lui la biche hors d’baleine ; Aujourd’hui, s’étonnant d’uù aussi long sommeil, Du chasseur qui n’est plus il attend le réveil :

Mais ses yeux vigilants ont reconnu mon pere ;

Il semble par ses cris lui demander mon frere,

Et tourne vers la grotte un regard langoureux. Fingal s’arrête... il pousse un soupir douloureux;.

POESIES D’OSSIAN

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Accablée du instant, sa grande ame sommeille:..

Mais la guerre bientôt frémit à son oreille ,

Et d’nn bond vigoarenx, par sa lance affermi,

Il franchit le Lubar^ et vole à l’ennemi.

Cathmor a déployé ses phalanges sans nombre ; Moins fongnénse est la mer, et moins épaisse est l’ombre. Parmi cette forêt de brillants javelots ,

Parmi tant de guerriers 6n distingue MalthoSi, Morannan à l’épaisse et noire chevélure ,

Corinar an front livide, à la hante statnre,

Hidallan anx yeux hleus, à l’aimable sonris.

Jusqu’anx cienx tont-à-conp s’élèvent mille cris ;

On embouche les cors ; par la rage enflammée.

Dans la plaine s’ébranle-et l’nne et l’antre armées Déjà le bouclier chocpie le bouclier.

L’acier mêle sa flamme anx flammes de l’acier ,

Sur les casqnes d’airain les glaives rebondissent,

Les lances et les dards se croisent , retentissent ;

La douleur et la mort' volent dans tons les rangs : Ainsi, lorsque dès mers deux rapides courants-.

Battus par la tempête et par des vents contraires,

Et, rngissadts autour des rochers solitaires.

Se heurtent en conrronx,.les fantômes joyeux De leurs funèbres voix épouvantent les cienx. Tourmentent les forêts, déracinent leurs chênes.

De la cime des monts les roulent dans les plaines,

LA BATAILLE DE TEMORA. aij

Les poursuivent encor, dispersent leurs débris,

Et parsèment les flots de feuillages flétris.

Ainsi brûlent les chefs au fort de la mêlée :

Par l’excès du péril l’audace est redoublée;

Lé sang an loin jaillit et rejaillit encor.

Mais le roi de Morven , mais le vaillant Cathmor^ Plus terribles cent fois que la mer et l’orage.

Brisent les chars roulants, sement sur leur passage Les boucliers rompus et les dards émoussés :

Ils marchent au hasard sur les morts entassés.

Et la foule incertaine, entre leurs mains rapidés Croit voir étinceler cent glaives homicides.

Morannan^ sous les coups de furieux,

loinbe dans le torrent; les flots impétueux Entraînent ce guerrier dont la pesante armure Heurte contre les rocs et rend un sourd murmure. Cronar tomboit; un pin qu’ont incliné les ans L arrête et le saisit par ses cheveux flottants, r Et sur son bouclier , que des hens suspendent.

Ses larmes et son sang goutte à goutte descendent.

Mais le jeune Hidallan vient s’offrir à mes coups; Son âge, sa beauté, désarment mon courroux:

J’hésitois à frapper... Lui, dans sa folle audace'.

Me lance un foible trait qn'i meurt sur ma cuirasse; Je me retourne alors, de colere enflammé.

Et levant sur sa tete un bras si renommé...

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ai8 POESIES D’OSSIAN.

Oh ! qu’il eût mieux valu pour lui , pour son amante , Que tous les deux,. assis dans la plaine riante ,■ Pacifiques rivaux, nous eussions tour-à-tour Célébré sur la harpe et la gloire et l’amour!

Les roses de son teint, l’or de sa chevelure ,

Ne pourront le guérir de sa large blessure.... L’infortuné n’est plus ; une molle pâleur - Couvre son beau visage ; ainsi tombe une fleur Qu’en son rapide vol l’aquilon a flétrie.

A cet aspect touchant mon ame est attendrie.

Malthos a vu de loin succomber Hidallan ; Furieux, il accourt. L'iutrépide Ossiun S’apprête â repousser cet ennemi célèbre...

Soudain l’air s’obscurcit ; un nuage funebre Enveloppe les airs, et la plaine, et les monts;

Le pin gémit, battu pat les noirs aquilons ;

Sur des ailes de feu l’éclair vole et serpente;

Le Lubar en fureur roule une onde éenmante.... Mais où sont les deux rois ? j’entends leur bouclier Résonnant sons les coups du glaive meurtrier.

Sans doute ils sont aux mains : les tribus étrangères. Fuyant, comme le daim sur les noires fougères,

A travers la tempête et les feux redoubles ,

Se cachent sous des rocs par la fondre ébranlés.

Je les poursuis an sein de leurs retraites sombres ; - Mes coups mal dirigés se perdent dans les ombras.

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L’orage enfin s’appaise, et de son char fi’aïnr Le soleil recommence à verser nn jonr pur.

Mes regards inquiets cherchent an loin mon pere :

Je l’apperçois .enfin; sOu front n’est plussévere;

A ses pieds- étendn le fier Cathmor sanglant.

Pâle et presque sans voix, soulève un oeil monranti P ingai est attendri : « Jeune héros , écoute :

O J’ai voulu ton trépas ; il est juste , sans doute :

« Tu m’as privé d’un fils, et ton sang répandu « A son omhre plaintive en hommage étoit dû :

« Mais je ne fus jamais inflexible et barbare « La fête de Morven dans mon camp se prépare :

« Viens ; nos chants calmeront tes esprits abattus :

■ Des plantes de nos monts je connois les vertus,

•t Mes seconrables mains panseront ta blessure....

a Viens , chef de Témora , que ton coeur se rassure. » ■

— « Moi te suivre!., la mort est déjà dansmonsein.

■ Des tours de mon palais un rocher est voisin ;

« ÜTecele en ses flancs une caverne immense

« Qn’halntent la fraîcheur, la nuit , et le silence ; a Fais>-y porter mon corps , et qu’une amante en deuil « Y vienne quelquefois gémir sur mon cercueil.

— « Non,non,qo’nnantTeespoic...Maislehécossuccoinbe, K La mort, d’un bras de fer, l’entraîne dans la tombe:

O Ainsi tout doit périr; ainsi moi-même on jour « U me faudra quitter le terrestre séjour.

POESIES D’OSSIAN

« Ossian^ j’ai rempli mes hantes destinées ;

« n est temps de répondre à la voix des années ^

« .A leur voix qui me crie: Hé! qnels sont tes desseins? « Torqonrs des flots de sang rougiront ^s tes mains? « Ton cœur doit-il toujours palpiter pour la guerre? « Firigal n’ést-il point las de ravager la terre ?

« Voix puissante des temps , j’éconte et j’obéis.

« F ingai ne vaincra plus . Prends ma lance ^ ô mon fils ! « Leve-la, quand des rois les hordes meurtrières ji. Viendront de mes tribus insùltër les bannières ÿ • Qoand le guerrier superbe, an sein de mes forets, « Sans respect pour mon nom fera voler ses traits.

« Ossian , suis l’exemple et les conseils .d’un pere :

« Dans le jour des combats le fen.de sa colere Il Consnmoit l’ennemi rebelle à son pouvoir ;

« Mais sa main essuya les pleurs du désespoir.

« Sois ponr les oppresseors.nn ardent météore,

« Et pour les opprimés nn rayon de l’aurore. »

.11 remet à ces mots sa lance entre mes mains.

De leurs cris, répétés par les échos lointains,

Nos tiibns anssitdt remplissent les campagnes.

Mais les pmbres du soir descendoient des montagnes, > Et les fleuves ronloient des flots plus rembrunis.

A la fête du roi tous les chefs réunis

Cedent aux doux transports d’une Vive alégresse;

Un mélange confus de gloire et de tendresse

LA BATAILLE DE TEMORA. aai An roi Tictorienx arrachoit des sonpirs.

Fillan ne charmoit plus ses beHiqnenx loisirs;

Dn tombean dÔTorant Oscar étoit la proie...

Lenr destin de mon pere empoisonnoit la jôie.

L’aimable Sulmala, qne faisoit-elle alors? (3)

Son oreille dn Barde écontoit les accords...

Tont-à-conp le chant cesse ; nn tronble mToloutaire Eclate dans les yenx dn Barde solitaire...

■ D’où naît, dit iSu/;7ta/0, ta snbite dpnlenr?

« Le combat est fini ; mon héros est vainqnenr :

« Plein de gloire, il revoie anprès de son amante;

« C’est Ini... je l’apperçois... » O mortelle Montante ! Un fantâme à ses yeux se présente soudain ;

Le fer qui l’a percé brille encor dans son sein ;

Ses membres de vapeurs bientdt s’évanouissent,

Et se mêlent aux vents qui dans l’ombre rugissent. La triste Sulmala pâle , les yeux hagards , ,

S’élance et le poursuit à travers les bronillards...

Elle expira bientâ^snr ce fatal rivage.

Comme le vent dn soir qni menrt dans le fenillage.

Des voiles de la nuit déjà tout est cougrert;

Des sons harmonieux remplissent le désert :

Gauli Dermide et Carril ont fini leur voyage,

Et ramènent Cromnal libre enfin d’esclavage.

Fingal avec transport le serre dans ses bras : a O jenne infortnné ! je te rends tes états ,

aaa LA BATAILLE DE TEMORA.

« Lai dit-il ; c’est pour toi , pour ton malbeoreaxpere ■ Qae Fingal a livré sa bataille derniere.

a Demain, dès qae le jour aara lui sar ce bord,

> Abandonne, 6 Cromnalï cette plaine de mort; ' « Retonme à Témora: mon fils ira loi-mélne « Remettre entre tes mains l’antorité suprême.

« NousJ cependant, chantons la gloire de ce'joar.

O Peuple, chefs de AfoJven,la.paix est de retour; - « Dans la félicité que tous les cœurs se noient; s Demain que sur les mers mes voiles.se déploient : a Mon peuple est un rocher, d’où j’ai pris vers les deux « De l’aigle, roi des monts, le vol andadeux. »

Fiir nu PosMS.

NOTES

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