POEME
SOMMAIRE
Cormâlo, gendre de Iforntal , roi d'Inistonay s’étoit révolté contre lui, et.vouloit le détrôner. Fingal en- Toya Oscat', son petit-fils , au secours de Normal. Cormalo tomba sous les coups du héros de Morven. Ossian , pour faire briller davantage la valeur de son cher Oscar, suppose que c'est lui-mémc qui demande à partir pour Inistona.
Il est minait... tout repose, tont dort...
Le hibon seul ponsse des cris noctnmes, Le météore de la mort Tremble sur les flots tacitnmes;
Le yoyagenr, traînant ses pas dootenx.
Cherche de l’œil la tour hospitabere;
Et le chevreuil, dans son lit de bruyere.
Frissonne au bruit des vents tumultueux.
Descends de ta voûte guerriere,
P O E S l ES O ma harpe! et frémis soas les doigts do vieillard; Réponds anx tendues voeux, à la douleur d’un pere.... Ossian va parler d’ Oscar.
Mon fUs reyenoit de la chasse ;
Il entend célébrer les louanges du roi; (i)
Et sent redoubler son audace.
« Chef de mille héros, dit-il, F ingai ^ et toi « Le premier après lui, rôi des chants, ô mon pere !
« Vos deux noms illustrés vivront dans l’avenir;
> Mais Oscar ^ sans laisser le moindre souvenir,
« Passera dans Morven comme nne ombre légère.
K Héros comblés de gloire , ah ! ne permettez pas
■ Que votre ills, opprobre et fardeau de la terre,
« Près de vous, sans honneur , attende le trépas !
« Inistona gémit sons le poids de la guerre :
« Laissez partir Oscar; qu’il aille, loin de vous,
« Par de nobles travaux préluder à sa gloire ; c Et s’il doit succomber, si le destin jaloux « A ses trop foibles mains refuse la victoire,
« De sa chute du moins le bruit injurieux « Ne viendra point troubler vos moments belliqueux. « Le Barde, appercevant ma tombe solitaire,
« Me paiera dans ses chants un tribut de donleur.s,
■ Et peut-être le soir, à l’heure du mystère,
D’OSSIAN. aSÿ
« Qùerqae jeane beauté me donnera des plenrs. »
— « Héritier de mon sang et de ma renommée,
« Pars, loi répond Fingal ; qne mes nombreux vaisseaux « Reçoivent dans leurs flancs une vaillante armée,
« Et qu’à la voix d’Oscar ils traversent les eaux. >
An sein des voiles frémissantes Déjà le vent souffle et rugit ^
Sous le vaisseau d’Gscnr l’onde en fureur mngit^
Et les rocs sont battus des vagues blanchissantes. Aucun nuage épais n’enveloppe les airs :
Enfin, après un long voyage, ^
Du milieu des bruyantes mers IMon fils d'inistona découvre le rivage.
]1 arrive bientôt an palais de Normal^
Lui remet son épée, et garde le silence.
Le vieillard reconnoîl le glaive de Fingal^
Et ses larmes soudain coulent en abondance.
Douces larmes de joie et d’heureux souvenirs! . * Mon pere et ce héros, au retour des conquêtes.
Dans 1 âge de la gloire et des nobles loisirs- S’étoient assis aux mêmes fêtes.
« Etranger, dit Normal^ l’âge affoiblit mon bras :
POESIES
< Plains >moi, plains an vieillard dont la main incertain*
« Ne soulève qu’à peine O La lance des combats.
« Mon glaive suspendu depuis long-temps sommeille.
* Hélas ! j’avois trois fils : leur consolante voix
<c Ne réjouit plus mon oreille ;
« Sous la pierre insensible ils reposent tous trois.
« A Cormalo^ chef des trû>us lointaines,
« .T’avois donné ma fille, orgueil de mes vieux ans.
« Le traître a rassemblé ses guerriers nienaçants,
« Et des bords du Lano s’avance vers ces plaines.
•< O vous , dont la vaillance égala mes exploits ,
* O mes enfants, du fond de votre étroit asyle,
« D’un déplorable pere entendez-vous la voix ?
« Est-ce la vôtre,- hélas ! que j’entends quelquefois « Soupirer à travers le feuillage mobile?
— « Normal^ lui dit Oscar, comment sont-ils tombés *« Ces héros, boucliers de ton illustre race?
< Comment à tes regards se sont-ils dérobés,
m Pour monter sur les vents , et rouler dans l’espace?
■ Belliqueux habitants du nuage léger,
« A la clarté du météore
■ Leurs traits aériens y poursuivent encore
« Le chevreuil fantastique et le daim mensonger, (a)
D’ÔSSIAN. *41
« Cormalo^ Inirépondle vieillard tontenlarmes,
« Dans mon palais hospitalier,
« De mes fêtes nn jour vint partager les charmes.
« Rien n effaçoit alors cet aimable guerrier;
« Dans ces jeux qne la paix inventa pour la gloire « Il remporta les prix de la valeur ; n Mes guerriers à son bras cédèrent la victoire ,
« Ma fille a sa beaute bvra son jeune cœur.
« Mes fils étoient absents. Au retour de la chasse,
■ Quand ils eurent appris qu’un étranger heureux " « Avoit de tous les miens domté la noble audace,
« Des larmes de dépit coulèrent de leurs yeux.
« Argon et Co/vna/o joutèrent à la lance; rt Qui pouvoit résister au premier de mes fils?
« Cormalo terrassé cacha ses noirs soucis,
« Mais nourrit dans son cœur des projets de vengeance. « Mes généreux enfants raccompagnoientunj[our « An fond des bois^ peuplés de biches vagabondes:
« Ses fieches fendent l’air..,' dans ces forêts profondes « Ils tombèrent les fils que' pleure mon amour.
« Le perfide revient; il enlevé ma fille,
« Il l’emmene avec lui dans ses états lointains ;
« Et Normal^ délaissé de. toute sa famille,
€ Languit dans son palais , jouet 'des noirs destins.
« Cependant l’ombre fait’: le jonr qni lui succédé
ai
« Disparolt à son tonr; et mes yeox éperdas a Cherchent^ mais vainement, les fils quej’ai perdus. « Rien ne soulage, hélas ! la donlenr qui m’obsede. a Runaro tont-à-conp entre dan» le palais, a Runaro^ chien léger, bondissant, et fidele,
« Qui sur les monts déserts et dans les bois épais « Ânx ordres dn chasseur ne fut jamais rebelle;
a Sa langue s’echappoit de son gosier brûlant :
« Il me regarde, et sort de ma triste demeure.
« Plein de trooble , après lui , je m’élance sur l’heure , « Et jusqu’au fond du bois il me guide en hurlant.
« O désespoir ! Normal sur la terre sanglante « Retrouve ses enfants percés du trait mortel...
« Dans ce tombeau,que baigne une onde murmurante, « Ils dorment tous les trois du sommeil étemel.
— « Crugal^ Conor^ chefs de mon pere,
. « S’écrie Oscar ; bataille à Coimalo!
« Rassemblez sur mes pas mon ébte guerriere ;
« Nous allons aujourd’hui sur les bords du Lano.
Us s’engagent soudain dans le désert aride:
Tels on voit s’entasser des nnagés brûlants ;
De leur sein ténébreux s’échappe un jour livide.
Et des tonnerres sourds résonnent dans leurs flancs.
Séja dn cor guerrier les éclats retentissent;
Ses bois profonds l’écho gémit ;
Les vagues du Lano bondissent;
Et Cormalo lui-même en son palais frémit.
A la voix de ses chefs s’élance chaque armée :
Le lâche Cormalo meurt sous les traits üOscar: Mon fils rend â Normal sa fille bien-aimée^
Et regagne Morven^ béni par le vieillard.
Quelle fat à'Ossian la surprise joyeuse Quand sur les flots lointains et d’écume blanchis n apperçnt les mâts du vaisseau de son fils !
Le voyageur, quand la nnit ténébreuse D’épais brouillards Voile les monts déserts, Quand les morts, s’échappant des rochers entr’ ouverts. Traînent en longs soupirs une voix sépulcrale.
Avec moins de transport, voit briller dans les airs Un doux rayon de l’aube matinale.
Nous conduisons Oscar au palais de Motyen.
Autour de lui chaque guerrier s’empresse ;
Et moi sur ce héros , seul fruit de mon hymen ,
Je répands quelques pleurs de joie et de tendresse.
Vous, qui voyez encor la lumière des cienx.
Conduisez Ossian sur ses vertes collines ;
Qu’assis au pied du roc, sous les ombres voisines
344 POESIES b’OSSIAN.
Da condrier mobile, on du cbéne nonenx,
D’un torrent éloigné j’éconte le mnrmnre.
kïmAhXe Malvina^ chante l’hymne dn soir.
Viens de tes donx accords essayer le ponvoir.
Et console les matix qne ina foiblesse endure ; Qu'à ta voix le sommeil, descendu sur mes yen'x, S’empare de mon ame , et ferme mes paupières ! Songes de ma jeunesse, à tous, songes heureux! Environnez mes sens de vos donces chimères.,.. Je vais m’eatretenir avec tous mes aïeux.
NOTES
(i) Fingal,
(a) Ceci est conforme à l’opinion mytholngiqne des anciens Ecossais, qni pensoient qn’après la mort les gnerriers se livroient dans les airs anx plaisirs d’nne chasse fantastique.