‹ Ossian poésies galliques en vers françaisChapitre 34 sur 38 · UTHAL · texte numérisé non relu

UTHAL

I^Airs râge des combats, dans l’âge de l’amonr. Des belles, des héros, triomphant tour-à-tonr, TJthal^ fils de Ronnan^ avoit un cœur barbare: Contre son pere nn joqr sa haine se déclare ; n le charge de fers, et le plonge soudain Dans une grotte humide, où jamais le matin De ses rayons épars , sut la noire btuyere Ne fit briller la doues et joyeuse lumière.

Nul chêne, dans la nuit, n’éclairoit de ses feux La morne obscurité de ce séjour affreux,

Et les mugissements des vagues courroucées Seuls du vieillard par fois y troubloient les pensées.

. Snithoi son vieil ami , les yeux mouillés de pleurs. Arrive , et de ce roi nous apprend les malheurs. Fingal tremble et pâlit : trois fois dans sa colere U saisit, furieux, la lance de son pere;

Trois fois de ses combats le souvenir vainqueur Se réveille en son ame, et retient sa fureur.

Il ordonne à son fils de déployer ses voiles ;

Je pars: déjà le soir, le front paré d’étoiles, Répandbit sur les eaux son éclat incertain :

POESIES D’O S S I A N

Tranqpille, je vogaois, quand, d'un rocher lointain. Les accents d’une voix mélodieuse et tendre Jusqu’au fond de mon cœur viennent se faire entendre.

« Quelle est, me dit Toscar, celte plaintive voix?

O Est-ce l’Ombre d’nn Barde? OssiflW,j’apperçois « Une jeune beauté près de nous gémissante :

« Ses cheveux sont épars ; sa tète languissante « Repose snr son bras éclatant de blancheur....

• Allons, fils des héros , consoler sa donleur. »

Il dit: nons approchons à la faveur de l’ombre. Bientôt l’écho des mers et de la roche sombre Nons apporte une voix qui, parmi les sanglots,

Les soupirs et les pleurs, laisse échapper ces mots:

« Flots murmurants, nuit solitaire,

R Rocher sauvage et ténébreux,

« Dans votre voile funéraire R Recueillez mes pleurs douloureux.

R Au fond de l'antre des tempêtes R Je n’ai pas toujours babiié,

R Long-temps l'éclat de ma beauté R De mon palais orna les fêtes.

« Mon pere me voyoit fleurir

Digih'ed by Googlc

D ’ O s s FA N.

Elle dit. Sa complainte a déchiré nos cœnrs;

De mes yenx malgré moi je seiis couler des pleurs , Et m’avançant vers elle: « O jeune infurtonée!

« A d’étemels ennuis tu n’es point condamnée;

« Les héros de Morven veillent sur tes appas.

« Ponr consoler ta peine en quels lointains climats « Feront-ils resplendir leur lance vengeresse?

■ A ton sort déplorable Ossian s’intéresse.

« Viens, lumière d’amour; peut-être quelquefois

■ Tes hardes à'Ossian t’ont chanté les exploits.

« Viens donc, et suis mes pas sans en être alarmée.

— « Qui ne te connoit pas, llls de-la renommée?

« Le foible à ton aspect sourit de sqn effroi.

« O mon héros ! Nina s’abandonne à ta foi. »

. Elle dit , et descend dans mon vaisseau rapide.

Un léger incarnat rongit son front timide ;

Et, bientôt emportés par les flots bondissants.

Nous touchons d! AltheiUa les bords retentissants. ^ L’aurore en ce moment répandoit sur les plaines De ses pâles rayons les clartés incertaines.

Les chasseurs,, dispersés au fond des bois voisins, Foursnivoient des chevreuils les rapides essaims.

TJ thaï est à leur tète ; entre ses mains vaillantes Resplendissent deux arcs et deux lances brillantes ; Cinq dognes, l’œil ep feu, marchent devant ses pas.

POESIES

Rien n’égaloit, Uthal^ la force âe ton bras,

Ta beantë, ton souris, tes yeux, ta cbeTelnre;

Mais comme on noir.bronillard ton ame étoit obscnre.

Uthal nops apperçoit , sur le bord descendns :

Les chassenrs près de loi s’arrêtent éperdus.

Il s’arrête lui-même, enflammé de colere.

Fait retentir les airs de sa voix téméraire,

Jette un ceildecoorronx sur les chasseurs tremblants. Et dépote vers nons nn Barde en cheveux blancs.

■ Etrangers, dit le Barde, nn destin déplorable

• Vous auroit-il jetés sur ce bord redoutable?

« Vthal régné en ces lieux; Uthal qui n’a jamais

■ Onvert aux étrangers son sauvage palais ;

« Uthal qui ne sait point jouir de leurs conquêtes,

< Ni préparer pour eux la salle de ses fêtes;

• Uthal qni s’applaudit de leur sort rigoureux,

« Et rougit de leur sang ses torrents écOtneux.

« Si Selma vous vit naître, an sein de ses murailles, « Envoyez trois héros, messagers des batailles;

' • Qn’üs aillent , de ce pas , apprendre an vieux Pingal

• Que son peuple a péri sous la lance à'Uthal.

€ Pent-êtreqnelqnejonri^jnga/viéndralui-même.... » — « Lui.* s’écrie Ossiùndans sa fureur extrême:

« Barde insensé, ton roi, comme on timide daim.

« Au seul bruit de ses pas , disparoîtroit soudain.

« Connois-tu bien F ingai? sais-tu., quand il s’avance, « Que la guerre et la mort sont an bout de sa lance, « Que l’éclair de ses yeux embrasedes héros ,

« Et que son souffle au loin en fait rouler les flots <■ Gloire au roi de Morvenl de notre mort cruelle « Tu veux que trois guerriers lui portent la nonvelle. « *0 Barde! s’ils y s ont ^ F ingai saura du moins « Que de notre valeur ces bords furent témoins. ^

Pareil an sanglier qn'nne blessure irrite,

Ossian an combat vole et se précipite. .

Les guerriers à' Altheuta^ près dû U thaï rassemblés. S’opposent vainement 4 nos coups redoublés :

Ossian et T oscar marchent dans le carnage; Altheuta cede, fuit, ou meurt sur le rivage.

Loin du combat, assise an bord des vastes mers. Du vieux Bar .e Lethmal écoutant lés concerts, Nina pâle, tremblante, et les yeux pleins de larmes, Tont-à-conp aux clameurs, au tumulte des armes. Entendant succéder le calme des tombeaux :

« Ab ! que ne suis-je encor seule au milieu des eaux,

■ Dit-elle, et sur la roche escarpée et lointaine « Où du perflde Uthal m’abandonna la haine?

« Mes yeux n’auroient pas vn le coup qui l’a frappé.

POESIES

< Cher et perfide Uthal! de tant d’amonr trompé , t Malgré ta trahison, je ne sois point guérie...

< Redoutables vainqueurs, prenez aussi ma vie. »

Elle s’avance alors , et de son lâche amant Elle voit dans ifieli mains le bouclier sanglant... Eperdue elle fuit... A travers la brtiyere Elle cherche... O douleur! privé de la lumière,

Le sein percé d’un dard, le front dccololré, . . '

Uthal s’offre bientôt à son œil égaré.

À ses côtés sans Voix, sans haleine, elle tombe...

Je les pleurai- tous deux, et j’élevai leur tombe.

Ronnan est libre enfin, et des hymnes de paix Escortent ce vieillard jusque dans son palais, n n’est rien, dans l’excès de son joyeux délire.

Ou qnê sa main ne touche, on que son œil n’admire ; n contemple sur-tout, avec ravissement,

Ces armes, des héros antique monument.

Ces arcs, ces boùclièrs'qiie le bras de ses peres Suspendit antrefois'à ces' voûtes guerrières.

On chanta devant lui nos exploits belliqueux : Lni-méme avec transport nous bénit ; mais ses yeax ■ De son coupable fils cherchoient encor la trace.

Nous lui dîmes qn'Uthal^ puni de son audace ,

Perdn dans l’épaisseur des plus sombres forêts.

T cachoit loin de noas sa honte et ses regrets. " Mais U thaï reposoit étendu sons la pierre, Froid, immobile, sourd aux accents de la guerre.

Nous fendîmes alors les flots de l'Océan,

Nous gagnâmes, ilfori/en; et l’heureux Ossian Sur ses vaillantes mains, à la gloire fideles. Sentit couler encor les larmes paterneUes.

aa

Page 1