‹ Ossian poésies galliques en vers françaisChapitre 4 sur 38 · DISCOURS · texte numérisé non relu

DISCOURS

inspirer la vertu : de nos jours ils la supposent dans ceux qui se plaisent à les lire ; et si je savois un héros qui aimât Ossian comme Alexandre aûhoit Homere , je répondrois par cela même de la bonté de son cœur.

Les Dieux de la Grèce ont vieilli ; l’imagination s’est lassée de les- trouver , de les admirer par-tout sous leurs innombrables formes. La mythologie ^Odin révolte même les peuples du Nord ; ils ne peuvent soitger sans horreur à son Vaxhalla , palais effroyable où le destin des ^lerriers est de se ranger en bataille , dé se tailler en pièces , de renaître pour s’égorger, dé nouveau, et de boire la biere forte dans le crâne sanglant d’un ennemi. Le seul avantage de ces horribles fictions est d’accoutumer aux périls et de fortifier la valeur. Tel est aussi le but que se propose d’atteindre et qu’atteint en effet la mythologie ài Ossian. Mais il n’a pas besoin pour cela de constituer l’homme en éternel état de guerre; aucune goutte de sang ne rougit son palais aérien ; les héros n’y conservent leurs boucliers et leurs lances qu’en

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mémoire de leurs combats et de leurs triomphes;- ils s’y réconcilient avec. ceux qu’ils ont jadis détestés et combattus ; ils y retrouvent tous les objets de leurs affections. Le diraije ? sous le rapport mythologique Ossian ne l’emporte pas seulement sur Odin^ il peut encore être mis en parallèle avec les Grecs.

Les Grecs puisèrent leurs fictions dans leur esprit; Ossian trouva les siennes dans son cœur. Ses Ombres durent avoir sur les choses d’ici-bas plus de pouvoir que n’en^obtinrent leurs Dieux ; elles y tenoient par des rapports plus directs ; elles s’y rattachoient par des nœuds plus forts. Un pere, du haut d’un nuage, appelant son fils aux' exploits, et lui donnant pour exemple sa propre vie , étoit sans doute mieux écouté que Mars agitant son panache d’or. Quelque belle que fût Vénus , elle ne pouvoit , aux yeux d’un amant , égaler les charmes d’une amante. D’ailleurs les divinités du paganisme ne s’offroient pas sous des traits connus ; il falloit les deviner en partie : il étoit même difficile de saisir leurs vrais attributs ; ils varioient à l’infini ; cha-

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que poète les modifioit selon son caprice on son goût ; on jnettoit en problème jusqu^à l’origine des personnages célestes : on ne savoit comment concilier leurs passions , et servir l’un sans déplaire à l’autre : on ignoroit lequel étoit Iç plus Ténérable du Ciel ou de Jupiter,, lequel étoit le plus vil de Mercure ou de Vulcain , laquelle étoit la plus chaste de Minerve ou de Diane. Les Dieux du second ordre n’inspiroient que peu de crainte ; les demi -Dieux, que, peu de respect; toùs prenoient part aux foiblesses , aux passions humaines ; et, 'dans ce conflit , dans ce chaos, l’homnie hésitbit',. incertain de ses devoirs comme de leurs droits. Combien la mythologie du bardé est plus simple, plus naturelle, plus, consolante sur -tout! Qu’est l’Elysée, par exemple , auprès du palais aérien ? Connoît-on d’avance les êtres qu’on y trouvera ? Prévoit-on d’une maniéré positive les déci-

sions de Minos? non, sans doute ; 4’incertitude arrête la consolation; et quand on perd

un objet aimé , on peut craindre de le perdre pour toujours. Trois juges infernaux pro-

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