FRAGMENT DU POEME DE FINGAL
C'iTOiT la voix d'Oscar... rarement dans un songe
Son Ombre vient me consoler...
Je lui parlois... Le jour détruit ce doux mensonge. Et je sens que mon ame est prête à s'envoler. Le fantôme d'Oscar remonte dans sa nue ; Sa robe ^e vapeurs , flottante au gré des vents , Sous les feux du soleil resplendit à ma vue, Et l'or de l'étranger brille en ses plis mouvants. Tu vis, mon cher Oscar ^ dans ce cœur qui t'adore ;
Mes larmes coulent dans la nuit ,
3Ies larmes coulent à l'aurore ,
Mes larmes, quand le jour s'enfuit.
Demandent à couler encore.
Hélas! comme un jeune arbrisseau
Qu'un zéphyr matinal balance
Sur l'onde pure du ruisseau,
.le fleurissois en ta présence.
Le souffle brùlaat de la mort
ii4 POESIES
A desséché mon verd feuillage :
Mes compagnes plaignent mon sort Et les ennuis de mon veuvage :
En vain pour réjouir mon coeur Leur main sur la harpe voltige...
Ces accords blessent ma douleur; Tout m'importune, tout m'afflige.
Os SI AN.
Ta voix s'est fait entendre à mon cœur agité ; Oui , le cœur du vieillard répond à ta tendresse. Quand notre ame est en paix, il est dans la tristesse
Une secrète et douce volupté ; Mais un chagrin profond lentement nous consume. O ma fille! des maux, que souffre ta beauté,
Puissent mes chants adoucir l'amertume !
Nous goûtions dans Selma les charmes du repos : Autour d'un chêne en feu nous écoutions mon père Racontant les combats des antiques héros;
Et près de lui Fillan , mon jeune frère, Poussoit, à ce récit, de belliqueux sanglots : Mon fils, lui dit le roi, j'aime ta noble audace; J'ai vu briller ta lance, et ton père joyeux
S'est enorgueilli de sa race ; Sois l'égal de Tremnor^ ce chef de nos aïeux ,
Dès son enfance instruit à la victoire;
D'O s s I A N. ii5
Son glaive renommé veilla sur nos climats ;
Il s'éteignit enfin dans les combats ; Mais la harpe guerrière éternise sa gloire. J'avois ton âge et presque ta beauté Quand à mes yeux, plus fraîche que l'aurore, Plus blanche que le cygne au plumage argenté. Ou le lis embaumé que Morven voit éclore, Pour la première fois s'offrit Eçélina:
Je traversois la forêt de Cona ;
Quelques braves suivoient ton père:
Un cri plaintif, parti de la bruyère , Glace mon cœur de surprise et d'effroi ; Nous approchons : Evélina tremblante Me reconnoit, et s'avance vers moi; Sa chevelure, au gré des vents errante. Voile à demi son sein mouillé de pleurs, a Fille de la beauté, d'oii naissent tes douleurs.'' " Quel dessein te conduit dans ce bois solitaire .•*
.< Instruis Fingal de tes malheurs ; « Il est pour l'infortune un astre tutélaire»
— et C'ief des combats, toi que Morven révère^
i< Toi dont le Barde a consacré le nom ,
« D'un roi puissant à qui je fus bien chère
« Tu vois en moi le dernier rejeton:
« Mille guerriers brillèrent pour mes charmes.
ii6 POESIES
« Et les rochers du sourcilleux Croma « Plus d'une fois virent couler leurs larmes : " Le noir Bolbar m'apperçut et m'aima ; « A fuir de mon palais son amour m'a contrainte.
— « Qu'il vienne ce sombre guerrier; « Fille de l'océan, repose-toi sans crainte « A l'abri de mon bouclier. «
Sur les mers , à ces mots , je promené ma vue ; Bientôt dans le lointain, comme une épaisse nue, S'avance de Bolbar l'esquif audacieux ; Le vent du nord mugit dans sa voUe étendue, Et son poids ouvre au loin un siUon écumeux :
Noble étranger, enfant de la tempête,
Dis-je à Bolbar^ Selma brille de feux;
De mon retour on prépare la fête :
Viens écouter nos chants, et t'asseoir à nos jeux. Le traître me répond par un affreux sourire ; Il bande l'arc fatal .... le trait siffle soudain
Eçélina chancelle, tombe, expire
« Applaudis-toi du sang qu'a répandu ta main ;
.( Il est aisé d'immoler une femme :
i. Mais 1 e bras de Fingnl sait punir l'assassin. »
Nous combattons; la rage qui m'enflamme En ma faveur fait pencher le destin ;
Bolbar vaincu roale dans la poussière:
Il ose ni'adresser une lâche prière; Mais sans pitié je lui perce le sein; Et de son corps, gisant sur la bruyère, Laigle des monts vient repaître sa faim.
LATHMON.
Lathmon , fils de Nuath, prince breton, profita de l'absence de Fingal , qui étoit en Irlande , pour faire une descente dans le pays de Morven. Il s'avança jusqu'à la Tue du palais de Selma. Mais comme il étoit sur le point de l'assiéger Fingal arriva : Lathmon se retira sur une colline, où il fut surpris pendant la nuit, et fait prisonnier par Ossian et par Gaul , fils de Morni. Le poème commence au moment ou Fingal paroît sur la côte.
\J Selma ^ dans tes murs quelle effrayante paix! Aucun son de tes bois ne trouble le silence ; En des climats lointains Fingal levé sa lance. Et le deuUet la crainte habitent son palais : Les filles de Morven ont devancé l'aurore ; Leurs yeux mouillés de pleurs s'égarent sur les eaux. . . . Mais le fils de Conihal ne paroît point encore, Le vent du nord mugit, et retient ses vaisseaux.
Quel est ce noir torrent qui descend des montagnes Et roule avec fracas ses flots tumultueux?
POESIES DOSSIAN. 119
C'est Lalhmon ; son armée inonde nos campagnes. Et porte vers Sebna ses pas impétueux : Ivre d'un fol espoir, il s'arme pour abattre L'orgueil de ce palais connu des nations : Les braves sont absents; contre ces bataillons Les vierges de Selma doivent-elles combattre? l'huis, superbe étranger, fuis.... sur les flots lointains Vois-tu se déployer nos voiles ondoyantes? Fin gai, vainqueur des flots, des vents, et des destins, Ramené sur nos bords ses cobortes vaillantes.
Nous entrons dans la baie: 0«s/fl« furieux Monte sur la colline, et son œil intrépide Voit rouler dans la plaine une foule homicide : Trois fois son bouclier rend un son belliqueux ; A ce son imprévu la bicbe épouvantée S'enfuit, en bondissant, vers sa grotte écartée; L'ennemi m'envisage , et mon aspect fatal Du péril qui l'attend est pour lui le signal; .le parois à ses yeux comme un sombre nuage Qui pesé sur les airs et recelé l'orage.
Assis en ce moment près du ruisseau joyeux, Et le front appuyé sur un bâton noueux, Monii s'entretenoit des batailles antiques. Gaiil, son fils, écoutoit ses récits héroïques ; Ils charment son oreille^, et remplissent son cœur D'un n^lange nouveau de respect et d'ardeur;