‹ Ossian. Poesies galliquesChapitre 6 sur 29 · DU FANTOME DE LODA · texte numérisé non relu

DU FANTOME DE LODA

^/ u v N D reviendra ma brillante jeunesse ?

Resplendissant sous mes armes d'airain, Quand iral-je aux combats déployer mon adresse, Et de tous ses forfaits punir un souverain? O Sehna! je revois tes riantes collines : Fijigal s'offre à mes yeux entouré des héros Qui reviennent vainqueurs des nations voisines. Mon père est an milieu des Bardes mes rivaux: Ils chantent ses exploits, sa douce bienfaisance, La force de son bras craint même par les morts; Et le roi de Mori>en^ appuyé sur sa lance. Ecoute en souriant leurs belliqueux accords. Quels regards il lancoit aux jours de sa colère î Que ses yeux étoient doux au sortir des combats ! Mais, hélas! il n'est plus, ce guerrier tutélaire; L'œil ne peut retrouver l'empreinte de ses pas ; Sur sa tombe, que voile une mousse ondoyante,

POESIES D'OSSIAN. 8i

Le chevreuil dn désert paît l'herbe verdoyante. Souvent pour la toucher de mes tremblantes mains J'y traîne ma doulear et mes pas incertains. Approche, Malvina; d'une douce lumière Les phosphores du soir rempUssent mes forêts. Asseyons-nous tous deux sur la pâle bruyère; Par des hymnes tous deux endormons nos regrets. Apporte de Sehna la harpe secourable; Unis ta voix lé-gere à mes tristes accents : Le Barde va chanter un combat mémorable.... Vois ce qu'étoit Fingal à la fleur de ses ans.

L'ombre voiloit et les monts et les plaines ; Tout reposoit dans les camps ennemis ; Les casques d'or des guerriers endormis Etinceloient au feu mourant des chênes.

Mon père seul, consumé de chagrin.

Au doux sommeil se déroboit encore, Et promenoit son regard incertain Sur les débris du palais à'Inistore.

Déjà Cathlin sur un lit de frimas S'étoit assis, et sourioit au monde.

Dans les détours de la forêt profonde A sa lueur Fingal porte ses pas :

Soudain les vents se heurtent et mugissent .

Du firmament les clartés s'obscurcissent, Et, du milieu d'un nuage entr'ouvert, Fond à grand bruit un fantôme homicide, De feux, de sang, et de terreur couvert : Un glaive ardent arme sa main livide ; L'éclair jailUt de ses yeux irrités ; La mort s'étend sur son visage pâle.

Et les accents de sa voix sépulcrale Grondent au loin par l'écho répétés.

¥ingal sourit à cette horrible vue ; Et, s'avançact vers le spectre jaloux:

« FUs de la Nuit, retourne dans ta nue, a Et sur tes vents échappe à mon courroux; .1 Pourquoi t'offrir sous ta forme hideuse ? « Te flattois-tu d'intimider mon cœur?

« Que peut, dis-moi, ta lance nébuleuse, a Ton arc de neige , et ton glaive imposteur ? •i Jouet des vents tu roules daus l'espace, « Et tu croirois m'inspirer quelque effroi... « Fantôme vain, fuis, et dérobe-toi " Au châtiment dont mon bras te menace. — « Ignores-tu qu'en ces bois révérés c< Un peuple entier se prosterne et m'implore : « Dois-je quitter l'enceinte où l'on m'adore, « Où tout fléchit sous mes ordres sacrés.' ! A mes accents les tempêtes rugissent;

j« Mon souffle exhale et la guerre et la mort ; « Des nations mes mains règlent le sort, « Et devant moi leurs rois s'eTanouissent ; « Tandis qu'assis sur mon trône d'azur, B Enseveli dans une paix profonde, « J'entends gronder les orages du monde a Flottant sous moi comme un brouillard obscur. « Repose donc sur ton trône mobile,

• Et laisse-moi poursuivre mes desseins. « Fi nga l iamais troubla-t-il ton asyle?

« Va, contre lui tes efforts seront vains. « De l'ennemi les tribus menaçantes « En le voyant frémissent de respect : « Fingal connoît tes armes impuissantes; « Epargne-lui l'horreur de ton aspect.

— n Roi de Morven^ regagne ta patrie; n J'appaiserai les vents impétueux:

M Embarque-toi; des flots tumultueux

• Mon bras puissant calmera la furie.

n Ton adversaire est le roi de Sora :

" Depuis long-temps je veille sur sa gloire;

e En ce moment il assiège Lora^

:: Et mon secours lui promet la victoire.

•< Fuis donc, ou crains ma trop juste fureur. «

L'Ombre, à ces mots, penchant sa tête informe,

Contre Fingal pousse une lance énorme :

Mais le héros rappelle sa valeur ; Il fait briller son glaive redoutable, Frappe, et l'acier perce le corps trompeur. L'Ombre vaincue en jette un cri d'horreur. Roule dans l'air sa masse épouvantable, Et se dissout en humide vapeur.

COMALA.

Page 1