‹ Ossian. Poesies galliquesChapitre 8 sur 29 · COM AL A · texte numérisé non relu

COM AL A

Fingal dort d'un sommeil paisible . .

Réponds, sinistre messager;

Celui qui bravoit le danger

N'est-il plus qu'une ombre insensible '.

HlDALLAIf.

Oui, le chef du peuple est tombé:

Ses guerriers mesurent la plaine ; Aux rigueurs d'une mort prochaine Le hasard seul m'a dérobé.

Que par-tout la mort t'environne, Transfuge de nos étendarts, Qui, du trouble où je m'abandonne^ Repais tes avides regards !

Qu'une amante désespérée, lémoin de ton juste trépas.

Sur ta tombe déshonorée Pleure et meurtrisse ses appas.

Barbare, ton récit coupable Comble l'horreur de mon destin :

Sans toi le malheur qui m'accable Pourroit être encore incertain ; Un arbre, un rocher, un nuage, Auroient pu séduire mes yeux.

Et m'offrir la trompeuse image De mon héros victorieux.

BOSMIN A.

Quel drapeau dans l'air se déploie ?

Quel bruit entends-je sur An'en?

Comalaf renais à la joie, Voici les braves de Morven,

Fin G AI..

Dépositaires de la gloire, Bardes , commencez vos concerts ; Et que les chants de la victoire Retentissent dans ces déserts, O Comala, fille charmante, Viens applaudir à mes exploits ; Sors de tes rochers, mon amante, Que j'entende ta douce voix.

go POESIES

C o M A. L A , ( croyant parler à l'Ombre de Fingal. >

Emporte-moi dans tes nuages, Ombre si chère à mon amour.

Fin GAI..

Fingal des vents et des orages N'habite pas le noir séjour; Il a revu l'objet qu'il aime,

n le presse contre son cœur

Comala , reviens à toi-même , Et souris à Fingal vainqueur.

Comala.

C'est mon héros. . . . ma main tremblau!»^

Touche son invincible main ;

Voilà ses traits, son front serein,

Et sa chevelure flottante

Au souffle des vents du matin.

Mais quoi ! . . . mes forces s'affoiblissent ....

Je cède à l'excès du bonheur ;

Et déjà mes yeux s'obscurcissent

Chargés d'une noire vapeur.

HlDAH-AH.

Elle expire . . . . O douleur tardive !

Pourquoi d'une amante craintive Ai-je éveUlé le désespoir ?

Mes yeux ne pourront plus la voir Foroer la biche fugitive ; Et nul dans le calme du soir N'écoutera sa voix plaintive.

Fi If G A. !..

Jeune homme aux farouches regards , (i) Eloigne-toi, fuis ma présence; Abandonne mes étendards.

Et dans la honte du silence Va languir parmi les vieillards.

Vous, Bardes, chantez cette belle; Chantez au bord de ce torrent ; Et qu'une plainte solemnelle Console ce fantôme errant.

Comala repose sans vie ; Ses yeux sont éteints pour jamais ; Le trépas, d'une ombre ennemie.

Enveloppe ses doux attraits.

Quand rouvriras-tu ta paupière , O la plus belle des beautés ?

Quand viendras-tu sur la bruyère

Presser les daims épouvantés?

Aussitôt que la nuit obscure Aura bruni l'azur des cieux, Oli ! reviens enchanter nos yeux.

Laissant flotter à l'aventure Les plis du voile nébuleux Qui va le servir de parure.

NOTE

(i) Les rois n'infligeoient à leurs sujets aucune peine capitale. Fingal, désespéré de la mort de Coniala victime d'un faux rapport, se contente de bannir Hidallan. De tous les affronts c'étoit le plus sensible pour un guerrier : peu y survivoient; plusieurs se donnoient la mort, ou la dcmandoient à leurs pères. La cause de ce désespoir découloit de la croyance où ils étoient que l'ame d'un guerrier banni par son chef devoit, avant d'être reçue dans les nuages , gémir plusieurs siècles au bord des torrents bourbeux, ou dans des plaines arides.

LA MORT D'HIDALLAN.

L)v palais de Morven pour jamais exilé , Hicfallan furieux, l'œil morue, éclievelé, Franchissant les torrents, les rochers , les bruyères, Regagnoit tout pensif l'asyle de ses pères. Durant trois jours entiers il erra sur les monts; Et déjà le soleil, couronné de rayons Faisoit de pourpre et d'or resplendir l'étendue, Quand les tours du Bal\>a s'offrirent à sa vue. Son père en ce moment sous un rhêne voisin Respiroit la fraîcheur et l'air pur du matin ; Ses yeux depuis long-tempg étoient voilés par l'âge ; Seul an Lord du ruisseau, dans son désert sauvage. Il songeoit à son fils, espoir de ses vieux ans, Et des siècles passés il murmuroitles chants. Soudain à sou oreille un bruit confus résonne Le vieillard attentif et se tait, et frissonne: II- pressent le retour de son fils bien aimé.

Lamok.

Entends-je à'Hidallnn le pas accoutumé.^

Ou bien n'est-ce qu'une ombre errante, fugitive, Qui près de moi s'arrête et gémit sur la rive? Mon lîls, as-tu péri sur les bords du Carron , Et ne me reste-t-il que ta gloire et ton nom ? Mais , si tn vis encor, qu'as-tu fait de nos braves ? Ont-ils perdu le jour? hélas! sont-ils esclaves? Jadis , avec la paix regagnant tes foyers. Tu me les ramenois au bruit des boucliers.

Mon père, les héros si chers à ta mémoire

Vivent pour les combats , et se couvrent de gloire

De gloire.... il n'en est plus pour ton fils malheureux: Le destin me condamne à languir dans ces lieux , Tandis que, loin de moi, plus prompt que le tonnerre Le fer brille sanglant sur l'aile de la guerre.

Ah ! lorsque les périls invitoient les héros, Tes aïeux s'indignoient des douceurs du repos. Regarde cette tombe on sommeille mon père ; Chargé d'ans et de gloire il finit sa carrière : N'entends-tu pas sa voix qui me crie : « O mon fils a Que fais-tu loin de moi? tes destins sont remplis

y6 POESIES

« Viensjoindre ta dépouille à ma cendre honorée : y Tombe de Germalon , tombe si révérée , Dans ton sein désormais peux-tu me recevoir ? Hidallan, mon orgueil, a tralii son devoir.

HlDALLAN.

Roi du somire Balva^ n'afflige point mon ame; Ah ! le même courage et m'anime et m'enflamme : Ne me reproche point une molle langueur; Vois quel est mon destin, et connois sa rigueur. Fingal, de Comala pleurant la mort fatale, Charge de cette mort ma tendresse rivale. Il me défend la gloire , et dérobe aux combats Par un ordre jaloux ma jeunesse et mon bras : « Retourne, m'a-t-il dit, retourne dans tes plaines ; « Va , cours te dessécher aux bords de tes fontaines , tt Comme un sapin vieilli dont la neige et les vents CI Vers la terre ont courbé les rameaux languissants.

Lai

Lorsque mes yeux en pleurs, du sommet des nuages. Tomberont sur ce« bords témoins de mes outrages, Naissez, épais brouillards, fils de l'obscurité.

Et cachez Hidallan à son père irrité !

Plains un jenne guerrier que son chef déshonore. Mais pour te consoler que puis-je faire encore? Dois-je porter ma lance en de nouveaux climats? Sur ces monts , couronnés par d'éternels frimas , Si je poursuis le daim, la biche aux pieds rapides, Si Branno^û Luath^ mes dogues intrépides, Forcent le sanglier dans ses retranchements. Souriras-tu, mon père, à ces amusements. Et, le cœur satisfait , le front brillant de joie. De tes tremblantes mains toucheras-tu ma proie ?

Aux murs de ce palais bâti par mes aïeux Le fer de Germalon va s'offrira tes yeux. Prends , mon fils, prends ce fer , et l'apporte à ton père. Hidallan obéit. « Près de cette onde claire, « Ditencorle vieillard, et sous le chêne épais, « Dans son asyle étroit ton aïeul dort en paix; « Guide mes pas ». A peine il en touche la pierre : M Toi, dont l'œilnébulenx veille sur cette terre.

o Illustre GermaloUf du haut du firmament

« Contemple ta famille à son dernier moment.

« Comme sa honte, hélas! sa douleur est extrême. >

Il dit, frappe son fils, et se frappe lui-même.

lW/». »/*/».«

LORMA.

SUJET

Fingal , à son retour d'Irlande d'où il avoit chassé Swaran , donna une fête à tous ses héros : il oublia d'inviter Maronnai et Mathos , deux chefs qui ne Tavoient point accompagné dans son expédition. Ils conçurent un vif ressentiment de cet oubli , et passèrent au service A^Erragon , l'ennemi déclaré de Fingal , et roi d'un canton de la Scandinavie , appelé Sora. La valeur de Mathos lui acquit bientôt une grande réputation dans Sora ; et Lorma , femme d'JS'rragon , conçut pour lui une violente passion. Il trouva les moyens de s'évader avec elle , et de revenir auprès de Fingal , qui demeuroit alors à Se/ma. Erragon fit une descente en Ecosse , et fut tué dans le combat par Gaul, fils de Morni , après avoir rejeté les propositions de paix que Fingal lui avoit offertes. Mathos fut tué par Erragon son rival ; et l'infortunée Lorma mourut de douleur.

l^NFAWT de la roche isolée (i), Les doux sons de ta voix réjouissent mon cœur; Ils se mêlent au bruit flatteur

Du clair ruisseau qui baigne la vallée ; Solitaire étranger, sur ces gazons flétris.

Un moment que ton œil s'arrête:

Là , s'élève une tombe au miben des débris Que du sommet des monts a roulés la tempête; Là tu dors, Erragon^ cbef des rois belliqueux : De l'éclat de ton nom Sora n'est plus frappée. Et la rouille des ans a noirci ton épée

Dans le palais de tes aïeux; Un long deuil de tes mers attriste les rivages. O toi, pour les combats, pour la gloire nourri^ "Vaillant cliet'de Sora^ comment as-tu péri

Sur ces bords lointains et sauvages?

Swaran étoit vaincu ; F/«gfl/ et ses guerriers Revoyoient de Selma les murs bospitaliers. Mon père satisfait nous commande une fête : A remplir tous ses vœux cbacun de nous s'apprête; Nous tendons l'arc fatal ; le trait obéissant Va percer dans les bois le chevreuil bondissant ; Et tous vers le palais, pleins d'orgueil et de joie, Nous revenons, chargés d'une sanglante proie. Les Bardes au banquet invitent les héros : Deux seuls sont oubliés. Maronnai et Mat/tos. Un farouche dépit dans leurs yeux étincelle j^ Sinistres, à travers la joie universelle ».

D'O s SI A N. loi

Ils s'élèvent, pareils à deux btouillards errants Qui pèsent sur les flots azurés et riants : L'aquilon est muet, le ciel est sans nuage ; Mais le vieux nautonnier tremble et prévoit l'orage.

« Partons, dit Maronnai y que nos légers vaisseaux a Fendent des mers du Nord les turbulentes eaux : " Mathos^ on nous oublie, et des chefs de l'armée a Nous ne partageons point la fête accoutumée. « Du superbe Fingal quittons les étendards : « Erragon nous appelle à de nouveaux hasards; « Son palais retentit des chants de la victoire: « Viens, et dans ses combats allons chercher la gloire. >

Ils voguent , et bieiitôt arrivent à Sora : De présents et d'honneurs Erragon les combla, Et les vit, sous ses lois, par d'éclatants services Lui rendre chaque jour les destins plus propices. Mais du jeune Mathos la grâce et la valeur De l'aimable Lorma surent toucher le cœur. Epouse à' Erragon^ Lorma dans son aurore Brilloit comme la fleur que le printemps colore ; Ses yeux charmants rouloient dans les feux de l'amour: Assise chaque soir au sommet d'une tour, Elle s'entretenoit des peines de son ame : Lasse enfin de combattre une amoureuse flamme. Elle fait à Mathos le plus doux des aveux; Et du palais des rois ils s'éloignent tous deux:

Tous deux gagnent Moryew. Les regards de mon père

S'allument à l'instant d'un feu sombre et sévère:

« Infidèle Mathos^ lui dit-il, est-ce à moi

« D'appaiser la fureur d'un époux et d'un roi?

« Dois-je contre Erragon défendre ces murailles,

« Et briser dans ses mains la lance des batailles?

« Injuste ravisseur, qui voudra désormais

« Recevoir mes guerriers an sein de son palais?

« Retourne dans tes bois, va dans leur solitude

« Déplorer et ta faute et ton ingratitude :

« Tu rallumes la guerre en ces tristes climats.

« O mon père! ô Tremnorl des ombres du trépas

'< Tois quelle est de ton fils la fatale vieillesse :

« Au milieu des combats j'ai passé ma jeunesse;

M Faut-il, hélas! faut-il combattre de nouveau,

« Etmarcherdanslesang jusqu'auxbords dutombeau?

« O Morven! l'avenir se découvre à ma vue ;

« Je vois sur mon palais la tempête étendue

« En écraser les murs si long-temps glorieux.

X Quand la mort de mes fils aura fermé les yeux,

« Une race timide, habitant ce rivage,

« Y trouvera mon nom consacré d'âge en âge,.

« Et de tous mes exploits le brillant souvenir

« Ne paroitra qu'un songe aux siècles à venir. »

Erragon cependant, enflammé de furie j

D'OSSIAN. io3

A la hâte rassemble une foule aguerrie: Il s'embarque avec elle, et déjà nos forêts S'offrent à ses regards farouches et distraits; A peine de Morven ses pieds touchent la terre, Il députe à Selma le Barde de la guerre.

Tous nos jeunes guerriers en ce moment fatal Chassoient dans le désert, éloignés de Fingal. Ce héros, entouré de ses amis fidèles.

De ces hardis vieillards, nos illustres modèles, Se rappeloit près d'eux les antiques combats. Lorsque le vieux Narmor^ précipitant ses pas. Entre dans le palais : « Braves guerriers, aux armes ! « Erragon à sa suite entraîne les alarmes ; >t Son Barde vous appelle aux combats meurtriers. « Prends, lui répond Fingal^ les superbes coursiers « Que nous avons conquis sur les maîtres du monde ; « Et que de mes projets ton zèle me réponde. B Ma fille, tu suivras ce généreux vieillard: « Va trouver Erragon^ et dis-lui de ma part « Que , s'il vient se placer au banquet de ton père, " Nous serrerons les nœuds dune amitié sincère; (( Dis-lui que de Mathos les trésors souverains, « S'il peut les désirer, vont passer dans ses mains; « Dis-lui qu'en mon palais nous sommes sans défense, « Et que l'âge a glacé notre antique vaillance, »

Il se tait. Bosmina, vers le camp ennemi ,

S'avance le front calme et d'un pas affermi; Sa main droite soutient une coupe dorée, Dans sa gauche étincelle une flèche acérée : Sa taille, sa beauté, son souris gracieux, Sur elle en un moment attachent tous les yeux; Et le sombre Erragon de sa douleur extrême A son aimable aspect est consolé lui-même.

« Roi, lui dit Rosrnina^^e t'apporte la paix : « Viens t'asseoir avec nous sous le feuillage épais « Qui voile de Selma les tours silencieuses , « Et laisse reposer tes armes belliqueuses. « Si les trésors des rois peuvent flatter tes sens, « Du généreux Mathos accepte les présents : j II te donne cent chars, cent cuirasses légères, < Cent rapides faucons, cent belles étrangères, « Cent superbes coursiers accoutumés au frein, " Cent dogues a ux flancs noirs,et cent casques d'airaiu: .< D'or et de diamants dix coupes radieuses " Brilleront à Sora dans tes fêtes joyeuses ; » Ou bien, si pour ton cœur, plein de justes regrets^ « Une infidèle épouse a les mêmes attraits, « A ton amour bientôt Lorma sera rendue : « Mais qu'une pai^ durable à ce prix soit conclue. »

— « Fille aimable des rois, lui répond l'étranger, « A fléchir sous Fiiigal penses-tu m'engager.^ « Que lui-même à mes pieds dépose ses richesses.

D O s s I A N. io5

« Qu'il ine cède deux monts, et joigne à ces largesses 1 Les armes qu'autrefois portèrent ses aïeux ; « Mon armée à ce prix abandonne ces lieux. — « Erragon^ dit ma sœur avec nn lier sonrire, " A de pareils traités Fingnl ne peut souscrire. « De l'ennemi jamais il ne reçut la loi : « Regarde, et vois la mort prête à fondre sur toi. » Elle dit, et retourne au palais de mon père. Firigal^ en la voyant taciturne et sévère. Se levé furieux, prend sou armure d'or. Et couvre ses cheveux du casque de Tremnor. Quand il porte la main à sa lance fatale , Le soleil à regret verse une clarté pâle. Un nuage sanglant des cieux voile l'azur. Mille ombres, se penchant surleur brouillard obscnr, Présagent le trépas de cent guerriers célèbres. Et semblent murmurer des chants sourds et funèbres: Une gaieté terrible anime nos vieillards ; Le zèle belliqueux brille dans leurs regards; Tous, songeant aux beaux jours de leur adolescence^ Autour de leur vieux roi se pressent en silence : Ils marchent. Mais soudain les dogues aboyants Annoncent le retour des chasseurs triomphants. Oscar est le premier; Gaiil , Fergits et Dermide S'élancent sur les pas du guerrier intrépide : Néini vient après eux; il porte dans ses mains

io6 POESIES

La dépouilk d'un cerf hôte des monts Toisins.

Ossian les suivoit : il est pensif; son ame.

En songeant au passé, s'attendrit et s'enflamme.

J^otre aspect imprévu fait sourire Fingal:

Lui-même du combat il donne le signal;

Mille glaives, brillant dune affreuse lumière,

Rayonnent à la fois sur la verte bruyère ;

Et trois Bardes plaintifs, commençant leurs concerts.

Du chant de la bataille épouvantent les airs.

L'étendard de Morven dans les cieux se déploie : Assis sur la colUne, et palpitant de joie, Mon père suit de l'œil ses enfants généreux, Et, fier de leur valeur, se sent renaître en eux. Mais le cor retentit, et le combat s'engage : Le farouche Erragon s'enivre de carnage; Des tribus de Morven seul il soutient l'effort. Et sur nos bataillons il promené la mort. Quel est donc ce guerrier qui s'offre à sa colère. Et mord en expirant la sauglanle poussière.*" Pleure, belle Lorma; ton amant a vécu. . . . Gaul s'avançoit alors : il voit Mathos vaincu Au-devant à' Erragon aussitôt il s'élance; A son glaive homicide il oppose sa lance. Le jette sur le sable , et lui perce le cœur. Helas ! il est tombé ce superbe vainqueur ! O Sora., dans tes murs quelle morne tristesse!

Ton roi bouillant d'ardeur, de gloire, et de jeunesse, Ne te défendra plus contre tes ennemis.... 1 1 dort sur la colline auprès de ses amis : La victoire à sa mort ne fut plus indécise. Près d'un cliène enflammé languissamment assise, Lorma veilloit alors au palais de Matlios : Elle attend le retour de l'aimable béros. Sur la plaine déjà la nuit est descendue; La cascade du mont s'arrête suspendue; Le zépbyr est muet; et Lorma dans les pleurs En mots entrecoupés exhale ses douleurs :

« Mailios ne revient pas ; la tristesse et la crainte

« Peuplent de son palais la solitaire enceinte :

« .Aimable et beau chasseur, qui peut te retenir.''

« Hélas ! avec le soir tu devois revenir !

" Le cerf, que poursuivoient tes flèches meurtrières,

« T'aura-t-U entraîné par-delà nos bruyères.'

u Les étoiles du soir s'élèvent sur les monts.

« Pourquoi n'entends-je pas tes dogues vagabonds?

« Descends, ô mon amour! descends de ta colline, n

Elle dit , et se tait : sur la roche voisine

Un fantôme se montre à ses yeux effrayés ;

De poussière et de sang ses cheveux sont souillés;

Son bras agite encore un tronçon de sa lance :

Il s'arrête, soupire, et s'éloigne wi silence.

io8 POESIES

Lonna comprit alors que Mathos n'étoit plus:

Pâle, d'un œil avide, et les sens éperdus,

Le long de la bruyère elle suit lOmbre errante.

J'entendis les sanglots de sa voix déchirante;

Tel murmure un zéphyr à travers le gazon

D'un antre solitaire ou d'un sombre vallon.

Jusqu'au champ de bataUle enfin elle se traîne:

EUe trouve Mathos étendu sur l'arène....

La mort deux jours après termina ses douleurs :

Les Bardes attendris chantèrent ses malheurs.

Tous les ans, quand l'automne et l'humide froidure

Dépouillent les coteaux de leur fraîche verdure,

Les filles de Morven pleurent cette beauté.

Solitaire habitant de ce roc écarté (2), Tu foules une terre en batailles féconde : Chante ces morts , la gloire et la splendeur du mond« Quand la reine des nuits, commençant à briller. Luira dans la caverne où tu dois sommeiller. Sur un rayon tremblant que Lonna descendue, Rêveuse, et bcUe encor, se présente à ta vue : Tu l'entendras gémir; elle pleure toujours, Et redemande aux vents l'objet de ses amours.

(i) Ossian adresse ce poème à un des premiers missionnaires chrétiens qui furent envoyés en Ecosse. On les appeloit Culdées^ c'est-à-dire solitaires, à cause de la vie retirée qu'ils nienoient.

(2) Le poëte parle au solitaire à qui il a adressé ce poëme.

MINVANE.

JL) V haut d'un roc, voisin des mers,

Solitaire, triste, muette,

Mirn'ane^ sur les flots amers,

Egaroit sa vue inquiète:

Elle apperçut tous nos guerriers.

Couverts de leurs armes brillantes

Du sein des combats meurtriers

Ils revoloient vers leurs amantes.

Mais Rino n'est point avec eux,

Rino que Minvaiie idolâtre :

Des pleurs obscurcissent ses yeux:

Elle frappe son sein d'albâtre.

Et de ses cris trouble les cienx :

< Couché sur la verte prairie,

a Dort-il mon invincible amant?

n Le bras qui l'étendit sans vie

« Etoit donc un bras bien puissant !

t II n'est plus celui que j'adore.

:< Zéphyrs , qui frémissez encore

'< Dans les flots de mes longs cheveux,

. Zéphyrs, interrompez vos jeux;

POESIES DOSSIAN.

< Cessez de parler à la rose

< Le doux langage des plaisirs ;

< A mes pleurs mêlez vos soupirs ; ■ Loin de moi mon amant repose.

< Où sont ses dogues vigilants, :i Son bouclier impénétrable,

< Son arc, ses traits étincelants?

< Hélas ! peut-être sur le sable

!< Ses armes roulent au hasard ;

i< Peut-être un vainqueur implacable

^ De cette dépouille honorable

" Réjouit son affreux regard.

> Cher Rino , la voix de l'Aurore

K Ne te dira-t-elle jamais :

« La nuit rentre dans son palais;

■< D'un J'en pur l'horizon se dore :

a Jeune chasseur , éveille-loi ,

« Prends ton arc , et répands l'effroi

<i Dans les forêts que je colore.

« FiUe du jour, cache tes feux :

« L'ami de Minvane succombe ;

n Les cerfs bondissent sur sa tombe,

« Ils foulent son arc paresseux.

c( Mon héros, dors en assurance;

« Ton sommeil sera respecté ;

'^ Dans un religieux silence

« Je vais m'étendre à ton côté :

« An sommet blanchi des montagnes

« Demain mes agiles compagnes

•< Me demanderont à Téclio ;

« J'aurai compté ma dernière lieore,

n Et dans son obscure demeure

« Je dormirai près de Rino. »

EYELINA,

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