‹ Ossian, uvres complètesChapitre 11 sur 102 · BARDES · texte numérisé non relu

BARDES

Voyez! 1rs météores brillent autour de la jeune fille! voyez! les rayons de la lune enlèvent son âme! Autour d'elle, du sein de leurs nuages, se penchent les figures imposantes de ses pères, Sarno au front sombre et Fidailan aux veux enflammés. Quand ta blanche main se levera-t-elle , quand ta voix serat-elle entendue sur nos rochers? Les jeunes filles te chercheront sur la bruyère ; mais elles ne te trouveront plus. De temps en temps tu descendras dans leurs songes pour apporter la paix à leur âme. Ta voix restera longtemps à leurs oreilles; elles penseront avec joie aux songes de leur repos. Les météores brillent autour de la jeune fille et les rayons de la lune enlèvent son âme !

CARRIC-THURA.

POÈME

Argumenta

F'ingal, revenant d'une province romaine ou il avait fait une expédition, résolut de visiter Cathuîla, roi dlnistore, et frère

de Coniala, dont l'histoire à été racontée dans le poème dramatique qui précède. Quand il fut en vue de Carricthura, palais de Cathuîla, il aperçut une flamme sur le faîte, c'était, dans ces jours, un signal de détresse. Le vent le poussa dans une baie à quelque distance de Carricthura et il fut obligé de passer la nuit sur le rivage. Le lendemain il attaqua l'armée de Froth.d , roi de Sora, qui assiégeait Cathuîla dans son palais de Carric-thura, et (fit Frothal lui-même prisonnier après avoir engagé avec lui un combat singulier. La délivrance de Carric-thura fait le sujet de ce poème ; mais il est semé d'épisodes. 11 paraît, par la tradition, que ce poème était adressé à un Guidée ou l'un des premiers missionnaires chrétiens ; et que l'histoire de l'esprit de Loda qu'on suppose êtrel'Odin de la Scandinavie, fut introduite par Ossian pour être opposée à la doctrine du Culdée. Quoiqu'il en soit, on voit par là qu'Ossian avait des notions de l'Etre suprême et qu'il n'était pas adonné aux superstitions qui régnaient sur le monde entier, avant l'introduction du Christianisme.

Tu as donc suspendu ta course bleue à travers le ciel, fils du firmament à la chevelure d'or! L'occident a ouvert ses portes; c'est là qu'est le lit de ton repos. Les values s'approchent pour contempler ta beauté, elles lèvent leurs tètes tremblantes, elles te voient, beau dans ton sommeil, et se retirent avec crainte. Repose dans ta caverne pleine d'ombre, ô soleil, et que ton retour soit dans la joie! Mais que mille lumières s'élèvent aux sons des harpes de Sel-

CARRIC-THURA.

ma;qv6 leurs rayom s'étendent dam la salle, h * < > i «les poupes est «le retour! La lutte du Carra <v' passée, pareille aux s<»us qui ne son! plus. Elevés les chants, à barde, le roi est revenu dans sa gloire.

Telles Rirent les paroles d'Ullin quand Fingal revint de la guerre; quand il revint dans la blonde fraîcheur <l«' la jeunesse ei pare de sa riche chevelure. Sur le héros étaient ses armes bleues, comme un léger nuage sur le soleil, quand ii se meut dans sa robe de brouillard el qu'il ne montre que la moitié <le ses rayons, Les héros suivaient leur roi : le festin (1rs COUpeS est étalé. Fingal Se tourne vers ses

bardes et leur ordonne <le commencer leurs (liants. « Voix «le l'harmonieuse Cona, dit-il, bardes des

autres temps, ô vous sur les âmes de qui s'élève la foule des ombres de nos pères; frappez la harpe dans mes salles et que j'entende vos chants. Douée est la joie de la tristesse; elle est comme Fondée du printemps quand elle amollit la branche du chêne et que la jeune feuille lève sa verte tète. Chantez, chantez, ô bardes ! Demain nous lèverons les voiles. Ma course bleue sera à travers l'océan, vers les murailles de Carric-Thura ; les murailles moussues de Sarno, où demeuraitComala. Là, le noble Cathulla prépare le festin des coupes. Les sangliers de ses bois sont nombreux : le bruit delà chasse s'éveillera.

Cronnan, fils de l'harmonie! dit Ullin; Minona, gracieuse à la harpe ! chantez l'histoire de Shilric, pour plaire au roi de Morven. Que Vinvela s'avance dans sa beauté, pareille à l'arc de la pluie, lorsqu'il montre sa tête charmante sur le lac et que le soleil couchant est radieux. Elle s'avance, ô Fingal, sa voix est douce mais triste.

VINVELA.

Mon amour est un fils de la colline; il poursuit le chevreuil léger. Ses chiens gris et haletants sont

*6 CARRIC-THUKA.

autour de lui et son arc resonne clans la brise. Reposes-tu près de la source du rocher, ou près du bruit du torrent de la montagne? Les joncs balancent leurs tètes au vent et le brouillard vole sur la colline. J'approcherai de mon amour sans être vue; du rocher, je le contemplerai. Charmant, je te vis pour la première fois près du vieux chêne de Branno; tu revenais majestueux de la chasse; le plus beau parmi tes amis.

SHILRIC.

Qu'elle voix entends-je? Cette voix est semblable à la brise de l'été. Je ne suis point assis près des joncs ondoyants : je n'entends pas la source du rocher. Loin, Vinvela, bien loin, je vais aux guerres de Fingal. Mes chiens ne me suivent plus; je ne marche plus sur la colline. Je ne te vois plus du haut du rocher, errer gracieuse prés du torrent de la plaine, brillante comme l'arc du ciel, comme la lune sur les vagues de l'occident.

VINVELA.

Tu t'es donc en allé, ô Shilric, et je suis seule sur la colline! sur le sommet on voit les chevreuils : ils paissentsans crainte et ne s'effraient plus de la brise ni de l'arbre qui frémit. Le chasseur est absent; il est loin, bien loin, dans le champ des tombeaux. Étrangers, fils des vagues, épargnez mon beau Shilric !

SHILRIC

Si je dois succomber sur le champ des batailles, élève ma tombe, ô Vinvela ! quelques pierres grisâtres, de la terre amoncelée, me rappelleront aux siècles futurs. Quand le voyageur viendra s'asseoir près de ce tertre pour prendre son repas à midi, « quelque guerrier repose ici,» dira-t-il,etma gloire

CARRIOTHI I

vivra dans sa louange. Souviens-toi de moi, Vin vêla,

.|ii. uni je mi.ii couché dana la ici

ri

\ iwi la.

Oui, je me souviendrai de toi ! Hélas! mon Shilrii succombera! Que ferai- je, mon amour, quand tu seras parti pour toujours. Sur ces collines j'errerai à midi ; j'irai sur cette bruyère silencieuse. Là, je verrai la place de ton repos, quand lu revenais de la (liasse. Lié las! mon Shilrie succombera : mais je nie souviendrai de Shilrie! n

u EU je me rappelle ce chef, dit le roi de Morven :

lans sa rage il consumait la bataille. .Mais maint* nant mes veux ne L'aperçoivent plus. Je le rem outrai un joui sur la colline; sa joue était pâle, SOn

Iront sombre; de fréquents soupirs sortaient de sa

poitrine et ses pas étaient vers le désert. Il n'esl plus • lans la (ouïe de mes chefs, quand s'élève lessonsde mon bouclier. Demeure-t-il dans l'étroite maison des morts, le chef de la haute Carmora? »

« Cronnan, reprit Ullin, dis-nous le chant de Shilrie, quanti il revint sur ses collines et que Vinvela n'était plus. Il pensait qu'elle vivait encore et s'appuyait sur sa pierre grisâtre et couverte de mousse. 11 la voyait errer gracieuse sur la plaine; mais la forme brillante ne dura pas long-temps : le rayon du soleil s'évanouit de la plaine et il ne la vit plus. Ecoutez le chant de Shilric ; il est doux mais triste!

SHILRIC.

Je suis assis sur la mousse de la fontaine, sur le sommet de la colline des vents. Un arbre frémit audessus de moi; des ondes sombres roulent sur la bruyère et plus bas le lac est troublé. Le chevreuil descend de la colline ; on ne voit aucun chasseur dans le lointain. C'est le milieu du jour, mais tout sst silencieux. Je suis seul et nies pensées sont tris-

28 CARRIC-TIIURA.

tes Tu n'as fait qu'apparaître, ô mon amour î Tu errais sur la bruyère; tes cheveux derrière toi flottaient sur la brise; ton sein se gonflait à la vue et tes yeux étaient pleins de larmes pour tes compagnes que le brouillard de la colline avaient cachées. Je voudrais te consoler, mon amour, et te ramener à la demeure de ton père!

Mais est-ce elle qui apparaît là-bas comme un ravon de lumière sur la plaine? Brillante comme la lune en automne, comme le soleil dans un prage d'été; sur les rochers et les montagnes, voles-tu vers moi, ô jeune fille? Elle parle: mais que sa voix est faible! ainsi la brise dans les roseaux du lac.

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