VIN VELA
Reviens-tu sans blessures de la guerre? Où sont tes amis? J'ai appris ta mort sur la colline; je l'ai apprise et je t'ai pleuré, Shilric!
SHILRIC
Oui, je reviens, ô mabeauté, mais seul de ma race ! Tu ne les verras plus : j'ai élevé leurs tombeaux sur la plaine. Mais pourquoi es-tu sur la colline déserter pourquoi seule sur la bruyère ?
VENVELA.
Seule je suis, ô Shilric! seule dans la maison de l'hiver. J'ai succombé à ma douleur pour toi. Shilric, je suis pâle dans la tombe.
SHILRIC
Elle s'envole, elle flotte au loin comme le brouillard devant la brise! et ne veux-tu pas t'arréter, Vinvela? Arrête et vois mes larmes! Belle tu fus pendant ta vie, belle tu m'apparais, ô Vinvela !
J'irai m'asseoir sur la mousse de la fontaine, sur le sommet de la colline des vents. Quand le milieu du
CARR1G MU l.\
jour sera muet alentour, vient, Vinvela,com i\>< iikm. vieil» vin la brisa ans tilei légères, fèens >ur la brise dn désert! I suvinei entendre ta n»'i\ « a passant, quand le milieu du jour aéra muel alentour !
Tel était la chant «le Cronnan pendant la nuit des réjouissances de Selma. Mais le matin ae 1ère a T< h itiii et les values bleues roulent dans la lumière. FingaJ ordonne de lever les voilesq kea rend descendent en frémissant de leurs collines* Inistore se lève devant nous, linsi que les tours moussues de Carrio tliuia. Mais le signe de la détresse était sur leur Faite : la flamme des tiçnatrs bordée de fumée. Le roi de Morveuse frappa le sein et MMÎt aussitôt M lance* Sou front assombri se penche vers la côte; il se tourne vers les vents tardifs. Sa chevelure est en désordre sur ses épaules. Le silence du roi est terrible.
La nuit descendit sur la nier; la baie de Rotba reçut le navire de Fingal. Un rocher se penche le long de la côte avec tous ses bois pleins d'échos. Sur le sommet est le cercle de Loda , la pierre moussue du pouvoir. Au-dessous s'étend une plaine étroite couverte d'herbe et d'arbres vieillis que les vents de minuit, dans leur courroux, ont arrachés du rocher sourcilleux. Là se trouve la course bleue d'un torrent, et le vent solitaire de l'océan poursuit la barbe du chardon. La flamme de trois chênes s'élève : le festin est étalé, mais lame du roi est triste de la détresse du chef de Carric-thura.
La lune livide et froide monta à l'orient. Le sommeil descendit sur les jeunes guerriers. Leurs casques bleus brillent à sa lueur; le feu mourant s'éteint. Mais le sommeil ne se posa point sur le roi : il se lève dans ses armes et monte lentement la colline pour voir la flamme sur les tours de Sarno.
La flamme était obscure et distante: la lune ca-
3o CARRIC-THL'RA.
<. hait sa face rouge dans l'orient. Un vent impétueux descendit de la montagne; sur ses ailes était l'esprit de Loda. Il vient à sa pierre, dans toutes ses terreurs; il agite sa sombre lance : ses yeux semblent des flammes sur sa face ténébreuse et sa voix est semblable à un tonnerre éloigné. Fingal avance son épée dans la nuit et fait entendre sa voix.
« Fils de la nuit, retire-toi : appelle tes vents et fuis! Pourquoi viens-tu en ma présence avec tes armes de vapeur? Est-ce que je crains ta forme ténébreuse, lugubre esprit de Loda? Faible est ton bouclier de nuage : faible est ce météore, ton épée. Les vents les roulent ensemble; et toi, tu t'évanouis toi-même. Fuis de ma présence, fils de la nuit! appelle tes vents et fuis! »
« Me cbasses-tu de mon enceinte? répondit la voix sépulcrale. Les peuples se prosternent devant moi. Je tourne les chances du combat dans la plaine <iu brave. Je regarde les nations et elles s'évanouissent : mes narines versent le souffle de la mort. Je sors sur les vents : les tempêtes sont devant ma face. Mais ma demeure est calme au-dessus des nuages; les champs de mon repos sont agréables.
Demeure donc dans tes champs agréables, dit Fingal, et oublie le fils de Comhal.Mes pas montentils de mes collines dans tes plaines paisibles? Avec une lance vais-je à ta rencontre sur ton nuage, lugubre esprit de Loda? Pourquoi donc fronces-tu le sourcil sur moi? Pourquoi agites-tu ta lance aérienne? Tu fronces le sourcil en vain! Dans la guerre je n'ai jamais fui devant le Puissant; et les enfants de l'air effrayeraient-ils le roi de Morven! non, il connaît la faiblesse de leurs armes !
Fuis vers ton pays, répondit le fantôme : recois les brises favorables et fuis! Les vents sont dans le creux de ma main; je dirige la course des tempêtes. Le roi de Sora est mon fds , il s'agenouille sur la
<:vi;i;i<; i ni i; \ ,.
re de mon pouvoir. Son armée etl autoui de ( h i rc-thura; et il triomphera! I ui§ ren toi fils de Comhal, ou éprouve mon courroux consumant.
Il levé s;» lance <l<- vapeur ei penche en avant sa formidable stature. Kingal, s'avam ant, tire son ëpée, l,i lame du brun Luno. Le passage étincelant de l'acier serpente à travers !<• fantôme ténébreux : l'ombre tombe sans forme dans l 'air, comme une colonne de ramée que !»• bâton d'un enfanl a troublée, au moment où elle montai I d'une Fournaise à moitié éteinte.
L'esprit de Loda pousse un cri perçant, et, roulé sur lui-même ; il s'élève sar le vent. A ce cri [nistore trembla; les vagues l'entendirent sur l'abîme, et, dans leur course, s'arriérent épouvantées. Les compagnons de Fingal tressai lient tous a Ja lois et saisissent leurs lourdes lances. Ils n'aperçoivent plus le roi : furieux ils se lèvent; toutes les armes retentissent!
La lune sortit de l'Orient. Fingal revint dans l'éclat «le ses armes. La joie de ses jeunes guerriers fut grande; leurs âmes s'appaisèrent comme la mer après la tempête. Ullin entonna le chant de la joie; les collines d'Inistore se réjouirent : la flamme du chêne s'éleva et l'histoire des héros fut racontée.
Mais, sous un arbre , Frothal, le roi couroucé de Sora, était assis dans la tristesse. Son armée s étendait autour de Carric-thura ; il tournait avec rage ses yeux vers les murailles. Il est altéré du sang de Cathulla qui jadis le vainquit dans mi combat. Quand Annir régnait dans Sora, Annir, père de Frothal le roi des flots, une tempête s'éleva sur la mer et porta Frothal à Inistore. Trois jours il fut fêté dans les salles de Sarno ; il y vit les yeux lents et doux de Gomala, il Taima avec la passion de la jeunesse et voulut enlever la jeune fille aux bras
3a r.AIUilC-TîlUP.A.
blancs. Cathulla rencontra le chef: un combat terrible s'engagea. Frotbal fut encbaîne dans le palais: trois joins il y languit seul, le quatrième, Sarno le renvoya à son navire et Frotbal retourna dans son pays. Mais la fureur s'amassait clans son âme contre le noble Catbulla. Lorsque dAnnir s'éleva la pierre de renommée, Frotbal revint avec toutes ses forces; le feu de la guerre environna Carric-tbura et les murailles moussues de Sarno.
Le matin se lève sur ïnistore. Frotbal frappe son noir bouclier; ses cbefs tressaillent à ce bruit ; ils se lèvent, mais leurs yeux se tournent vers la mer. Ils voient Fingal s'avançantdans sa force, et le premier parle le noble Tbubar : « Qui vient pareil au cerf du désert, avec toute sa bande derrière lui? Frotbal, c'est un ennemi! Je vois sa lance levée. (i)Peut être est-ce le roi de Morven, Fingal , le premier des hommes. Ses bauls faits sont connus dans Locblin ; le sang de ses ennemis est dans les salles de Starno. lrai-je lui demander la paix des rois? Son épée c'est la foudre du ciel ! »
« Homme à la main débile, répondit Frotbal, mes jours commenceront-ils dans un nuage? Doisje céder avant d'avoir vaincu, cbef des torrents de Tora? Le peuple dirait dans Sora : Frotbal s'élançait comme un météore, mais un nuage l'a rencontré et sa renommée n'est plus. Non, Tbubar, je ne céderai jamais ! Ma gloire m'environnera comme une lumière. Non , je ne céderai jamais , cbef des tor~ rents de Tora ! »
Il descendit avec le torrent de son peuple, mais ils rencontrèrent un rocber. Fingal se tenait inébranlable. Ils se brisent sur ses flancs et roulent en arrière; mais ils ne trouvent point le salut dans la
(i) La lance levée était le signal de la guerre ; la lance baissée, celui de la paix.
fuite : la lauee du roi pouisuil Iciu g pas. La plaine
est couverte «le héros: une rsHinri élevée protège
l'ennemi.
Frochal vit leur fuite. La rage l'allume dans ion
sein ; il baisse 1rs \<u\ vers la terre el appelle le noltlc Thuhar. o Thuhai , mon peuple a lui et ma
gloire ne doit plus grandir, Je combattrai le roi : je sens brûler mon âme! Envoie un barde demander le combat. Ne réplique point aux parole* de Frottai! Mais , Thuhar, j aime une jeune lille ; elle demeure pies du torrent de Tbano. Q'eal l tba aux doux veux, la blanche fille d'Herraan. Elle redoutait Coaaala qui n'est plus; elle soupira en secret
quand je déployai mes voiles. Dis àlJtha desharpes
♦pie mon âme se plaisait en elle.
Résolu à combattre, telles furent ses paroles. Le doux soupir d'Utha était auprès <le lui ! Elle avait suivi son héros sous Parmure d'un homme. Sous son casque ses yeux se promenaient en secret sur le jeune guerrier. Elle vit partir le barde et la lance tomba trois fois de sa main! Ses cheveux détachés flottaient sur le vent. Son sein se gonfla de soupirs ; elle leva les yeux vers le roi; elle voulut parler, mais trois fois expira sa voix.
Fingal entend les paroles du barde, il s'avance dans la force de ses armes. Us croisent leurs lances mortelles, ils lèvent l'éclat de leurs armes. Mais Fépée de Fingal descend et coupe en deux le bouclier de Frothal. Son beau flanc est exposé ; à demi penché il prévoit sa mort. Les ténèbres s'amassent sur l'aine d'Utha; des larmes roulent sur sa joue. Elle s'élance pour couvrir le chef de son bouclier; mais un chêne abattu rencontre ses pas; elle tombe sur son bras de neige; son bouclier, son casque roulent loin d'elle; son sein blanc ^'enfle à la vue et sa noire chevelure est étendue sur la terre.
Fingal eut pitié de la vierge aux bras blancs; il re-
Si CARRIC-THURA.
tint son glaive levé. Des pleurs étaient dans les veux du roi, lorsque se penchant vers Frotbal, il lui dit : « Roi des torrents de Sora, ne crains pas l'épée de Fin gai. Elle ne fut jamais teinte du sang du vaincu; elle n'a jamais percé un ennemi renversé. Que ton peuple se réjouisse aux bords de ses torrents. Que les vierges de ton amonr soient heureuses. Pourquoi tomberais-tu dans ta jeunesse, roi des torrents de Sora? Frotbal entendit les paroles de Fin gai et vit se lever la jeune fille : ils se tenaient en .silence dans leur beauté comme deux jeunes arbres delà plaine, quand l'ondée du printemps est sur leurs feuilles et que les vents bruyants se taisent.
u Fille d'Herman, dit Frotbal, viens-tu des torrents de Tora, viens-tu dans ta beauté, pour voir succomber ton guerrier? Mais il est tombé devant le puissant, jeune fille aux yeux lents et doux! Le faible n'a jamais terrassé le fils du royal Annir! Terrible es-tu, ô roi de Morven, au combat de la lance! Mais dans la paix, tu es comme le soleil , quand il regarde à travers une pluie silencieuse : les fleurs lèvent leur tête devant lui et les brises agitent leurs frémissantes ailes! Ob! que n'es- tu dans Sora! Le festin serait étalé, les rois futurs de Sora verraient tes armes dans mon palais, et se réjouiraient. Ils se réjouiraient de la gloire de leurs pères qui virent le puissant Fin gai !
Fils d'Annir, répliqua le roi, la rçnora mée de la race de Sora sera entendue ! Quand les chefs soat forts dans la guère , alors le chant s'élève ! mais si leurs épées ont frappé Je faible , si son sang a souillé leurs armes, le barde les oublie et leurs tombes ne sont point connues. L'étranger y viendra bâtir; il écartera la terre amoncelée. Une épée à moitié u,sée frappera sa vue; se penchant vers elle, il dira : « Ce sont les armes des chefs des temps passés; mais leurs noms ne sont point dans
( àRRIC i m H A
ii ^ . liants. • Viens, <> Frothal, viens .1 la Pète «I I nistore; que I;» vierge de ton amour y vienne toi , ei <|n«' la joie I » ■ î 1 1 < - ior nos visaj
Fingal prend sa lance ei s'avance <l 'an Mi majestueux. I.<-, portes de Carric-Thura sont <.u\ le festin des coupes eel étale et les do musique s'élèvent La gatté brHle dans le palais; la voix d'Ullin se rail entendre et la barpe de s. [ma est accordée. Utha se réjouissait de sa présence; elle lui demanda le chant de la tristesse, et de grosses larmes tremblèrent dans ses yeux, quand le barde lii parler la douce Crimora; Crimora la fille de Rinval, qui demeurait près <lu torrent de Lotha. L'histoire fut longue, mais touchante : elle plut à la rougissante Utha.
CRIMORA.
Qui vient de la colline, comme un nua(r;e teint des rayons de l'occident? De qui est cette voix, haute comme le vent, mais agréable comme la harpe de ( îarril? C'est mon amour dans l'éclat de son armure ! Mais la tristesse est sur son front obscurci. N*estelle plus la puissante race de Fingal, ou quelle pensée assombrit l'âme de Connal?
Elle vit la race de Fingal ; elle revient de la chasse comme un torrent de lumière. Le soleil est sur leurs boucliers. Gomme un sillon de feu ils descendent la colline. Bruyante est la voix de la jeunesse! La guerre approche, 6 mon amour ! Demain le terrible Dargo vient éprouver la force de notre race. Il défie la race de Fingal, la race de la bataille et des blessures.
CRIMORA.
Connal , j'ai vu ses voiles comme un brouillard gris sur les vagues sombres. Elles s'approchent len-
36 CARRIC-THURA.
tement <lu rivage. Connal, nombreux sont les guerriers de Dargo !
CONNAL.
Apporte moi le bouclier de ton père , le bouclier de fer de Rinval ! Ce bouclier pareil à l'orbe de la pleine lune quand elle se meut obscurcie à travers le ciel.
CRIMORA.
Ce bouclier, le voici, ô Connal! mais il n'a pas sauvé mon père. Il tomba sous la lance de Gormar. Peut-être tomberas-tu aussi, ô Connal !
CONNAL.
Qui, je tomberai peut-être! mais alors élève ma tombe, ô Crimora! quelques pierres grisâtres, un monceau de terre feront passer mon nom aux siècles à venir. Penche tes yeux rougis sur ma tombe et frappe ton sein gonflé de tristesse. Quoique tu sois belle comme lalumière et plus douce que la brise de la montagne, ô mon amour, je ne puis rester ici. élève ma tombe, ôv Crimora.
CRIMORA.
Eh bien! donne-moi ces armes qui brillent, cette épée et cette lance d'acier. J'irai à la rencontre de Dargo, avec Connal, et je l'aiderai dans le combat. Adieu, rochers de l'Ardven, chevreuils et vous ruisseaux de la colline. Nous ne reviendrons plus. Nos tombe aux seront loin, bien loin !
« Et ne sont-ils plus revenus? dit Utha en soupirant. Le puissant est-il tombé dans le combat, et Crimora lui a-t-elle survécu? Ses pas furent solitaires, son âme t .iste pour Connal. N'était-il pas jeune et beau coirme le rayon du soleil couchant? » Ullin vit les pie: rs de la jeune fille; il reprit sa harpe
GARRIC Tilt R \.
douce et vibrante : le chant fui agréable mais triste,
cl le silence était dans ( iiin ic-l Imt a.
L'automne est so nbre bui lis moi une
brume grise repose sur les collines. On entend but la bruyère tourbillonner le vent La rivière mule sombre à travers la plaine étroite. Un arbre solitaire indique sur la colline la place où repose Connal. Les feuilles tourbillonnent à la brise et la tombe «In héros en est joncbée. De temps à autre les ombres de ceux qui sont partis apparaissent en <■<• lieu, a riienre où le chasseur pensif se promène seul et à pas lents sur la bruyère. Qui peut remontera la
source (le la raie, ô ( Sonnai ? qui peut raconter Histoire de tes pères? Ta famille croissait comme un chêne sur la montagne, un chêne qui oppose aux vents sa tête altière. Mais aujourd'hui ce chêne est arraché de la terre.Qui prendra la place de Connal? Ici furent entendus le clioc des armes et les gémissements i\v^ mourants. Sanglantes, ô Connal, sont les guerres de Fingal! C'est ici que tu tombas. Ton bras était pareil à la tempête; ton épée au trait de feu du ciel; ta stature au rocher sur la plaine; tes yeux à une fournaise ardente. Plus forte que la tempête était ta voix dans les combats! Les guerriers tombaient sous ton épée comme le chardon sous le bâton d'un enfant. Le puissant Dargo s'avança, sombre dans sa fureur ; ses sourcils se fronçaient avec rage et ses yeux étaient comme deux antres dans un rocher. Brillantes se levèrent leurs épées ; terrible fut le choc de leurs armes!
Près d'eux, la fille de Rin val, Crimora, brillait, sous l'armure d'un guerrier. Sa chevelure blonde flotte derrière elle; son arc est dans sa main. Elle avait suivi à la guerre le jeune Connal, son bien-aimé. Elle banda son arc contre Dargo; mais, se trompant, elle perça Connal. Il tombe comme un chêne sur la plaine, comme un rocher du front chevelu de
38 CARRIC-TIIUilA.
la montagne. Que fera-t-elle la vierge infortunée? Le sang de Donnai coule, il expire. Tout le jour et toute la nuit elle se lamentait : « O Connal, mon amour et mon ami! » La triste éplorée mourut de sa douleur.
Iei, sur la colline, la terre enferme le plus charmant des couples. L'herbe pousse entre les pierres de leurs tombes; souvent je viens m'asseoir sous l'ombrage plein de deuil. Le vent soupire entre les herbes et leur souvenir flotte sur mon esprit. Sans trouble maintenant vous reposez ensemble et dormez solitaires sous la tombe de la montagne!
« Etdouxsoitvotre repos, reprit Utha, infortunés enfants dutorrentdeLoda! Je mesouviendrai d'eux avec des larmes; je les chanterai en secret, quand le vent gémira dans les bois de Tora et que les torrents rugiront à Tentour. Alors ils descendront sur mon âme dans toute leur touchante tristesse ! »
Les rois passèrent trois jours en fêtes : Le quatrième ils déployèrent leurs blanches voiles, le vent du nord poussa Fingal vers la terre boisée de Morven. Mais dans son nuage l'esprit de Loda était assis derrière les navires de Frothal; il se penchait en avant avec toutes ses brises etenflait les seinsblancs des voiles. ïl n'a point oublié ses blessures! Il redoute encore la main du roi de Morven!
CARTHON.
Argument.
Ce poème est complet el le lujel en est tragique comme dan* la plupart des compositions d'Ossian. \u temps de Comhal fila (!«• Trathal el père du célèbre Pinçai, Clessammor, fils de Thadda et frère de Monta* mère de Fingal, fut j< te par une tempête • Balclutha, ville lituée rai les bords de la Clyde. Cette trille appartenait ans Bretons. Reuthamir, l'habitanl le plus considérable de l'endroit, le reçut arec lin>pit alité et lui donna en mariage Moina sa Bile unique. Dn Breton nommé Reuda, Ris de Cormo,qni était amoureux de Moina vint «à la demeure de ReUthâmir et insulta Cl< ssami. Une querelle s'en suivit et Rends fut tué. Les Bretons qui le suivaient forcèrent Clessammor a >■• jeter dans la Clyde et a regagner son navire à la nage. Il mit à la voile et les vents favorables le portèrent au large. Plusieurs rois il chercha a regagner la côte pour enlever de nuit son épouse Moina; mais les vents continuant à être contraires, il fut forcé d'y renoncer.
Moina, que son époux avait laissée enceinte, donna lejour à un Bis et mourut bientôt après. Beuthamir le nomma Carthon, c'est-à-dire murmure des vagues, à cause de la tempête qui avait emporté son père qu'on supposait s'être pinlu. Carthon avait trois ans lorsque Comhal , père de Fingal, dans une de ses expéditions contre les Bretons, prit et biùla Balclutha. Reuthamir périt dans l'attaque; Carthon fut sauvé par sa nourrice qui se réfugia dans le pays des Bretons. Carthon, devenu homme, résolut de ven-
- ger la chute de Balclutha sur la postérité de Comhal. Il mit à la voile delà Clyde, et, descendant sur la cote de Morven, il défit deux des héaos de Fingal qui venaient s'opposer à ses progrès. Enfin, il est blessé mortellement par son père Clessammor, qui ne le connaissait pas, dans un combat singulier. Cette histoire fait le sujet de ce poème
|o CARTBON.
qui commence la nuit qui précéda In mort de Carthon ; de sorte que ce qui se passa avant est amené en manière d'épisode. Le poème est adressé à Malvina, fille de Toscar.
Un récit des temps qui ne sont plus! Les hauts faits des autres années!
Le murmure de tes torrents, ô Lora! rappelle le souvenir du passe'. Le bruit de tes forêts, ô Garmallar, est agréable à mon oreille. Ne vois tu pas, Malvina, ce rocher avec sa tète de bruyère? Trois vieux sapins se penchent sur son front; verte est la plaine étroite à ses pieds : là, pousse la fleur de la montagne; elle balance sa tète blanche à la brise : là, croît le chardon solitaire , répandant sa barbe blanchie. Deux pierres à moitié cachées dans la terre, montrent leurs tètes de mousse. Le chevreuil de la montagne évite cet endroit, car il y voit un lugubre fantôme. Les puissants, ô Malvina, reposent sur la plaine étroite du rocher.
Un récit des temps qui ne sont plus! Les hauts faits des autres années !
Qui revient de la terre des étrangers, entouré de ses mille guerriers? Le soleil épanche devant lui un torrent de lumière ; sa chevelure joue avec les vents de ses collines. Sa figure se repose de la guerre. Il est calme comme le rayon du soir qui regarde des nuages du couchant sur la silencieuse vallée de Cona. Qui est-ce autre que le fils de Comhal, le roi aux grandes actions! Avec joie il revoit ses collines: il ordonne à mille voix de s'élever. « Vous avez fui sur vos plaines, enfants d'une terre éloignée. Le roi du monde , assis dans son palais, apprend la fuite de son peuple. Il lève l'œil enflammé de son orgueil et saisit le glaive de son père. Vous avez fui sur vos plaines, enfants d'une terre éloignée! »
Telles furent les paroles des bardes, quand ils arrivèrent au palais de Selma. Mille lumières, [conquises sur la terre des étrangers, brillèrent au milieu
CARTUON. 41
du peuple. Le festin fui étale1 et la nuit m passa dam la joie. I >ii est !<• noble Clessammoi . «In le blond I in;;. il : on est le frère de Morna, à I heure de ma joie ■ Triste ei sombre U passe tes i"'"^ dam la vallée de Lora. Mais le voici ! Il descend «le la colline comme un coursier vigoureux qui lent set compagnons dans la brise, et secoue aux vents sa brillante crinière. Bénie soit Pâme de Clessammorl Pourquoi si longtemps absent <le Selma? n
Le (lui, répondit Clessammor , revient «Inné au milieu de sa gloire? Telle était la renommée de Combal dans les combats «le sa jeunesse. Souvent Huns passâmes du Carun but la terre des étran nos épées eu revenaient, mais non vierges de sang;
el les rois du inonde ne >c réjouissaient pas. Mais
pourquoi me rappeler le temps de mes guerres? L'âge a mêle sa neige à mes cheveux; ma main oublie de bander l'are et je levé une lance plus légère.
Oh ! si ma joie pouvait renaître, comme au temps où pour la première fois je vis la jeune fille, la vierge aux seins blancs des étrangers, Moina aux yeux bleus ! »
Dis-nous, reprit le puissant Fingal, l'histoire de tes jeunes années : la tristesse, comme un nuage sur le soleil, répand son ombre sur lame de Clessammor. Seul, sur les rives de la mugissante Lora, tes pensées sont pleines de deuil. Dis-nous les chagrins de ta jeunesse et l'obscurité de tes jours!
Ce fut aux jours de la paix , reprit le grand Clessammor, que j'arrivai, dans mon navire bondissant, sous les murs et les tours de Balclutha. Les vents avaient mugi derrière mes voiles , et les ondes de Clutha reeurent mon vaisseau au noir poitrail. Je restai trois jours au palais de Ueuthamir, et je vissa fille, ce rayon de lumière. La joie de la coupe circula, et le vieux guerrier me donna la beauté. S<m sein était comme lecumc sur la vague, et ses yeux
4a CARTHOX.
comme des étoiles de lumière. Sa chevelure était noire comme l'aile du corbeau ; son âme était généreuse et tendre. Mon amour pour Moin a fut grand, et mon cœur s'épanchait dans la joie.
« Le fils de 1 étranger vint : ce chef aimait la blanche Moina. Ses paroles étaient hautaines dans la salle , et souvent il tirait à demi son épée. — « Où est le puissant Corn ha I, disait-il, l'infatigable chasseur de la bruyère? Vient-il, avec «on armée, à lîalclutha, puisque Clessammor est si hardi??) — Guerrier, répondis-je , mon âme brille de sa propre lumière! Je me tiens, sans crainte, au milieu de milliers d'ennemis, quoique les braves soient absents ! Etranger, tes paroles sont audacieuses parce que Clessammor est seul; mais mon epée frémit à mon côté; il lui tarde de briller dans ma main. Ne parle plus de Comhal , enfant de Clutha !
« La force de son orgueil se leva. Nous combattîmes : il tomba sous mon glaive. Les rives de Clutha entendirent sa chute et mille lames étincelerent autour de moi. Je combattis ; mais les étrangers l'emportèrent, et je me jetai dans les ondes de Clutha. Mes blanches voiles s'ouvrirent sur les vagues, et je bondis sur la mer profonde et bleue. Moina vint sur le rivage avec des veux rouges de larmes : ses cheveux dénoués flottaient sur le vent et j'entendais de loin ses cris pleins de douleur. Plusieurs fois, vers la côte , je tournai mon navire, mais les vents d'Est triomphèrent de mes efforts. Depuis, je n'ai jamais vu Clutha ni Moina à la noire chevelure. Elle est morte dans Balclutha, car j'ai vu son ombre ; je l'ai reconnue lorsqu'elle a passé, à travers la nuit obscure, le long du murmure de Lora; elle ressemblait à la nouvelle lune, vue à travers la brume épaisse, quand le ciel verse ses flocons de neige et que le monde est silencieux et sombre. »
Bardes, dit le puissant Fingal , chantez les louan-
de l'infortunée Moina. Pai \«- chants Appelez
s. min*' sur nos collines ; qu « Ile \ m pote ;i\< i
li s beautés de Morven , les rayons des autres jours . les délices des héros du passé. J'ai vu les mon de Balclutha, mais ils étaient désolés. La flamme avaii retenti dans les salles el la roi* «In peuple • fait plus entendre. Le torrenl <!<• Glutba était détourné de son cours par la chute des muraill chardon \ balançait sa tête solitaire; la mou se sifflait à la brise ; le renard se montrait ain fenêti l'herbe épaisse des mars ondoyait sur sa tête. Désolée est la demeure de Moina! !»• silence est dans la maison de ses pères ! Elevez, ô bardes, élevez le chant de la douleur sur la terre des étrangers ! IJ> n'ont l'ait que tomber avant nous : un jour aussi il nous faudra tomber. Pourquoi bâtir des palais, «» homme, fils <l«-s jours ailés? Aujourd'hui tu regardes du haut de tes tours : encore quelques années et le vent du désert viendra ; il viendra huiler dans tes cours abandonnées et siffler autour de ton bouclier à demi usé. — Mais qu'il vienne le vent du désert! nous serons renommés dans notre jour ! La trace de mon bras restera dans les batailles et mon nom dans le chant des bardes! Chantez, laites circuler la coupe; que la joie se fasse entendre dans mon palais! Et toi, fils du ciel, quand tu t'éteindras — si lu dois tVteindre,ô puissante clarté ! si, comme Fingal, ta splendeur n'est que pour une saison ; — notre gloire survivra à tes rayons ! »
Tel fut le chant de Fingal au jour de sa joie.
Ses mille bardes se penchaient sur leurs sièges pour écouter la voix du roi; cette voix pareille à la musique des harpes sur la brise du printemps. Tes pensées étaient riantes, 6 Fingal ! Pourquoi Ossian îéa-t-il pas la force de ton âme? Mais tu es seul, ô mon père! qui pourrait égaler le roi de Sel m a?
La nuit se passa dans les chants, et le matin revint dans la joie. Les montagnes montraient leurs
44 CARTHON.
têtes grisâtres ; la face bleue de l'Océan souriait. Oh
voit une vague blanchissante se briser autour d'un rocher éloigné; une vapeur s'élève lentement du lac. Le long de la plaine .silencieuse elle s'avance sous la forme d'un vieillard; ses larges membres ne se meuvent point, car une ombre soutient le fantôme au milieu des airs : il s'approche du palais de Sehna et se dissout en une pluie de sang.
Le roi fut seul à voir l'apparition. Il prévit la mort des guerriers. Il entre en silence dans le palais et prend la lance de son père. La cotte d'armes résonne sur sa poitrine. Les héros se lèvent autour de lui ; ils se regardent en silence et observent les yeux du roi : ils voient la guerre sur son visage , la mort des armées sur sa lance. Mille boucliers aussitôt sont posés sur leurs bras; mille épées sont tirées et éclairent les salles de Selma. Le cliquetis des armes monte dans l'air; les chiens hurlent à leur place. Pas une parole parmi les chefs puissants; chacun d'eux observait les yeux du roi et portait sa main à sa lance.
Fils de Morven , dit le roi . ce n'est pas ici le temps de remplir la coupe; la bataille s'assombrit autour de nous et la mort plane sur cette terre. Un fantôme ami de Fingal nous a prévenus de l'arrivée de l'ennemi. Les fils de l'étranger viennent sur les vagues houleuses de la mer, car j'ai vu sortir du lac le signe menaçant du danger de Morven. Que chacun prenne sa lourde lance et ceigne le glaive de son père. Que le casque sombre couvre chaque tête ; que l'éclair des armures jaillisse de chaque flanc. La guerre s'amasse comme un orage; bientôt vous entendrez le rugissement de la mort.
Le héros s'avança à la tête de son armée, comme un nuage devant un sillon de verte flamme , quand il s'étend sur le ciel de la nuit et que les marins prévoient la tempête. Ils s'arrêtèrent sur la bruyère du Cona : les jeunes filles aux seins blancs les apercevaient là haut comme une forêt; elles prévoyaient