‹ Ossian, uvres complètesChapitre 13 sur 102 · AI. I U( \ S · texte numérisé non relu

AI. I U( \ S

la mort des jciiiics guerriers el tournaient ave< crainte leurs regarda vert la uni : < ll> - prenaient les blanches vagues pour des \ « »il «-^ éloi des larmes étaient mu- leurs jom

Le soleil se leva sur l'Océan, et dans le lointain nous découvrîmes une flotte. Elle s'approcha comme le brouillard «le la mer, et *ei m sur la côte sa guerrière jeunesse. Le «lui se tenait au milieu, comme le < ei l au milieu <!<• sa bande : son bouclier est incrustéd'or, sa démarche est majestueuse.il s'avance vers Selma, el ses mille guerriers marchent derrièi e lui.

» Va avec le chant de la paix, dit Pingal, va, Ullin, vers le ioi (\^> glaives : dis-lui que nous sommes puissants <laus la guerre; que les fantômes de nos ennemis sont nombreux, mais qu'ils sont renommés ceux (|ili nul ele fêtés dans mou palais. Ils montrent les armes de mes aïeux dans les terres lointaines (1). Les fils de l'étranger les admirent et bénissent les amis de la race de Morven, car noire nom s'est fait entendre au loin, et les rois du inonde en ont tremblé au milieu de leurs armées. »

Ullin partit avec ses chants. Fingal s'appuyait sur sa lance; il voyait dans son armure son redoutable ennemi : il bénit le fils de l'étranger. « Que tu es majestueux, ô fils de l'Océan ! dit le roi des furets de Morven. Ton épéc à ton côté" est un rayon de feu ; ta lance, un sapin qui défie la tempête; la face changeante de la lune n'est pas plus large que ton bouclier. La rougeur de la jeunesse est sur ton visage; douces sont les boucles de ta. chevelure ! Mais cet arbre tombera peut-être et sa mémoire sera oubliée. La fille de l'étranger sera triste en regardant la mer houleuse. Les enfants diront : u Nous

(i)] C'était la coutume alors de changer d'armes avec le» hoiea.

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voyons un navire , c'est peut-être le roi de Balclutha. Une larme jaillira de l'œil de leur mère. Ses pensées sont à celui qni repose dans Morven! »

Telles étaient les paroles du roi, quand Ullin aborda le puissant Carthon. Il jeta sa lance devant lui et entonna le chant de la paix. « Viens à la fête deFingal, ô Carthon, descendu de la mer! Viens prendre part à la fête du roi, ou lève la lance de la guerre! Les fantômes de nos ennemis sont nombreux; mais renommés sont les amis de Morven! O Carthon! vois cette plaine où s'élève plus d'un vert monticule, avec des pierres couvertes de mousse et d'herbe bruissante, ce sont les tombes des ennemis de Fin gai , les fds de l'Océan ! »

«Barde de Morven, répondit Carthon, parlestu au faible dans les armes? Mon visage est-il pâle de crainte, fils des chants de la paix? Penses -tu effrayer mon âme par l'histoire de ceux qui sont tombés? Mon bras a combattu dans la guerre; ma renommée est connue au loin. Va vers les faibles dans les armes et dis-leur de céder à Fingal. N'ai-je pas vu la chute de Balclutha? Et j'irais m'asseoir aux fêtes du fds da Comhal , de Comhal , qui jeta la flamme au milieu du palais de mon père ! J'étais jeune et ne savais pourquoi pleuraient les vierges. Mes yeux se plaisaient à voir les colonnes de fumée s'élever au-dessusd e mes murailles; souven t, avec j oie, j'ai regardé derrière quand mes amis fuyaient sur la colline. Mais quand sont venues les années de ma jeunesse , j'ai contemplé la mousse de mes murs renversés ; mes soupirs s'éveillaient avec le matin , mes pleurs descendaient avec la nuit. Ne coinbattrai-je point, disais-je à mon âme, les fds de mes ennemis? Oh ! je les combattrai, ô barde ! je sens la force de mon âme ! «

Son peuple se rassemble autour de lui; tous à-lafois tirent leurs brillantes épées. Le héros se tenait

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au milieu, comme une colonne de fcuj une larim tremblait dans son œil, car il pensait •> la chute de Balciutha. Tout l'orgueil de Bon fum tile : il

jette en regard oblique sur la colline ou nos li< ros brillaient sous leurs armes; sa lance tremble dans sa in.iiii. Se penchant en avant, il semblait menacer le roi.

Irai-je <lc suite, dit Fingal Ml lui-même, hai-je

.1 la rencontre <lc ce jeune guerrier? l'arréterai-je au milieu de sa course, avant que sa gloire s'élève ' Mais en voyam sa tombe , le barde dirait un jour : il fallait que Fin gai vint avec ses mille guerriers pour que le noble Gartbon succombât. Non , barde i\vs temps a venir, tu ne ravaleras point la gloire de Fingal ! mes héros combattront le jeune guerrier, et Pingal contemplera la lutte. S'il triomphe, je m'élance dans ma force, comme !<■ ton eut rugissant de Cona: — Lequel de mes chefs veut affronter le fils de l'Océan? Ses guerriers sont en grand nombre sur la côte ; redoutable est sa lance de frêne 1 »

Cathul, le fils du puissant Lormar, se lève dans sa force ; trois cents jeunes guerriers, les fils de ses torrents , accompagnent ce chef; mais faible fut son bras contre Carthon: il tomba et ses héros s'enfuirent. Gonnal reprit le combat, mais il rompit sa lourde lance ; il est terrassé et enchaîne sur la plaine : Carthon poursuit ses guerriers.

«Clessammor, dit le roi deMorven, où estla lance de ta force? verras-tu Connal enchaîné , Gonnal, ton ami , sur les rives du Lora? Lève-toi dans la lumière de ton acier, compagnon du vaillant Comhal ! Que le jeune guerrier de Balciutha sente la force de la race de Morven ! » — Il se lève dans la force de ses armes, secoue ses boucles grises, ajuste l'armure à son flanc et s'élance dans l'orgueil de la valeur.

Carthon, debout sur un rocher, vit s'élancer le

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héros. Il aime la joie terrible de son visage ; sa forée .sous ses boucles de vieillesse. «Lèverai -je cette lance, dit-il, qui jamais ne frappe qu'une fois l'ennemi, ou, par des paroles de paix, conserverai-je la vie du guerrier? Majestueux sont les pas de sa vieillesse et beaux les restes de ses années! Peut-être est-il l'époux de Moin a et le père de Carthon ! J'ai souvent entendu dire qu'il habitait les rives du Lora. »

Telles étaient ses paroles, quand Clessamor vint et leva sa lance. Le jeune étranger la reçut sur son bouclier et dit des paroles de paix : «Guerrier à la chevelure âgée, n'est- il point de jeune héros pour lever la lance? n'as-tu pas de fils pour placer son bouclier devant son père et pour affronter le bras de la jeunesse? L'épouse de ton amour n'est-elle plus, ou pleure-t-elle sur la tombe de tes fils? Es-tu de la race des rois? Quelle sera la gloire de mon épée, si tu succombes? »

Elle sera grande, 6 fils de l'orgueil! reprit le noble Clessammor. J'ai été renommé dans les combats, mais jamais je n'ai dit mon nom à l'ennemi (i). Cède-moi, fils des vagues, alors tu sauras que la trace de mon épée est restée sur plus d'un champ de bataille. » — « Je n'ai jamais cédé, roi des lances, reprit le noble orgueil de Carthon : j'ai aussi combattu dans plusieurs guerres et je contemple ma renommée future. Ne me méprise point, ô chef des hommes! mon bras est fort, ma lance puissante : retire-toi près de tes amis, laisse combattre de plus jeunes héros. » — « Pourquoi blesses-tu mon âme? répondit Clessammor, avec une larme : l'âge ne fait

(1) Dire son nom à l'ennemi, dans ces temps d'héroïsme, était une manière manifeste d'éviter le combat; car s'il se trouvait qu'il eût existé quelque amitié entre les ancêtres des combattants, ils cessaient de combattre et renouvelaient l'ant ienne amitié de leurs pères. Un homme qui dit son nom à l'ennemi était alors le synonyme de lâche.

cau mon.

jt.is trembler ma main ; je puis encore levei le glaive ruirai-je à la nie de Fingal, .1 la vue de celui que j'aime? Fils de la mer, je n'ai jamais Fui ; lave ta lance acérée. n

Ils combattirent comme deux vents oppoa is qui luttent pour rouler les vagues. Carthon «lit à Balance de B'égarer, < ar il croit toujours que cet ennemi est l'époux de Btfoina. Il rompt «-n deux la lance brillante de Clessammor et Be saisit <!<■ >< »i • épée; mais, comme il attachait le chef, le chef lire la dague de ses pères : il voit découvert le flanc de Carthon , il v ouvre une large blessure.

Pingal vit Clessammor terrassé et s'avança danle bruit de ses armes. A son aspect, l'armée s'arrête en silence et loin ne les yeux vers le roi. Il vint comme le bruit sourd d'un orage avant le réveil des vents : le chasseur l'entend dans la vallée et se retire dans l'antre du rocher.

Carthon reste debout à sa place; le sang ruisselle «le son flanc. Il voit descendre le roi , ses espérances de gloire se réveillent; mais pâle est sa joue : ses cheveux flottent en désordre, son casque tremble sur sa tête; la force manque à Carthon, mais son âme demeure puissante.

Fingal voit le sang du héros; il retient sa lance levée. — « Cède , roi des épées, dit le fils de Comhal, je vois ton sang. Tu as été redoutable dans le coin bat, et ta gloire ne s'évanouira jamais. »

it Es-tu ce roi si renommé au loin? répondit Carthon; es-tu cette lumière de mort qui épouvante les rois du monde? Mais, pourquoi le demander? Il est semblable au torrent de ses collines, impétueux comme une rivière dans sa course, rapide comme l'aigle du ciel. Oh! que n'ai-je lutté contre le roi! ma gloire eût été grande dans les chants, et le chasseur, en regardant ma tombe, eût pu dire : Il coin-

5o CARTHON.

battit le puissant Fingal! Mais Carthon meurt inconnu; il a versé sa force sur Je faible.

a Tu ne mourras point inconnu, répondit ie roi de Morven ; nies bardes sont nombreux. ( ) Carthon, leurs chants descendent dans les siècles futurs. Les enfants des années à venir écouteront la gloire de Carthon, quand assis autour d'un chêne embrase, la nuits'écoulera dans les chants du passé. Le chasseur, assis sur la bruyère, entendra siffler la^brise, et levant les yeux, il verra le rocher où tomba Carthon. Il se tournera vers son fils et lui montrera l'endroit où combattirent les puissants : « Là , s'est battu le roi de Balclutha, pareil à la force de mille torrents. »

La joie brilla sur le visage de Carthon : il lève ses yeux appesantis et donne son épée à Fingal , pour qu'elle soit placée dans son palais, et que la mémoire dn roi de Balclutha se conserve dans Morven. Le combat cessa sur la plaine; le barde avait chante l'hymne de la paix. Les chefs se rassemblent autour de Carthon expirant et écoutent ses paroles avec des soupirs. Silencieux , ils s'appuient sur leurs lances, tandis que parle le héros de Balclutha. Ses cheveux soupiraient à la brise , sa voix était triste et mourante.

u Roi de Morven, dit Carthon, je tombe au milieu de ma course. Une tombe étrangère reçoit dans sa jeunesse le dernier de la race de Reuthamir. La désolation habite dans Balclutha ; les ombres de la tristesse dans Crathmo. Mais rappelle ma mémoire sur les rives du Lora où demeuraient mes pères. L'époux de Moina pleurera peut-être sur Carthon. »

Ces paroles allèrent au coeur de Clessammor ; sans voix il tomba sur son fds. L'armée autour d'eux frémit consternée : aucune voix n'est sur la plaine. La nuit vint; la lune, à l'Orient, regardait ce champ plein de deuil ; les guerriers immobiles res-

CARTHON

s < - 1 1 1 1 1 i . i i < 1 1 r .1 un. forêt silencieuse qui lève M lôte sur le Goriual, quand lei vente bruyant* ci que la soinbre automne est sur le plaine.

Troie joins ils pleurèrent Cartkon; le quatrième son père mourut Ils reposent dam l'étroite plaine «lu rocher : un fantôme obscur défend leur tombe. On \ voit souvent la belle Moin a quand le rayon «lu soleil darde sur le rocher et que tout est sombre •• l'en tour. On l\ voit, ô Malvina, mais non semblable .ni\ filles de nos collines. Ses vêtements sont d'une terre étrangère et toujours elle est seule !

Pinçai lut triste pour Carthofl : il recommanda à ses bardes, quand revenait la brumeuse automne , • le célébrer le jour «le sa mort ; et souvent ils célèbrent ce jour en chantant les louanges du héros.

m Qael <>st celui ([ni descend <!<•> vagues rugissantes de l'Océan, sombre comme le lourd nuage de l'automne? La mort tremble dans sa main . ses yeux sont des (lamines ! Qui rugit le long de la sombre bruyère de Lora?qui?si ce n'est Cartbon, le roi des épées! Les lieros tombent devant lui! Voyez comme il marche à grands pas, pareil au lugubre fantôme de Morven. Mais il est là, couebé, le chêne superbe qu'un vent soudain a renversé! Quand te relèveras-tu, joie de Balclutba, ô Carthon! quand te relèveras-tu? Quel est celui qui descend des vagues rugissantes de l'Océan, sombre comme le lourd nuage de l'automne? »

Telles étaient les paroles des bardes au jour de leur douleur : Ossian mêlait souvent sa voix a la leur et ajoutait à leur ebant. Mon âme a été pleine de deuil pour Cartbon ! Il tomba dans les jours de sa jeunesse. Et toi, Clessammor, où est ta demeure dans l'air? Le jeune béros a-t-il oublié sa blessure? Vole-t-il sur les nuages avec toi? Je sens le soleil, 6 Malvina; laisse -moi seul à mon repos; peut-être viendront-ils visiter mes rêves. Je crois entendre

6a CARTHON.

une faible voix. Le rayon du ciel aime à luire sur la tombe de Carthon; je le sens tiède autour de moi.

O toi qui roules au-dessus de nos têtes , rond comme le bouclier de mes pères, d'où viennent tes rayons, 6 soleil, d'où vient ta lumière éternelle? Tu t'avances dans ton auguste beauté, et les éloiles se cachent dans le ciel; la lune pâle et froide se plonge dans les vagues de l'Occident; mais toi, tu te meus seul. Qui peut être le compagnon de ta course? Les chênes des montagnes tombent; les montagnes elles-mêmes se détruisent avec les années; l'Océan s'élève et s'abaisse tour à tour; la lune se perd dans les cieux; mais tu es à jamais le même, te réjouissant dans l'éclat de ta course! Lorsque le monde est obscurci par les orages, lorsque le tonnerre roule et que l'éclair vole , dans ta beauté tu parais sur les nues et tu te ris de la tempête ! Mais tu regardes en vain Ossian ; il ne voit plus tes rayons , soit que ta chevelure dorée flotte sur les nuages de l'Orient, soit que tu frémisses aux portes de l'Occident. Mais, comme moi, tu n'es peut-être que pour une saison et tes années auront un terme; tu t'endormiras dans tes nuages , insensible à la voix du matin. Triomphe donc, ô soleil, dans la force de ta jeunesse! La vieillesse est sombre et délaissée ; elle ressemble à la tremblante lumière de la lune quand elle brille à travers les nuages brisés et que le brouillard est sur les collines : lèvent du nord souffle dans la plaine, le voyageur craintif s'arrête au milieu de sa course.

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