‹ Ossian, uvres complètesChapitre 30 sur 102 · LIVRE PREMIER. i · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. i

cirait pas d<- crainte. Levet-voua pour combattre, uns milliers de braves! Répandez-vous autour de moi comme la mer retentissante. Assemblez-vous autour du glaive étincelant <!<• votre roi, loris comme les rochers «le nos terres , qui luttent avec joie contre l'orage et opposent aua vents leurs -ombres sapins! »

Gomme de noirs orages d'automne se pré< ipitant <le deux montagnes retentissantes, l'un vers l'autre s'approchent les héros; comme deux torrents profonds, toniliant de rocs escarpés, se mêlani <-t rugissant dans la plaine; hérissées ei sombres se heurtent avec Tracas les armées de Lochlin et d'Inis-Fail. Le chef frappe le chef, le guerrier frappe l<- guerrier; l'acier retentissant retentit sur l'acier. Les casques sont fendus; le sang jaillit et fume àFentour. Les cordes résonnent sur les arcs polis. Les flèches sifflent dans l'air. Les lances tombent, étincelantes, comme ces cercles de lumière qui dorent la face de la nuit. Semblable à la clameur de l'Océan, quand les vagues roulent soulevées; semblable au dernier roulement de la foudre dans les cieux, tel est le fracas de la guerre! Quand les cent bardes de Cormac seraient là pour célébrer la bataille , faible serait la voix des cent bardes pour transmettre à l'avenir la mémoire des morts, car les héros tombaient en foule et le sang des braves s'épanchait à grand flots!

Pleurez, fils des chants, pleurez la mort du noble Sithallin ! Que les soupirs de Fiona s'élèvent sur les plaines solitaires de son cher Arden ! Ils sont tombés, comme deux cerfs du désert, sous la main du puissant Swaran. Au milieu de ses guerriers il rugissait, pareil à l'esprit de la tempête, qui s'assied sur les nuages du nord et se réjouit de la mort du marinier. Ta main ne sommeillait pas à ton côté,

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chef de l'île des brouHlards (i)! nombreuses furent les victimes de ton bras, ô Cutliullin , fils de Sémo! Son épée était comme le trait du ciel qui frappe les enfants de la vallée, quand les hommes tombent consumés et que toutes les collines s'embrasent à l'entour. Dusronnal hennissait sur les corps des héros; Sifadda baignait ses pieds dans le sang. Le champ de bataille s'étendait derrière, comme les forêts renversées sur le désert du Cromia, quand l'ouragan a passé sur la bruyère, chargé des esprits de la nuit !

Pleure sur les rochers des vents orageux, ô fille d'Inistore! Incline ta tête blonde sur les vagues, ô toi, plus belle que l'esprit des collines, lorsqu'à midi , dans un rayon de soleil , il glisse sur le silence de Morven ! 11 est tombé ! Ton jeune amant est tombé, pâle, sous l'épée de Cutliullin. La valeur n'élèvera plus ton amour à rivaliser le sang des rois. Trenar, le majestueux Trenar est mort, ô fille d'Inistore! Ses chiens hurlent dans sa demeure, en voyant passer son ombre : son arc est détendu dans son' palais; le silence règne au vert asile de ses chevreuils.

Comme mille vagues roulent contre un rocher, ainsi s'avance l'armée de Swaran ; comme un rocher affronte mille vagues, ainsi Erin affronte les lances de Swaran. La mort élève toutes ses voix à l'entour et les mêle aux sons des boucliers. Chaque héros est une colonne de ténèbres; l'épée, un rayon de feu dans ses mains. L'écho de la plaine répond d'aile en aile, comme cent marteaux qui s'élèvent tour à tour sur le rouge enfant de la fournaise. Quels sont, sur la bruyère de Lena, ces guerriers si sombres et

(i) L'île du Ciel, Dominée avec raison l'ile des brouillards; car les hautes montagnes arrêtent les nuages de l'Océan occidental et occasionnent des pluies presque continuelles.

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Farouches? 1U midi comme deux nuages, ei leurs cpées comme des éclairs au-dessua d'eux. Les collin< - snni émues .1 l'entour .1 |ec rochers tri mblenl .i\«( toute leur mousse. Qui est-ce .unir que !«■ fiU de l'Océan (i le chef d'Erin, monte sm un char! 1 1 n\ de leurs nombreux guerriers soni inquiets en les apercevani confusément sur la bruyère : mais la nuit voile les chefs dam ses nuages et termine le terrible combat

C'était sur les pentes touffues du Cromla que Dorglas avait pla<r le chevreuil, produit matinal delà chasse, avant que les béros eussent quitte la colline. Cent jeunes guerriers amassent la Bruyère, dix béros éveillent la 9a m me, trois cents choisis» ni des pierres polies, et la fumée du festin se répand

an loin.

Cuthullin, chef de l'armée d'Erin, a recueilli .sa grande âme; il s'appuie sur sa lance rayonnante et parle ao fils de l'harmonie, à Carril des temps passés, le fils aux cheveux gris de Kinfena.

h Le festin est-il préparé pour moi seul, et le roi de Lochlin restera-t-il sur le rivage d'Erin, loin des cerfs s collines et des salles bruyantes de ses fêtes? Lève-toi, Carril des temps passés, porte mes paroles à Su aran. Dis à celui, venu sur les vagues mugissantes, que Cuthullin donne sa fête. Qu'il v vienne écouter le bruit de mes forêts au milieu des nuages de la nuit; car froids et glacés se précipitent les vents furieux sur l'écume de ses mers. Qu'il vienne ici louer la harpe vibrante et entendre les chants des béros î »

Le vieux Carril part, et de sa voix la plus douce il invitele roi des noirs boucliers, a Quitte les fourrures de ta chasse, lève-toi Swaran, roi des forêts ! Cuthullin donne la joie des coupes; partage le festin du chef aux yeux bleus d'Erin ! » Il répondit comme la voix sourde du Cromla avant la tempête. « Quand

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toutes tes filles, Inis-fail, étendraient leurs bras de neige, montreraient le gonflement de leurs seins , et rouleraient avec douceur leurs yeux d'amour; inébranlable comme les mille rocbers de Locblin, Swaran resterait ici, jusqu'à ce que le matin, avec les jeunes rayons de l'est, vienne m'éclairer pour la mort de Gutbullin. Agréable à mon oreille est la brise de Locblin. Elle vole sur mes mers ! Elle me parle là haut dans mes cordages et rappelle à mon esprit mes vertes forets ; les vertes forêts du Cormal, dont les écbos répondaient souvent à mes brises, quand ma lance s'était rougie a la chasse du sanglier. Que le sombre Cuthullin me cède l'ancien trône de Gormac, ou les torrents d'Erin montreront sur leurs collines la rouge écume du sang de son orgueil! M

Sinistre est la voix de Swaran, ditCarril des temps passés ! — Sinistre pour lui seul, répondit le fds aux yeux bleus de Sémo. — Mais élève ta voix, Carril ; dis les hauts faits des autres temps ! Que la nuit s'écoule avec tes chants, et réveille en nous les joies de la tristesse. Car nombreux sont les héros et les vierges d'amour qui ont passé sur Inis-fail; et doux sont les chants de douleur qu'on entend sur les rochers d'Albion, quand le bruit de la chasse a cessé et que les ruisseaux de Cona(i) répondent à la voix d'Ossian. »

« Dans les autres jours, reprit Carril, vinrent à Erin lesfdsde l'Océan. Mille vaisseaux bondissaient sur les vagues vers les plaines riantes d'Ullin. Les fds d'Inis-fail se levèrent pour combattre la race des noirs boucliers. Cairbar, le premier des hommes, s'y trouvait avecGrudar, le majestueux jeune homme! Longtemps ils avaient lutté pour le taureau tache-

(i) Cona, dont il est fait mention ici, est cette petite rivière qui coule à travers Glenco, en Argylesliire.

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