LIVRE TROISIÈME
Cuthullin, (liiiinr du i rit de Carril, presse le Barde de continuer ici chants. Carril raconte les hauts faite de Finirai ft Lochlin el I» mort (TAgandecca la gracient «le Bwaran. Il avait à peine fini que Calmar, fie* de Matha, irai ;iv;iii conseillé la premier romlt.it, revint blessa <ln champ de bataille, ei informa Cnthullin du deaaein qu'avait Forme Swaran de surprendre lea reste* de I'. nuire b landaise. Il offre de résister teul .1 toute* les rbr< l'ennemi, dans une gorge étroite, jusqu'à oe que les Irlandaia aient effectué' leur retraite. Cuthullin, touché de l'offre généreuse de Calmar, se détermine à l'accom et ordonne à Carril d'emmener avec lui le peu d'Irlandais <|ui lui restaient. Le matin arrive, Calmai meurt «le ses blessures; et les vaisseaui des Calédoniens paraissant en vue. Swaran renonce à la poursuite des Irlandais et revient s'opposer au débarquement de Pinçai. Cuthullin, honteux après sa défaite île paraître devant rinçai, se retire dans l.i eaverne de Tura. Fingal combat l'ennemi et le met en fuite, mais la nuit survenant laisse la victoire indécise, Le roi, <{ui avait remarqué la noble conduite de son petit-tils Oscar, lui donne des conseils sur sa conduite dans la paix «■t dans «guerre. Il lui recommande d'avoir toujours devant les veux l'exemple de ses pères, comme le plus beau modèle qu'il puisse suivre; ce qui amène I épisode de Fai- Basolus, tille du roi de Craca , que dans sa jeunesse, Fingal avait prise sous sa protection. Fillan et Oscar sontenvoyés observer les mouvements de l'ennemi, pendant la nuit. Gaul , fils de Morni , demande le commandement de l'armée dan-; la prochaine bataille et Fingal le lui promet. Quelques réflexions générales du poète terminent la troisième journée.
« Douces sont les paroles de tes chants (1), dit Cuthullin, charmants les récits d'autrefois! Ils sont
1 Cuthullin s'adresse à Car il.
comme la rosée calme du matin sur la colline des chevreuils, quand le soleil est faible sur ses flancs et que le lac est tranquille et bleu dans la vallée. O Carril, élève encore ta voix, que j'entende les chants de Selina, ces chants qui retentirent dans le palais de ma joie, lorsque r'ingal, le roi des boucliers, s'enflammait au récit des exploits de ses pères. »
« r'ingal, habitant des batailles, dit Carril, bien jeune tu t'es signalé dans les armes. Lochlin fut consumé par ton courroux, quand ta jeunesse luttait de beauté avec les jeunes vierges. Elles souriaient au blond visage épanoui du héros; mais la mort était dans ses mains. Il était fort comme les eaux du Lora, et le bruit de ses guerriers, c'était le rugissement de mille torrents. Ils vainquirent et s'emparèrent du roi de Lochlin; mais ils le rendirent à ses vaisseaux. Son large cœur se gonfla d'orgueil; il médita dans son âme noire la mort du jeune héros, car jamais avant Finfjal personne n'avait dompté la force du puissant Starno. De retour dans la terre boisée de Lochlin, Starno s'assit dans la salle de ses fêtes : il appelle Snivan aux cheveux gris, qui chanta plus d'une fois autour du cercle de Loda. La pierre du pouvoir écoutait sa voix et la fortune des combats changeait dans la plaine des braves. »
« Va, Snivan aux cheveux gris, dit Starno, va sur les rochers d'Ardven que la mer environne. Dis au roi de Selma, le plus beau parmi ses mille héros ; dis-lui que je lui donne ma fdle, la plus belle jeune fdle qui jamais ait eu un sein de neige. Ses bras sont blancs comme l'écume de mes vagues; son âme est douce et généreuse. Qu'il vienne avec ses plus braves héros, vers la jeune fille à la secrète demeure. »
Snivan vint au palais de Sehna. Fingal à la blonde chevelure accompagna ses pas. Son âme enflammée volait vers la jeune fdle, tandis qu'il bondissait sur les vagues du nord. « Sois le bienvenu, dit le soin-
I iviil- l R0JS1EMK. i ji
lue Starno, roi des rochers «!«• Morven, sois le bienvenu ; el vous aussi, liéroi puissants, fils d<- Plie éloignée! Trois jours nous noua réjouiront dans mon palais; trois jours nous poursuivroni mai «liera, afin que votre renommée parvienne jusqu'à la jeune lill<- à la secrète demeure. >»
Starno médit ail leur mort : il leur donna la fifcte des coupes. Finçal, qui se défiait <!«• l'ennemi, garda .sur lui tes armes «le fer. Les fila de la mon eurent peur; ils a'enruirenl loin des yeui du i<>i. Cependant la \<>i\ de la vive ;;ait<; s'élève; les harpes tremblantes de la joie B*accordent. Les bardes chantent les batailles des héros : ils chantent les leins gonflés <!<• l'amour. Le barde de Fingal était là, Ullin, la douce vota <lc Cona aux échos retentissants. U loua la fille de Lochlin el le chef de Morven, (\o>cendu «le si liant. La fille «le Lochlin l'en tendit : elle quitta la retraite de ses secrets soupirs et parut dans toute sa beauté, comme la lune au bord d'un nuage de l'Orient. La beauté, comme une lumière, environnait ses pas dont le bruit était doux comme la musique des bardes. Elle vit le jeune homme et l'aima. Il devint des lors le soupir caché de son âme. Ses veua bleus se tournaient en secret vers lut et son cœur bénissait le chef de Morven.
Le troisième jour avec tous ses rayons brilla resplendissant sur la Forêt des sangliers. Alors s'avancèrent Starno aux sourcils sombres et Fingal le roi des boucliers. Ils dépensèrent à chasser la moitié du jour; la lance de Selina était rouge de sang. Ce lut alors (pie la fille de Starno, et ses yeux bleus roulaient dans les larmes, ce fut alors quelle vint avec sa voix d'amour et dit au roi de Morven : « Fingal, chef «Tune race illustre, ne te fie pas au cœur orgueilleux de Starno. Dans cette forêt il a placé ses chefs. Garde-toi de cette forêt de mort : mais souviens-toi, enfant de file, souviens-toi d'Agan-
.5.. 11SUAL.
decca : sauve-moi, roi de Morven , du courroux de iiioii père ! r>
Le jeune héros, ses guerriers prés de lui, s'avança «ans crainte. Les fils de la mort tombèrent sous ses coups, et les échos de Gormal en retentirent au loin.
Les enfants île la chasse se sont rassemblés devant le palais de Starno. Les sombres sourcils du roi étaient comme des nuages et ses yeux comme des météores de nuit. « Menez ici, dit-il, menez Agandecca à son gracieux roi de Morven! Ses paroles n'ont pas été vaines, et la main de Fingal est tachée du sang de mon peuple! n Elle vint les yeux rouges de larmes : elle vint les cheveux en désordre. Son sein, blanc comme l'écume des ondes du Lubar, était gonflé de soupirs. Starno lui perça le flanc de son épée. Elle tomba comme un flocon de neige qui glisse des rochers du Ronan , quand les bois sont immobiles et que les échos sont muets dans la vallée. Fingal alors regarda ses braves chefs; ses braves chefs prirent les armes! la bataille rugit : Lochlin meurt ou fuit. Pâle, dans son vaisseau bondissant, Fingal déposa la jeune fille à lame la plus douce. Son tombeau s'élève surl'Ardven, et la mer rugit autour de son étroite demeure. »
« Bénie soit son âme, dit Cuthullin, bénie soit la voix du barde! Redoutable fut la jeunesse de Fingal; redoutable est la vieillesse de son bras! Lochlin succombera encore devant le roi de Morven. Montre ta face sur les nuages, ô lune! éclaire sur les vagues ses voiles blanchissantes; et si quelque esprit puissant du ciel est assis sur cette nue abaissée, détourne des rochers ses noirs vaisseaux, ô toi qui voles au-dessus de la tempête! »
Ainsi parlait Cuthullin au murmure du torrent de la montagne, quand Calmar gravissait la colline, Calmar, le fils blessé de Matha. Couvert de son sang, il revenait du champ de bataille et s'appuyait sur sa