LA MOUT DE CUTHULLIN
Qu'ils nous contemplent , semblables aux vagues rugissantes qui bondissent autour d'un rocher, quanti les matelots s'éloignent rapidement et qu'ils regardent leur lutte avec effroi. »
« Tu te lèves connue le soleil sur mon âme, répondit le fils de Semo. Ton bras est puissant, ô Torlath ! et digne de mon courroux. Retirez-vous, hommes d'Ullin,sur les flancs ombragés deSlimora; contemplez le clief d'Erin, dans le jour de sa gloire ! Cari il, dis au puissant Connal, si Cutliullin succombe, dis-lui que j'ai accusé les vents qui rugissaient sur les vagues de Tagorma. Jamais il n'était absent du combat, quand s'éveillait la lutte de ma gloire. Que son épée soit devant Cormac, comme le rayon du ciel, et que ses conseils se fassent entendre dans Ternora au jour du danger. »
Cutliullin s'élance dans le bruit de ses armes, semblable au terrible esprit de Loda, lorsqu'il vient dans le rugissement de mille tempêtes et que ses yeux répandent les feux des combats : il s'assied sur un nuage au-dessus des mers de Locblin ; sa mc.in puissante est sur son épée et les vents soulèvent ses boucles enflammées. La décroissante lune éclaire à moitié sa face terrible, et les traits.de l'esprit, confondus dans les ténèbres, s'élèvent à la vue. Aussi terrible fut Cuthullin au jour de sa gloire : Torlath périt de sa main. Les héros du Lego gémirent et, comme les nuages du désert, s'assemblèrent autour de leur chef. Mille épées se lèvent à la fois, mille (lèches volent; mais Cuthullin est comme un rocher au milieu d'une mer rugissante. Les ennemis tombent autour de lui : il marche dans le sang. La sombre Slimora retentit au loin. Les enfants d'Ullin descendent et la bataille s'étend sur le Lego. Le chef d'Erin a triomphé! Dans sa gloire, il revenait sur la plaine; mais pâle il revenait! De son visage la joie était sombre; il roulait ses yeux en silence.
LA MOTIT DE CI Ml LLIN.
Son épée pendait nue à sa main, et sa lame s'abaissait à chaque pas.
a Carril, <lii tout l>as le chef, la force de Cuthuliin l'abandonne ; mes joins Boni avec les années qui
ne sont plus. Le matin no se lèvera plu8 pour moi;
on me cherchera dans Témora , mais on ne me
trouvera plus. (lormac pleurera dans 80H palais et dira: « < m est le chef (l'Erin ? Mais mon nom est célèbre et ma gloire est dans le (liant des bardes! La jeunesse dira seerèlement : «Oh! puissé-je mourir comme mourut ("utlmllin ! La gloire le revêt comme une robe, et grande est la lumière <ie sa renommée! » — « Carril, de mon liane arrache cette flèche; place rjuthullin sous ce chêne; pose auprès de moi le bouclier de Caitbbat, afin qu'on me voie au milieu des armes de mes pères! »
u Et il est tombé le fils de Semo ! dit Carril avec avec un soupir. Pleines de deuil sont les murailles de Tura et la tristesse hahite Dunscaï! Ton épouse est délaissée dans sa jeunesse. Le fils de ton amour est seul ! Il viendra vers ftragéla et lui demandera pourquoi elle pleure; il lèvera les yeux sur la muraille et verra l'épée de son père : « A qui est cette épée? dira-t-il; et rame de sa mère sera triste!... » Mais quel est celui qui , dans le murmure de sa course, ressemblé au cerf du désert? Ses yeux roulent égarés autour de lui et cherchent son ami. Connal, fils de Colgar, où étais-tu quand le puissant est tombé? Les mers de Togorma roulaient-elles autour de toi? le vent du sud était-il dans tes voiles? Les braves sont tombés dans le combat et tu n'y étais pas! Que personne ne le dise dans Selma, ni dans la terre boisée de Morven. Fingal sera triste et les fils du désert pleureront !»
Près des vagues sombres et roulantes du Lego , on élève la tombe du héros. Luath (i) repose à quel-
(i) Luath, le chien de Cuthullin.
aa8 LA MORT DE CUTHULLItf;
raie distance. Le chant[ des bardes s'élève sur le mort :
u Bénie soit ton âme, fils de Semol Tu fus puissant dans les combats. Tafbrce était pareille à la force d'un torrent et ta vitesse pareille à l'aile de l'aigle. Dans la bataille, ton passage était terrible: les pas de la mort étaient derrière ton épée. Béniesoit ton âme, fils de Semo, royal chef de Dunscaï! Tu n'es point tombé parle glaive du puissant et ton sang n'a point rougi la lance du brave. Une flèche, comme l'aiguillon delà mort, est venue dans une brise, mais la faible main qui banda l'arc ne s'en est point aperçue! Paix à ton âme dans ta caverne, chef de l'île des brouillards !
« Les puissants sont dispersés dans Temora : il n'est personne dans le palais de Cormac. Le roi gémit dans sa jeunesse. Il ne voit point ton retour. Le bruit de ton bouclier a cessé et ses ennemis s'assemblent de toutes parts.
« Doux soit ton repos dans ta caverne, chef des guerres d'Erin ! Bragéla n'espérera plus ton retour et ne verra plus tes voiles dans l'écume de l'Océan. Ses pas ne sont plus sur le rivage; son oreille n'est plus ouverte à la voix des rameurs. Elle est assise dans la salle des coupes; elle regarde les armes de celui qui n'est plus. Tes yeux sont pleins de larmes douce fille de Sorglan ! Bénie soit ton âme dans la mort, ô chef de l'ombragée Tura! »
LA BATAILLE DE LOUA
POÈME
Argument*
! ingal .1 ion retour dTrlande1 après avoir chassé Swaran de ce royaume, donna une fête à tous ses héros. H oublia d'inviter Marônnan et AJdo, deux chefs qui ne l'avaient point accompagné dan» son expédition. II9 s'offensèrent de
cet i>nl)!i et passèrent au service d'Erragon , i > >i « I <* Sora, canton de la Scandinavie, l'ennemi déclaré de Fingal. La valeur d'Âldo luiacquit bientôt une grande réputation dans Sora, et la belle Lorma, femme d'Erragon, s'éprit d'amour
jtourlui. Il trouva les moyens de s'échapper avec elle et de venir auprès de Fingal qui demeurait alors à Selma , sur la cote occidentale. Erragon descendit en Ecosse et hit tué dans le combat par Gaul, fils de Morni. après avoir rejeté les propositons de paix offerts par Fingal. Dans cette guerre xVldo périt, en un combat singulier, des mains de son rival Erragon et peu après l'infortunée Lorma mourut de douleur.
Fils d'une terre lointaine, qui demeures dans la secrète cellule, est ce le murmure de tes buis que j'entends, ou est-ce la voix de tes chants? Le bruit du torrent était dans mon oreille; mais j'ai entendu une voix mélodieuse. Loues-tu les chefs de ta patrie ou les esprits du vent? Solitaire habitant des rochers, regarde cette plaine de bruyère. Tu vois ces vertes tombes avec leur herbe épaisse et sifflante , avec leurs pierres aux têtes de mousse ; tu les vois, 6 fds du rocher, mais les yeux d'Ossian sont éteints!
Un torrent de montagne descend en rugissant et verse ses ondes autour d'une verte colline : sur le