‹ Ossian, uvres complètesChapitre 57 sur 102 · o LA BATAILLE DE LORA · texte numérisé non relu

o LA BATAILLE DE LORA

sommet, quatre pierres couvertes de mousse s'élèvent aa milieu de l'herbe flétrie; deux arbres, que l'orage a penchés, étendent à Fentour leurs branches gémissantes. C'est là qu'est ta demeure, Erragon, c'est là qu'est ton étroite maison ! Depuis longtemps le bruit de tes coupes est oublié dans Sora. Dans ton palais ton bouclier est devenu noir. Erragon, roi des vaisseaux, chef de la lointaine Sora, comment es- tu tombé sur nos montagnes? Comment le puissant a-t-il sucombé?

Fils de la secrète cellule, te plais-tu dans les chants? Ecoute la bataille de Lora. Le bruit des armes a cessé depuis longtemps. Ainsi sur les monts obscurcis la foudre gronde et n'est plus. Le soleil revient avec le calme de ses rayons: les rochers étincelants et les vertes têtes des montagnes sourient.

Des vagues roulantes d'Erin , la baie de Cona reçut nos vaisseaux, (i) Nos blanches voiles pendaient détachées aux mâts et les vents impétueux rugissaient derrière les forêts de Morven. Le cor du roi résonne ; les cerfs tressaillent et bondissent de leurs rochers. Nos flèches volent dans les bois. La fête de la colline est préparée. Sur nos rochers noire joie était grande, car nous avions vaincu le terrible Swaran. A notre fête deux héros furent oubliés.

(i) Si nous n'avions craint de manquer aux lois d'une exactitude serupuluse, nous aurions pu offrir de ces lignes du texte: «The bayof cona reccived our snipsfrom Erin's rotling waves.* une version plus française et peut-être meilleure, en les traduisant ainsi: «Des vagues roulantes d'Erin nos vaisseaux descendirent dans la baie de Cona.» Mais noire fidélité à l'original nous a fait un devoir de rester dans le mot à mot tant qu'il a été possible et de sacrifier à une version plus littérale, une tournure pins conforme à l'esprit de notre langue, ("e sacrifice, non? l'avons fait bien souvent dans le cours de cette traduction

LA BATAILLE DE LOUA

i.,i i . i ; ; ' • s'alluma dans leurs cœurs. Il- roulaient en secret des yeux enflammés el des soupirs s'échappaient de leur sein. On les voyait s'entretenir ensemble et jeter leurs lances but la terre. C'étaient deux noirs nuages au milieu de notre joie {semblables à deux colonnes de brouillard sur la mer qui s'apaise : elles brillent au soleil, mais les mariniers redoutent une tempête.

» Levé/ mes blanches voiles, «lit Ma-ronnan, levez les aux vents de I ( accident. Elançons-nous, ô Aldo, a travers l'écume de la vague du nord. Nous avons ne oublies a la Fête; el le sang a cependant rougi nos armes ! Quittons les collines de Fingal, servons le roi de Sora ! Son attitude est tière et les noire- batailles environnent sa lance. Illustrons-nous, 6 Aldo, dans les guerres (\^'s autres contrées ! »

Us prirent leurs épéeset leurs boucliers aux liens de cuir; ils volèrent à la baie retentissante de Lumai. Ils arrivèrent «levant le cbef altier de Sora, le roi dos bondissants coursiers. Erragon revenait delà (liasse. Sa lance était rouge de sang.jll penchait vers le sol son visage sombre et sifflait en marebant. 11 invita les étrangers à ses fêtes : ils combattirent et triomphèrent dans ses guerres.

Aldo revenait avec gloire vers les hautes murailles de Sora. Du liant de ses tours, regardait sur la plaine Fëpouse d'Erragon, Lormaaux yeux humides. Ses cheveux dorés volent sur le vent de la mer; son sein blanc se soulève comme la neige sur la bruyère, quand les douces brises soufflent et mollement la meuvent dans la lumière. Elle vit le jeune Aldo, semblable au rayon couebant du soleil de Sora. Son doux cœur soupire; des larmes remplissent ses veux. Sa main blanche soutenait sa tête. Trois jours elle s'assit dans le palais et couvrit sa douleur du voile de la joie. Le quatrième, avec le héros, elle s'enfuit sur la mer agitée. Us vinrent à Cona dont les tours

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sont (ouvertes de mousse, et se présentèrent à Fingal le roi des lanees.

« Aldo au cœur d'orgueil , lui dit Fingal , se levant en fureur; dois- je te défendre contre la rage du roi injurié de SoVa? Qui voudra désormais recevoir mes guerriers dans ses palais? Qui les invitera aux IV- 1 < s de l'étranger, puisque Aldo, cette âme petite, a déshonoré mon nom dans Sora? Retire -toi sur tes collines, homme à la main débile; va te cacher dans tes cavernes! Déplorable est la guerre que nous allons engager avec le sombre roi de Sora. Esprit du noble Trenmor, quand donc Fingal cesserat-il de combattre? Je suis né au milieu des batailles (i) et, jusqu'à la tombe, je dois marcher dans le sang! Mais mon bras du moins n'a point outragé l'impuissant, et mon glaive n'a point touché le faible dans les armes. Je vois, ô Morven, les tempêtes qui doivent renverser mon palais, quand mes enfants seront morts dans les combats et qu'il ne restera personne pour habiter Selma! Les faibles viendront alors, mais ils ne connaîtront point ma tombe. Ma renommée ne vivra que dans les chants, et mes actions seront comme un rêve pour les siècles futurs! »

Les guerriers d'Erragon se rassemblèrent près de lui, comme les tempêtes autour du fantôme de la nuit, quand il les appelle du sommet de Morven et qu'il se prépare à les verser sur la terre de l'étranger. Erragon descendit sur le rivage de Cona. 11 envoya son barde à Fingal pour lui demander le combat des milliers ou la terre des nombreuses collines ! Le roi était assis dans son palais, entouré des amis de sa jeunesse. Les jeunes guerriers étaient à

(2) Le jour où naquit Fingal , Comlial son père fut tue' dans un combat contre la tribu de Morni ; aussi Fingal pettl-il dire avec raison qu'il est ne' au milieu des batailles.

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chants des autres années ; Erragon, menacan sur la cote et lève dix mille épées. Sombre est I • mm .m milieu de s< b chel ! Il ressemble à la lune obscurcie au milieu des météores de la nuit, quand ils voguent près d'elle but les nuées et qu i'- versent les clartés qui manquent ;i son 01 1 1

b Sors de ta de neure, s'écria lin; .il . sors, «'• fille de mon amour! Sors de ta demeure, Bos mina, jeune fille des torrents de Morven! Nartmor, prends les iiers de l'étranger et accompagne la Bile de I ingal ! Qu'elle invite le roi de Sora à notre fête, dans les murs ombragés deSelma. Offre-lui, Bosmina, la paix des héros et les ricin sses du généreux AJdo. Nus jeunes guerriers sont éloignés el la vieillesse est sur nos mains tremblantes! »

Elle vint à l'armée d'Erragon, comme vient à un nuage un rayon de lumière. Dans sa main droite on \ oyait une coupe étincelante, signe joyeux delà paix; et dans sa main gauche nue Bêche d'or, signe de la guerre. Erragon brilla a son aspect, comme un rocher aux rayons subits du soleil, quand ils sortent d'un nuage brisé qu'ont déchire les vents impétueux!

- Fils de la distante Sora, lui dit la douce et rougissante jeune fille, viens à la fête du roi de Morven , viens dans hs murs ombragés de Felma. Accepte la paix des héros, ô guerrier, et laisse ta sombre èpee dormir à ton côté! Préfères-tu les richesses des rois? Ecoute alors ces paroles du généreux Aldo. H donne à Erragon cent coursiers, les fils dociles des rênes; cent vierges venues des lointaines contrées; cent faucons dont les ailes agitées volent à travers le ciel.

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Tu auras encore, pour ceindre les seins fécondés des vierges , cent ceintures (i), amies de la naissance des héros, remèdes des douleurs de l'enfantement. Dix coupes incrustées de pierreries brilleront dans les tours de Sora : Fonde limpide qui tremble sur leurs Lords étoiles, semble un vin pétillant. Jadis elles réjouissaient les rois du inonde (2) dans leurs salles lu usantes. Ces richesses, ô héros, seront à toi : mais si tu leur préfères ta blanche épouse, les beaux yeux de Lorma brilleront encore dan» ton palais. Fin gai chérit le généreux Aldo , mais Fin gai n'a jamais outragé un héros , quoique son bras soit fort ! »

u Douce voix de Cona, répondit le roi , dis à Fingai qu'il prépare en vain sa fêle. Qu'il verse autour de moi ses richesses , qu'il fléchisse sous ma puissance , qu'il me donne les épées de ses pères, les boucliers des temps passés; pour que mes enfants les puissent voir dans mon palais et dire : u Ces armes sont celles de Fingal »! — u Jamais ils neles verront dans ton palais, répondit l'orgueil naissant de la jeune fille. Ces armes sont entre les mains de héros qui n'ont jamais cédé dans les combats. Roi de Sora! la tempête s'amasse sur nos collines. Ne prévois-tu pas la chute de ton peuple, ô fils d'une terre lointaine? »

Elle revint au palais silencieux de Selma. Le roi la vit les yeux baissés : dans sa puissance il se lève de sa place, agite sa chevelure âgée et saisit la son-

(1) Tl n'y a pas longtemps que l'on conservait de ces ceintures dans plusieurs familles du nord de l'Ecosse. On les attachait autour des femmes en travail et l'on croyait qu'elles soulagaient leurs douleurs et qu'elles accéléraient la naissance de l'enfant. Les figures mystiques dont elles étaient chargée-, les paroles, les ge-les avec lesquels <>n les attachait, prouvent que cete coutume venait originairement des Druides.

(2) Les empereurs romains.

i \ BAI LILLE DE LORA.

nante armure de Trenmor e( le noii bouclîei d< ■

I ténèbres remplirent I < ^ - . 1 1 1 < -. de Sel in a quand il étendit la main rers if Lance : les ombr< de mille morts étaient autour de uouset prévoyaient la chute <l<- guerriers. Une i<>h- terrible se lèi la Face den vieillards. Ils s'élancent à la rencontre de l'rinu -mi. Leut pensée s'arrête sur l< s ban te faits des années passées el sur la gloire qui s'élève de la tombe !

An même instant, près d<- l'antique tombeau <!<• Trathal paraissent les chiens <!«• la chasse. Fingal comprit que ses jeunes héros les suivaient et s'arrêta au milieu <!<■ >a course. Oscar parut le premier; ensuite le fris de Morni et le descendant de Némi. Fercuth montra sa forme menaçante. Dermid livrait au\ \ «lit- -a noire chevelure. Ossian vint le dernier. Je murmurais les airs des antres temps. Mes pas s'appuyaient sur ma lance pour franchir les torrents et mes pensées étaient pleines du .souvenir des grands hommes. Fingal Frappe les bosses de son bouclier et donne le funeste signal de la guerre. Mille épées, tirées en même temps, étincellent sur L'ondoyante bruyère. Trois bardes en cheveux blancs élèvent leur voix mélodieuse et lugubre. A pas retentissants et en une file profonde et ténébreuse wow> Fondons sur la plaine, semblables à l'averse des orages, quand elle tombe sur une étroite vallée.

Le roi de Morven s'assied sur sa colline et dans les vents se déploie le soli-flamme (i) des batailles. Les anus de son jeune â{;e, sous les ondoyantes boucles de leur vieillesse, se tenaient auprès de lui. La joie monta dans les yeux du héros, quand il vit ses enfants dans la bataille; quand il les vit, au milieu des éclairs dvs epées, se souvenir des actions de

(i ) Le soli-flamme ou éicmLirt de Morven. «Tlie sutv-beam of battiez

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leurs pères. Erragon s'avance dans sa puissance, pareil au rugissement d'un torrent d'hiver. Les combattants tombent autour de lui : la mort marche sombrement à ses cotes!

« Qui vient, s'écria Fingal, comme le daim bondissant, comme le chevreuil de la retentissante Gona? Son bouclier étincelle à son côté et lugubre est le bruit de son armure! Au milieu de la mêlée il rencontre Erragon. Contemplez le combat des chefs! Telle est la lutte des fantômes dans une ténébreuse tempête. Mais tombes-tu, fils de la colline, et ta blanche poitrine est-elle tachée de sang? Pleure, infortunée Lorma! Aldo n'est plus! »

Triste de la chute d'Aldo, Fingal saisit ia lance de sa force et penche ses yeux mortels sur l'ennemi. Mais Gaul a rejoint le monarque de Sora. Qui pourrait dire le combat de ces deux chefs ? Il tombe, le puissant étranger! — « Fils de Cona, s'écrie Fingal, arrêtez le bras de la mort. Puissant était celui qui est maintenant si bas ! Oh ! qu'il sera pleuré dans Sora ! L'étranger s'approchera de sa demeure et s'étonnera da son silence. Le roi est tombé, ô étranger, et la joie s'est tue dans sa maison. Prête l'oreille au bruit de ses forêts; son fantôme y murmure peutêtre. Mais loin, bien loin sur Morven, il est tombé sous l'épce d'un ennemi étranger! » Telles furentles paroles de Fingal quand les bardes firent entendre le chant de la paix. Nous arrêtons nos épées levées et nous épargnons les faibles ennemis. Erragon fut placé dans une tombe et j'élevai la voix de la douleur. Les nuages de la nuit descendirent et roulèrent sur la plaine. L'ombre d'Erragon apparut à quelques-uns : sa figure était sombre et nuageuse, et un soupir à demi formé soulevait sa poitrine. u Bénie soit ton âme, ô roi de Sora! ton bras était terrible dans la guerre! »

Lorma était assise dans le palais d'Aldo ; elle était

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