LIVRE DEUXIÈM
pourquoi Conar, un enfant «!<• Morven, réglerait-il
-m nous? »
.. Leurs cent tribus s'avancent en rugissantsemblablés aux torrents du désert. V.ii^ Conar est un roc devant eux rrompua ei brisés ils roulaient <lr chaque eôté. Mais ils revenaient sans sans cesse tombaient les enfants de Selma. L< roi, < I < > I >< > 1 1 r au milieu <l<s tombes de ses guei i iers, pencha tristement son visage consterné. Son àme se repliait sur elle-même; il avait marqué la place où il «levait tomber, quand, dans toute sa puissance, parut Tratbal, sou frère, venu «le la nuageuse Morven. El il ne vini pas seul! Colgar était à ses côtés; Colgar le Bis du roi <t de la blanche SoKn-Corma.
«Tel que Trenmor, revêtude météores, descend du palais du tonnerre, et, devant lui, verse les noires tempêtes sur l'Océan troublé, tel Colgar descend dans la mêlée et dévaste la plaine retentissante. Son père le contemplait avec orgueil : niais une Bêche vint! Sans une larme on éleva sa tombe. Le roi avait un fds à venger; il s'élance au combat, repousse Bolga jusqu'à ses torrents, et l'ennemi se soumet.
u Quand la paix fut rendue au pays et que les vagues bleues de ses mers l'eurent porté h Morven, le roi alors se souvint de son fils et répandit des larmes silencieuses.
« Trois fois les bardes à la caverne de Furmono , appelèrent l'âme de Colgar; trois fois ils l'appelèrent sur les collines de son pays. De son nuage le béros les entendit. Tratbal plaça son épëe dans la caverne pour que l'âme de son fils en pût être réjouie. »
Colgar, fils de Tratbal, s'écria Fillan, tu fus célèbre dans ta jeunesse î Mais Fingal n'a point vu mon épée briller au loin sur le champ de bataille. Je pars avec la foule et je reviens sans gloire. Mais les
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ennemis approchent, Ossian, j'entends leur rumeur sur la bruyère. Le bruit de leurs pas ressemble à celui de la foudre dans le sein de la terre, quand les montagnes ébranlées secouent les arbres de leurs forêts et qu'aucun vent ne tombe des cieux obscurcis ! »
Aussitôt je me retourne, appuyé sur ma lance : j'allume un chêne sur la colline, et la flamme se déploie sur les vents du Mora. Cathmor s'arrête dans sa marche. Debout il brille comme un rocher quand les vents qui errent autour de ses flancs saisissent ses eaux bruyantes et les revêtent de glaces. Tel paraît l'ami des étrangers. Les vents soulèvent sa lourde chevelure. Tu es, 6 roi d'Atha, le plus majestueux de la race d'Erin !
Fonar, chef de mes bardes, dit Cathmor, appelle les chefs d'Erin. Appelle Cormar le roux, Malthos aux noirs sourcils, Maronnan le sombre, aux obliques regards. Que l'orgueilleux Foldath paraisse avec Turlotho qui roule des yeux enflammés. N'oublie pas Hidalla; sa voix dans le danger, c'est le bruit d'une ondée qui tombe dans une vallée flétrie, non loin du torrent épuisé d'Atha : agréable est son murmure sur la plaine, tandis que le tonnerre éloigné voyage à travers les cieux! »
Ils arrivent dans leurs armes bruyantes, ils se penchent vers sa voix, comme si l'esprit de leurs pères leur parlait sur un nuage de la nuit. Terribles, ils brillaient à la lumière, comme le torrent de Brumo (i), dans sa chute, quand les météores l'éclairent la nuit aux yeux du voyageur : tremblant, il s'arrête dans sa course et cherche au ciel le rayon du matin.
(2) Brumo était un lieu sacré, situé probablement dans une des îles Shetland. On croyait que les esprits des morts le fréquentaient pendant la nuit.
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« Pourquoi, <lii le mi , Foldath m plut-il à < la Hun le sang des ennemis? A la < larté du jour, ion bras est-il plus faible dans les combats ' Les ennemis devant nous ne sont point nombreux ; pourquoi envelopper dans les ténèbres? Les bravi
ment .1 briller quand il> combattent | (eut pays.
Ton conseil était vain, chel <<«• Moma! Les yeux <l< Morven ne dorment point. Il* veillent, comme des ailles sur ta mousse «le leurs rochers. Que chacun rassemble, sous l'ombre de >«»n bouclier, les I
i rugissante tribu. Demain, je marcherai dans la lumière, à la rencontre des ennemis «le Bolga! Puissant était celui <[ni est tei rasaé, le fils «le- Borbarduthul! »
Mes pas jamais, reprit Foldath, n'ont passé devant ta race, sans être remarqués! iSesi dans la lumière que j'ai combattu les ennemis de Cairbar. Ce guerrier louait mes exploits... Mais sa tombe a été élevée sans une larme! Nul barde n'a chante sur le roi drain, et ses ennemis s'en réjouiraient sur leurs
I collines! Non, ils ne s'en réjouiront pas ! Cairbar était l'ami «le Foldath! Nos paroles se mêlaient dans la silencieuse caverne de Moma, tandis qu'encore entant, tu poursuivais sur la plaine les barbes «les chardons. Je m'élancerai à la tète des enfants de Moma; je trouverai l'ennemi sur ses sombres collines; et dans sa tombe, sans être chanté, reposera Fingal, le roi aux cheveux blancs de Sel ma!
Penses-tu, faible mortel, reprit Cathmor, à moitié courroucé, penses-tu que Fingal, dans Erin, puisse tomber sans gloire? Les bardes pourraient-ils rester silencieux sur la tombe du roi de Selma? Leurs chants éclateraient à ton insu et réjouiraient l'ombre de ce guerrier! C'est quand tu succomberas que les bardes oublieront leurs chants. Tu es sombre, chef rie Moma, quoique ton bras soit une tempête dans
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la guerre. Oublié -je le roi d'Erin dans son étroite demeure? Mon cœur n'est point fermé à (Jairbar, le frère de mon amour! J'ai vu les rayons brillants de la joie passer sur son âme ténébreuse, quand je revenais avec gloire dans Atba des torrents. »
Superbes, à ces mots du roi, ils se retirent cbacun vers sa sombre tribu, d'oùmonteun bourdonnement, confus. Ils se dispersent sur la bruyère; ils brillent faiblement à la lueur des étoiles, comme les vagues poussées par les vents de la nuit dans une baie pleine d'écueils. Le chef d'Atba se repose sous un chêne. Son bouclier, orbe obscur, est suspendu aux branches. Près de lui s'appuie contre un rocher le bel étranger d'Inis-huna (i), ce rayon de lumière, à Ja chevelure flottante, venu de Lumon des chevreuils. A quelque distance s'élevait la voix de Fonar; il chantait les faits des temps passés; et sa voix par instants se perdait dans le rugissement des ondes du Lubar!
« Crothar, commença le barde, habita le premier les vertes rives des torrents d'Atha; mille chênes abattus des montagnes formèrent son vaste palais. Là s'assemblait le peuple pour s'asseoir aux fêtes du roi aux yeux bleus. Mais qui, parmi ses chefs, était semblable au majestueux Crothar? Sa présence enflammait les guerriers et réveillait les jeunes soupirs des vierges. Ce héros, le premier de la race de liolga, était honoré dans Alnecma (2).
» Il chassait, dans Ullin, sur la verte cime de Drumardo. La fdle de Cathmin, Con-lama aux yeux bleus le vit de la forêt : elle soupira secrètement; elle pencha la tète sous ses boucles flottantes. La lune la contemplait et la voyait la nuit agiter ses
(1) Cet étranger, c'est Sul-malla qui s'était de'guisée en guerrier poursuivre Cathmor.
(2) Alnecma est l'ancien nom de la province de Connaught.
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bras blancs, car elle pensait au puissant Crothai dans la saison des 1 1
Crotliar fut trois jours en fêles avec Cathmin ; le quatrième ils allèrent éveiller les < bevreuils, <'.<>nl.iin.i ;iu\ pas charmants l< - suivit .1 la cha se. Elle rencontra Crothar dans an étroit sentier. L'arc tombe tout à coup de sa main : elle se détourne, et dans ses cheveux cache à moitié son visage. < Irothar s'éprit d'amour; il amena dans Atha la blanche jeune fille. Les bardes chantèrent en sa prési et la joie habita pies de la fille de Cathmin.
u L'orgueil «le Turloch s'enflamma ; ce jeune chel aimait Gon-lama aux mains blanches. Il vint porter la guerre, dans Alnecma, à Atha des Chevreuils. Cormul, frère «le Crothar, vint à sa rencontre; il \ int , mais il fut vaincu et son peuple en gémit Superbe et silencieux, s'avance à traversle tinrent le sombre et redoutable Crothar; il roule les ennemis au delà d'Alnecma, et son retour remplit de joie la blanche (Ion-lama.
«La bataille succède à la bataille; le sang est versé sur le sang; les tombes des braves s'élèvent et les nuages d'Erin sont chargés de fantômes. Les chefs du midi s'assemblèrent autour du bouclier retentissant de Crothar. Il vole avec la mort sur les traces de l'ennemi. Les vierges pleuraient près des torrents d'Ullin; elles regardaient le brouillard de la colline, mais nul chasseur n'en descendait. Le silence attristait le pays, et sur les vertes tombes soupiraient les brises solitaires.
«Semblable à l'aigle du ciel qui descend sur ses ailes bruyantes, lorsqu'avec joie il abandonne les vents, tel le fils de Trenmor, Conar, le bras de la mort, accourt des forêts de Morven. Il verse ses forces sur la verte Erin : derrière son épée marche sonibrement la mort, et les fils de Bolga fuient devant ses pas, comme devant un torrent qui, s élan-
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çant du désert orageux, roule ensemble et la plaine et les bois qui la couvrent ! Crotbar et lui combattent; mais les guerriers d'Alnecma sont mis en fuite. Le roi d'Atba se retira lentement et la douleur dans l'âme. Depuis il brilla dans le midi, mais obscurci, comme le soleil d'automne quand il visite, dans sa robe de brouillards , les noirs torrents de Lara : llierbe flétrie est couverte de rosée , et la campagne, quoique brillante, est triste. »
« Pourquoi, dit Catlimor, Je barde évoque-t-il devant moi le souvenir de ceux qui ont fui? Quelque fantôme, de son nuage obscur, s'est-il pencbé à ton oreille et t'a-t-il inspiré ces récits d'autrefois pour effrayer Catlimor et l'éloigner du champ de bataille? Habitants des voiles de la nuit, pour moi votre voix n'est qu'un souffle qui emporte la tête des chardons et répand leurs barbes sur les torrents. Il est une voix dans mon sein ; les autres ne l'entendent pas. L'âme du roi d'Erin lui défend d'éviter les combats. »
Confus, le barde se retire dans la nuit; il s'éloigne et se penche sur un torrent. Ses pensées se reportent aux jours d'Atba , où Cathmor écoutait ses chants avec joie; des larmes coulent de ses yeux, et les vents sifflent dans sa barbe.
Erin s'endort de toutes parts; nul sommeil ne descend sur les yeux de Cathmor. Sombre, il vit dans son âme l'esprit de Cairbar : privé de son chant funèbre, il le vit qui roulait dans les vents de la nuit. Il se lève , il porte ses pas autour de l'armée et frappe de temps en temps sur son bouclier sonore. Le bruit parvint aux oreilles d'Ossian, sur la verte cime du Mora. — «Fillan, m'écriai-je, les ennemis s'avancent. J'entends le bouclier du combat. Reste dans cet étroit sentier. Ossian observera leur marche. Si, après ma chute, leur armée débordait dans la plaine, que ton bouclier se fasse entendre.