‹ Ossian, uvres complètesChapitre 68 sur 102 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

Réveille !«• roi Bur la bruyère, de crainte que ^;i gloire ne s'envole ;■ jamais. » Je m'avançai dans tout le bru il de i m«s armes; d'un seul bond je franchis le torrent qui, devant le roi d'Atba, serpentait sombrement dans la plaine. Le roi «le la verdoyante Atha vint à ma rencontre, la lance levée. Noua nous serions alors engagés dans mie lutte horrible, semblables à <I<mi\ fantômes bostiles qui, penchés sur deùi nuages, déchaînent les vents rugissants, si , levant Les yeux, Ossian n'eût reconnu le casque «l< is rois dTErin. Une aile d'aigle le surmontait et se balançait avec bruit dans la brise; une <;toil<: rouge brillait entre les plumes. Je retins ma lance déjà

levée.

u Le Casque «les rois est «levant moi! (^ni es-tu , fils de la nuit? la lance d'Ossian sera-t-elle célèbre quand elle t'aura renversé? n A ces mots il laissa tomber sa lance étincelante; sa forme, devant moi, paraissait s'agrandir. Il étendit sa main dans la nuit et m'adressa des paroles de roi.

k Ami des ombres des héros, est-ce toi que je rencontre ainsi dans les ténèbres ? J'ai souhaité , dans Atha, tes pas majestueux aux jours de notre joie; pourquoi ma lance se lèverait-elle maintenant? Ossian, il faut que le soleil nous contemple lorsque nous combattrons, étincelants sous nos armes. Les guerriers futurs remarqueront la place du combat et penseront, en frémissant, aux années qui ne sont plus; ils remarqueront ce lieu; et, comme celui que fréquentent les ombres , il sera agréable et terrible à lame. »

m Sera-t-il donc oublié, lui dis-je, l'endroit où nous nous sommes rencontrés en paix? Le souvenir des batailles est-il toujours agréable à l'âme? Ne voyons-nous pas avec joie la place où nos pères ont donné des fêtes, tandis que nos yeux se remplissent de larmes sur les champs de leurs guerres? Cette

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pierre s'élèvera avec toute sa mousse et dira aux années à venir : « Ici se rencontrèrent Ossian et Catkmor; les guerriers s'y rencontrèrent en paix! n 0 pierre! quand tu auras disparu, quand les eaux du Lubar auront cessé de couler, le voyageur viendra peut-être se reposer ici; quand la lune obscurcie roulera sur sa tête r nos formes nébuleuses viendront peut-être, et se mêlant à ses rêves, lui rappelleront qu'elle fut cette place. Mais pourquoi, si sombre, te détournes-tu, fds de Borbar-Duthul? »

u Célèbres par les chants, fds deFingal, nous monterons sur ces vents. Nos actions , aux yeux des bardes, sont des torrents de lumière. Mais les ténèbres roulent sur Atha. Cairbar est dans la tombe, privé de son chant funèbre. Son âme orageuse est toujours un rayon pour Cathmor ; semblable à la lune quand elle parcourt dans un sombre nuage le rouge sentier de la foudre. »

« Fils d'Erin, répondis- je, mon courroux n'habite point dans sa tombe ; de l'ennemi terrassé ma haine s'envole sur les ailes de l'aigle. Il entendra les chants des bardes et Cairbar se réjouira sur ses vents. »

Un soupir s'échappa du sein oppressé de Cathmor. Il ôte de son côté son poignard et le place, étincelant, dans ma main. Il le place dans ma main, soupire et s'éloigne en silence. Je le suivis des yeux; il brillait faiblement dans la nuit, semblable au fantôme que le voyageur rencontre sur la bruyère ténébreuse : ses paroles sont obscures comme les chants d'autrefois; et avec l'aube disparait la forme indéfinie.

Quel est celui qui vient du vallon de Lubar et sort des plis humides du brouillard du matin? La rosée du ciel est sur sa tète et ses pas sont dans les sentiers de la douleur. C'est Carril des temps anciens. Il vient de la caverne silencieuse de Tura que

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