‹ Ossian, uvres complètesChapitre 70 sur 102 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Argument.

Le jour parait. Fingal, après un discours à sou armée, en remet le commandement à Gaul fils de Morni: l'usage étant alors que le roi se tint à l'écart jusqu'à ce que la position critique de son armée exigeât la supériorité de sa valeur et de son intelligence. Fingal et Ossian se retirent sur le rocher de Cormul qui domine le champ de bataille. Les bardes entonnent le chant de guerre. L'action générale est décrite. Gaul fils de Morni se distingue: il tue Turlatlion chef du Moruth, et d'autres chefs de moindre renom. De son côté Foldath qui commandait l'armée Irlandaise (car Cathmor, à l'exemple de Fingal, se tenait hors de la mêlée), combat vaillamment et lue Connal chef de Dun-lora. Il s'avance pour en venir aux mains avec Gaul. Celui-ci, dans le même moment, est blessé à la main par une flèche lanrée au hasard ; mais Fillan le couvre de son bouclier et fait des prodiges de valeur. Le cor de Fingal rappelle ses guerriers; les bardes vont à leur rencontre et, dans un chant de félicitation, célèbrent surtout les louanges de Gaul et de Fillan. Les chefs s'assoient à un festin: Fingal s'aperçoit de l'absence de Connal. Episode de Connal et de Dulh-caron, qui jette un jour plus grand sur l'ancienne histoire d'Irlande. Carril est envoyé pour élever une tombe à Connal. L'action de ce chant remplit la seconde journée depuis le commencement du poème.

Quel est celui qui se tient près du bleu torrent de Lubar, non loin de la colline inclinée des chevreuils? Majestueux, il s'appuie sur un chêne déraciné par les vents de la nuit. C'est le fils de Comhal, brillant de tout l'éclat de sa dernière bataille. Ses

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( heveua gris Bottent sur la brise. Il tire à moitié' I < pëe de Luno, ei u - yeux, tournés vers Moi-h oa i . suivent les Bombres mouvements de l'ennemi. — Entends-tu la \"i\ du roi ? Elle esl comme ta cbute écumante d'un torrent dam l«- désert, lorsqu'à traies rochers retentissants, il l'avance vers les plaints hi Criées par le soleil !

u L'ennemi descend en déployant ses vaste ailes! Fila <!<• la Selma des bois, levea-vous ! Soyei comme les rochers «le notre paya . but les flancs desquels se précipitent les torrents. On rayon de j « > î * - se lève

dans mon âme, car je vois les ennemis en loue devant moi. C'est quand ils sont faibles qu'on entend apirs <lr Pinçai; il craint alors que la mort n'arrive sans renommée et que les ténèbres n'habitent sur sa tombe. <v)ui conduira mes guerriers contre l'armée d'Alnecma? Mon épée ne <loit briller que lorsque le danger s'accroît : telle lut autrefois la coutume de Trenmor, l'arbitre des vents! Tel Trathal au bouclier bleu descendait jadis dans la bataille!

Les cbefs se penchent vers le roi : chacun semble réclamer le commandement de l'armée. Ils racontent en partie leurs glorieuses actions et tournent leurs regards vers Erin. Mais, loin du reste des héros, se tient le fils de Morni : il garde le silence; car qui n'a entendu parler des batailles de Gaul?Son àme se les rappelle, et sa main, en secret, se pose sur son épée ; cette épée qu'il apporta de Strumon , alors que s'éteignit la force de Morni.

Fillan de Selma s'appuyait sur sa lance et ses cheveux ondoyaient à la brise. Trois fois il leva les yeux sur Fingal; trois fois sa voix expira sur ses lèvres. Mon frère ne pouvait vanter ses combats : soudain jl s'éloigne à grands pas. Penché sur un

(i) Moi-Iena, plaine de Lena.

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torrent il s'arrête à quelque distance; des formes tremblent dans ses yeux et de temps à autre il frappe de sa lance la tête des chardons, rinçai a remarqué l'agitation de son fils, il l'observe à la dérobée, sa joie éclate; dans le trouble de son aine il se tourne en silence vers les bois du Mora et cache ses larmes sous ses cheveux. Enfin sa voix se fait entendre.

« Premier des fils de Morni, rocher qui défies la tempête, conduis mon armée et combats pour la race de Cormac assassiné ! Ta lance n'est point le bâton d'un enfant et ton épée n'est point une flamme impuissante !

«Fils de Morni, voilà l'ennemi! détruis! — Fillan, observe ton chef; il n'est point calme dans la mêlée, mais il ne brûle point dans les combats d'une ardeur imprudente. Mon fils, observe ton chef; il est impétueux comme le torrent de Lubar, mais il n'écume ni ne rugit jamais. Du haut de la nuageuse Mora, Fingal contemplera la bataille. Ossian, non loin de la chute du torrent, tiens-toi près de ton père. Elevez les chants, ôbardes! que Selma s'avance aux sons de votre voix! C'est ici ma dernière ba= taille : couvrez-la de gloire! »

Tel que le réveil subit des vents ou le mugissement éloigné des mers bouleversées , quand un sombre fantôme, dans sa fureur, fait passer les vagues sur une île; une île, depuis maintes années le séjour du brouillard sur l'abîme; telle et plus terrible encore est la rumeur de l'armée s'étendant sur la plaine. Gaul, devant elle, s'avance majestueux; les torrents brillent entre ses pas; il mêle aux chants des bardes le bruit de son bouclier, et sur les ailes des vents s'élèvent les voix mélodieuses.

« Sur le Crona, chantaient les bardes , un torrent jaillit pendant la nuit. Il s'enûe dans sa course ténébreuse, jusqu'au premier rayon du jour; écumant alors, du haut de la montagne il tombe avec les ro-

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