‹ OstafiévoChapitre 8 sur 20 · LE CARNAVAL HORS DE LA PATRIE · texte numérisé non relu

LE CARNAVAL HORS DE LA PATRIE

Je te salue, toi qui es revêtue de ton sarafane blanc, de drap tissé d’argent et qui étincelle de diamants pareils à d’éclatants rayons.

Avec ton sourire vivifiant, avec la fraîcheur délicieuse de ton visage, tu éveilles dans les âmes endormies des sensations nouvelles.

RE RCE CREER SU LA CERN REMISE" EUUR

Je te salue, jeune et splendide beauté russe, cygne dont Ja blancheur rivalise avec celle de la neige.

O hiver! je te salue comme notre [petite] mère chérie (matuschko).

Des régions glacées de l’Oural, comment, ma bien-aimée, as-tu réussi à gagner ce pays dont les habitants nous sont étrangers en tout ?

Ici, loin de ta demeure, tu es comme orpheline ; il manque beaucoup à tes aises; tu n'es pas accueillie ainsi qu’il conviendrait, le peuple ne prend point part à la fête.

Comment te faire Ja réception dont tu es digne, toi si pleine de bonne grâce? Comment serait-il possible de t’offrir un festin qui t'agrée? Les Allemands ne sauront jamais te souhaiter une cordiale bienvenue.

Le dicton de nos ancêtres n’est pas une erreur et notre bon sens national à raison d’assurer que ce qui est sain pour un Russe est mortel pour un Allemand.

Neige copieuse et abondante, nous ne te craignons pas, même si Ja gelée | t'accompagne. Tu remplaces avec avantage et le bateau et la locomotive.

Fu es la cause de notre beauté, de notre gloire, de notre force et aussi de notre gaieté vivifiante, Ô admirable hiver!

Bientôt les grandes fêtes du Carnaval vont se dérouler joyeusement avec les nastoika= et les blinis®, et le monde chrétien s’éveil-

lera dans l'allégresse.

1. Le poëete appelle la gelée batiouchka (le petit père). 2. Nastoika : eau-de-vie.

Page 1