CHAPITRE X
HISTOGÉNÈSE DE L'OSTÉITE FIBREUSE
Pour suivre les différentes interprétations qui ont été données des processus anatomiques de l’ostéite fibreuse, il faut se reporter aux phénomènes normaux : ossification (1), ostéogénèse (2), variation modelante, greffes (3).
Rappelons-les brièvement. Pour le tissu osseux, comme pour tout tissu mésenchymateux, deux éléments doivent toujours être étudiés : la cellule et la substance fondamentale. On attribuait autrefois un rôle biologique exclusif à la cellule. Non seulement, elle était susceptible de se transformer morphologiquement, mais encore, elle secrétait la substance fondamentale différenciée. Aujourd’hui, on tend de plus en plus, avec Nageotte (4) à faire jouer un rôle important aux phénomènes humoraux. La cellule ne secrète plus la substance fondamentale. Elle la modifie par ses sécrétions diastasiques et la rend apte à s’imprégner des éléments nécessaires à sa différenciation qui lui sont fournis par le sang.
L'édification osseuse se fait aux dépens du tissu conjonctif. La cellule osseuse provient du lymphocyte, qui se transforme en fibro-
(1) Dubreuil. — L'ossification chez les mammifères (Lyon Chirurgical, 1912, p. 164).
(2) Haour.— Données actuelles sur la régénération osseuse aseptique (Thèse, Lyon, 1919.)
(3) R. Simon. — Les greffes osseuses (Revue de Chirurgie, n° 4, 1922, .p. 207 ; n° 6, 1922, p. 368.)
(4) Nageoïte. — L'organisation de la matière dans ses rapports
avec la vie (Paris 1922).
ASE TE
blaste, puis en ostéoblaste. Dès qu’elle est devenue cellule osseuse, elle perd sa fertilité.
La substance collagène conjonctive s’imprègne d’une matière albuminoïde, l’osséo-mucine, qui ultérieurement se charge de sels calcaires. Wolf (1) dans sa thèse (p. 72), écrit à ce propos : « Les cellules endothéliales des capillaires, d’après les recherches de Werner, absorbent normalement la chaux colloïdale et la transforme en combinaison phosphorée colloïdale, l’apatite.
Cette apatite est reprise aux cellules endothéliales par les ostéoblastes adjacents et passe par leur intermédiaire daus la substance . fondamentale osseuse. Elle imprègne l’osséine à la façon d’un mordançage, qui se prend secondairement comme un ciment. De ce fait, l’ossification apparaît comme une véritable mise en réserve de tout le calcium en excès. »
La destruction osseuse semble se faire par deux procédés. L’un est giganto-cellulaire, les travées osseuses se creusent de lacunes, dites de Howship, remplies d'ostéoclastes, cellules multinucléées, avec leur bordure en brosse typique. Le deuxième procédé est celui de l’ostéile raréfiante, déjà décrit par Cornil, qui à été repris sous le nom d’halislérèse. Les sels calcaires sont dissous, les ostéoblastes libérés et à leur tour détruits. Les opinions sont d’ailleurs partagées à ce sujet. Mallory discute l'halistérèse. Policard pense au contraire que cette libération ostéoblastique est le mode d’atrophie osseuse le plus fréquent.
Wolf montre que le procédé de la résorption calcaire peut se faire suivant deux procédés. Le calcium resté à l’état colloïdal est susceptible d’être repris par le sang : c’est la résorption plasmatique. |
Au contraire, lorsque l’ostéoblaste par ses fonctions antitryptiques a détruit la charpente organique sur laquelle s'était imprégnée l’apatite, le calcium redevient libre ; mais très probablement sous une forme cristalline et ne peut être repris que par un mécanisme giganto cellulaire.
Munis de ces renseignements sommaires, nous pouvons maintenant aborder sûrement l’interprétation de nos coupes dans lesquelles quatre images doivent être discutées :
19 La première figure est celle de la moelle fibreuse. On doit se demander si la fibrose médullaire est le résultat d’une ostéite raréfiante ou si elle est le primum movens de la maladie. Dans ce dernier cas, la réaction conjonctive excessive provoquerait une métaplasie de la
(1) Wolf Maurice. — L'action biologique de l’ion calcium (Thèse Strasbourg, 1923.)
RAC ONET
lignée cellulaire ostéogène, avec production d’ostéoblastes qui donnent du tissu ostéoïde et d’ostéoclastes qui détruisent le tissu ancien ;
2° La seconde image est celle de l'érosion lacunaire avec ostéoclastes, elle ne prête pas à discussion ;
30 La troisième intéresse l’aspect périphérique des travées osseuses. Les ostéoblastes y sont englobés dans une substance fondamentale homogène, mais non calcifiée. Il nous paraît impossible de dire sur cette simple image histologique, s’il s’agit d’une décalcification du tissu ancien, ou d’une formation de tissu ostéoïde ;
49 Enfin, la quatrième image concerne les zones où la fibroglie devient insensiblement un tissu de plus en plus calcifié. Est-ce édification ou destruction ?
Diverses théories ont cherché à donner une interprétation d'ensemble de ces différentes formules histologiques.
a) La plupart des auteurs allemands admetlent que le processus primilif el dominant de l’ostéile fibreuse est la proliféralion conjonctive de la moelle, dans le plan osléogène : ostéoblaslique el astléoclaslique.
Pour Reklinghausen, le processus constructeur serait secondaire au processus destructeur. Ce serait un processus de réparation déterminé par la fibrose médullaire.
Pour Langenskiold, il ne peut en être ainsi puisque l’on ne trouve pas la néoformation osseuse aux endroits où la fonte est la plus accusée. Pour lui, les deux processus marchent de pair. Ils sont la conséquence de la destinée propre de chaque élément médullaire proliférant.
Cette théorie est défendable histologiquement. Elle est aussi d'accord avec les processus osseux normaux dans lesquels le tissu conjonctif joue un rôle si important. Enfin, elle nous explique toutes les formes intermédiaires qui peuvent exister entre une maladie destructrice comme celle de Reklinghausen et constructrice comme la léonliasis ossea.
b) Argaud et Testoud (1) à propos de l’ostéite fibreuse
(1) Argaud et Testoud. — Sur l’histogénèse de l’osteitis fibrosa kystica (Société de Biologie, n° 13, 1923, p. 1016.)
Mlle Testoud. — Contribution à l’étude de l’ostéite fibro-kystique localisée des os longs (Thèse, Alger, 1922.)