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des premiers à explorer, comme M. de Bluinville s’est empressé de le reconnaître.
Nous croyons devoir signaler en outre, comme appartenant à l’année 1817, une note lue à la Société philomatique et qui figure également dans le bulletin de cette société pour la même année, p. 82, sur l’organe appelé ergot dans l’ornithorinque. M. de Blainville se croyait alors autorisé à penser que ce singulier organe contenait un appareil venimeux, mais des observations plus récentes semblent démontrer au contraire que le liquide sécrété par la glande, qui aboutit à l’éperon de cet animal par un canal sécréteur, n’est pas venimeux, et en outre que cet éperon n’existe qu’à l’état rudimentaire dans les ornilhorhynques femelles.
A ces importants travaux d’anatomie et de physiologie, M. de Blainville en joignit d’autres, notamment un mémoire Sur le Paresseux à cinq doigts (Bradypus ursinus deShaw) dans lequel il montra que cet animal est un véritable ours auquel il donna en conséquence le nom d 'Ursus labiatus. Ce mémoire se trouve dans le Bulletin de la Société philomathique, même année, p. 74. Une note sur le Wapiti, espèce de cerf de /’ Amérique septentrionale, évidemment nouvelle, ce qui permet de douter de la justesse de l’observation de Buffon, qui admettait qu’une grande partie des mammifères de l’Amérique septentrionale se retrouvent dans les parties nord de l’ancien continent, parce qu’ils ont pu aisément passer de l’un à l’autre; tandis qu’au fur et à mesure que les mammifères de l’autre partie du nouveau monde sont mieux connus, nous sommes forcés de reconnaître qu’ils diffèrent complètement entre eux. On peut donner pour exemple à l’appui de cette dernière opinion le quadrupède nommé par M. de Blainville, Rupicapra americana, espèce d’antilope décrite précédemment par M. de Blainville dans son mémoire sur les animaux ruminants, et qu’un naturaliste américain, Ord, a contribué à faire mieux connaître, quoiqu’il se soit évidemment trompé en voulant en faire une espèce de mouton, sous le nom d ’Ovis montana. ( Bulletin de laSociété philomathique pour l’année 1817, p. 175).
L’assertion de Buffon à ce sujet n’a rien qui doive nous étonner, car à l’époque où il vivait, un grand nombre d’animaux n’étaient pas suffisamment connus ; ce n’est que dans ces dernières années qu’on a, par exemple, commencé à distinguer les espèces de Rhinocéros confondues longtemps entre elles, et M. de Blainville peut encore réclamer l’honneur d’avoir, dès l’année 1817, dans une note insérée dans le Journal de physique, t. LXXXY, p. 1 64, en signalant la nouvelle espèce de Rhinocéros découverte par M. Burchell et à laquelle il avait donné le nom de Rhinocéros simus, contribué à cette distinction. M. de Blainville propose dans cette note de ranger les espèces de Rhinocéros en deux sections, d’après l’existence ou l’absence
DE M. DE BLAINVILLE
des dents incisives, d’examiner en outre si non-seulement le nombre, mais encore la forme des cornes ne pourraient pas fournir des caractères spécifiques. Mais faute de matériaux suffisants, il ne put guère atteindre à la certitude, car au moment où il écrivait, les exemplaires des différentes espèces de Rhinocéros étaient encore trop rares, môme dans les collections zoologiques les plus riches de l’Europe, pour qu’on pût les déterminer convenablement.
Dans la même année (1817), M. Yirey, à l’article Dauphin, t. IX du Dict. d'Iiist. nal., p. 158, a fait connaître l’extrait d’un grand travail de M. de Blainville, relatif à l’établissement des diverses espèces de Dauphin , basé sur l’élude des véritables caractères qu’elles offrent à l’observateur.
Un autre mémoire de M. de Blainville, remontant aussi à 1817, est relatif aux corps organisés trouvés dans l’intérieur des corps solides, sans communication avec l’air extérieur, et au sujet desquels tant de contes sont journellement débités par des observateurs qui ignorent de quelle manière des expériences doivent être faites et qui induisent ainsi en erreur beaucoup de personnes de la meilleure foi (lu monde.
L’année suivante, M. de Blainville publia des considérations importantes sur les organes de la génération en général , et en particulier sur les organes de cette naturedansles animaux didelphes ( Bulletin de la Société philomaihique pour l’année 1818 p. 155). Dans ces considérations, souvent aussi ingénieuses que profondes, M. de Blainville s’est occupé du problème que l’anatomie et la physiologie de l’appareil générateur font naître dans les esprits véritablement philosophiques.
Suivant lui, les organes de la génération sont originairement de la même nature, à quelque degré d’organisation que ce soit, et se composent des mêmes parties, du moins dans ce qu’il y a d’essentiel. Cette nature est évidemment femelle, et par conséquent le sexe mâle n’est qu’une simple modification du premier.
C’est ce qu’il est facile de prouver de deux manières, soit qu’on envisage la série animale comme ne formant pour ainsi dire qu’un seul animal, dont chaque degré correspondrait à un degré de développement d’un animal choisi, soit qu’on s’attache à l’animal le plus compliqué possible, et en regardant chaque nuance de son développement comme correspondant au degré d’organisation de cet animal.
Mais pour être en état d’entendre ces principes, il faut admettre que, dans quelque animal que ee soit, pair ou rayonné, l’appareil de la génération est constamment double ou symétrique, ou même qu’il est formé de deux parties ou côtés semblables , à moins de quelque anomalie. Partant de là, M. de Blainville examine successivement l’organe générateur dans les Artiomorplies , chez les Actinomor-
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plies, dans les Mollusques, et se trouve conduit à comparer le sexe mâle et le sexe femelle dans l’homme, en profitant des lumières que l’étude des monstruosités peut quelquefois fournir. Il résulte de cette comparaison que les individus mâles ne diffèrent pas, comme on l’admet communément, des individus femelles; ainsi il n’est pas difficile de trouver dans l’espèce humaine les mêmes parties dans les deux sexes, avec quelques modifications assez peu importantes quand on sait envisager les choses d’un point de vue élevé.
Dans un autre mémoire concernant les organes femelles de ta génération et le fœtus des animaux didelplies, Bull, de la Soc. phil., 1819, p. 25, M. de Blainville a montré que ces animaux diffèrent principalement des autres mammifères en cc que, dans leur vie fœtale, la nutrition vasculaire est excessivement courte, au contraire de la nourriture par allaitement, dont la longueur se trouve nécessairement en rapport avec la faiblesse des nouveau-nés.
Une note insérée la même année dans le Journ. de physique, vol. LXXXYIII, p. 68, sur l’espèce de poissons nommée Stylepliorus chordalus par Shaw, a permis de placer désormais cet animal à une place convenable, ce qui n’avait pu avoir lieu aupavant, tant le naturaliste anglais avait décrit d’une manière inexacte la figure qu’il en avait donnée.
Dans le prodrome d’une nouvelle distribution systématique du règne animal analysé plus haut, les Sélipodes ou Annélides de Lamarck, les Vers à sang rouge de G. Cuvier se trouvaient rangés parmi les Entomozoaires munis d’appendices non articulés. Depuis la publication de ce prodrome, M. de Blainville s’était livré à une étude assidue de ces animaux, qui n’ont pas tous le sang rouge, et c’est l’extrait de ce travail qu’il a publié dans le Bull, de la Soc. phil. pour l’année 1818, p. 78. Ce mémoire a eu pour résultat avantageux d’appeler l’attention des observateurs sur la forme semblable des anneaux du corps de ces animaux et sur la nature des appendices qui les accompagnent. Ces considérations, envisagées convenablement, permettraient de subdiviser ces animaux de manière à établir une concordance exacte entre la place qu’ils doivent occuper dans la série animale avec la marche de la dégradation.
Nous ne dirons rien ici du mémoire sur le Poulpe habitant l'Argonaute {Journ. de physique, t. LXXXYI, p. 366 et 434, t. LXXXVII, p. 47), qui avait été précédé d’un autre mémoire concernant le même mollusque, et dans lequel M. de Blainville agitait la question si controversée du parasitisme de cet animal , sur laquelle M. de Blainville est revenu plus tard, en 1 837 ( Annales françaises et étrangères d'anatomie et de phijsiologie , t. I, p. 188; et dans un rapport fait à l’Académie
DE M. DE EL A UN VILLE
des sciences inséré dans les Comptes rendus, vol. IV, p. 602), puisque après avoir fait valoir, avec sa logique ordinaire, tous les arguments qui militent en faveur du parasitisme, M. de Blainville paraît avoir lui-méme reconnu leur insuffisance. En effet, dans YHistoire des sciences de l'organisation, où il est question d’Aristote, qui, le premier, avait soutenu l’idée combattue par M. de Blainville, on lit : «Dans « cette division se trouve rangé l’Argonaute, auquel il attribue sa coquille, ques- « tion longtemps débattue par les naturalistes modernes, qui ont cru que celte « coquille n’appartenait pas à l’animal, mais il paraît constaté aujourd’hui qu’A- « ristote ne s’était pas trompé. » Il n’est pas probable que M. l’abbé Maupied, qui a rédigé cette histoire sur les notes de M. de Blainville, ait pu dire qu’Aristote ne s’était pas mépris à ce sujet, si le premier n’eût pas lui-même abandonné l’idée contraire.
L’année 1819 ne fut pas moins fertile que la précédente en recherches nouvelles, continuées par M. de Blainville avec la même persévérance, car dans le cours de cette année il a successivement publié un mémoire Sur la dégradation du cœur et des gros vaisseaux dans les Ostéozoaires ou animaux vertébrés ( Bull . de ta Soc. phil., année 1819, p. 48). Dans ce mémoire, M. de Blainville établit qu’un animal vertébré diffère d’autant plus dans les deux états d’adulte et de fœtus, qu’il est plus rapproché de l’homme, et d’autant moins, au contraire, qu’il en est plus éloigné. M. de Blainville se croit autorisé à conclure de cette observation l’axiome suivant : Au fur et à mesure qu’on descend l’échelle animale, il y a un nombre de plus en plus grand d’espèces animales forcées de Vivre dans l’eau, et conséquemment dans chaque type, sous le rapport de la classification du règne animal, ce sont les espèces aquatiques qui doivent être placées à la fin, puisqu’elles s’éloignent davantage de l’homme sous le rapport biologique.
Dans une simple note qui remonte également à l’année 1819, Bull, de la Soc. phil., p. 41 , même année, peu importante au surplus, M. de Blainville a cru devoir appeler l’attention des zoologistes sur un fait jusqu’alors passé inaperçu, l'existence de véritables ongles à l'aile de certains oiseaux.
Le même Bulletin, à la même page, renferme une note de M. de Blainville relative à m nouveau caractère osléologique servant à distinguer les animaux mammifères ongulés en deux sections. Ce caractère a son importance, puisqu’il permet de diviser ces animaux suivant le système pair ou impair de leurs doigts.
Chargé depuis quelques années de la rédaction des articles concernant les Mollusques dans le Grand dictionnaire des sciences naturelles, M. de Blainville, qui a en- Bl. Ost. h
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richi ce recueil d’un grand nombre de monographies, décrivait avec soin tous les Mollusques nouveaux ou peu connus qu’il était assez heureux pour se procurer. C’est ainsi que, dans le cours de l’année 1819, il a successivement fait connaître l’animal de la Patelle allongée de Chemnitz, mollusque dont l’animal était inconnu et dont il a fait un nouveau genre sous le nom de Parmapliore, genre adopté par la plupart des zoologistes (consultez le Bull, de la Soc. phil. pour 1819, p. 72), et enfin celui de la Patelle chinoise, Ombrella indica, Patella ombracula de Chemnitz, animal voisin des Aphysies, et conséquemment très-éloigné des véritables Patelles auxquelles il avait été réuni. C’est pour ce Mollusque que M. de Blainville avait cru devoir proposer le nom de Gaslroplax (même Bulletin, p. 178), mais d une manière dubitative et évidemment à tort, puisque le caractère sur lequel il avait établi ce nouveau genre n’existe réellement pas, l’animal n’ayant pas la coquille sur le pied. Ce sont là de ces méprises auxquelles les zoologistes les plus exacts et les plus minutieux sont quelquefois sujets.
C’est également dans le cours de l’année 1819 que M. de Blainville a publié (tome XXVIII du Nouv. dict. d'Iiist. nalur., publié par Deterville) un extrait des leçons qu’il avait faites au Collège de France, en remplacement de M. de La Méthérie, sur les corps organisés du type des Ostéozoaires et des Malacozoaires qui ont laissé quelques traces au sein de la terre. Cet extrait concerne les Poissons fossiles; et dans la description que M. de Blainville a faite de leurs restes, il a cru devoir adopter l’ordre chronologique des terrains qui les renferment, en se contentant de les classer suivant la place qu’ils occupaient dans les méthodes d’histoire naturelle alors en usage.
On doit regretter que M. de Blainville ait suivi, dans la description des Ichthyolithes, la marche géologique et par plusieurs motifs. Le premier, le plus important, c’est qu'à celte époque la détermination des terrains dans lesquels on trouve leurs restes n’avait pas été systématiquement faite, et que conséquemment ces fossilles ne pouvaient pas servir à caractériser les couches qui les renferment. Le second motif, c’est que la marche adoptée par M. de Blainville paraît être une véritable dérogation au principe qu’il a si bien et si justement établi d’une série animale dont les Poissons fossiles doivent servir à combler les lacunes. Néanmoins nous devons observer que dès cette époque M. de Blainville admettait qu il a pu exister anciennement des animaux qui nous manquent actuellement, d’où résultent des lacunes dans la série animale : il nous est permis de conclure de cette observation que M. de Blainville ne tardera pas à disposer les animaux fossiles dans la même série, à la place qui leur appartient pour remplir les vides existants; mais
DE M. DE BLAINVILLE
d’autres conclusions ont été tirées par M. de Blainville de son travail sur les Poissons, et nous croyons devoir les reproduire ici.
On trouve des Poissons fossiles dans toutes les formations depuis les terrains de transition jusqu’aux terrains d’eau douce les plus récents; ainsi il n’est pas vrai qu’on puisse tirer de l’étude des fossiles la preuve que l’apparition successive des êtres créés a suivi l’ordre croissant de l’organisation dans l’ordre de la série animale.
Il n’en est pas moins certain que ce sont toujours des animaux aquatiques qui se montrent les premiers.
Ces animaux paraissent avoir été les premiers fossilisés.
Il n’est pas exact de prétendre que les formes des Poissons les plus anciens offrent quelque chose d’extraordinaire et d’anormal, comparativement avec ceux qu’on voit aujourd’hui.
Rien ne permet d’admettre qu’on puisse considérer comme un fait réellement acquis à la science que le nombre des analogues augmente avec le moins d’ancienneté des couches, quoique cela puisse paraître probable.
Il n’y a pas un seul Poisson fossile caractéristique d’une même formation.
II n’existe pas de dents de Squales ou de Raies dans les terrains de transition ou dans les formations secondaires.
On ne trouve de Poissons épineux qu’au Monte-Bolea, en Italie.
Enfin le mode de conservation des Poissons fossiles pourrait être employé plus utilement à la détermination de l’analogie des formations que les espèces et même les genres de ces animaux.
Durant le cours de l’année 1820, M. de Blainville n’a publié que quelques mémoires d’une faible importance, tels que celui inséré dans le t. XCI, p. 286, du Journal de physique , sur différents crânes de Phoques et sur les espèces de ce genre dans lequel il croyait devoir signaler, comme caractères propres à les distinguer, les doigts et la proportion des doigts; deux petites notes, l’une Sur /’ Écureuil d bandes ( Sciurus vitlatus, Desm.), et l’autre Sur le système dentaire du Sorex aqualicus (Bull, de la Soc. philom., 1830, p. 116), qui venaient remplir des lacunes de la science mammalogique; une troisième Sur l'existence des reins dans les animaux mollusques ( Journ . de phys., vol. XCI, p. 318).
Nous ne devons pas davantage oublier de mentionner ici le mémoire Sur l'organe appelé Galette dans les Orthoptères (Bull, de la Soc. phil., 1820, p. 15), dans lequel M. de Blainville montre que cet organe n’est pas un caractère distinctif de l’ordre des Orthoptères, puisqu’on le trouve dans tous les Coléoptères, qu’ils soient
ÉTUDE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX
ou non carnassiers; ni celui Sur la concordance des anneaux du corps des Entoinozoaires adultes (Bull, de la Soc. phil . , 1820, p. 33), dans lequel le même zoologiste, après avoir observé que le nombre des anneaux du corps est fixe dans les animaux articulés extérieurement, s’occupe plus spécialement des Insectes hexapodes adultes et du thorax de ces animaux dont il étudie la composition dans les groupes naturels; le but qu’il se proposait était de ramener les anomalies que présentent certaines espèces au type commun en se servant des caractères offerts par la concordance de ces anneaux.
L’année suivante (1821), M. de Blainville publia deux mémoires d’une plus grande importance, le premier Sur l'emploi de la forme du sternum et de ses annexes dans les Oiseaux, pour la confirmation ou l'établissement des familles naturelles dans celle classe d'animaux (Journal de physique, vol. XCIII, p. 185; 1821), travail dont il avait donné connaissance à l’Académie des sciences dès l’année 1 812. Nous avons vu que dans son prodrome de l’année 1816, M. de Blainville avait essayé d’établir l’ornithologie sur des bases plus solides et plus stables que celles adoptées jusqu’à lui, en faisant entrer en considération le sternum, une des parties les plus importantes du squelette des Oiseaux.
Le second mémoire inséré dans le tome XCIII du Journal de physique, p. 200, et auquel M. de Blainville attachait une très-haute importance, puisqu’il a cru devoir le faire réimprimer sans lui faire subir aucune espèce de modification dans les Annales d'anatomie et de physiologie, t. III, 1837, p. 349, concerne le système nerveux. C’est en quelque sorte le résumé de la manière dont M. de Blainville avait envisagé le système nerveux en général, dans les cours publics qu’il avait donnés depuis l’année 1812 jusqu’en 1821. Conçu, comme l’a dit M. le docteur Graliolet, sous l’influence de l’impulsion vive donnée par Gall et Spurzheim, mais fécondé par les profondes connaissances de l’auteur eu anatomie comparative, ce travail présente peut-être la première conception vaste et philosophique qui ait été donnée du système nerveux, et malgré les travaux d’illustres physiologistes, parmi lesquels on peut citer Ch. Bell, Magendie, Bellingieri, cette conception n’a pas vieilli.
Elle repose sur deux faits principaux, à savoir : 1° que le système nerveux se divise en autant de parties centrales ou ganglions qu’il y a de grandes fonctions dans l’animal ; 2“ que le système nerveux est d’autant plus nécessaire à l’action d’un organe que cet organe appartient moins à la sphère de la vie végétative et davantage à celle de la vie animale.
De celte dernière et importante considération découle un troisième principe,
DE M. DE BLAINVILLE
savoir : que dans chacun des sens le système nerveux qui l’anime se trouve avec l’appareil dans un rapport inverse, de telle sorte que le premier prédomine d’autant plus sur le second, à mesure que la propriété des corps par laquelle il doit nous les faire apercevoir, est pour ainsi dire moins corporelle ; en sorte que lorsque le système nerveux doit nous faire apercevoir des sensations de rapports, ou qui ne sont plus immédiates, alors il n’y a plus d’appareil extérieur, et le système nerveux reste seul, mais avec un développement considérable. M. de Blainville s’est trouvé ainsi le premier à proposer une distinction importante entre les masses ganglionnaires, en séparant les ganglions avec appareil extérieur des ganglions sans appareil extérieur. En conséquence, les fonctions des derniers étant purement intellectuelles, ils sont toujours situés au-dessus du tube digestif, tandis que les autres s’éloignent quelquefois assez de la partie centrale pour venir se placer au-dessous. du même tube. Une analyse plus étendue de ces considérations sur le système nerveux aurait donné la plus haute idée de ce travail , que l’auteur lui-même considérait avec raison comme l’un des plus importants auxquels il se fut livré.
Deux autres mémoires de M. de Blainville appartiennent à la même année, l’un Sur l'animal du genre Scarabeus de Denis de Montfort , inséré dans le tome XCII1 du Journal de physique, p. 304; l’autre, plus important, Sur le genre liyale, lu à la Société philomathique au mois de juin 1821, et publié d’abord dans le Journal de physique, même volume, p. 81 , et puis ensuite dans le Grand dictionnaire des sciences naturelles, l. XXII, p. 65, dans lequel l’auteur a rectifié et complété la description extérieure et intérieure de cet animal si rapproché des véritables bulles.
A la mort du célèbre botaniste Claude Richard, arrivée en 1 821 , M. de Blainville, dont les titres n’avaient pas cessé de s’accroître, se présenta pour le remplacer et fut placé en seconde ligne ex œquo avec M. Serres sur la liste présentée par la section de zoologie. Le premier rang était occupé par Savigny, qui fut élu ; les derniers par MM. Desmarets, de Férussac, Audouin, Moreau de Jonnès, Straus, tous les cinq au même rang. Il y aurait bien quelques remarques à faire sur l’ordre de présentation admis par la section d’anatomie et de zoologie à laquelle appartenait Richard, qui, quoique botaniste, avait été compris parmi les zoologistes à l’époque de la formation de l’Institut, mais cela nous entraînerait trop loin.
Ce nouvel échec ne parut pas avoir en rien ralenti les travaux de M. de Blainville qui, dans le cours de l’année suivante, publia successivement plusieurs dissertations, l’une sur Yanimal de l'ampullaire et sur sa place dans la série, Journal de
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physique, t. XCY, p. 459 , en montrant que ce genre ne doit point être séparé des Paludines, dont il ne diffère pas sensiblement ; l’autre Sur la structure de la plaque dorsocépliaitqiie de l'Echeneis Rémora, Journal de physique, t. XCY, p. 122, et qui lui permit de généraliser et de confirmer une fois de plus le principe avancé ailleurs, que toutes les anomalies rentrent dans la règle générale quand on en a bien saisi la nature.
M. de Blainville ayant toujours envisagé la science des animaux dans les rapports qu’ils peuvent présenter avec l’homme, avait depuis longtemps songé à entreprendre la publication d’un ouvrage devant contenir la description de toutes les espèces animales existant sur le sol de la France. Il trouvait à cela une double utilité : n’était-ce pas, en effet, la meilleure manière de populariser les sciences naturelles que de montrer aux personnes les plus indifférentes à cette étude, qu’elle offre un profit immédiat et pour ainsi dire journalier ? N’était-ce pas aussi le moyen le plus efficace de fournir aux véritables adeptes de la science, disséminés çà et là sur toute l’étendue de notre pays, l’occasion de connaître et d’étudier l’organisation et les mœurs des animaux au milieu desquels ils vivent? Enfin , ne valait-il pas mieux commencer par une histoire générale et particulière de tous les êtres organisés qui se trouvent en France, que de publier à grand frais, comme c’est trop souvent le cas, des voyages consacrés à l’histoire naturelle des pays étrangers, tellement vastes, qu’ils ne peuvent jamais être achevés, comme il nous serait facile d’en donner des exemples?
Conduit par ces importantes considérations, M. de Blainville proposa, dans le cours de l’année 1822, à plusieurs de ses amis, MM. Yieillot, Desmarest, Audinet- Serville, Lepelletier de Saint-Fargeau, Walckenaer, C. Prévost, de publier l’histoire de tous les animaux de la France. Malheureusement cette entreprise, quoique placée dès son début sous une auguste protection, fut loin d’avoir le succès auquel ses auteurs devaient s’attendre, puisque conçue sur un plan excellent, elle était en outre parfaitement exécutée. Les encouragements du gouvernement, qui devraient appartenir à toutes les publications sages et vastes, furent insuffisants, et les souscriptions des particuliers ne purent indemniser l’éditeur des frais considérables d’un ouvrage de cette nature. A peine vingt et quelques livraisons avaient-elles été publiées, que déjà l’ouvrage était interrompu, et depuis il n’a jamais pu être repris. La cause du peu de succès de la Faune française doit être attribuée à l’indifférence publique, ordinaire en pareille matière dans notre pays, où les sciences naturelles, étudiées à peine par les médecins, ne comptent qu’un très-petit nombre d’amateurs, sans liens entre eux, et trop souvent regardés par leurs corn-
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patriotes comme des hommes occupés d’amusements futiles. L’aristocratie nobiliaire et financière de la France ne croit pas devoir encourager de son argent des publications d’une utilité aussi incontestable; elles ne paraissent comprendre ni l’une ni l’autre combien, au point de vue de la tranquillité publique, il est d’une bonne politique de répandre le goût des sciences naturelles, de tourner l’ardeur des esprits, si facilement éveillée en France, vers l’étude de la nature, étude qui communique à l’àme quelque chose de calme et d’élevé comme elle-même.
M. de Blainville s’était réservé, dans la Faune française, de traiter des Mollusques et des animaux rayonnés ; les livraisons parues ne renferment du type des Malacozoaires que la classe I" des Céphalophores. Ordre I", Cryptodibrancbes ou Céphalopodes; ordre 11% Polythalamés ; ordre 111% Multiloculés ; ordre IV% Argonautules; ordre V% Cellulés; et la classe IIe des Paracéphalophores. Ordre Ic% Siphonobranches; ordre 11% Asiphobranches. C’est au surplus au lieu et place de C. Prévost, empêché par la maladie, que M. de Blainville a publié dans le même recueil la description des espèces de Raies et de Squales qui fréquentent nos côtes. Ainsi, tandis que C. Prévost était presque toujours retenu par des scrupules exagérés dans la mise au jour des théories scientifiques que ses propres observations lui avaient permis d’établir, ce qui l’a empêché de les faire connaître suffisamment, M. de Blainville agrandissait chaque jour le cercle de ses publications, de telle sorte que les sciences doivent regretter trop souvent qu’elles aient été trop étendues. Nous allons en avoir bientôt un exemple mémorable.
C’est en effet dans le cours de l’année \ 822 que M. de Blainville publia le premier volume d’un ouvrage, résultat de quinze années de travaux assidus, qui a pour titre : De l'organisation des animaux, ou Principes d'anatomie comparée, contenant la morphologie et l'aislhésologie. Ce livre, conçu sur un plan nouveau et exécuté avec des matériaux entièrement propres à M. de Blainville, eut un grand et légitime succès. L’édition en fut bientôt épuisée et occupera toujours dans la science une place importante. Il est dédié à la mémoire d’un homme que M. de Blainville avait beaucoup aimé, Picquet de la Houssiette, dont le nom ne sera pas déplacé ici, puisque, suivant son illustre ami, noble et brave, généreux et désintéressé, instruit et libéral, il méritait d’être l’honneur de la Normandie, sa patrie, dont plus tard il eût été la gloire.
Ce volume ne traite que de l’enveloppe générale ou de la peau considérée comme déterminant la forme de l’animal et la perception des corps extérieurs au moyen de l’appareil des sens, mais il renferme une introduction donnant le plan d’un traité complet des animaux et des tables synoptiques de zoologie.
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Jacobson, après avoir lu les Principes d'anatomie comparée, écrivait à son ami : « Cet ouvrage est digne de vous. » Ce que nous nous plaisons à répéter ici, il était digne de M. de Blainville, et il restera comme un des monuments de la science au xix' siècle. Entrepris dans le but d’enseigner à des élèves très-peu préparés à l’étude des sciences de l’organisation le plus de choses dans le moins de temps possible, ce livre ne s’est pas arrêté dans leurs mains, il est devenu le livre des maîtres de la science. Son objet principal est de montrer qu’on peut faire de l’anatomie comparée, de la physiologie et de la zoologie sans avoir à sa disposition un trèsgrand nombre d’animaux, et pour arriver à cela l’auteur établit « priori les principes sur lesquels ces sciences reposent, sauf à les confirmer par des faits choisis dans les animaux les plus communs. La tâche était difficile, et malheureusement elle n’a pas été entièrement achevée , car M. de Blainville se proposait de traiter successivement de la structure des animaux, de l’action de leurs organes, de leur forme, de la classification de ces formes, et enfin de leur histoire naturelle.
Les personnes qui ont suivi les cours de la Sorbonne ont seules connu les principes d’anatomie, de physiologie et de zoologie tels que M. de Blainville les a énoncés dans ses leçons, et il est regrettable assurément qu’aucune d’elles n’ait eu l’idée de les publier, comme MM. Duvernoy et Duméril l’avaient fait pour les leçons de G. Cuvier, car la postérité aurait obtenu une connaissance plus parfaite des doctrines scientifiques de notre maître, tandis qu’il faut aller les chercher dans un assez grand nombre d’ouvrages où elles se trouvent disséminées, sans même avoir reçu tous les développements dont elles étaient susceptibles.
M. de Blainville a eu raison de dire : Les principes de la science sont établis par moi pour ainsi dire à priori, d’une manière dogmatique, mais plutôt en apparence qu’en réalité, puisque pour me faire une idée abstraite do l’animal, je prends pour modèle, pour type tle ma définition , un être élevé dans la série organique, peu éloigné de l’homme, presque doué des mêmes facultés. Mais si l’homme n’est pas un animal, rien n’empêche qu’on ne lui compare l’animal abstrait, puisqu’on a pour définir celui-ci un point de comparaison parfaitement connu. La chose est moins facile si l’on arrête sa pensée sur un être inférieur, plus rapproché des végétaux et même des corps inorganiques. Cependant une fois les uns et les autres bien connus, l’animal ayant un corps qui lui est propre, on peut s’assurer si tous les caractères qui distinguent la forme de cet animal le rapprochent ou l’éloignent des autres corps organisés ou non, car ceux-ci, quelle que soit leur nature, peuvent être comparés sous deux points de vue différents, l’un statique et l’autre dynamique.
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Sous le point de vue statique, c’est-à-dire celui où il est question de leur état fixe, sans mouvement, M. de Blainville comprend :
1* La matière, c’est-à-dire les éléments chimiques et les principes immédiats qui résultent de leur combinaison ;
2° La disposition externe de cette matière ou la structure ;
3" La forme extérieure que cet assemblage de formes affecte.
Sous le point de vue dynamique, dans lequel la matière est, au contraire, considérée en mouvement, M. de Blainville renferme :
1° La composition, d’où résulte l’augmentation ou l’accroissement du corps;
2“ La décomposition, d’où résulte son décroissement ou sa destruction.
Tous les corps existant dans la nature doivent être considérés sous ces deux rapports, parce que tous sont dans un état statique ou dynamique.
M. de Blainville établit ensuite une comparaison entre les corps inorganiques et les corps organisés. Cette comparaison le conduit à donner la définition de l’animal après avoir montré que les corps organisés, c’est-à-dire les végétaux et les animaux, sont beaucoup moins faciles à distinguer entre eux que les corps inorganiques des corps organisés en général, surtout si l’on compare les végétaux les plus élevés aux animaux les plus éloignés de l’homme, c’est-à-dire les moins parfaits.
M. de Blainville se trouve ainsi conduit à définir le végétal un être organisé, c’est-à-dire celluleux, inhalant et exhalant, pouvant se mouvoir et se reproduire, fortement carboné, le plus souvent complexe, sans canal intestinal, sans fibres contractiles visibles, sans fibres excitantes évidentes, et par conséquent ne digérant pas, ne se mouvant pas, ne sentant pas ses rapports avec les corps extérieurs, quoique nous soyons quelquefois disposés à le croire, à la suite des changements lents et successifs que nous lui voyons produire dans un but déterminé.
L’animal, au contraire, est un être organisé, fortement azoté, le plus souvent simple, constamment pourvu d’un canal intestinal plus ou moins complet, de fibres contractiles et excitantes presque toujours visibles, par conséquent digérant et sentant plus ou moins ses rapports avec les corps extérieurs, et nous le démontrant par des mouvements subits que nous lui voyons exécuter dans un but évident.
La définition de l’animal, telle que la donne M. de Blainville, ne comprend pas tous les êtres organisés, qui sont rangés parmi les animaux, mais elle donne l’énoncé du problème à résoudre pour arriver plus lard à démontrer la justesse de la définition de l’animal envisagé d’une manière abstraite.
Bl. Ost. ,•
ÉTUDE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX
Pour bien connaître les animaux, il faut envisager et étudier successivement :
1° La structure, la forme, la disposition, les rapports des différents organes dont la combinaison produit tel ou tel animal ; ce qui constitue l'anatomie ou la connaissance de l'organisation des animaux.
2° Le mode d’action de ces différents organes en particulier, et les uns sur les autres, ainsi que les résultats de ces actions pour produire tel ou tel degré de vie, ou ce qu’on nomme la physiologie animale.
3° La forme générale et spéciale que ces différentes combinaisons d’organes affectent constamment, et qui fait à nos yeux tel ou tel animal; l’art de le reconnaître par des moyens plus ou moins artificiels, de le faire reconnaître aux autres et de disposer les animaux de manière à faciliter l’emploi de la voie d’analogie et d’induction : ce qui constitue la zoologie proprement dite.
4» Enfin, les différentes manières dont ces combinaisons d’organes, affectant une forme déterminée, agissent sur les circonstances extérieures, pour que l’animal se nourrisse et se propage, c’est-à-dire les mœurs, les habitudes des animaux, ce qui forme leur histoire naturelle proprement dite.
5° L’art de s’emparer, d’élever et de perfectionner les espèces animales utiles, ou la zoonomie.
6° L’art plus important encore de connaître les lésions dont le corps animal est susceptible et d’y remédier, ou la zooiatrie.
Ce sont là toutes les parties de la science qu’il faut embrasser pour arriver à une connaissance complète des êtres organisés, et toutes ces parties ont été traitées successivement par M. de Blainville, dans les cours qu’il n’a cessé de faire pendant près de quarante années consécutives. Il s’est trouvé ainsi conduit s démontrer à posteriori ce qu’il avait admis à priori, que l’homme est le chef-d’œuvre, le summum des êtres créés, puisque c’est le seul qui puisse en concevoir l’ensemble, qui puisse sentir l’harmonie sublime de cet ensemble et remonter jusqu au Créateur!
Malheureusement, M. de Blainville n’a pas achevé ses principes d anatomie comparée. Le premier volume, le seul publié, ne traite que de l’enveloppe de 1 animal dans ses rapports avec l’espace ou de la forme des animaux et spécialement de l’enveloppe considérée comme le siège des organes des sens envisagés dans toute la série animale, dans laquelle M. de Blainville comprenait alors 1 homme, qui lui servait de mesure; au sujet de ces organes des sens il a énoncé et développé les considérations les plus profondes et les plus ingénieuses. Nulle part, en effet, on n’en trouvera une pius juste et plus minutieuse description appuyée sur des expériences aussi complètes que convaincantes.
DE M. DE BLAINVILLE
Les aulres travaux de M. de Blainville pendant la même année, sont : en anatomie, le tableau des tissus ou substances qui entrent dans la composition des animaux (Journal de physique, t. XCIV, p. 151), une notice sur des crânes d'hommes trouvés en Allemagne et description d'une tête de momie , même tome, p. 396. En zoologie, un mémoire sur les caractères distinctifs des espèces de cerfs ( Journal de physique, t. XCIV, p. 254), travail étendu et dont le but principal était de déterminer les parties du corps de ces animaux dont on doit tirer les caractères distinctifs des nombreuses espèces du même genre; des observations sur la différence de la coquille d'individus de sexes différents dans les Mollusques céphalés ( Journal de physique, t. XCIV, p. 92), observations utiles surtout pour les recherches géologiques: enfin un mémoire assez considérable sur les Lernées (les Entomoslracés des zoologistes), inséré dans le même recueil, t. XCV, p. 372 et 437, dans lequel M. de Blainville, envisageant l’organisation de ces animaux, dont la forme est si diverse et parfois si anormale, a cherché à prouver que ce sont des animaux déformés, et qu’ils doivent constituer deux groupes particuliers intermédiaires aux Héléropodes et aux Tétradécapodes. Ce mémoire contient en outre la description d’un assez grand nombre d’espèces nouvelles que l’auteur a très-habilement distribuées en groupes génériques.
En 1823, M. de Blainville fit pour la dernière fois, dans le Journal de Physique, l’analyse des principaux travaux dans les scie nces physiques, publiés dans le cours de la même année, année moins remarquable par l’acquisition des faits nouveaux ou des méthodes nouvelles que par les pertes irréparables que ces sciences éprouvèrent dans la personne de plusieurs savants éminents français et étrangers, tels que Berthollet, Delambre, Haüy, Herscheli, qu’il n’était pas facile de remplacer. L’interruption de la publication du Journal de physique coïncida avec leur mort, et depuis cette époque aucun journal n’a remplacé cet ancien recueil, facilement accessible à toutes les investigations scientifiques.
C’est dans le dernier volume du même recueil, t. XCVI, p. 263, que M. de Blainville a fait insérer 1° Une note sur le crocodile vivant à Paris dans l' hiver 1823, animal assez rare alors, et que M. de Blainville voyait lui-même pour la première fois; 2° Quelques observations sur plusieurs espèces du genre Python , vivant également à Paris, et qui ne sont en réalité que de grandes couleuvres, même volume, p. 271 ; 3° Un travail assez étendu sur les espèces du genre Calmar (Loligo de Lamarck), même volume, p. 116, qui complétait celui du naturaliste Lesueur sur le même sujet. Dans ce mémoire, M. de Blainville, non content de donner la description d’un assez grand nombre d’espèces nouvelles, cherche à désigner les organes
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ÉTUDE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX auxquels il faut emprunter les caractères propres à les distinguer, et en même temps à établir le degré de subordination de ces caractères. Le même volume, p. 277, contient une monographie du genre Aplysie. Ce mémoire renferme la description d’un assez grand nombre d’espèces de ces animaux, dont plusieurs nouvelles, et que M. de Blainville a disposées heureusement en plusieurs petits groupes sous-génériques.
Enfin le même recueil pour la même année, p. 175, contient une dissertation sur Y organisation d'une espèce de Mollusque de lajamille des Limacinés, dont M. de Blainville a fait son genre Véronicelle. Ce travail anatomique a été emprunté en entier par Férussac et introduit, avec l’autorisation de M. de Blainville, dans le texte de son histoire naturelle générale des Mollusques terrestres et fluviatiles pour lequel il avait été fait. C’est en effet, sur les vives instances de Férussac, incapable de faire l’anatomie des Mollusques, dont il se proposait de parler dans l’ouvrage un peu confus qu’il a laissé inachevé à sa mort, que M. de Blainville a fait quelques descriptions anatomiques des genres nouveaux ou mal observés précédemment.
Durant l’année suivante, M. de Blainville, .occupé de terminer l’impression de son Manuel de malacologie , ne fit paraître qu’un seul et unique mémoire Sur la place que doit occuper dans la série des Mollusques la Patella porcellana, Lin. , Gmel. , type du genre Navicelle, de Lamarck; Bulletin de la Société philomathique pour l’année 1824, p. 161. Grâce à la générosité de MM. Quoy et Gaimard, tous les deux décédés aujourd hui, dont les noms associés seront toujours chers aux amis des sciences naturelles, M. de Blainville avait pu étudier les exemplaires rapportés par eux des îles de l’archipel Indien de ce mollusque, qui figure, d’après les dessins de M. de Blainville, dans l’allas zoologique du voyage de l 'Uranie. Dans ce mémoire, M. de Blainville confirme la manière de voir de Lamarck établie sur la coquille seule, en montrant que ce Mollusque forme un genre très-voisin des Nérélines^ ce rapprochement paraît avoir été depuis généralement adopté.
Nous citerons emore, parmi les travaux de M. de Blainville pendant l’année 1 824, d assez nombreuses additions à l’ouvrage de Bremser (Traité zoologique et physiologique sur les vers intestinaux de l'homme), excellent traité devenu classique dans une grande partie de l’Europe. A la demande de M. de Humboldt, qui avait introduit auprès de M. de Blainville le docteur Grundler, auteur d’une traduction française de cet ouvrage, M. de Blainville a consenti non-seulement à revoir celle traduction, mais à la refondre en partie et à l’enrichir de ses observations. C’est dans ces additions que se trouve la nouvelle classification des vers intestinaux de M. de
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Blainville; elle est basée sur l’ensemble de l’organisation, sans avoir égard au séjour de ces animaux, parce que c’est un principe de toute classification zoologique que le séjour seul ne doit avoir aucune influence sur la place de l’animal dans la série animale. La même classification renferme plusieurs genres entièrement nouveaux. Celte traduction, publiée au surplus avec l’agrément de l’auteur, a certainement une valeur très-supérieure à celle de l’original.
De si utiles travaux allaient enfin trouver une récompense tardive mais méritée; l’année 1826 s’ouvrit sous de meilleurs auspices pour M. de Blainville. La mort de Lacépède ayant laissé une place vacante dans le sein de l’Académie des sciences, M. de Blainville se présenta pour la quatrième fois, en concurrence avec Desmarest, son excellent ami, MM. Serres, Férussac, F. Cuvier, auteur de quelques travaux estimables, mais peu profonds en réalité. Vraiment quand on compare le mérite deM. de Blainville à celui de ses concurrents, on demeure convaincu de la vérité de l’assertion émise précédemment, qu’il eut à lui seul à triompher de plus d’obstacles que la plupart des zoologistes contemporains.
Cette fois encore, M. de Blainville n’a fini par vaincre la résistance qu’opposait G. Cuvier à ce qu’il entrât au sein de l’Institut, qu’à l’inimitié profonde qui existait entre ce dernier et Ramond, géologiste habile, écrivain distingué, membre influent de l’Académie des sciences. Quelques voix de moins et sans l’appui d’Arago, F. Cuvier l’emportait sur son concurrent, car M. de Blainville ne fut élu qu’au troisième tour de scrutin. Repoussé pour la quatrième fois, M. de Blainville eût peutêtre éprouvé ce que lui-même a dit dans sa Lettre à Cuvier: «Si l’honorable « M. Ramond, qui vous connaissait si bien , n’eût agi avec force pour contreba- « lancer votre influence, je serais encore aux portes de l’Académie, et bientôt le « temps et mes leçons même ayant fait germer des jeunes gens meilleurs que moi, « je m’en serais trouvé écarté à jamais comme tant d’autres qui auraient mérité et « qui méritent un meilleur sort. »
La joie fut grande parmi les nombreux amis, les élèves plus nombreux encore de M. de Blainville, lorsqu’ils apprirent qu’il venait d’être nommé membre de l’Académie des sciences; les uns et les autres savaient bien que cette nomination était la récompense méritée d’importants travaux, ils étaient persuadés en outre que ce serait en même temps un encouragement à des travaux plus considérables encore, et que leur ami, leur maître n’imiterait pas l’exemple de la plupart des académiciens qui, parvenus au but de leurs efforts, le fauteuil académique, s’y endorment si complètement, qu’on finit par les y oublier et par s’étonner de les y voir.
ÉTUDE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX
Il n’en fut pas ainsi, très-heureusement pour M. de Blainville, qui se montra beaucoup trop honoré d’une distinction qui lui avait été si longtemps disputée, pour ne pas redoubler d'efforts. Dans l’espace écoulé entre 1825 et 1830, c’est-à-dire pendant cinq années seulement, il a continué à professer sur toutes les parties des sciences anatomiques, physiologiques et zoologiques tant à l’Athénée, qu’à la Faculté des sciences, avec une verve et une ardeur dont nos paroles ne pourraient pas donner une juste idée; il a en outre inséré un très-grand nombre d’articles dans le Dictionnaire des sciences naturelles publié par Levrault, terminé quelques mémoires sur différents sujets, entrepris plusieurs voyages d’exploration, soit sur les côtes de la Normandie, soit dans le midi de la France, continué ses principes d’anatomie comparée, lu plusieurs rapports à l’Institut. M. de Blainville n’était pas un rapporteur ordinaire dans les procès scientifiques soumis au jugement de l’Académie des sciences; avant d’émettre un avis favorable ou défavorable aux découvertes nouvelles, non-seulement il en prenait une connaissance complète, mais il étudiait lui-même à novo le sujet sur lequel il s’agissait d’appeler le jugement de l’Académie; il se trouvait ainsi en étal de traiter ex professo de choses qui ne rentraient pas dans le cercle ordinaire de ses études.
Nous citerons, parmi les travaux de M. de Blainville pendant l’année 1825 :
1“ Une note descriptive de l'appareil sternal de l' Agami (Phosphia Agami L.) Bull, de la Soc. philom., année 1825, p. 126;
2° Quelques pages Sur un célacé échoué au Havre (même Bulletin, p. 139);
Ce cétacé, pêché au Havre et décrit par M. de Blainville, qui l’avait soigneusement étudié avec le docteur Surriray, observateur exact et attentif, ami de M. de Blainville, et qui l’a précédé à peine de quelques années dans la tombe, avait été affreusement mutilé par des mains ignorantes et cupides. M. de Blainville a cru reconnaître dans cet animal l’espèce de Dauphin décrite dans le Dictionnaire classique cCliisloire naturelle sous le nom de Dauphin de Dale (. Delphinus ederilatus, Schneider), appartenant au quatrième sous-genre des célatés du genre Dauphin, Marsouin, Pliocœna, avec lequel il présente cependant quelques différences; tout le monde sait que l’histoire de la famille des cétacés n’est pas encore entièrement éclaircie, surtout en ce qui concerne la distinction des espèces, par des motifs trop connus pour avoir besoin d’être signalés ici.
3' Une note Sur la Vipère galonnée ( coluber lemniscatus, L.), publiée dans le Bulletin de la Société philomathique de la même année, p. 110, qui confirme la nécessité de faire un genre de cette espèce de vipère.
4° Quelques lignes Sur l'appareil de la génération dans les Mouleltes et les Anodontes.
DE M. DE BLAINVILLE
Dans le Bull, de la Soc. phil ., 1825, p. 156, M. de Blaiuville y confirme l’opinion anciennement admise qu’il y a hermaphrodisme suffisant dans toute celte classe de Mollusques.
5° Quelques pages Sur C emploi de l'opercule dans l'établissement et la confirmation des genres de coquilles univalves. {Bull, de la Soc. phil., même année, p. 91 et 108).
Adanson a été le premier naturaliste qui ait attaché de l’importance, et même une importance exagérée, à l’existence ou à l’absence de l'opercule dans les coquilles univalves. M. de Blainville a parfaitement démontré qu’on peut cependant en tirer de très-bons caractères pour l’établissement des genres et des espèces des coquilles qui en sont pourvues, quoiqu’il soit impossible de donner des raisons suffisantes de la présence ou de l’absence de ce corps protecteur.
C’est, au surplus, dans le cours de la même année que M. de Blainville publia son Manuel de Malacologie et de Conchyliologie. Cet ouvrage, promptement épuisé, est devenu classique pour toutes les personnes qui se livrent à l’étude des Mollusques. Entrepris dès l’année 1814 pour le Supplément de l'Encyclopédie d'Edimbourg , complètement exécuté et même traduit en anglais , dix années consécutives de recherches nouvelles n’ont fait que le perfectionner, grâce à la générosité de MM. Quoy et Gaymard, qui avaient mis à la disposition de l’auteur un grand nombre de Mollusques très-importants et pour la plupart entièrement nouveaux, et dont l’auteur a largement profité. On *y trouve au surplus la substance des différents articles du Dictionnaire des sciences naturelles, notamment de l’article Conchyliologie et de l’article Mollusques, du même Dictionnaire, mais considérablement augmentés et améliorés.
Dans ce précieux manuel accompagné d’un atlas, dont les figures ont été en partie exécutées par M. de Blainville lui-même, l’auteur traite successivement de la synonymie, de la définition et de la place des Mollusques dans la série animale et de l’importance de leur étude. Il passe ensuite à une histoire complète de la Malacologie, dans laquelle, rendant une justice méritée, mais en même temps impartiale, à tous ses prédécesseurs, sans exception, français ou étrangers, contemporains ou non, il résume les progrès de la science jusqu’en 1825. Fidèle aux principes scientifiques qui l’avaient dirigé dans son traité de l’organisation des animaux, il traite successivement de la forme, des appareils de sensation, de locomotion, de composition, de décomposition, et termine par celui de l’irritation ou du système nerveux. La physiologie de ces animaux occupe ensuite l’auteur, puis vient leur histoire naturelle, le genre de rapports avec le reste des êtres, et en dernier lieu les principes de leur classification. La première section du livre est terminée
ÉTUDE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX
par une bibliographie malacologique. L’exposition des principes de conchyliologie remplit toute la seconde section, dans laquelle M. de Blainville a compris une histoire de la conchyliologie et une bibliographie conchyliologique. Enfin la troisième et dernière section renferme le système général de Malacologie de l’auteur et la description systématique des animaux du type, distribués en trois classes : classe I, Céphalophores ou Céphaliens; classe II, Paracéphalophores ou Céphalidiens; classe III, Acéphalophores ou Acéphaliens.
Ces trois grandes classes sont divisées elles-mêmes en plusieurs sous-classes, puis successivement en ordres, sous-ordres, familles, genres et espèces.
Les Malentozoaires (Malentozoa), détachés des Mollusques, forment un sous-type distribué en deux classes, les Nématopodes et les Polyplaxiphores; mais, ces deux dernières classes ne pouvant pas être considérées comme de véritables Mollusques, doivent être placées ailleurs; elles établissent le passage des Malacozoaires aux Entomozoaires par deux lignes, savoir : des Malocozoaires acéphales aux Entomozoaires hétéropodes , par les Nématopodes , des Malacozoaires céphalés aux Entomozoaires chélopodes, par les Polyplaxiphores ( Polyplaxiens ), tandis que les Mollusques, dans le système du règne animal de M. de Blainville, forment le dernier type des animaux pairs ou Zygomorphes. En conséquence, les Mollusques doivent précéder immédiatement le sous-règne des Aclinozoaires ou animaux rayonnés.
La classification, au surplus, adoptée par M. de Blainville, repose: 1* sur la forme générale du corps; 2° sur la distinclion plus ou moins complète ou nulle de la tête; 3° enfin sur l’organe qui modifie le plus la coquille, celui de la respiration. Toutes les fois que cela a été possible à l’auteur, c’est-à-dire lorsque l’animal de la coquille lui a été suffisamment connu, il ne s’est pas éloigné, pour l’établissement des genres renfermés dans les familles, ordres et sous-ordres, du principe incontestable qu’un genre n’est réellement bon que lorsqu’il est fondé sur des différences d’organisation, concordantes avec des différences dans les moeurs et traduites par des caractères extérieurs.
A l’égard de la distinction des espèces, en Malacologie, comme dans toute autre classe de la série animale, l’espèce elle-même ne peut être déterminée d'une manière certaine que par des différences dans quelque partie de l’appareil de la génération, et surtout dacs ses parties accessoires, quoiqu’il puisse en exister de concordantes ou non dans d’autres appareils. Ce principe doit s’appliquer d’une manière rigoureuse à la distinction de l’espèce parmi les Malacozoaires; en effet, toutes les véritables espèces dans un genre naturel et très-nombreux, celui des Hélices par exemple, offrent toujours quelque différence dans l’appareil générateur.
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Cette importante considération prouve combien la conchyliologie, c’est-à dire l’art tic disposer les coquilles ou les corps protecteurs des animaux testacés, de manière à les faire reconnaître sans avoir égard aux animaux auxquels elles ont appartenu, reposera longtemps encore sur des bases artificielles.
Pour M. de Blainville, le principe ou la raison' de la classification des animaux est l 'animalité, comme la pesanteur est celui de l’univers, et la composition chimique celui du règne minéral, la structure et la faculté de la génération celui du règne végétal, la sensibilité et la locomotilité celui du règne animal, et enfin la raison ou le libre arbitre, ou mieux encore la moralité, le principe du règne social ou de l’homme.
Mais le degré d’animalité, lui-même se trouve déterminé par celui de la sensibilité réunie à la locomotilité, deux facultés essentiellement et exclusivement animales, et comme ces deux facultés sont nécessairement périphériques, l’une en contact avec le monde extérieur qu’elle doit sentir, et l’autre avec celle-ci, à laquelle elle doit obéir, on voit que le degré d’animaliié ne peut être jugé que par quatre choses, lesquelles sont :
1° La distinction, la quantité du substratum des facultés sensoriales et locomotrices, c’est-à-dire des tissus nerveux et musculaires;
2° La disposition de chacun d’eux constituant l’appareil sensorial et l’appareil locomoteur, considérés eux-mêmes dans leur action directe ou réfléchie, et comme animant les fonctions vitales ou végétatives;
3“ La forme qui limite ou circonscrit la combinaison des tissus et des organes qui constituent le degré d’animalité ou l’animal;
4° Les actes biologiques considérés dans leurs rapports avec le sol, d’où résultent:
A. le séjour, la station, le mode et le degré de locomotion;
B. La nourriture végétale ou animale, solide, liquide ou moléculaire.
En effet, dans cette partie de la zoologie comme dans toute autre, c’est l’ensemble de l’organisation qui doit servir de guide au malocologisle, et ce sont les caractères extérieurs qui doivent la traduire et fournir les caractères distinctifs :
Le séjour; l’espèce de nourriture; l’existence ou l’absence d’un corps protecteur; la forme particulière du corps dans sa partie viscérale: les appendices, lobes, cirrhes du manteau; la distinction complète, incomplète ou nulle de la tête du reste du corps; le nombre, la forme, la position des appendices tentaculaires; la position des yeux ; la forme de l’organe de la locomotion ; l’armature de la bouche; l’organe de la respiration; l’appareil générateur; enfin des considérations tirées de El. Ost. J
ÉTUDE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX
la forme de la coquille qui sera univalve, subbivalve ou operculée, bivalve, t ubi— valve et multivalve, fournissent, au surplus, des caractères plus ou moins bons pour l’établissement des différentes classes, sous-classes, ordres, sous-ordres, familles, genres, sous-genres et des espèces.
On voit par cet exposé que pour la classification des Mollusques, si l’on veut y réunir tout à la fois ceux dont les animaux nous sont parfaitement connus et les Mollusques dont nous ne connaissons encore que le corps protecteur, c’est-à-dire la coquille, qu’elle soit vivante ou fossile, il régnera longtemps quelque chose d’artificiel dans la disposition sériale du type des animaux mollusques , au moins sous le rapport des espèces. Aussi toutes les classifications, qui ont été proposées suc. cessivement pour ce type d’animaux, sont-elles loin de reposer sur des principes fermes et stables. En effet, pour les Céphalopodes, le caractère est tiré de l’existence d une tête distincte; pour les Gastéropodes, du mode de reptation; pour les Ptéropodes, du mode de natation à l’aide de deux nageoires placées comme des ailes, quoique ces Mollusques aient également une tête distincte. Dans les Acéphalés , le caractère est pris de l’absence d’une tête distincte; eufin dans le sous-embranchement admis par une partie des zoologistes et auquel ils ont donné le nom de Molluscoides ou Tuniciers, lesquels forment les Tuniciers proprement dits et les Bryozoaires ou Polypiers ciliés, d’autres caractères beaucoup moins importants encore ont servi à les dénommer, ce qui prouve que les animaux ainsi désignés n’appartiennent qu’en partie aux véritables Mollusques.
M. de Blainville, dont l’élection avait été approuvée par le roi le 1 4 décembre 1825, siégea pour la première fois à l’Académie des sciences le 2 janvier de l’année suivante; il réalisait ainsi ce qu’il avait dit au plus fort de ses démêlés avec G. Cuvier, qu’un jour il s'assiérait sur les bancs académiques à côté de lui et malgré lui; peu d’années suffiront hélas pour qu’il siège à sa place. Que ne nous a-t-il été donné de voir le maître et le disciple placés à côté l’un de l’autre, se témoignant de mutuels égards et une admiration réciproque.
Maintenant, si laissant pour quelque temps de côté l’analyse des travaux du nouvel académicien, nous cherchons à pénétrer dans le modeste intérieur de M. de Blainville, nous apprendrons à le connaître plus intimement, à l’aide de renseignements puisés à une source où l’on ne serait pas tenté de les chercher. C’est dans le livre des dépenses journalières de sa maison, gouvernée par une ancienne domestique qu’il a gardée presque toute sa vie à son service, que nous irons les puiser ; car cet homme, qu’on nous a peint sous de si terribles couleurs, n’a changé qu’une seule fois de domestique dans tout le cours de sa vie, jamais d’appartement
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depuis son arrivée à Paris, sauf à l’époque où il est venu habiter le jardin des Plantes, et. au jour de sa mort, on trouvait dans la vieille maison que l’administration lui avait concédée la femme qui l’avait servie à son arrivée dans la capitale, en 1796. Devenue vieille et infirme, elle s’était rappelé son ancien maître, et sachant qu’il était docteur en médecine, elle avait songé à solliciter sa protection pour obtenir, dans un des hospices de la capitale, la place à laquelle son grand âge et ses infirmités lui donnaient droit; mais M. de Blainville, au lieu de l’envoyer achever ses jours, loin de lui, dans un de ces asiles dévolus à la vieillesse et à la pauvreté, l’avait recueillie chez lui, et elle lui a survécu plusieurs années.
M. de Blainville a dit, dans son Introduction à l'histoire des sciences de l'organisation, que pour juger la valeur des travaux du savant, il fallait étudier jusqu’aux rapports de famille et de société qui avaient pu exister entre ses semblables et lui. Que de curieux, que de précieux renseignements n’aurions-nous pas à recueillir dans ce simple livre de comptes. On y voit en regard des dépenses si modestes du savant, tantôt la mention de sa nomination comme chevalier de la Légion d honneur, tantôt celle de la rentrée de la Société philomathique. Cette rentrée, précédée d’un dîner chez le ministre de l’intérieur, à l'occasion de la fête du roi, auquel tant de liens et de souvenirs rattachaient M. de Blainville, est suivie de la représentation des Voitures versées, dans lesquelles Martin chantait avec tant de verve et d’entrain. La mort de M. de Laplace, signalée pieusement par une croix, se trouve inscrite à peu de distance du début de mademoiselle Alboni; la mention dé l’ordonnance dissolvant la garde nationale de Paris précède de quelques jours à peine la mort d’une sœur de M. de Blainville et celle d un ami, le géologue Ramond, auquel M. de Blainville avait dû son entrée à l’Institut. M. Cuvier lit l’éloge de Corvisart, le grand médecin du premier empire, la veille du jour où mademoiselle Pizaroni paraît sur le théâtre dans le rôle de Malcom de la Donna del Lago. Au nom de cette cantatrice, M. de Blainville a ajouté le mot sublime. En tournant chacune des pages de ce livre, où la mort tient trop souvent sa place marquée par une croix, on serait tenté de se croire sur quelque sommet des Alpes où des signes semblables, élevés sur quelque point du chemin, indiquent au voyageur qu’un de ses semblables a péri à l’endroit qu’il traverse.
Nous regrettons de ne pouvoir entretenir nos lecteurs du déchiffrement de ce livre de comptes qui peint si bien l’homme tour à tour aimable, sensible et bon, que tant et de si opiniâtres travaux, poursuivis la nuit comme le jour, n’empêchaient pas de prendre part à toutes les émotions tantôt calmes, tantôt agitées de la place
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publique, de partager toutes les joies de l’amitié et de la famille, comme toutes les douleurs, toutes les angoisses de ses semblables. Quoique M. de Blainville n exerçât pas la profession de médecin, quelquefois cependant il interrompait ses travaux pour se dévouer à soigner un malade qui réclamait particulièrement ses soins, surtout celui qu’une mère lui confiait, et quelquefois il exprimait en vers charmants les sentiments que le bonheur d’avoir contribué au rétablissement d’un enfant faisait naître dans son propre cœur. Après cette courte digression, dans laquelle nous avons voulu peindre l’homme du foyer domestique, nous continuons l’analyse des travaux scientifiques de M. de Blainville dans les années qui précédèrent immédiatement sa nomination de professeur au Muséum d’histoire naturelle.
Le bulletin des sciences de la Société philomathique pour l’année 1 826 renferme :
1° Une note Sur les doubles canaux de ta matrice des Mammifères parongulés découverts par Gartner ;
2° Une courte dissertation Sur les mamelles de l'Ornilhorliynque femelle dont Meckel avait signalé l’existence, fait encore révoqué en doute à l’époque où M. de Blainville avait soutenu sa thèse sur la place que doivent occuper l’Ornithorhynque et l’Échidné dans la série animale, quoiqu’il fût dès lors disposé à l’admettre à priori, à défaut d'observation directe. (Même bulletin, p. 133.)
3° Une note Sur la génération de l'Hydre verte, animal que les travaux de Tremblay ont rendu si célèbre. Les observations de M. de Blainville tendraient à prouver que le bourgeon reproducteur de l’hydre verte ne se rencontre pas plus à tous les points du corps de cet animal, que les bourgeons des végétaux ne naissent à toutes les parties de la tige. (Même bulletin, p. 77.)
4° Quelques pages Sur une nouvelle espèce de Rongeur fouisseur du Brésil , le Ctenomys brasiliensis, dont M. de Blainville hésitait à faire un genre nouveau intermédiaire aux Campagnols, aux Capromys et aux Oryctéromes, parce qu’aux différences qu’offre cet animal dans son organisation ne correspondent pas des différences de mœurs et d’habitudes. (Même bulletin, p. 62.)
5° Sur la place du Touraco dans la classe des Oiseaux. L’organisation de cet animal ne permettant de le ranger ni parmi les Galliuacés, ni parmi les Pigeons, ni parmi les oiseaux de proie, semble le rapprocher des Perroquets, M. de Blainville a cru devoir le classer néanmoins dans l’ordre artificiel des Grimpeurs, qui devra, suivant lui, être subdivisé en plusieurs familles, lorsque tous les genres qui le constituent seront plus complètement étudiés. (Même bulletin, p. 45.)
6“ Une note d’un intérêt secondaire Sur le fou de Bassan, Sula Alba, Pelecanus Bassanus. (Même bulletin, p. 16.)
DE M. DE BLAINVILLE
7° Une courte note Sur l'Iridine, genre de mollusque acéphalequi avait fait l’objet des observations de M. Desbaies. (Même bulletin, page 60.)
En analysant le mémoire de M. Deshaies relatif à l’animal de cette coquille, dont il adopte au surplus les conclusions tendantes à la confirmation du genre établi sous ce nom par Lamarck, M. de Blainville, qui cherchait toujours à tirer des conclusions importantes d’un fait souvent assez simple en lui-même, se pose la question suivante :
Lorsque la conchyliologie n’est pas rigoureusement concordante avec la. malacologie, laquelle doit l’emporter? et il la résout ainsi : ce sera celle-ci, car les mœurs et les habitudes d’un animal sont déterminées par des organes et non par son produit. Le conchyliologisle et le géologue ne balanceront pas davantage, parce que l’animal ne se montre jamais à leurs yeux, et que la coquille est tout ce qu’ils cherchent à connaître, comme moyen différentiel des couches de la terre. (Même bulletin, p. 60.)
Quelques observations Sur quelques petits animaux qui, après avoir perdu le mouvement par la dessiccation, le reprennent comme auparavant, quand on vient à les mettre dans l'eau. (Même bulletin, p. 94.)
Les observations de M. de Blainville sur ce fait curieux observé par Leu wenhoek et Spallanzani à propos delà faculté que possèdent certains animaux de renaître à la vie qu’ils semblent avoir perdue au moins en apparence par la dessiccation, se trouvent confirmées par les expériences propres à M. de Blainville sur les petits animaux connus sous le nom de lardigrades ou rolifères.
Mentionnons encore le rapport fait à l’Académie des sciences au mois d’octobre 1826, Sur les Myodaires du docteur Robineau des Yoidy. (Même bulletin, p. 90.)
L’année 1827 réclame plus particulièrement notre attention, car elle vit paraître trois mémoires importants de M. de Blainville.
Le premier est le rapport présenté à l’Académie des sciences le 12 mars 1827, à l’occasion du mémoire de Jacobson, intitulé : Observations sur le développement prétendu des œufs des Moulettes ou Unios et des Anodonles dans leurs branchies. En 1825, M. de Blainville avait fait insérer dans le nouveau bulletin de la Société philomathique, p. 156, une note dans laquelle il rendait compte des recherches auxquelles il s’était livré, conjointement avec M. Charvet, l’un de sesmeilleurs élèves, aujourd’hui professeur de zoologie à la Faculté des sciences de Grenoble, sur l’appareil générateur des Moulettes et des Anodontes. Sans avoir pu malheureusement résoudre la question si importante et si curieuse de la coexistence du sexe mâle et du sexe femelle