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« à laquelle j’allache une très-grande importance. Pour mes ennemis, je ne lésai <« jamais craints et je les crains moins que jamais ; ma conscience est pure , je repousse « de toute ma force l’industrie et les valets scientifiques aussi bien que les choses « que je crois mauvaises. Qu’ils disent ou qu’ils fassent, je suis bien certain qu’ils « ne parviendront ni à m'émouvoir ni à m’empêcher d’écouter ma conscience dans « les jugements que je pourrais être appelé à porter d’eux ou de leurs travaux; « je me flatte’quelquefois d’en avoir donné la preuve.
« Pour mes amis, jamais je n’ai repoussé ni éludé les observations critiques ou « non qu’ils ont bien voulu me faire , soit sur mes actes , soit sur mes travaux ; je « les ai , au contraire , toujours prises au sérieux et regardées comme des preuves «d’une véritable amitié, plus même que des compliments, auxquels j’ai, Dieu « merci, toujours attaché fort peu d’importance. D’après cela, j’aime à croire que « vous pensez assez bien de moi pour être persuadé que votre lettre du 30 mars , « loin de diminuer, n’a fait qu’accroître les sentiments d’estime et d’amitié de <( votre , etc. »
Cette lettre, sans réfuter victorieusement toutes les objections que C. Prévost avait cru pouvoir soumettre à M. de Blainville, prouve que depuis longtemps ce dernier s’était rangé ouvertement sous la bannière de l’Église catholique : elle réfute en même temps l’opinion de quelques-uns des plus anciens amis de M. de Blainville, qui ayant lu ses premiers écrits avaient paru douter de la réalité de ses nouvelles convictions. Qu’a de commun en effet le zoologiste qui, en \ 822, comprenait encore l’homme parmi les animaux, et croyait que le but le plus philosophique auquel nous puissions atteindre était de démontrer que l’homme est le chef-d’œuvre, le summum des êtres créés, le seul qui puisse en concevoir l’ensemble, qui puisse sentir l’harmonie sublime de cet ensemble, et remonter jusqu’à la nécessité d’un Dieu, d’une âme universelle, qu’a de commun, disonsnous, le savant qui s’exprimait ainsi avec celui qui, persuadé que la religion catholique résume tout ce qui constitue la connaissance, puisqu’elle seule saisit, embrasse l’homme tout entier, dans tous les lieux et dans tous les temps, au passé au présent, comme à l’avenir, est arrivé à croire fermement que les sciences de l’organisation peuvent servir à démontrer la vérité d’une religion qui a dû nous être révélée? Mais quel que soit le respect que nous portions à la mémoire de notre illustre maître, nous n’hésitons pas à dire qu’il s’est laissé entraîner sur une pente où il n’était plus le maître de s’arrêter, et nous persistons à penser queM. l’abbé Maupied lui-même s’est mépris en cherchant des preuves de la vérité catholique
ÉTUDE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX
là où il ne pouvait rencontrer que des arguments en faveur de l’existence d’un Dieu créateur.
Dans le jugement que M. de Blainville porte des naturalistes qui l’ont précédé, il a montré toute la sûreté d’une critique éclairée et solide. En faisant d’Aristote le type des connaissances zoologiques dans l’antiquité, il a eu parfaitement raison , car il serait bien difficile d’opposer à Aristote aucun autre homme d’une valeur égale à la sienne. M. de Blainville n’a pas montré moins de sagacité en disant que tout ce qu’on avait débité au sujet des prétendus milliers d'hommes mis à la disposition d’Aristote par Alexandre le Grand, chargés de lui procurer des animaux dans toute l’étendue de l’Asie et de la Grèce, était une véritable fable répétée par Pline. En effet, Aristote n’a connu que les animaux de la Grèce, et à peine quelques animaux étrangers à ce pays. Cette observation fort sensée qui fait justice de fables trop longtemps accréditées, n’a pas empêché M. de Blainville de signaler dans une analyse savante, et que lui seul pouvait faire, les services considérables qu’Aristote a rendus à la science.
Si, négligeant Théophraste, dont les travaux scientifiques furent aussi vastes que ceux d’Aristote, mais qui est plus connu des modernes par son livre des Caractères que par ses ouvrages perdus pour nous, nous arrivons à Pline l’Ancien, ce que dit M. de Blainville de cet écrivain, lorsqu’il affirme qu’il n’a fait qu’une vaste compilation, sans plan, sans conception philosophique, où il entasse plus d’assertions que de faits et d’observations, nous paraît parfaitement exact. Néanmoins, à côté de cette juste appréciation, ne doit-on pas blâmer M. l’abbé Mau pied lorsque, de son côté, il affirme que pour les Romains tout se réduisait à la domination et à la jouissance animale? Est-il permis de juger de Rome antique par le siècle de Néron, dont Pline l’Ancien fut le contemporain? M. l’abbé Maupied n’aurait-il pas dû également adoucir les expressions qu’il emploie pour parler de la personne du même naturaliste, mort victime de son dévouement à la science? Mais M. l’abbé Maupied semble condamner le naturaliste romain parce qu’il n’ose frapper les hommes d’aujourd’hui, il se trompe d’époque et commet un véritable anachronisme.
Nous sommes enclin à attribuer également à M. l’abbé Maupied le passage suivant de la biographie de Galien : « Nous savons, d’ailleurs, qu’il était très super- « stilieux; cela tenait sans doute à celte sorte de divination du génie, qui lui fai- « sait prendre les résultats de ses raisonnements pressés et rapides pour des avis « du dieu Esculape, dans les miracles duquel il avait grande confiance. » M. de Blainville se serait sans doute contenté de dire que Galien partageait quelques-unes
DE M. DE BLALNY1LLE
des idées superstitieuses de son temps, et dont le christianisme triompha lentement. Galien écrivait dans une autre direction d’esprit que Pline, et, sans aucun doute, bien préférable; aussi M. l’abbé Maupied le traite-t-il avec plus d’indulgence. M. de Blainville, dans l’analyse de ses travaux, l’a regardé comme le créateur de la physiologie expérimentale, comme le fondateur de la médecine proprement dite, comme celui qui a fait faire à la science des progrès aussi grands que durables.
Avec Galien, M. de Blainville termine V Histoire des sciences de l' organisation dans l'antiquité, et caractérise l’action exercée sur leur marche par l’école d’Alexandrie à laquelle Galien appartenait. Après ce vaste coup d’œil jeté sur l’antiquité grecque et romaine, M. de Blainville n'a point oublié de mentionner tous les travaux secondaires exécutés dans la période de temps écoulée depuis le règne d’Alexandre jusqu’au milieu du xi* siècle de notre ère ; il les a appréciés comme ils méritaient de l’être, mais ne pouvant les analyser tous, il ne s’est étendu que sur les travaux des hommes qui résumaient en quelque sorte l’état de la science contemporaine.
Il appliquera la même méthode au moyen âge, en choisissant également parmi les hommes qui ont contribué au progrès des sciences de l’organisation celui qui, à ses yeux, semble leur avoir imprimé le mouvement le plus important.
Albert le Grand a été regardé par M. de Blainville comme le type scientifique de cette époque. Profitant des connaissances établies par le génie de ses prédécesseurs. Albert le Grand a contribué à la marche de la science, il a envisagé les êtres animés du point de vue où M. de Blainville se placera plus tard, notamment en ce qui concerne l’immutabilité des espèces et leur dégradation successive.
Gessner, sous la plume de l’auteur de Y Histoire des sciences de /’ organisation, peut être considéré comme le représentant de l’époque de transition connue sous le nom de Renaissance et placée entre le moyen âge et les temps plus rapprochés de nous. La science, devenue exclusivement théologique dans les écrits d’Albert le Grand, suivra bientôt une route différente qu’abandonneront peu à peu les hommes rangés sous la bannière de l’Église ; la philosophie et la théologie vont désormais non-seulement se séparer, mais en outre devenir des ennemies acharnées l’une de l’autre. A la méthode scolastique, qui a eu son utilité, succédera la méthode expérimentale ; nous aurons désormais des histoires naturelles, des traités spéciaux sur telle ou telle partie de la science, et non plus des sommes théologiques. Les sciences s’humanisent et perdent trop de vue peut-être l’auteur de toutes choses. Gessner, type de celte époque de transformation, a compris l’importance de la méthode, quoiqu’elle soit restée artificielle dans ses mains; la nomenclature, ou l’art de dénommer les corps naturels, lui est redevable de quelques perfectionnements,