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et toutes deux ont conduit ce naturaliste à exposer la série complète de tous les êtres en y comprenant jusqu’aux anges, ces êtres intermédiaires entre l’homme et Dieu.
La période des temps modernes des sciences de l’histoire de l’organisation commence par Yésale et Harvey qui, abandonnant la science générale, vont travailler, chacun de son côté, à en éclaircir quelques points particuliers. Les faits seuls absorbèrent leur attention, et ni l’un ni l’autre ne se livrèrent à une conception générale. Yésale, contemporain d’anatomistes célèbres, s’est occupé uniquement de l’anatomie de l’homme, dont il peut être considéré comme le créateur.
Harvey a créé la physiologie, quoiqu’il n’ait envisagé, en réalité, que deux points de cette science, la circulation, dont les lois étaient bien loin d’être connues, et la génération ; il s’est élevé à des considérations générales à propos des êtres animés dont l’étude, dit-il, pourrait nous amener à la connaissance des secrets de la nature et même à nous former une image du Créateur suprême.
L’expérience et la connaissance réelle des faits particuliers , chaque jour plus nombreux, va désormais nécessiter l’emploi de la méthode pour diriger l’usage des éléments nouveaux introduits dans les sciences ; nous arrivons à Bacon et à Descartes, les véritables créateurs de la méthode. La philosophie de Bacon a trois objets pour but, Dieu, la Nature et l’Homme; tout ce que M. de Blainville dit de Bacon est remarquable et permet d’envisager cet homme célèbre sous un tout autre aspect que celui sous lequel il est généralement connu. M. de Blainville montre en effet que Bacon ne s’appuie sur l’expérience que pour pénétrer plus avant dans la connaissance des causes et des principes. Descartes, de son côté, peut être regardé comme le continuateur de l’effort de Bacon ; tous deux ont écrit en langue vulgaire, ce qui n’est pas absolument vrai pour Descartes puisque plusieurs de ses ouvrages sont écrits en latin, mais ils ont été traduits sous ses yeux en français, et c’est dans celte langue qu’on les lit aujourd’hui.
Après un résumé du siècle de Louis XIV dans lequel il serait facile de signaler d’importantes omissions et des erreurs même considérables, résumé sorti tout entier de la plume de M. l’abbé Maupied, M. de Blainville caractérise la méthode de classification fondée par Ray ; quoique cette méthode, appliquée par ce naturaliste à toutes les parties de la science, soit en réalité purement artificielle, elle a cependant fait faire à la science un pas immense dans la distribution des êtres animés. Linné continue Ray, en ajoutant à la méthode, qui est l’âme de la science, la nomenclature qui en est la conséquence rigoureuse et la traduction scientifique.
Buffon, qui a eu le tort de méconnaître le génie de Linné, Buffon se trouve
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placé à côté de Linné par M. de Blainville, qui n’hésite pas à regarder le premier comme le plus grand naturaliste qui ait encore paru. Mais peut-être pourrait-on ne pas souscrire à ce jugement qui semble trop favorable au naturaliste français; car si Buffon a eu des vues de génie, il n’en a pas moins commis de grandes erreurs. Moins religieux que Linné, il a partagé toutes les croyances de son époque, et M. l’abbé Maupied a beaucoup trop fait valoir, à notre sens , la réserve que Buffon a montrée en parlant des choses respectables. Mais cette prudence, ce respect des choses établies ne sont pas toujours, ne nous y trompons pas, le résultat de convictions religieuses ou politiques. Placé comme il l’était, Buffon ne pouvait parler autrement sans sacrifier à ses convictions les avantages que lui donnait sa position, et la Faculté de théologie n’eut pas, pour le retenir sur les bords du précipice dans lequel son génie allait tomber, au dire de M. l’abbé Maupied, de bien grands efforts à faire. Buffon était, comme la plupart des hommes éclairés du xviu' siècle, un pur déiste; aussi, en matière religieuse, ses opinions sontelles vacillantes, incertaines; il parle de la nature en termes magnifiques parce que pour lui ce mot signifie l’ensemble de l’Univers, aussi bien des corps inorganiques que des êtres animés. Le rôle de la nature, dans ses ouvrages, est d’autant plus grand que le rôle de la Divinité semble plus petit; sa raison corrige difficilement les erreurs dans lesquelles sa brillante imagination l’entraîne. C’est ainsi qu’il fait naître les animaux de la matière brute successivement transformée; ces animaux eux-mêmes forment les matières liquides et solides, et plus tard une nouvelle combinaison des molécules organiques engendre les grands végétaux et les animaux d’un ordre plus élevé ou du moins d’un volume plus considérable. A ces animaux en succèdent d’autres, mais d’une taille moins élevée, la puissance formatrice étant en quelque sorte refroidie et affaiblie, ils ne tardent pas à disparaître eux-mêmes; nous en retrouvons aujourd’hui les débris dans le sein de la terre, et l’homme leur a succédé.
Toutes les contradictions se rencontrent dans Buffon : tantôt il rapproche les ossements fossiles des ossements des animaux actuellement vivants, tantôt il démontre que ces ossements ont dû appartenir à des animaux différents des espèces actuelles, quelquefois il n’hésite pas à affirmer qu’il n’y a que des individus dans la nature, et conséquemment qu’il ne peut exister ni espèces, ni genres, ni familles. Jaloux du mérite de Linné dont il entendait partout le nom, il combat la méthode et la nomenclature adoptées par ce grand génie, tandis que lui-même, dans la description des animaux , se voit obligé de les ranger conformément à la méthode naturelle. Acceptant ailleurs la nomenclature binaire linnéenne, il
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admet que le vivant et l'animé, au lieu d’être un degré métaphysique des êtres, doit être considéré comme une propriété de la matière, et prête ainsi des arguments à la méthode fondée sur des caractères artificiels, qui servira plus tard aux matérialistes, arguments qui peuvent être retournés contre eux. Buffon ne s’aperçoit pas que ce principe sainement interprété renverse ses créations élémentaires et spontanées. Les végétaux et les animaux offrent dans ses brillants tableaux de très-grands rapports, et forment une échelle de gradation de la matière vivante. Pour distinguer les uns des autres , ce grand naturaliste avance ce que la science actuelle proclame comme une vérité, que la sensibilité, la forme et la locomotion caractérisent l’animalité ! Dans son discours sur les variétés de l’homme, il démontre que l’espèce est une réalité de la nature, et se réfute lui-même aussi victorieusement qu’un adversaire pourrait le faire, en disant que l’espèce est caractérisée parla reproduction continue, perpétuelle, invariable; il place l’espèce humaine commela plus noble de toutes à la tête de toutes les autres: l’homme devient son terme de comparaison quand il veut décider si un animal est plus ou moins intelligent. Il serait facile de suivre celte étude des idées tantôt vraies, tantôt fausses de Buffon qui, au fur et à mesure qu’il pénétrait plus avant dans l’étude des faits, en tirait des conclusions beaucoup plus justes et entièrement opposées à celles qu’il avait prises précédemment. M. de Blainville n’a ni dissimulé les erreurs de ce grand écrivain ni marchandé son admiration pour les vérités qu’il a été le premier à établir en rendant populaire l’histoire naturelle qui jusque-là avait été le domaine exclusif des savants.
Nous allons voir en effet que les sciences de l’organisation vont marcher presque sans s’arrêter de conquêtes en conquêtes par suite de l’impulsion reçue à la fin du xvin* siècle et à laquelle l’illustre Haller a contribué par ses travaux anatomiques, et surtout par son explication admirable des phénomènes de la sensibilité et de l’irritabilité. Quoique les découvertes de ce grand homme n’aient pas eu sur le développement de la zoologie une influence aussi grande que les travaux de Linné et de Buffon , elles conduisirent néanmoins à démontrer la distinction des nerfs de la vie organique et de la vie animale. Il a donc fourni, comme le dit M. de Blainville, le moyen d’arriver à une anatomie comparée et à une physiologie positive.
Pallas, dont le nom succède dans Y Histoire des sciences de l'organisation à celui du grand Haller, y occupe la place qui lui était due; il a étudié l’organisation dans le but de montrer les rapports naturels qui existent entre tous les corps organisés; il a établi par l’anatomie des animaux les principes de la zoologie, et
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fourni divers éléments nécessaires à la démonstration de la série par la création de la paléontologie et de la géologie positive, en combattant souvent avec bonheur les idées théoriques de Bufifon en pareille matière qui avaient eu un grand retentissement dans toute l’Europe savante. M. de Blainville reconnaît que Pallas a été le véritable auteur de la géologie positive, de l’anatomie paléontologique, de l’anatomie zoologique et zooclassique; et quoiqu’il n’ait pas compris la série animale, son mérite est encore bien grand.
Dans Y Histoire des sciences de l'organisation telle que M. de Blainville l’a conçue, il s’est proposé de montrer, ce que nous ne saurions assez répéter, que leurs progrès découlent les uns des autres et tendent tous à un résultat commun. Mais pour que cette histoire ne fût pas une simple énumération de faits isolés, son savant auteur a eu le soin d’en définir toutes les parties entre elles à mesure qu’elles venaient se réunir à l’ensemble, ou qu’elles recevaient un développement nouveau des découvertes successives. De celte manière il lui a été plus facile de signaler ce que chacun avait fait, et de tirer des efforts individuels des conclusions générales. Encore quelques efforts, encore quelques découvertes, et le tableau sera complet, l’harmonie naîtra de l’ordre établi entre toutes les parties des sciences, la succession logique des idées se développera parallèlement à la succession logique des personnages, et pour chaque progrès réalisé, accompli ou devant l’être nécessairement, il y aura des hommes chargés de le réaliser, et guidés en quelque sorte par une volonté souveraine, emanée d’une autorité supérieure, d’une Providence, dans le but de démontrer à l’homme que tout ce qu’il fait, tout ce qu’il exécute, tout ce qu’il accomplit, il ne peut le faire qu’avec la permission de cette Providence, mais en conservant néanmoins la conscience de ses propres actions.
Pour terminer l’histoire des derniers progrès des sciences, qui vont les agrandir, les compléter, les perfectionner et les achever, il restait à M. de Blainville quelques biographies à faire.
Parmi ces biographies, M. de Blainville a écrit avec une prédilection marquée celles des Jussieu, qui tous les quatre, et chacun en particulier, profitant des découvertes antérieures, qui avaient conduit à l’établissement des groupes et des genres naturels en zoologie et même en botanique, ont contribué à satisfaire le premier besoin de la science, l’établissement de la méthode, et surtout de la méthode naturelle celle qui devait servir à grouper, à disposer les êtres organisés et les faits mêmes, de quelque nature qu’ils fussent, dans un ordre logique et tel qu’il fût possible d’en tirer des conclusions légitimes, presque syllogistiques. C’est aux Jussieu que cette méthode doit sa première application, ce sont eux qui ont posé Bl. Ost. „