‹ Osteographie, ou, Description iconographique comparee du squelette et du systeme dentaire des mammiferes recents et fossiles pour servir de base a la zoologie et a la geologie (volume 2)Chapitre 26 sur 130 · CX XX · texte numérisé non relu

CX XX

ÉTUDE SCR LA VIE ET LES TRAVAUX

le principe si fécond de la subordination des caractères, lesquels ne doivent pas être seulement comptés, mais pesés et rangés d’après leur importance et leur valeur, si l’on veut respecter la loi qui les régit.

Tous les membres d’une môme famille ont ainsi concouru à établir la méthode naturelle en botanique, sans que les efforts communs aient été contrariés, soit par la mort, soit par les événements politiques, soit par des occupations étrangères à la science. »

Le créateur de l’anatomie comparée ne fut pas aussi heureux, car sa vie scientifique fut brisée bien avant le temps, et la révolution elle-même a ralenti l’impulsion que Yicq-d’Azir avait donnée à l’anatomie comparée, à ce point que beaucoup de personnes ignorent les grands services qu’il lui a rendus. C’est ce que M. de Blainville a réussi à montrer, en consacrant à ce savant anatomiste les meilleurs pages del 'Histoire des sciences de l'organisation.

Nous devons à Vicq-d’Azir la loi qui servira à comparer tous les ôtres crées ; il a en effet regardé la sensibilité comme le caractère essentiel de l’animalité ; créateur de l’anatomie comparée, il a commencé l’étude des altérations dont l’organisme est susceptible, en essayant d’appliquer la méthode naturelle à la pathologie, ce qui a nécessité la création de l’anatomie générale, par Bichat, dont M. de Blainville a continué et quelquefois rectifié les admirables travaux. A Pinel, à Bichat, a succédé Broussais, qui, de son côté, s’est efforcé de découvrir le siège réel des maladies et qui est mort sans avoir pu résoudre le grand problème de l’existence du monde et de ses destinées, et dès lors les recherches ont dû prendre une autre voie.

Après avoir essayé de démontrer comment, par l’effort continu de ces trois médecins, l’art médical entré dans la voie de l’observation, de l’analyse et de la méthode naturelle, est devenu une branche des sciences naturelles, M. de Blainville a caractérisé les efforts de Gall, qui plus que Pinel et surtout que Bichat, a donné à l’étude du système nerveux, dont Yicq-d’Azir avait déjà compris toute l’importance, la seule base, la seule direction, qui doit assurer les-progrès des sciences de l’organisation et créer dans un temps plus ou moins rapproché la physiologie du cerveau. C’est à tort que M. l’abbé Maupied, a prétendu que Gall avait emprunté beaucoup à Cuvier, continuateur de Yicq-d’Azir ; M. de Blainville, en effet, sur les marges de son exemplaire de l 'Histoire des sciences de l' organisation, contredit son élève en ces termes : «Je n’ai jamais pu dire ce que M. Maupied m’a fait dire ici, car les deux assertions contenues dans cette phrase sont fausses de tout point. Gall n’a pu rien emprunter à Cuvier, celui-ci n’avait rien à prêter, M. Cuvier n’a jamais continué Yicq-d’Azir, il l’a déprécié et pillé. » Nouvelle preuve à l’appui de ce que nous

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avons avancé plus haut, qu’une partie de cette histoire a été rédigée par M. l’abbé Maupied avec trop de légèreté.

Avant la venue de Gall l’esprit humain avait étudié les facultés de l’âme plutôt que les fonctions du cerveau, organe de l’intelligence, siège positif, siège certain de ces facultés. On ne cherchait pas alors à savoir où se trouvait l’endroit où elles se réunissent, on se contentait d’analyser ce que contenaient ces facultés divisées en végétatives, intellectuelles et morales; Gall a réuni tous les éléments épars de cette importante question, il a entrepris d’embrasser dans un seul coup d’œil ce que les naturalistes, les métaphysiciens et les moralistes s’étaient partagé entre eux.

Il était beaucoup plus facile d’étudier isolément des fonctions ou facultés intellectuelles que de rechercher le siège de ces facultés, que de préciser là où doivent être placés les instincts, les penchants , les passions, les talents et les dispositions morales et intellectuelles des hommes et des animaux. Gall est allé beaucoup plus loin que les personnes qui s’étaient occupées avant lui du siège des facultés intellectuelles; il n’a pas craint d’affirmer qu’elles résidaient dans le cerveau, mais qu’en même temps ces facultés générales ou spéciales, indépendantes des penchants, comme ceux-ci le sont entre eux et celles-là entre elles, doivent avoir leur siège dans des parties distinctes et indépendantes les unes des autres, d’où résultent les formes différentes de la masse cérébrale, la forme particulière et déterminée du cerveau.

Suivant lui, l’observation montre qu’à certaines protubérances de l’enveloppe osseuse du cerveau répondent certaines facultés, qu’il a portées à vingt-sept et qui ont été très-multipliées depuis sa mort. De là est née la Cranioscopie ou Craniologie et l’Orthophrénie. La première est la science qui lit les particularités du cerveau, et la seconde celle qui nous apprend à combattre les mauvais penchants par l’inspection du crâne. M. de Blainville regarde comme l’effet le plus remarquable de la doctrine de Gall, le moins contestable, celui qui a ramené l’unité dans des sciences jusque-là divergentes. Par suite des travaux de cet anatomiste, la nécessité de leur enchaînement a été de nouveau démontrée, et de la manière la plus convaincante : l’analyse est devenue synthèse.

Arrivé à l’époque contemporaine, M. de Blainville a préféré comme type caractéristique de cette époque Lamarck, dans lequel il se plaisait à reconnaître un de ses maîtres, à G. Cuvier, dont il avait également suivi les leçons et partagé les travaux. Le choix sans doute était difficile; M. de Blainville a donné à l’appui de celui qu’il a fait des motifs qui ne paraissent pas entièrement justifiables; car de même que pour l’époque romaine, Pline l’Ancien a été choisi par lui uniquement à cause de la réputation dont il a joui particulièrement au moyen âge et dont

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il est resté en possession, G. Cuvier devait l’être comme le représentant en France et en Europe de la science moderne, à laquelle il a rendu d’éminents services. Lamarck, au contraire, n’a introduit dans la science que des faits contestés, contestables, et même faux, tels que la création spontanée, la transformation des espèces, leur négation, Y Autochthonie de ces mêmes espèces, et par conséquent l’action de la matière sur elle-même.

Ainsi, comme nous venons de le voir, M. de Blainville, parvenu à la vieillesse, perfectionnait chaque jour les importants travaux qui avaient alimenté sa vie scientifique, et cette histoire des sciences de l’organisation, qui a dû exiger d’immenses recherches, ne l’empêchait pas de publier ce que nous pourrions justement appeler le résumé des doctrines scientifiques qu’il avait embrassées à son début dans le professorat. Il est donc nécessaire d’insister sur quelques-uns des derniers écrits sortis de sa plume, auxquels il semble avoir attaché lui-même une très-grande importance.

Le premier en date est le Programme du cours de zoologie de la Faculté des sciences de Paris; ce programme renferme, sous la forme la plus concise, l’ensemble de l’enseignement de M. de Blainville successivement enrichi et perfectionné, on y trouve une distribution claire et méthodique des différentes parties de cet enseignement, divisé en sept parties. La première comprend l’organisation des animaux, soit la morphologie ou anatomie externe et l’anatomie interne ou l’anatomie proprement dite, susceptible elle-même d’être divisée en deux branches, l’anatomie générale et l’anatomie spéciale ou descriptive, c’est-à-dire l’organologie. La seconde renferme la physiologie animale ou zoobiologique, et la troisième enfin l’histoire naturelle proprement dite qui comprend les rapports des animaux avec le monde extérieur, et dont la connaissance complète a donné naissance à la zoonomie, à la zooïatrie et à la zooclassie. Ces trois dernières sciènces forment les trois avant-dernières divisions du programme, qui est terminé par la physiognomonie ou l’art de reconnaître à l’aide d’un certain nombre de signes le tempérament et le caractère naturel ou acquis de l’homme et des animaux. Mais cet art conjectural peut-il être regardé comme du véritable domaine de la science, et ne peut-on pas en dire autant de la Cranioscopie, doctrine qui a la prétention de prévoir et de juger les penchants de l’homme ou de l’animal par les modifications de la forme générale ou particulière de l’enveloppe solide du cerveau?

Une analyse détaillée du programme de M. de Blainville, qui ne se compose en réalité que d’une série de questions, aurait facilement montré que, par la manière seule de les poser, elles étaient en quelque sorte résolues. C’est ainsi que dans

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