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les questions qui en terminent la première partie, M. de Blainville s’est contenté de formuler clairement celles qui concernent l’unité de composition, le balancement des organes, la théorie des analogues, questions nagnère si ardemment débattues au sein de l’Académie des sciences entre G. Cuvier et E. Geoffroy-Saint-Hilaire, autour desquelles le silence le plus complet semble s’être fait depuis la mort des deux antagonistes. M. de Blainville avait adopté des idées différentes des leurs, mais cependant moins éloignées sur certains points des doctrines soutenues par E. Geoffroy-Saint-Hilaire.
Dans ses Considérations générales sur les animaux et leur classification , publiées en 1840, dans le supplément du Dictionnaire des sciences naturelles , M. de Blainville a, sous une forme aussi concise que possible, discuté et résolu, à notre avis, toutes les grandes questions que l’organisation animale soulève. Pour lui l’animal est un corps vivant, doué de facultés dont sont dépourvus les végétaux, ayant, au contraire de ceux-ci, le sentiment de son existence, par la faculté de la sensibilité manifestée par celle de la locomotililé : celle-ci, quoi qu’en disent certains naturalistes, doit être regardée comme une conséquence de celle-là; car l’absence de la seconde aurait pour résultat un contre-sens impossible aussi bien à priori qu’à posteriori. L’homme a une âme, il possède en lui un principe immatériel, peu importe le nom qu’on lui donne; c’est donc négativement par la privation de l’âme, et positivement par l’existence des deux grandes facultés, connues sous le nom de sensibilité e t de locomotililé, que l’animal, animans, animatum, doit être défini.
A priori, cette définition est plus exacte qu’à posteriori, car les mouvements de l’animal vivant, c’est-à-dire la conversion en acte de la faculté de locomotilité en rapport avec les besoins de la sensibilité , peut servir à le distinguer des végétaux privés de mouvements volontaires. A l’état de mort, au contraire, cette distinction n’est possible qu’aulant qu’on a recours à la forme du corps, à sa composition moléculaire ou chimique, à sa composition anatomique ou à sa structure, et enfin à sa disposition organique. Mais la forme générale ne donne pas toujours des caractères tranchés, car les animaux n’affectent pas tous des formes déterminées. La composition moléculaire ne peut pas non plus servir à la définition de l’animal, parce que les éléments matériels des corps ne peuvent être distingués en matière organique, ou en matière inorganique ou non organisable, quelle que soit leur combinaison, ces éléments étant identiques.
La composition anatomique ou la structure ne permet pas davantage de définir l’animal, parce qu’on ne peut démontrer l’existence des parties déterminées qui entrent dans la composition de l’animal, dans tous les êtres auxquels nous donnons
ÉTUDE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX ce nom et qui quelquefois ne paraissent avoir ni nerfs, ni muscles, ni tissu nerveux, ni tissu musculaire. II en est de même et plus encore de la disposition anatomique qui fait que la partie essentielle de l’animal comme être vivant plutôt que comme être sentant est double pour ainsi dire, en constituant une sorte de poche rentrée, nommée à cause de cela intestin , car cette disposition n’existe pas dans tous les animaux.
Il résulte de là deux conséquences importantes : la première, c’est que l’idée abstraite que nous nous faisons de l’animal ne peut être prise que d’êtres élevés, c’est-à-dire plus ou moins rapprochés de l’homme parla forme, que d’êtres à la fois sensibles, locomobiles et pourvus d’un intestin; la seconde, c’est qu’il existe en même temps des degrés dans l’animalité et par conséquent une série animale. Ce dernier fait conduit lui-même à admettre une distribution méthodique des animaux, puisqu’il y a des degrés très-tranchés dans les facultés de la sensibilité et de la locomotilité, et par suite dans les tissus, ainsi que dans les organes et les appareils par lesquels ces facultés peuvent être converties en actes.
Le principe fondamental de la distribution méthodique des animaux disposés en série, sera donc la sensibilité et sa conséquence la locomotilité, puisque ce sont ces facultés qui constituent essentiellement l’animal ; la sensibilité sera immédiate ou directe, médiate ou réfléchie, sensoriale ou intellectuelle, celle-ci infiniment supérieure à celle-là.
Une distinction à peu près semblable s’observe dans la locomotilité suivant qu’elle est affectée à des fonctions sensoriales ou locomotrices de translation, ou à des fonctions de la vie organique ou végétative. Les modifications des organes et des appareils qui ont pour base le tissu locomotile détermineront le degré de l’animalité et la position dans la série. Souvent même il faudra avoir recours plutôt aux organes de la locomotilité qu’à ceux de la sensibilité pour caractériser l’ordre sérial des animaux et ses degrés, quoique bien évidemment les premiers soient subordonnés aux seconds.
Maintenant on ne saurait mettre en doute que les deux ordres d’organes sensoriaux et locomoteurs, reposant sur deux facultés exclusivement animales, sont eux-mêmes calculés pour un ensemble de particularités des circonstances extérieures dans lesquelles l’animal est appelé à vivre. De cette considération résulte la grande et sublime théorie des causes finales et comme conséquence rigoureuse la démonstration d’une puissance intelligente créatrice, et ensuite le fait que l’enveloppe extérieure de l’animal pourra fournir tous les éléments propres à établir la classification naturelle des êtres animés.
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Mais si ces organes ont été créés par un être intelligent, si les animaux qui s’en servent sont l’œuvre d’un créateur, il a dû exister dans cette création, dans cet ensemble des êtres, un plan, une harmonie nécessaire, dans des limites préconçues pour chacun d’eux en particulier, et pour un certain nombre d’entre eux rapprochés et groupés pour ainsi dire. Devons-nous maintenant conclure de cette harmonie préconçue, qu’il y a tout à la fois unité de plan, unité de composition et de disposition dans l’organisation des animaux? Non, et pourquoi cela ne se peut-il pas? Parce que l’existence d’une série croissante ou décroissante nécessite l’addition ou la soustraction d’organes et do fonctions, à mesure que l’on s’éloigne davantage de la matière brute et de la matière organisée, végétale ou sensible, pour se rapprocher de l’homme.
En effet, s’il y a unité de composition chimique dans les animaux, néanmoins certains éléments, plusieurs produits immédiats entre autres, existetil dans les uns et manquent dans les autres.
Il y a encore moins unité de composition anatomique, puisque dans plusieurs animaux le système nerveux et le système musculaire n’existent pas, ou du moins ne sont pas suceptibles d’y être démontrés.
Mais peut-on dire au moins qu’il y ait unité d’organisation? Non certainement, et cela pour tous les appareils, qu’ils soient sensoriaux, locomoteurs, digestifs, respiratoires, circulatoires, sécréteurs et générateurs.
Il n’y a pas davantage unité de disposition, car les organes et les appareils ne sont pas toujours à la même place et dans les mêmes connexions.
Y a-t-il au moins unité de forme? Encore moins, puisqu’il n’y a pas unité de plan.
Enfin l’unité de plan elle-même existe-t-elle, c’est-à-dire l’être animal est-il un ? suffit-il d’y ajouter ou d’en retrancher une ou plusieurs parties pour former tel ou tel animal? C’est ce qu’il est impossible de démontrer, même en ayantrecours pour parvenir à cette démonstration, aux phases de développement que traverse un animal élevé depuis sa première apparition jusqu’à son état parfait.
Bornons-nous donc à reconnaître dans chaque animal et dans la série que forment les animaux, l’existence d’un plan et de ses degrés de développement faisant partie du plan général de tous les êtres créés : ce plan est le type de l'idée, c’est-à-dire l’exécution ou la mise en œuvre de la pensée de Dieu par sa seule volonté.
Cette harmonie dans la matière des êtres existants entraîne, comme conséquence rigoureuse, un ordre déterminé suivant lequel ils auront été nécessairement créés,
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c’est-à-dire un ordre de création commençant par la matière brute à ses différents états, régie par des lois propres à chacun de ces états, à laquelle a succédé la matière organisée en végétaux et en animaux pour les différents milieux où ils doivent vivre; et enfin l’homme, but évident de la création des êtres organisés et par conséquent des animaux dont il se nourrit ou dont il se sert physiquement et intellectuellement. En effet, leur étude apprend à l’homme à se mieux connaître lui-même et à remonter vers son Créateur, à voir ce qu’il est, d’où il vient et où il va, la fin de la seule et véritable philosophie.
C’est de ce point de vue élevé que doit être considérée la zoologie ou la science des animaux dont l’ensemble constitue le règne animal placé entre deux unités, l’une supérieure, qui est l’homme, premier terme de la création, l’autre inférieure, qui est le végétal, troisième terme de cette création dont les animaux forment le second ou le terme intermédiaire.
Pour avoir la loi de ce terme intermédiaire si complexe, en supposant qu’il y ait série, et nous avons démontré à priori que cette série existe, il faut comparer entre eux les termes limites sous les différents rapports : de la forme, de la structure, de la composition et de la disposition anatomique ;
De la propriété ou faculté d’éprouver ou de sentir l’action des circonstances extérieures ;
De la propriété de les rechercher ou de s’y soustraire suivant qu’elles sont favorables ou défavorables, de puiser dans le milieu ambiant les éléments de leur nutrition et de leur augmentation ;
D’y exhaler sous forme de produits les éléments chimiques qui les constituent ;
Enfin, de se prolonger .dans le temps et dans l’espace, soit par continuité et par accumulation d’individus les uns sur les autres, au moyen d’une partie commune, soit par germes séparés, c’est-à-dire par génération.
Cette comparaison différentielle établie, il devient facile d’en tirer par abstraction les caractères maxima et minima de l’animalité et de la végétabilité, positifs dans un cas, négatifs dans un autre, c’est-à-dire du plus ou moins grand degré des rapprochements de l’homme et du végétal par rapport à tel ou tel animal donné, et par suite d’établir les principes qui pourront servir à fonder la série de tous les animaux dans le sens ascendant ou descendant.
C’est par cette admirable déduction que M. de Blainvilleest arrivé à la zooclassie ou à la classification des animaux, d’abord pour les types de création, puis pour les classes, sous-classes et ordres qu’il a distingués, en montrant l’évidence de la dégradation sériale et la concordance avec la disposition systématique qu’il a
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