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ÉTUDE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX de ce type; leurs embrassements dans les dernières espèces sont très-prolongés , les femelles ne semblent se préoccuper ni de leurs œufs ni de leurs petits, dont le développement est assez peu rapide. Quant à la durée de la vie de ces animaux, nous n’en savons pas assez pour y trouver rien de particulier aux Malacozoaires; toutefois, ce que nous pouvons reconnaître de positif dans tous les points de l’histoire des Mollusques suffit pour décider la question de leur position dans la vie animale. M. de Blainville les place après les Entomozoaires et avant les Actinozoaires ou Zoophytes, auxquels ils se lient d’une manière presque insensible; en prenant, il est vrai, en considération une espèce occupant le milieu de la série du type, entre les Poulpes placés à la tête et les Assidies, même les Flustres et les Escharres, ces derniers si longtemps confondus avec les Zoophytes.
Telle est l’analyse de l’un des derniers ouvrages de M. de Blainville que, comme tant d’autres, il a laissé inachevé, parce que sans doute, à l’exemple de l’illustre botaniste de Candolle, il pensait qu’il faut entreprendre quatre fois plus qu’on ne peut faire.
Le redoublement de travail de M. de Blainville à la fin de sa carrière s’explique par le besoin qu’il éprouvait de chercher dans le travail l’oubli de chagrins domestiques qui ont fait sur lui une impression profonde. D’un autre côté, la mort de la plupart de ses camarades d’enfance et de ses amis, de quelquesuns de ses proches et surtout du jeune Gabriel de Blainville, enfant optimœ spei, son petit-neveu, dernier héritier de son nom, l’avaient affligé d’une manière sensible.
On sait qu’après avoir pensé avec beaucoup d’excellents esprits, et notamment avec de Candolle, qui le dit dans les mémoires publiés par son fils, qu’au moment de la chute de Napoléon, la France ne pouvait retrouver le repos que par l’accession au trône d’uu nouveau Guillaume, le duc d’Orléans, celui-ci devenu roi au lieu et place de Charles X; M. de Blainville s’était rallié complètement à la cause de la légitimité. Arrivé à la fin de sa vie, voyant les bases de la société ébranlées et un mouvement prononcé vers un ordre de choses inconnu de ceux-là même qui le rêvaient, le vieillard aigri, exalté peut-être par les luttes politiques, inégales et inutiles que soutenaient quelques-uns de ses parents et de ses voisins de campagne, auprès desquels il allait chaque année passer ses vacances, semblait regretter plus que jamais le temps où les esprits ne séparaient pas ces trois choses : Dieu, le roi, la France, dont l’union avait fait la grandeur de son pays.
De là peut-être, non pas son découragement, un esprit de sa trempe ne perd
DE M. DE BLAINVILLE
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pas facilement courage, mais une résignation empreinte de tristesse. M. de Blainville avait vu la République remplacer la monarchie légitime, puis la République attaquée et proscrite par celui qui avait été chargé de la protéger, bientôt changée en une autre monarchie que les chansons ne tempéraient plus et que M. de Blainville n’a pas craint de nommer tyrannie. A l’empire glorieux et sanglant avait succédé une troisième monarchie, entourée d’institutions libres et qui s’était brisée contre un écueil inconnu du nautonnier lui-même, remplacée en quelques jours par le gouvernement le plus libre et le meilleur que la France ait jamais possédé, celui-ci renversé à son tour devait laisser passer sur des ruines fumantes et teintes de sang l’homme des idées napoléoniennes.
Mais un retour vers le passé, vers un passé qui n’avait pas été sans gloire, puisqu’il avait fait de la France une grande puissance, était une chose trop naturelle pour qu’on puisse s’étonner de la rencontrer dans M. de Blainville. La sainteté de la religion catholique, l’amour du roi et de la France, se confondaient dans l’esprit chevaleresque de ce grand homme, qui semble avoir été conduit insensiblement à admettre des choses qu’il avait longtemps combattues, et à croire fermement aux vérités enseignées par l’Église, à laquelle il avait dû le bienfait de son éducation première.
A ces causes de tristesse et d’amertume qui agitaient cette âme passionnée, bien plus sensible qu’on ne l’a cru, se joignait trop souvent l’irritation amenée à la suite de quelques discussions au sein de l’Académie, où, suivant son habitude, il soutenait avec force les droits de la minorité, l’autorité du règlement ou des précédents, et surtout, et avant toute chose, les titres réels des candidats dans les présentations faites au sein de la section à laquelle il appartenait lui même.
Un autre chagrin plus réel encore avait contribué à troubler le repos des dernières années de M. de Blainville, celui de ne pouvoir achever le dernier monument élevé par lui à la science. En effet, l’ Osiéographie, à laquelle les Anglais et notamment M. R. Owenont prodigué les éloges les plus pompeux et les plus mérités, restait inachevée, parce que M. de Blainville, qui ne possédait par lui-même aucune espèce de fortune, ne se trouvait pas en état de consacrer à sa publication une somme considérable chaque année; le gouvernement s’étant d’ailleurs refusé à en encourager la publication par une souscription aux frais du trésor public.
Telles étaient les principales préoccupations de M. de Blainville, lorsque la révolution de février, si inattendue et si regrettable, vint anéantir une partie des rêves qu’il avait formés pour sa vieillesse, et dont la réalisation dépendait en
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grande partie du calme de la société au milieu de laquelle il vivait, quoique en se tenant presque constamment à l’écart.
Plus surpris qu’affligé de la chute de Louis-Philippe, contre lequel il nourrissait des sentiments peu bienveillants, empreints même d’une trop grande amertume, l’avénement d’un gouvernement populaire ne pouvait pas lui déplaire, et, disons-le, au risque d’étonner bien des gens, il fut au premier moment porté à s’y rallier. Mais ici, nous éprouvons le besoin de nous demander si l’adhésion de M. de Blainville à la République nouvelle fut bien sincère, si, avec les opinions politiques qu’il avait professées toute 'sa vie, et qu’il avait la veille du 24 février, il a pu adopter si facilement les idées nouvelles.
Pour notre compte, nous avons montré que les croyances religieuses de M. de Blainville s’étaient singulièrement modifiées, et sans nous inquiéter de savoir s’il fut jamais un catholique pratique et orthodoxe dans toute l’étendue du mot, nous n’hésitons pas néanmoins à penser qu’il était de très-bonne foi lorsqu’il proclamait hautement que la religion catholique devait être considérée comme l’expression la plus élevée de la sociologie. Sans doute, on pourra trouver qu’il existe une contradiction, au moins apparente, entre M. de Blainville, catholique sincère, royaliste convaincu, et M. de Blainville prêt à adopter la nouvelle forme de gouvernement de la France, quoique avec la réserve qui lui était habituelle et une certaine défiance sur la durée d’institutions républicaines établies à la suite d’un coup de main audacieux.
La nouvelle République n’ayant pas cru devoir exiger de serment des fonctionnaires publics qui l’auraient prêté certainement, sans aucune espèce de scrupule, au moins pour la plupart, M. de Blainville ne fut pas obligé de se prononcer formellement; il put attendre que l’horizon s’éclairât et mourut, heureusement pour lui, avant la destruction des libertés publiques auxquelles il était resté sincèrement attaché
Ayant vu depuis février quelques-uns des hommes du parti royaliste, ralliés à la République, se placer au timon des affaires publiques, il les avait trouvés bien vite au-dessous de la tâche qu’ils avaient entreprise. N’aimant pas la bourgeoisie, à laquelle il reprochait de s’être enrichie des dépouilles delà noblesse et du clergé, et en même temps d’avoir trahi la cause de la royauté, quoique cette cause fût la sienne, il inclinait à croire que la démocratie, dirigée habilement, pouvait, au défaut de l’aristocratie, qui n’existait plus, faire de grandes choses, à moins toutefois que la société européenne occidentale ne fût elle-même destinée à périr dans un avenir peu éloigné.
DE M. DE BLAINYILLE.