‹ Osteographie, ou, Description iconographique comparee du squelette et du systeme dentaire des mammiferes recents et fossiles pour servir de base a la zoologie et a la geologie (volume 2)Chapitre 35 sur 130 · CL XIX · texte numérisé non relu

CL XIX

DE M. DE BLAINVILLE

trisés dans ses savantes et éloquentes leçons, le jour même qui précéda sa mort.

«Je ne doute pas, messieurs, que vous n’ayez compris toute la portée de l’ensei- « gnemenl de M. de Blainville, et que vous n’adoptiez à l’avenir les bases solides « qu’il s’est efforcé de donner à l’édifice scientifique, pour l’érection duquel il « a réuni d éminents travaux pendant une vie doublée par une incroyable activité « et une facilité non moins grande... Méditez, je vous en conjure, sur cette grande « idée dont il vous a entretenus si fréquemment : l’enchaînement et les relations « des organismes, depuis l’être le plus simple jusqu’à celui qui occupe le sommet « de cette échelle continue, de l’éponge à l’homme.

« De quelle importance capitale n’est pas, pour arriver à l’établissement de la « série animale telle qu’il la concevait, la destination si savamment établie et si ha- « bilement démontrée, de la valeur relative des caractères sériaires fondamentaux « et des caractères propres à l’accomplissement des actes extérieurs des animaux!

« En s’efforçant de rattacher tous les groupes d’organisation, toutes les variétés de « la forme animale à un même plan, M. de Blainville n’avait pas pour cela accepté « l’hypothèse spécieuse et hardie que chaque degré procédait du degré inférieur « par transformation et perfectionnement; il voyait au contraire dans l’animalité « une œuvre unique, une conception grande, harmonieuse et de premier jet, divine, « enfin, dont il était loin, par conséquent, de chercher l’auteur dans le hasard et « dans la variation des circonstances extérieures.

« S il se refusait à admettre l’indépendance d’un certain nombre de types d’or- « ganisation, ou bien leurs relations en réseau ou en rayonnement, à accepter la « réalité d’embranchement divergents, ou conçue de séries parallèles dans le règne « animal, c’est que le résultat d’observations multipliées, l’élude approfondie de « 1 anatomie comparée dans toutes les variétés de structure des êtres, s’est trouvé « d accord avec ses idées philosophiques conçues à priori.

« Les convictions de M. de Blainville sur ce point étaient si fortes, que c’est en « grande partie au désir d’avoir un nouveau moyen de démonstration à produire que « 1 on doit l’entreprise colossale qu’à soixante-deux ans il a commencé à mettre à « exécution, et que depuis onze ans il poursuivait avec une persévérance et uneac- « ti vité sans exemple. Par la publication de son grand et important ouvrage de l'Ostéo- « graphie, ou description comparée des squelettes des animaux récents et fossiles, il « voulait non-seulement démontrer que les détails de l’organisation annoncent, dans « la série des êtres actuels, une conception dont toutes les parties sont intimement « enchaînées, mais il se proposait encore de faire voir que les êtres de toutes les « époques qui se sont succédé et ont vécu depuis les plus anciens temps géologiques

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« jusqu’au moment présent, appartenaient également au même plan. En effet, si ces « êtres anciens présentent des différences spécifiques plus ou moins grandes en rai- « son do leur ancienneté, ils n’annoncent aucune différence importante d’organisa- « tion ; bien mieux, parmi ces êtres perdus de l’ancien monde, ces genres, ces fa- « milles qui ne sont plus représentées, dit-on, dans la nature vivante, le naturaliste « ne trouve rien de foncièrement étrange, rien qui lui annonce d’autres conditions « d’existence, rien qui puisse enfin lui faire raisonnablement supposer que les Trilo- « biles, les Plésiosaures, les Ptérodactyles, pas plus que les Anoplolhériums et les « Mastodontes, n’auraient pas pu vivre en communauté avec les Crustacés, les Cro- « codiles, les Tapirs, les Éléphants de notre époque.

« On ne saurait trop constater et redire que ces animaux, si faussement appelés « antédiluviens, ne constituent pas des types ou groupes que le naturaliste doive « placer en avant, ou à la suite, ou à côté de l.a série des animaux nos contempo- « rains. Ils viennent prendre place dans celte série en complétant ou variant les « groupes naturels actuels, en y remplissant des lacunes entre nos classes, nos genres, « nos espèces, en nous fournissant les moyens de perfectionner nos méthodes natu- « relies, et en nous donnant la clef de certains détails d’organisation rudimentaire « dans les êtres vivants, que certains fossiles présentent même développés, de ma- « nière à nous en révéler l’usage et l’utilité jusque-là méconnue.

« Sous le point de vue commun de l’histoire de la terre et de celle des êtres qui « ont successivement habité sa surface, l’ouvrage de M. de Blainville est destiné à « rendre les plus éminents services, en servant à diminuer de plus en plus l'influence « des idées encore trop accréditées, que l’ouvrage sur les ossements fossiles, et sur- « tout le fameux discours sur les révolutions de la surface du globe, ont introduites « avec une grande autorité dans la science et dans le monde .

Un pareil jugement suffirait sans doute pour montrer l’importance des travaux de M. de Blainville; rapprochons-en maintenant celui que portait, presque à la même heure, presque au même moment, en présence des restes mortels de notre illustre maître , un autre de ses amis , M. Chevreul : « M. de Blainville , a-t-il dit « à l’heure des funérailles , ne fut pas seulement un homme recommandable « par la constance de ses affections et de ses opinions politiques , un savant « digne de servir d’exemple par la persévérance de ses travaux , mais encore la « force de plusieurs de ses conceptions l’éleva au premier rang. Ses écrits font « preuve de la grande variété des connaissances qu’il possédait, et la forme sousla- « quelle il y manifeste ses idées a souvent quelque chose de singulier qu’on ne s’ex- « pliquerait pas si l’o.n ignorait la double influence subie par le naturaliste d’études

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« accessoires et d’un genre d’esprit qui lui était particulier. Animé de la foi calho- « lique que l’âge accrut encore, avec un penchant à la discussion que peu de per- « sonnes ont eu au même degré, il n’est point étonnant que M. de Blainville se soit « occupé de scolastique et des débats théologiques les plus célèbres. Il pensait d’ail— « leurs, aveo un illustre diplomate, que l’étude de la théologie donne de la force à « l’esprit et une grande souplesse au raisonnement. Il nous a avoué qu’il sentait le « besoin de la controverse et qu’elle était même nécessaire à l’élaboration de sa pen- « sée; aussi a-t-il pu arriver que des personnes qui ne le connaissaient pas intime- « ment aient attribué à l’esprit de contradiction un moyen de trouver la vérité qui « était passé chez lui en habitude.

« C’est au tour d’esprit de M. de Blainville, à l’influence de ses études scolastiques « et théologiques, que nous attribuons l’usage si fréquent qu’il a fait dans ses dé- « monstrations orales et écrites de la méthode à priori ; elle en est bien le résultat, « car elle naît chez lui delà pensée catholique revêtue delà forme scolastique, cher- « chant ses preuves dans les causes finales. C’est en raison de l’importance que « M. de Blainville attachait à ce principe, qu’il prisait si fort le Spectacle de la nature « de l’abbé Pluche.*

« Mais quelle que soit l’importance que M. de Blainville attribuait à la méthode à « priori, quelle que soit l’habileté qu’il ait déployée en la maniant, il fût resté loin du « but qu’il a atteint, si ses facultés intellectuelles servies par des organes souples et « puissants ne se fussent pas appliquées à l’observation directe et précise des objets « qu’il a décrits, et si les faits nombreux recueillis par sa longue persévérance « n’avaient point été coordonnés conformément à la méthode à posteriori. ...»

Quoique nous soyons loin de partager l’opinion émise par M. Chevreul sur l’influence des études théologiques de M. de Blainville, sur la direction de ses vues scientifiques, nous avons tenu à la faire connaître à nos lecteurs, en nous permettant seulement d’ajouter que pour parvenir à la conception scientifique de l’organisme en entier, considéré en quelque sorte comme un être idéal ou peu connu, un peu comme Condillac avait lui-même considéré l’homme qu’il comparait à une statue dont les sens auraient été successivement animés, M. de Blainville avait étudié soigneusement les organes des animaux dans toute la série des êtres. Si même nous ne craignions de faire ici un concetli à la manière des Italiens, nous exprimerions notre pensée en disant que l’à priori de M. de Blainville est le résultat de son à posteriori ; l’un et l’autre se confondent dans sa pensée et ils ne peuvent s’expliquer qu’en déduisant le premier du second, le second du premier.

Nous allons avoir la preuve de ce que nous venons d’exprimer peut-être d’une

ÉTUDE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX manière imparfaite par les lignes suivantes empruntées au discours de l’un des discipes de M. de Blainville, le docteur Hollard qui a toujours professé les doctrines du maître avec une profonde conviction, prononcé le jour de la réouverture du cours commencée à la Sorbonne en 1850, que la mort de M. de Blainville avait fermé si malheureusement et si inopinément tout à la fois :

« M. de Blainville a pensé (c’est M. le docteur Hollard qui parle) qu’il appartenait « au seul principe de la finalité physiologique de porter la science de l’organisation « au plus haut degré de l’organisation qu’elle puisse atteindre, tout en respectant le

« vrai caractère de la diversité . C’est ce principe des conditions d’existence d’un

« animal quelconque qui fournit à M. de Blainville le moyen de saisir, au sein de la « diversité des organismes animaux, le plan général de l’organisation animale.

« Ce plan correspond en effet, comme Buffon l’a très-bien montré, à la notion que « nous avons de l’animal. L’animal est un être organisé qui sent le monde exlé- « rieur et qui agit sur lui. — Quand il cesse de sentir, quand il dort, il se passe encore « en lui, dans la profondeur de son être, des actes dont il n’a pas conscience, des « actes de nutrition; il est alors comme une plante. Il y a donc dans l’animal un « être organisé qui ne cesse d’agir, en qui circulent constamment des sucs nourri- « ciers, et un être animé qui enveloppe le premier, fait face au dehors, sent et agit. « Jetez autour du végétal une enveloppe qui porte en elle les conditions du senli- « ment et du mouvement, vous aurez l’animal. Cette conception de Buffon, M. de « Blainville l’a retrouvée et en a démontré la parfaite vérité dans sa belle théorie du « plan de l’organisation des animaux.

« Quand on analyse celte organisation au point de vue de sa principaledestinalion, « on y reconnaît deux régions générales : une région profonde où se passent tous « les grands mouvements du fluide nourricier, et qui leur sert de centre , puis une « région périphérique, qui est en rapport d’activité avec le monde extérieur, et que « M. de Blainville nomme l’enveloppe générale. Cette enveloppe réunit en elle toutes « les conditions anatomiques de3 rapports qu’elle doit entretenir. Sa surface externe « se constitue de bonne heure en un tégument ou organe qui, appelé aux relations « les plus directes, sera tour à tour et plus ou moins simultanément protecteur, « sensible, absorbant, exhalant, et se modifiera selon les exigences de la fonction '< dont il sera plus spécialement chargé. Au-dessous de ce tégument se dessine plus « ou moins une couche destinée à l’action locomotrice, et dont les dispositions va- « rieront conformément aux plans secondaires qui caractérisent les quatre grands « types de d’organisation. Enfin, dans cette même partie sous-tégumentairedel’enve- « loppe animale, et plus ou moins près de sa limite profonde, existe un appareil in-

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« citateurqui, par ses dispositions, déterminera les plans secondaires de construction « dont je viens de parler.

« Telle est, en traits rapides et généraux, la donnée première et unitaire de l’or- « ganisme animal. Ajoutons que, dans la formule deM. de Blainville, le canal ali- « mentaire, et en général les appareils internes qui communiquent au dehors, se- « raient des espèces de rentrées de l’enveloppe générale. Il y retrouve en effet,

« comme dans celle-ci, un tégument et une couche locomotrice . Quoi qu’il en

« soit, la donnée générale que nous venons d’exposer est très-certainement la seule « formule d’unité à laquelle nous puissions atteindre en embrassant le règne entier.

« On n’a été au delà, soit pour le plan de l’organisme animal, soit pour sa com- « position, qu’en parlant d’un type secondaire et faisant effort pour en retrouver les

<« caractères dans les autres types . Mais prenons le type des animaux vertébrés,

« il est évident que l’animal vertébré est constitué d’après un plan donné par une « disposition et un développement des centres d’innervation qui diffèrent considé- « rablement de tout ce qui se voit dans les autres types. Le système nerveux entraîne « à lui seul tout un développement des fonctions animales, et toutes les conditions « anatomiques de ce développement.

« M. de Blainville faisait voir comment la moelle épinière intervient dans ce type « pour rallier au côté dorsal tout le système des centres nerveux de la vie animale, « dont une partie seulement avait pris cette position dans les types des animaux sans « vertèbres; comment la couche locomotrice constitue dans son propre sein un « squelette, c’est-à-dire ud système solide, d’abord fibreux ou cartilagineux, puis « osseux; comment alors, quoique formant un tout continu, ce squelette comprend « un certain nombre de pièces distinctes, mobiles pour la plupart, et mises en « mouvement par les muscles placés autour de ce système; en sorte qu’ici l’ani- « mal est articulé intérieurement, la peau laissée à ses fonctions spéciales, et les le- « viers susceptibles de mouvements plus énergiques, plus étendus et plus variés « qu’ils ne pouvaient le devenir dans les autres types de construction.

« M. de Blainville nous montrait ensuite le squelette intérieur composé d’une « première série de pièces conçues sur un plan commun, disposées comme un arc « de ralliement sur la ligne qu’occupe le centre nerveux cérébrospinal, et entourant « celui-ci d’arcs protecteurs proportionnés à leur développement, pièces tantôt mo- « biles et tantôt soudées, formées d’un corps et de masses apophysaires, développées « enfin tantôt dans une direction, tantôt dans une autre, et toujours conformément à « leurs fonctions particulières. Quatre de ces pièces ou vertèbres appartiendraient à la « télé, s’il est vrai que le vomer en représente une ; les autres constituent la colonne

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« épinière ; mais le nombre de celles-ci varie beaucoup, sans qu’on puisse rattacher « ces différences à des soudures, non plus qu’à des arrêts d’ossification. Sur la ligne « médiane inférieure, une série d’autres pièces, mais plus simples et moins con- « stantes, rappellent de distance en distance la série verticale : ce sont les sternèbres ;

« elles forment en avant le corps de l’os hyoïde, et, sous le thorax, le sternum. Puis « viennent des systèmes de pièces latérales qui à la tête composent le squelette delà « face, et se distribuent en systèmes de la mâchoire supérieure et de la mâchoire « inférieure, s’ajoutent sur le cou aux pièces médianes hyoïdiennes, forment au « tronc les arcs costaux, les uns sternovertébraux , les autres seulement vertébraux;

« enfin, deux autres systèmes, libres par leurs extrémités et essentiellement loco- « moteurs, viennent prendre place aux deux limites du tronc. Ces derniers pré- « sentent dans la règle quatre régions : une radicale, par laquelle l’appendice se « rattache au corps; deux de prolongement représentant un pédicule (d’un os) et un « manche (de deux pièces); enfin, une région terminale où le nombre des éléments « varie beaucoup dans l’ensemble du type et même dans une classe donnée.

Après cet exposé clair et lucide qui montre comment M. de Blainville envisageait l’organisme animal dans son expression la plus élevée, M. le docteur Holland examine quelle part revient à son illustre maître dans la généralisation des faits que présente l’organisation animale à tous les degrés, comment il se sépare de Cuvier sur certains points pour se rapprocher des anatomistes allemands ou français dont il était loin néanmoins d’adopter toutes les idées, ou qu’il n’accueillait qu’avec une extrême réserve, lorsque ceux-ci notamment soutenaient le parallélisme du développement embryologique et du développement zoologique.

En zoologie, M. de. Blainville a procédé de la même manière : les problèmes que soulevait cette science sont intimement unis à la première, et c’est à l’étude de l’organisation qu’il fant demander la confirmation des caractères à l’aide desquels le zoologiste classe les espèces animales. Pour M. de Blainville, la zoologie n’est pas une simple question de classification , ses principes reposent sur des bases aussi certaines, aussi sûres, aussi inébranlables que l’anatomie, et conséquemment la distribution des êtres animés doit se faire, non par des principes arbitraires variables, mais au contraire rigourensement et en vertu de lois faciles à lire pour celui qui est en état d’embrasser la science dans toute son étendue.

Sur ce point, dit M. le docteur Hollard, Cuvier et de Blainville ont paru le plus se séparer... Cuvier s’étudiait à former des groupes naturels, et la science lui doit beaucoup à cet égard... Mais il s’arrêta en zoologie, après avoir formé ses groupes, comme il s’était arrêté en anatomie, après avoir formulé sa double loi physiologique

DE M. DE BLAINVILLE

de la corrélation et de la subordination des organes... Il déclara hautement qu’il n’entendait pas décider de la place des groupes qu’il décrivait successivement, que leur ordre de succession dans son livre n’impliquait point un ordre de supériorité ou d’infériorité relatives, un ordre de succession dans la nature. C’est ceque le mot embranchement , choisi pour les types généraux, disait au reste également.

M. de Blainville alla plus loin, ajoute avec raison M. le docteur Hollard; il ahorda sans hésiter cette question de la coordination des animaux qui lui parut être la grande question de la zoologie; il ne doutait pas, à priori , qu’une fois admis , ce principe de corrélation proclamé par Cuvier, qui fait de chaque espèce une combinaison définie d’organes et démontre l’impossibilité des associations désordonnées, le règne des espèces animales ne dut offrir un dessin plus régulier et susceptible d’étre défini.

Cet ordre, pour M. de Blainville, devait être l’ordre sérial, et se démontrait de lui-même à l’aide du système des groupes convenablement établi, et à l’aide de principes puisés dans les faits bien compris et sagement appliqués.

Le premier de ces principes est celui que Cuvier employa lui-même, celui de la subordination des caractères: mais M. de Blainville insistait plus que Cuvier sur l’évidente convenance de subordonner les caractères d’après le rôle des organes qui les fournissent, donnant la prééminence à ceux qui distinguent l’animal de la plante, qui établissent des analogies et des différences d’animalité.

Cette rigueur de principes, apportée dans la caractéristique, a nécessairement commencé par nécessiter quelques modifications dans le système de groupement. M. de Blainville a introduit à cet égard dans la classification des changements plus ou moins importants, dont quelques-uns sont aujourd’hui assez généralement acceptés, comme la séparation des Amphibiens et des Reptiles écailleux, la constitution de la sous-classe des Didelphes, indiquée également par la considération de la génération... Ce qui fait l’originalité et la supériorité des travaux zoologiques de M. de Blainville, c’est bien moins ce qu’il a changé à la classification proprement dite que sa doctrine sur la coordination des groupes, sur la série animale. C’est aussi de ce côté que cet illustre zoologiste a rencontré le plus de résistance, et cela devait être...M. le docteur Hollard nous paraît avoir parfaitement compris la valeur desdoclriues scientifiques de M. de Blainville, qui a pris la science des mains de Cuvier là où celui-ci la laissait de parti pris, aprèsavoir contribué à ses progrès, et partantde principes incontestables, le premier a cherché à en établir d’autresqui le fussent également, mais que Cuvier n’avait fait qu’entrevoir, s’il ne les avait pas entièrement rejetés, dans la crainte d’aventurer ses pas sur une route inconnue.

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Plus frappé des objections principales faites à M. de Blainville au sujet de la série animale que des raisons qui militent en faveur de l’ordre sérial, il a considéré comme une chimère l’idée de vouloir ranger tous les êtres animés sur une seule ligne qui part de l’éponge pour se rapprocher de l’homme par le premier des singes, et il n’a pas compris la distinction importante des deux sortes de caractères qui sont tantôt sériaux et tantôt biologiques, les premiers propres à la coordination des Mammifères, les autres moins importants et qui ne se rencontrent que dans certains animaux modifiés à cause du milieu dans lequel ils doivent vivre et qui, pour M. de Blainville, sont de véritables anomalies, mais qui ne rompent pas cependant la chaîne des premiers; c’est ce que M. le docteur Hollard nous paraît avoir parfaitement montré.

Les élèves seuls qui avaient profité des leçons du maître pouvaient expliquer ce qu’il entendait par série animale, qu’il ne faut pas confondre avec l’échelle des êtres imaginée par Ch. Bonnet, dont tous les échelons sont parfaitement égaux et conduisent de l’un à l’autre, placés qu’ils sont a une distance égale entre eux.

Si maintenant nous prêtons l’oreille à un autre zoologiste qui, en qualité de doyen de la Faculté des sciences, a cru devoir rendre hommage au mérite du professeur illustre que cette Faculté venait de perdre, nous verrons quels services M. de Blainville a rendus à l’Université comme professeur d’Anatomie comparée, de Physiologie générale et de Zoologie, pendant un espace de plus de quarante ans.

«Il appartenait à la Faculté des sciences, dit M. Milne Edwards, lorsqu’au début « de sa carrière et animé encore de tout le feu de la jeunesse, il entreprit la réforme « des méthodes zoologiques et chercha à fonder sur de nouvelles bases la classification « du règne animal tout entier. C’est pour les élèves de cette grande école qu’il s’occupa « plus tard de la rédaction d’un traité d’anatomie qui, resté inachevé, n’en est pas « moins une œuvre remarquable à plus d’un titre. Ses écrits sur la physiologie gé- « nérale ont la même origine, et c’est en professant dans la chaire de notre antique « Sorbonne qu’il dicta les leçons riches d’érudition et de conceptions hardies, dont « l’ensemble constitue son Histoire des sciences naturelles. »

Dans le même discours, M. Milne Edwards montre comment il se fait que M. de Blainville ne s’est pas contenté de propager par ses travaux les doctrines de Cuvier, avec lequel, comme il s’est plu à le répéter, il avait toujours différé d’opinion. Doué d’une intelligence puissante et difficile à convaincre, il ne se contentait jamais de la parole du maître, et se plaisait à envisager les choses à des points de vue nouveaux ; il apercevait rapidement le côté vulnérable d’un argument, se

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préoccupait des conquêtes qui restent à faire plus encore que des découvertes déjà faites , et, logicien inflexible et peu militant, il aimait à peser la valeur des observations et à en déduire des principes nouveaux.

« Aussi, loin de vouloir marcher seulement dans les voies déjà aplanies par son « illustre guide, s’engagea-t-il bientôt sur une route nouvelle où ses progrès furent « brillants et rapides. A raison de la multiplicité de ses travaux, il acquit en peu de « temps une légitime renommée, et, jeune encore, il eut la gloire de former école « à côté de l’école de son maître.

Comme nous l’avons vu plus haut, M. le docteur Hollard a parfaitement montré la valeur originale des travaux de M. de Blainville à propos de la subordination des caractères dans l’étude de l’organisme animal tout entier. M. Milne Edwards, de son côté, a mis en relief une autre qualité de ce grand maître : c’est qu’à l’exemple de Cuvier, M. de Blainville était tout à la fois anatomiste observateur et zoologiste habile.

« II savait, ajoute M. Milne Edwards, combien le concours de l’anatomie cornet parée et de la zoologie est nécessaire aux progrès de l’une et l’autre de ces « sciences, et dans ses travaux ardus sur les Mollusques, sur les Annélides, sur « les Zoophytes, sur les Vertébrés, il ne sépara pas l’étude de l’organisation inté « rieure des animaux de celle des aflinités dont nos classifications sont l’expression.

« Mais tandis que Cuvier demandait directement à l’anatomie comparée les élé- « ments nécessaires à la continuation de l’édifice zoologique, M. de Blainville, con- « sidérant les formes extérieures des animaux comme traduisant toujours d’une « manière fidèle les caractères essentiels de l’organisme, cherchait à fonder sur la « considération de ces formes le système à l’aide duquel les zoologistes s’efforcent « de représenter les différences et les ressemblances introduites parla nature dans « la constitution de ces êtres... Les résultats généraux obtenus de la sorte furent « d’abord brièvement exposés dans un écrit intitulé : Prodrome d'une nouvelle distri- « bution systématique du règne animal (nous en avons parlé plus haut). Déjà M. de « Blainville en avait développé quelques parties dans sa dissertation Sur les Orni- « thorhynques et dans un mémoire Sur les caractères zoologiques fournis par le sternum « des Oiseaux.

« Plus lard, et toujours guidé par les mêmes considérations, il traita de l’orga- « nisation des Didelphes, animaux dont il forma un ordre distinct qui est aujour- « d’hui adopté par tous les zoologistes ; il publia dans le Dictionnaire des sciences « naturelles un volume fort étendu sur les Mollusques, un volume sur les Vers, et « un manuel d’Actinologie. Les vues qu’il expose dans cette longue suite d’ouvrages, Bl. Ost. x

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