‹ Osteographie, ou, Description iconographique comparee du squelette et du systeme dentaire des mammiferes recents et fossiles pour servir de base a la zoologie et a la geologie (volume 2)Chapitre 36 sur 130 · CLXXVIII · texte numérisé non relu

CLXXVIII

ÉTUDE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX

« remplis de faits et d’érudition, ne furent pas toutes accueillies avec la même fa- « veur; cependant il en est plusieurs qui, repoussées dans le principe par la plu- « part des naturalistes, n’en étaient pas moins justes, et ont reçu dans ces derniers « temps une tardive mais entière confirmation. »

Il est regrettable que M. Milne Edwards n’ait pas cité les exemples des innovations introduites par M. de Blainville dans la science, et qui y font maintenant autorité; mais comme nous n’avons eu garde de les oublier dans la suite de cette étude, nous ne nous arrêterons pas davantage sur ce point; nous avons hâte de dire que lorsque le même zoologiste affirme que M. de Blainville, au moment où il vint occuper la chaire d’anatomie comparée, vacante par la mort de Cuvier, entreprit sur les animaux vertébrés un grand travail destiné à servir de complément et de pendant à l’immortel ouvrage de Cuvier sur les ossements fossiles, M. le doyen de la Faculté des sciences se méprend, car jamais M. de Blainville n’a voulu compléter ce que Cuvier avait laissé inachevé : ces deux ouvrages ne sont réellement pas conçus sur le même plan ; et dire, comme le fait M. Milne Edwards, que M. de Blainville s’était proposé de montrer réunis dansuu même tableau toutes les modifications que nous présente la charpente solide des Mammifères dont la surface du globe est aujourd’hui peuplée, ou dont les dépouilles enfoüies dans les entrailles de la terre ont échappé à l’action destructive du temps ; ajouter en même temps que ce travail n’ajoute pas au faisceau des connaissances humaines une science nouvelle, comme les découvertes de Cuyier l’avaient fait, c’est rabaisser considérablement la valeur de V Osléographie de M. de Blainville, dont le but a été parfaitement démontré par C. Prévost.

M. de Blainville ne s’est pas contenté, en effet, de la description plus ou moins exacte du squelette comparé des animaux vivants et fossiles, il a continué la description de ses travaux extérieurs, et nous devons voir dans F Osléographie en quelque sorte la démonstration rigoureuse de l’ordre sérial dans lequel les êtres animés doivent être rangés, tandis que Cuvier s’est contenté de décrire les ossements fossiles au fur et à mesure de leur découverte, et en appuyant plutôt sur les différences que ces ossements offrent, comparés à la charpente osseuse des animaux vivants, afin d’enrichir, de multiplier les espèces perdues, les Faunes fossiles.

C’est en se plaçant à ce point de vue que M. le secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences a jugé lui-même tout autrement le travail de M. de Blainville dans plusieurs articles insérés dans le Journal des Savants , dont la rédaction a élu commencée du vivant de son illustre confrère. C’est ce que M. le secrétaire perpétuel a dit lui-même en ces termes : « Lorsque le bureau (du Journal des Savants)

DE M. DE BLAINVILLE

« a bien voulu me charger de rendre compte des travaux paléontologiques de « M. de Blainville, il était plein de vie. J’espérais qu’il verrait mes articles, et je « m’en félicitais. La sincérité avec laquelle on parle d’un homme supérieur est « l’hommage le plus réel que l’on puisse rendre à la forcé de son esprit, et à la « dignité de son caractère. »

Dès le début de cette analyse, sans s’arrêter même au titre du livre comme M. Edwards paraît l’avoir fait, M. le secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences a cru devoir examiner les deux importantes questions que M. de Blainville avait en vue lorsqu’il l’écrivait, et qu’il a résolues suivant nous :

« En premier lieu, les êtres créés forment-ils une série continue, une échelle, « ou bien forment-ils des groupes circonscrits et détachés ?

« En second lieu, l’apparition de ces êtres sur le globe a-t-elle été successive, « ou bien a-t-elle été simultanée?

« Relativement au premier point, G. Cuvier, le grand méthodiste du siècle, pen- « sait que les êtres forment des groupes circonscrits et détachés, et relativement « au second, il pensait que leur apparition sur le globe a été successive.

« Sur ces deux points, M. de Blainville prend exactement le contre-pied de ce « que pensait Cuvier. Il soutient d’abord que les êtres forment une échelle, une « ligne, et il soutient ensuite que leur apparition sur le globe a été simultanée. « A-t-il raison ? a-t-il tort? C’est ce qu’il s’agit de voir.

« Cuvier était mort après avoir exclu l’échelle des êtres de la science, et selon « toute apparence définitivement exclue, du moins il le croyait. M. de Blainville la « reprend pour son compte; comment expliquer ce retour soudain?

« Comment la même idée peut-elle être abandonnée par l’un et tout aussitôt re- « prise par l’autre ? s’est demandé M. le secrétaire perpétuel. C’est qu’il s’agit d’une « idée complexe ; c’est qu’une idée complexe, et surtout une idée aussi complexe que « l’est celle de l’échelle des êtres, a bien des sens divers, c’est qu’elle a des sens « vrais et des sens faux ; c'est qu’elle est vraie au sens naturel et simple d’Aristote, « qui a dit : «Le passage des êtres inanimés aux animaux se fait peu à peu; la « continuité des gradations couvre les limites qui séparent ces deux classes d’êtres « et soustrait à l’oeil le point qui les divise. Après les êtres inanimés viennent d’a- « bord les plantes, qui varient en ce que les unes paraissent participer à la vie plus « que les autres. Le genre entier des plantes semble presque animé lorsqu’on le « compare aux autres corps ; elles paraissent inanimées si on les compare aux ani- « maux. Des plantes aux animaux le passage n’est point subit et brusque ; on trouve « dans la mer des corps dont on douterait si ce sont des animaux ou des plantes ;

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« ils sont adhérents à d’autres corps... » Elle est fausse au sens artificiel et forcé de « Bonnet, qui admettait une série continue des êtres.

« C’est aussi, car il faut tout dire (c’est à M. le secrétaire perpétuel que nous « empruntons ces paroles), que M. de Blainville se prêtait peu aux opinions reçues ; « son esprit indépendant et fier avait besoin d’opposition et de lutte; il était né « pour combattre, pour tout remuer dans la science. Il l’a remuée, en effet, tout en- « tière et d’un mouvement puissant qui n’a point été stérile.

« Pour bien comprendre M. de Blainville, il faut tenir compte de cette humeur « militante, et de ce génie tourné au système, et de l’influence profonde que « M. Cuvier, dont il avait commencé par être l’élève, et dont il fut pendant long- « temps l’élève le plus intime, avait exercée sur lui. »

Nous avons dit ailleurs que M. de Blainville ne se reconnaissait pas disciple de Cuvier dans l’expression ordinaire de ce mot ; nous n’avons pas besoin d’insister davantage sur ce point important, mais nous croyons devoir faire observer cependant que, si M. de Blainville a combattu quelques-unes des idées émises par G. Cuvier, il ne l’a fait que parce qu’il était convaincu de leur peu de vérité, et non comme un champion de tournois qui descend dans l’arène prêt à rompre une lance avec le premier chevalier venu, avec ou sans écu, la visière baissée ou relevée.

G. Cuvier se réglant sur le système nerveux, avait établi quatre divisions principales du règne animal ; c’est aussi sur le système nerveux que M. de Blainville se règle; seulement il partage la dernière division de Cuvier en deux, ce qui lui donne cinq divisions au lieu de quatre : les Ostéozoaires, qui répondent aux Vertébrés de Cuvier ; les Entomozoaires, qui répondent à ses Articulés ; les Malacozoaires, qui répondent à ses Mollusques , et les Actinozoaires et les Amorphozoaires, qui répondent à ses Rayonnés.

Tels sont les cinq grands types du règne animal établis par M. de Blainville. Il est facile de voir comment il y a établi la série croissante des Amorphozoaires aux Actinozoaires, des Actinozoaires aux Malacozoaires, des Malacozoaires aux Entomozoaires, et de ceux-ci aux Ostéozoaires.

Passant ensuite au premier des cinq grands types, celui des Ostéozoaires, sousdivisé par G. Cuvier en quatre classes : les Mammifères, les Oiseaux, les Reptiles et les Poissons, M. de Blainvillle le subdivise en sept : les Mammifères, les Oiseaux, les Ptérodactyles, les Reptiles, les Ichthyosauriens, les Amphibiens et les Poissons.

Ici encore se montre la ligne croissante, la série animale ; elle va des Poissons aux Amphibiens, des Amphibiens aux Ichthyosauriens, de ceux-ci aux Reptiles, des Reptiles aux Ptérodactyles, des Ptérodactijles aux Oiseaux, et des Oiseaux aux

DE M. DE BLAINVILLE

Mammifères. Les animaux qui ne sont connus qu’à l’état fossile, c’est-à-dire par les débris de leur squelette, servent à établir le passage des sept classes qui composent les Ostéozoaires.

Le même zoologiste partage en trois sous-classes la première du grand type, celui des Ostéozoaires , ce qui lui donne les Monodelphes , les Didelphes et les Ornithodelphes, et il remonte des Ornithodelphes aux Didelphes et des Didelphes aux Monodelphes.

A l’exemple de M. le docteur Hollard, M. le secrétaire perpétuel montre que M. de Blainville a transporté aux groupes eux-mêmes isolés par G. Cuvier, aux types, aux classes, aux ordres, les idées de série, d’échelle, de ligne, qu’on avait jusque là plus particulièrement appliquées aux espèces.

L’échelle de M. de Blainville est proprement l’échelle des groupes, dit M. Flourens, et l’on peut ajouter que partout où M. de Blainville en a trouvé l’occasion, il a appuyé particulièrement sur ce point important : C’est le type entier, a-t-il dit, qu’il faut considérer dans sa moyenne pour déterminer la supériorité de l’un par rapport à l’autre, et comme le fait observer justement M. le secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, cette échelle générale des groupes, cette gradation des progrès moyens des groupes est pour lui l’image du véritable plan du règne animal entier.

Ainsi, cette échelle, que G. Cuvier avait renversée, M. de Blainville l’a redressée sur sa base; il s’en servira, comme nous le verrons, pour essayer de s’élever à l’intelligence divine et lui arracher, en quelque sorte, le secret de la création.

Comment l’apparition des êtres s’est-elle faite sur le globe ? G. Cuvier, pour ne pas remonter plus haut que lui dans l’histoire de la science paléontologique, admettait nettement l’idée des créations successives, l’idée d’êtres détruits par quelquesunes des révolutions de ce globe dont ceux qui existent aujourd’hui ont rempli la place pour se voir peut-être un jour également détruits et remplacés par d’autres.

Ce qu’il y a de certain, a-t-il affirmé, c’est que nous sommes maintenant au moins au milieu d’une quatrième succession d’animaux terrestres, et qu’après l’âge des Reptiles, après celui des Paléothériums, après celui des Mammouths, des Mastodontes et des Mégathériums, on verra l’âge où l’espèce humaine, aidée de quelques animaux domestiques, domine et féconde paisiblement la terre, et que ce n’est que dans les terrains formés depuis cette époque, dans les alluvions, dans les tourbières, dans les concrétions récentes que l’on trouve à l’état fossile des os qui appartiennent à des animaux connus et aujourd’hui vivants.

M. de Blainville, à cette idée posée si hardiment, oppose l’idée d’une création

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unique et simultanée, et M. le secrétaire perpétuel se demande s’il n’aurait pas raison. — Poser la question ainsi, n’est-ce pas la résoudre en faveur de M. de Blainville? G. Cuvier avait dit : La succession des couches du globe me donne la succession des êtres, et me la prouve. La création des animaux a commencé par les Crustacés, les Mollusques, les Poissons, ensuite sont venus les Reptiles, les Cétacés, les Mammifères marins, les Mammifères terrestres qui, très-différents d’abord de ceux qui vivent aujourd’hui , ont fini par s’en rapprocher, puisqu’il n’existe entre eux que des différences spécifiques, de l’aveu même de G. Cuvier.

Comme M. le secrétaire perpétuel le fait justement observer, G. Cuvier a eu tout le temps nécessaire pour développer les raisons qu’il a fait valoir à l’appui des idées systématiques qu’il avait conçues; mais M. de Blainville n’a pas eu le même bonheur que lui ; il n’a pu résumer comme lui , dans un grand discours, l’ensemble de ses recherches et de ses vues : la mort l’a surpris, comme il l’avait prévu lui-même, avant qu’il eût terminé son livre, et pour reproduire aujourd’hui la doctrine hardie qu’il élevait avec tant d’ardeur, nous n’avons que des éléments épars, souvent même restés incomplets dans des pages inachevées.

M. de Blainville fondait l’idée d’une création unique sur trois raisons principales , et qui nous paraissent bien supérieures à celles que G. Cuvier a données à l’appui de ses théories.

Le première est celle de l’unité de plan dans le règne animal, l’unité de règne lui paraissant impliquer l’unité de la création.

La seconde est celle de la ressemblance profonde qui lie les espèces perdues avec les espèces vivantes ; la troisième est celle de l’extinction continue , successive, réglée des espèces, à mesure que les âges s’écoulent.

Nous avons exposé plus haut ce que M. de Blainville entendait par l’unité de création que l’unité de plan lui a donnée et qui n’a rien de commun avec l’unité de composition de E. Geolfroy-Saint-Hilaire qui admettait, de son côté, que tous les animaux sont composés des mêmes matériaux , des mêmes organes , des mêmes parties constitutives d’organes , tandis que M. de Blainville et G. Cuvier combattent cette idée par des raisons identiques. Ce que nous voulons montrer en ce moment c’est que M. le secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences semble décidément pencher du côté de M. de Blainville, lorsqu’il dit : «Je me dégage de tout parti , « de tout préjugé d’école; je me livre à mes impressions, et je vois une grande « série, partout sensible, partout marquée, quoique partout rompue, du Zoophyle « au Mollusque, du Mollusque à l’ Articulé, des Invertébrés auxVertébrés, du Pois- « son au Reptile, du Reptile à l’Oiseau, de l’Oiseau au Mammifère, du Mammifère

DE M. DE BL AIN VILLE

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« à l’Homme. Cette disposition en série que je vois dans le règne entier, je la vois « aussi dans chaque groupe, dans chaque classe. Elle a frappé tous les naturalistes ; Linné, Bonnet, M. de Blainville. Elle avait frappé G. Cuvier lui-même malgré lui ; et, dans plus d’un cas , son langage le fait assez voir. »

Après cette déclaration si explicite , si formelle, qui donne raison péremptoirement à M. de Blainville, M. le secrétaire perpétuel observe que celui-ci a, dans son Ostéograplüe , ingénieusement remarqué que, lorsqu’un groupe de Mammifères offre des lacunes, des vides , entre les espèces vivantes , plus il compte d’espèces fossiles, et que le contraire est également vrai. Nous comptons peu de Pachydermes actuellement, et il en existe beaucoup de fossiles. Les espèces de singes sont serrées, il y a peu de singes fossiles. Dans les Carnassiers c’est le contraire, dans celui des Rongeurs, les espèces vivantes se nuancent en se touchant dans certaines parties de la série qu’elles constituent. Les Mammifères du quatrième ordre ou les Quaternates, offrent beaucoup de lacunes entre les espèces qui les constituent , et, dès lors, on voit comment c’est dans cette partie de la série que l’on doit s’attendre à reconnaître le plus grand nombre d’espèces éteintes ou passées à l’état fossile.

De cette observation aussi fine que vraie, on peut conclure que le règne animal se partage en deux séries, chacune incomplète, et qui se complètent l’une par l’autre ; la série vivante et la série fossile ; chaque espèce vivante qui s’éteint va s’ajouter à la série fossile; chaque espèce fossile qui se retrouve vient remplir un vide de la série vivante. La vraie, la primitive série du règne animal, ne nous sera rendue tout entière que lorsque nous aurons retrouvé toutes les espèces fossiles.

El comme le dit excellemment M. de Blainville, ce que paraît admettre de son côtéM. le secrétaire perpétuel, les fossiles viennent remplir les lacunes existantes dans la série animale vivante. Il est donc impossible d’admettre qu’elles puissent être considérées comme ayant été remplacées par les espèces actuelles.

Nous avons dit un peu plus haut que M. de Blainville, à l’appui de la création unique qu’il admettait, faisait observer la ressemblance profonde qui existe entre les espèces vivantes et les espèces fossiles ; cette ressemblance est si grande , en effet, que si le Mammouth ou Éléphant fossile est une espèce propre, distincte pour G. Cuvier, une espèce perdue, en un mot, c’est pour M. de Blainville la même espèce que l’Éléphant actuel d’Asie.

G. Cuvier lui-même, qui a dû une grande partie de sa gloire à la Faune fossile qu il avait créée, et qu’il devait tenir à enrichir le plus possible, a reconnu cependant que la différence entre les espèces perdues et celles d’aujourd’hui ne va pas au delà de certaines limites.

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M. de Blainville, de son côté, établit, comme un fait incontestable, que les espèces fossiles appartiennent aux mêmes ordres , aux mêmes familles , aux mêmes genres linnéens que celles qui vivent encore aujourd’hui. C. Prévost a dit également que l’on peut affirmer aujourd’hui comme résultat d’observations nom* breuses que si, spécifiquement, les êtres anciens de toutes les classes sont différents des êtres actuels, si des genres, si des familles nombreuses ont existé à des époques reculées et n’existent plus; si des genres, des familles qui peuplent aujourd’hui la terre ne paraissent pas avoir fait partie de la création dans les premiers moments, l’organisation des premiers n’a pas Sté essentiellement différente de celle des seconds; les uns et les autres appartiennent à un plan unique d’organisation dont tontes les parties sont intimement liées.

M. de Blainville a donné pour troisième raison de l’unité de la création l’extinction successive des espèces.

C’est un fait également certain que certaines espèces s’éteignent successivement ou tendent au moins à disparaître sous nos propres yeux, et M. de Blainville croyait que cette extinction se faisait par une sorte de marche réglée et providentielle.

Ne pourrait-on pas, a-t-il encore observé, trouver une raison de ce grand nombre d’espèces d’ Ongulogrades déjà éteintes , dans la supposition que créées dans la grande et sublime harmonie des choses pour servir de nourriture aux animaux carnassiers, et même à l’homme , elles ont du plus difficilement échapper à la destruction qui doit atteindre, tôt ou tard , aussi bien les espèces que les individus, à l’exception de celles qui, destinées peut-être par la Providence divine à l’homme, et presque ses parasites, sont encore à l’état domestique , et par cela même considérablement multipliées , mais qui n’existent plus à l’état sauvage. Ce fait paraît être hors de doute pour le Cheval , le Chameau et le Dromadaire, le Mouton et le Bœuf, comme pour le Chien parmi les Carnassiers.

Allant plus loin encore. M. de Blainville semble penser que l’harmonie des principales espèces animales était alors au moins aussi parfaite qu’elle l’est aujourd’hui, si même elle ne l’était réellement pas davantage comme plus voisine de l’époque où elle était sortie de la conception créatrice , et nécessairement alors moins dérangée par le développement fatal de l’espèce humaine.

On le voit , chez M. de Blainville, les idées neuves , hardies , ingénieuses en même temps se succèdent, et, à l’appui de ses théories, il trouve à chaque instant de nouvelles preuves et de nouvelles raisons , au fur et à mesure qu’i] enregistre dans son gigantesque catalogue de nouveaux animaux. L’aridité du

DE M. DE BLAINVILLE

sujet, d’un sujet aussi spécial, disparaît ainsi sous 1 intérêt que tant de considérations font naître dans l’esprit du lecteur.

M. le secrétaire perpétuel a senti la force des raisons sur lesquelles notre illustre maître fondait l’unité d’une création unique. « Ces raisons, dit-il, prouvent très-bien « les rapports organiques qui lient les espèces fossiles aux espèces vivantes, d’où ré- « suite l’unité du règne. Ce qu’elles prouvent moins bien, c’est l’unité de la création. « Peut-on conclure, en effet, de l’unité du règne l’unité de la création? Évidemment « non. L’unité du règne ne fait rien à la contemporaineté d’existence. Les espèces « les plus différentes peuvent être contemporaines et les plus semblables ne l’être « pas. Toutes les raisons que donne ici M. de Blainville ne sont que des raisons « d’iuductioD, d’analogie, ne sont que des raisons indirectes. N’oublions jamais a que G. Cuvier, n’en a donné qu’une, et qu’elle est directe. »

Mais la raison donnée par G. Cuvier, consistait en un simple fait, une simple observation; ce fait détruit, cette observation contredite, il ne resterait plus rien de sa théorie, qui dépend, en effet, de l’absence complète de dépouilles des animaux actuellement vivants dans les couches de la terre , où nous rencontrons les êtres détruits par les révolutions. Les raisons données par M. de Blainville , à l’appui de sa théorie, quoique d’induction, d’analogie, sont bien autrement puissantes et bien autrement convaincantes, car elles reposent sur l’harmonie de la création animale tout entière, sur les rapports entre les Carnassiers, par exemple, et les animaux Buminants, dont ils se nourrissent.

M. de Blainville n’a t-il pas eu raison de dire que l’unité du règne une fois admise prouve l’unité de la création; sans cela l’harmonie du plan serait à nos yeux complètement détruite par le fait de créations successives, partielles, incomplètes, d’espèces animales, modifiées à chaque création, à moins d’admettre qu’elles ont eu lieu dans un ordre en quelque sorte sérial, c’est-à-dire en commençant par les Zoophytes, qu’auraient suivis les Mollusques, auxquels auraient succédé les animaux articulés, lesquels auraient été eux-mêmes suivis des vertébrés, et enfin de l’homme, le summum des êtres animés qui peuplent la terre. Ou il faut rejeter l’unité du règne, et par suite l’unité de la création, ou bien accepter l’une et l’autre. Nous savons que M. le secrétaire perpétuel, qui n’admettait que la première, a fini par accepter également la seconde. Plus M. Flourens étudie les ouvrages de Blainville et surtout son Osléograpliie, malgré sa partialité pour G. Cuvier, plus il est disposé à admirer le premier. « L ' Ostéographie est, suivant M. le secrétaire per- « pétuel, un véritable modèle, sous le rapport de l’ordre avec lequel elle a été « distribuée. Chacun des fascicules dont cet ouvrage se compose est une œuvre

Bl. Ost. y

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« importante et finie, un magnifique mémoire, parce que toutes les parties ont été « rédigées d’après les mêmes principes et dans un même but, celui de prouver « l’idée ainsi conçue à priori d’une échelle graduée des êtres. L’homme étant l’être « le plus parfait de la création, l’animal qui se rapproche le plus de l’homme « ou qui s’en éloigne le moins, c’est-à-dire le Singe, viendra donc après l’homme, « et parmi les Singes il faudra conséquemment mettre à leur tête le plus anthropo- « morphe, c’est-à-dire celui qui est le moins quadrupède. Le plus ou moins de res- « semblance avec l’homme donne la place des genres dans l’ordre et des espèces « dans les genres, comme le plus haut degré de ressemblance avait donné la place « de l’ordre dans la classe qui est celle des Primates, parce qu’elle renferme les « Mammifères les plus élevés. De ces Mammifères M. de Blainville passe aux Se- « cumlates , par l’intermédiaire des Chéiroptères , qui sont à certains égards des « primates et en même temps les premiers des secundates, parmi lesquels les « Insectivores qui les commencent tiennent aux Carnassiers, à la tête desquels se « placent les Ours. Ces derniers nous représentent les carnassiers les plus planti- « grades, et par cela même les plus rapprochés des Insectivores , tandis que les « Hyènes, qui sont essentiellement digitrades, terminent l’ordre. C’est, une chaîne « de modifications nuancées, graduées, réglées, c’est un plan suivi, et il n’est pas « jusqu’aux plus petits caractères des animaux qui ne viennent l’un après l’autre, « sous la plume de l’auteur de YOstéographie, fournir des preuves nouvelles de ce « plan suivi. M. de Blainville devait passer des Secundates ou Carnassiers aux « Ternates ou Rongeurs ; mais le temps lui a manqué pour traiter de ces animaux : « l’ordre des Rongeurs manque tout entier à l’ouvrage de M. de Blainville, comme « y manquent aussi les Ruminants, sauf les Chameaux, les Didelphes, les Cétacés, « les Édentés-; lacunes profondément regrettables, peut-être même regrettables à « jamais, car quelle main assez ferme osera jamais entreprendre de les remplir? La « troisième partie de l’ouvrage de M. de Blainville, tel qu’il nous est parvenu, se « compose des Qualernales ou Pachydermes, parmi lesquels il range les Eléphants, « les Mastodontes, les Dinoihériums, les Damans, les Tapirs, les Rhinocéros, les Pa- « léotheriums, les Hippopotames , les Sangliers, et enfin les Anoplolhériums qui pour « lui font le passage des Pachydermes aux Ruminants que commencent les Chameaux, « parce que chez les Anoplolhériums le système digital devient de plus en plus bi- « sulque avec l’astragale ou osselet.

« On voit ici un exemple de celte habileté avec laquelle M. de Blainville se sert « des groupes fossiles pour combler les vides qu’offre la série des groupes vi- « vanls, et l’on partage la satisfaction que l’auteur de ce grand ouvrage éprou-

DE M. DE BLA INVILLE

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