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Broussais, les trois grands philosophes de notre siècle. Non, M. de Blainvillo n’a pas dit cela et ne pouvait pas le dire ; son avis est qu’ils ont seuls et tous les trois en même temps représenté en France le système philosophique de notre époque, laquelle a abandonné la voie conduisant à la philosophie véritable, à cette science qui, depuis qu’elle existe, a eu toujours le même objet. Ce que nous disons ici est tellement évident que M. de Blainville a combattu l’éclectisme; or celte doctrine consiste à choisir dans tous les systèmes philosophiques, non ce qui est et doit être, mais ce qui convient aux adeptes de cette prétendue philosohie, abusés sur la valeur du mot et de la chose qu’il représente.
Maintenant, si M. de Blainville eût borné ses efforts au seul et unique but de démontrer l’existence d’une intelligence souveraine par l’histoire des sciences de l’organisation, il eût peut-être satisfait tous les esprits; car à quoi sert la science considérée d’une manière absolue, si ce n’est à montrer à l’homme qu’il a un but à remplir sur cette terre, celui de chercher à connaître pourquoi il s’y trouve et à quelles conditions il peut y vivre? Mais pour arriver à cette connaissance, il peut prendre deux voies bien différentes ; ou s’en rapporter à ce qu’on lui enseigne, c’està-dire à la tradition sur laquelle repose la religion chrétienne, ou chercher en luimême et autour de lui le moyen d’y arriver par sa propre expérience, c’est-à-dire par l’étude de son individu et de la nature, c’est-à-dire des sciences naturelles qui bien entendues et suffisamment comprises conduisent l’homme à se connaître. C’est dans ce but que tous les écrits de M. de Blainville ont été composés; c’est pour arriver à la démonstration de cette vérité qu’il s’est livré sans relâche à tant de travaux incessants, à tant de méditations dans le silence du cabinet, et qu’il s’est laissé maîtriser par des idées si hautes et si pleines de séductions à toutes les époques de sa longue et glorieuse carrière, comme il nous l’apprend dans ses Principes d'anatomie comparée publiés en 1822, comme il le répète dans ses leçons faites à la Sorbonne en 1839. Qu’a-t-il donc voulu? il a cherché à démontrer aux autres ce qu’il s’était démontré à lui-même, l’existence de Dieu par les causes finales.
Son Histoire des sciences de l'organisation, dégagée des erreurs, des préjugés et des passions de celui qui l’a rédigée, est donc loin de mériter le dédain avec lequel M. Flourens en a parlé, soit que le temps lui ait manqué pour en saisir l’ensemble, soit qu’il ne l’ait abordée qu’avec des idées préconçues. C’est là d’ailleurs que M. de Blainville a lui-même, par la bouche de son élève, apprécié la valeur de ses conceptions scientifiques comme il lui convenait seul de le faire, en même temps qu’il en a montré le but. Comment cela ne lui aurait pas été permis? Est ce que G. Cuvier Bl. Ost. z
ÉTUDE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX
de son côté n’a pas parlé de sa personne et de ses écrits en termes magnifiques dans les notes qu’il destinait à celui qui ferait un jour son éloge? Si maintenant nous voulons déterminer la part importante que M. de Blainville a prise à la marche des sciences naturelles à notre époque, on peut dire que ses efforts ont été considérables. Tout esprit sérieux et instruit reconnaîtra qu’il a con tribué aux progrès de l’anatomie comparée et de la physiologie par son article de l’Organisation des animaux inséré dans le Dictionnaire de Déterville , par le Traité de l’organisation des animaux publié plus lard, et qui seul suffirait à sa gloire, par ses leçons de physiologie générale et comparée; à ceux de l’histoire naturelle proprement dite par l’application des principes fournis par ces deux sciences à la classification des animaux, à ceux de la méthode naturelle par l’établissement de la série animale en ramenant la Paléontologie dans la science générale et en employant une nomenclature plus rigoureuse : enfin personne ne sera tenté de contester à ce grand naturaliste l’honneur d’avoir couronné l’édifice que ses puissantes mains et ses vastes conceptions ont élevé à la philosophie de la nature en regardant les causes finales comme la seule loi, le seul principe qui puisse l’expliquer dans son ensemble.
DE M. DE BLAIN VILLE. — NOTES
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