DE LA NAISSANCE DE M. DE BLAINVILLE A SON ARRIVÉE A PARIS
Henry-Marie Ducrolay de Blainville est né à Arques, près Dieppe, le 1 2 septembre 1777, dans une maison qui existe encore aujourd’hui, du mariage de Pierre Ducrolay, écuyer, sieur de Blainville et de demoiselle Marie-Suzanne-Catherinc Pauger. « Le premier de nos aïeux auquel nous puissions remonter par contrat de mariage comme établi en France, nous dit M. de Blainville lui-même dans quelques feuilles éparses retrouvées parmi ses manuscrits et reproduites à la suite de ce discours, est Guillaume du Crotay qui vivait en 1457, c’est-à-dire sous le règne de Charles VII, pendant l’occupation de la France par les Anglais, sous leur roi Henri V. » Puis il ajoute : « Nous ne possédons aucun détail un peu certain sur son origine; mais la tradition dans notre famille est qu’il était étranger, anglais, ou peut-être même écossais, et qu’il débarqua à Saint-Valery-sur-Somme avec lacape et l’épée pour toute fortune. C’était sans doute un de ces gentilshommes écossais qui, comme le Quentin Durward de Waller Scott, venaient en France servir le roi dans la garde écossaise comme le faisaient alors beaucoup de ses compatriotes. On a supposé qu’ayant débarqué au Croloy, petit port opposé à Saint-Valéry, à l’embouchure de la Somme, c’était du lieu de son débarquement qu’il avait pris son nom ; mais cela ne paraît pas probable, car jamais nos pères n’ont signé du Crotoy, mais du Crottey ou Du Crotay . » Nos propres recherches n’ont servi ni à confir¬
mer, ni à démentir ce que M. de Blainville lui-même nous a transmis sur l’origine de sa famille, et nous serions plutôt enclin à regarder cette tradition comme très-problématique. N’est-il pas à croire que le nom de Du Crotay, quelle qu’en soit l’origine, a passé à une époque éloignée de nous à l’un des ancêtres de la famille sur laquelle M. de Blainville jettera un si vif éclat au moment où elle allait s’éteindre.
Un fait moins contestable, c’est que sous le règne de François Ier un Robert Ducrotay descendu en ligne directe de G. Du Crotay, premier du nom, était gouverneur
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du château d’Arques, conséquemment à une époque où celte forteresse avait une certaine importance, même à côté de Dieppe qui était parvenue à son plus haut degré de prospérité. Les restes de ce château, conservés avec soin par son propriétaire actuel, après avoir été longtemps abandonnés, attirent encore aujourd’hui les regards des touristes.
Le fils de Robert Ducrotay parait avoir porté la fortune de sa famille à une certaine élévation, car dans les actes civils où il figure et notamment dans son contrat de mariage, il prend les titres de capitaine, gouverneur du château d’Arques, de conseiller du roi, de seigneur d’Épinay, du Bois-Guillaume, du Travertin et de seigneur et de patron de Belleville en Caux. Il a prolongé sa glorieuse carrière sous cinq monarques différents dont il fut également aimé et estimé, à cause de la fidélité qu’il sut leur garder, au milieu des guerres de religion qui mirent la France en feu à plusieurs reprises.
La famille de M. de Blainville a conservé longtemps plusieurs lettres adressées par Henri III à leur aïeul, François du Crolay, dans lesquelles il demande sa coopération contre les ligueurs alors tout puissants. Nous nous contenterons d’en citer une, en date de 1 589, comme un témoignage irrécusable de la confiance de ce monarque dans son loyal et fidèle serviteur, elle est ainsi conçue :
« Encore que je sois à la veille démarcher, avec mon armée, à l’encontre de celle « de mes ennemis, qui cherchent à m’ôler la vie et l’État, et qu’à celle occasion la « présence de mon cousin, le duc deMontpensier, fut maintenant bien requise auprès a de moi, néanmoins sur ce qu’il m’a fait entendre que la noblesse de Normandie est « fort incommodée par quelques petites villes et châteaux qui sont occupés par mes « ennemis rebelles, voulant préférer votre particulier au mien, je lui mande de s’avi- « ser en son gouvernement à s’employer vivement à reprendre lesdites places, afin « de délivrer mes bons serviteurs de l’oppression de mes ennemis, je vous prie donc « pour le service que vous devez et pour le désir qu’avez à votre patrie et à vous « même, de monter incontinent à cheval avec vos armes, pour aller assister mon « cousin, ou vous employer ès-occasions qui se peuvent présenter près de vous pour « le bien de mon service et votre repos, selon que vous dira le commandant de « Chattes, avec assurance qu’outre les commodités que vous recevrez, je recon- « naîtrai les bons services que vous m’aurez faits , et occasions qui s’offriront « de vous gratifier, priant Dieu qu’il vous ait, monsieur d’Épinay, en sa sainte « garde. Henry.
« Tours, 1589. »
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Celui auquel cette letire était adressée tira peu d’années après, sous le règne d’Henri IV, le canon sur les troupes de l’armée du duc de Mayenne, à la célèbre bataille d’Arques, aussitôt que le brouillard de la petite vallée où ce bourg est situé lui eût permis de distinguer les amis des ennemis.
Depuis le temps d’Henri IV, nous avons lieu de croire que les ancêtres de M. de Blainville n’ont pas continué à servir dans les armées françaises. Le château d’Arques, démantelé sous Louis XIV, était déjà sous le règne de Louis XIII sorti des mains de la famille des Ducrolay, appauvrie sans doute par des causes qui nous sont inconnues; confinée à l’avenir dans le fond de l’une de nos provinces, elle se fût éteinte probablement sans fixer sur elle les regards de la postérité, si M. de Blainville n’eût été appelé par son mérite personnel à effacer la gloire militaire et civile de ses aïeux, qui sans lui seraient eux-mêmes complètement et depuis longtemps oubliés.
Ayant perdu son père de très-bonne heure, M. de Blainville demeura confié à la surveillance d’une mère qui paraît avoir soigné ses enfants avec une tendre sollicitude. Tandis que le frère aîné de M. de Blainville commençait ses classes probablement dans la ville de Neufchâtel, lui-même à peine âgé de cinq à six aDS, était remis aux mains d’un curé du voisinage, et dans sa vieillesse il aimait à se rappeler le temps où il servait la messe.
Très-peu de temps après, M. de Blainville alla rejoindre son frère dans la même pension et, chose assez curieuse, celte pension était alors dirigée par une femme veuve qui sans doute, après la mort de son mari, avait continué à gérer cet établissement fondé par lui. Elle se nommait Delespine, et à une époque que nous ne pouvons préciser, mais sans doute vers 1784, celte maîtresse de pension assurait à madame de Blainville, dans une letire que nous avons sous les yeux, que son fils cadet avait une mémoire heureuse, lisait couramment au latin et commençait à lire dans le français.
Nous ignorons également l’année dans laquelle M. de Blainville devint élève de l’Ecole militaire de Beaumont en Auge, près Toucques, fondée pour la noblesse de Normandie et de Bretagne peu de temps après celle de la Flèche, et qui était dirigée par des moines appartenant à l’ordre de Saint-Benoît. On y comptait cent cinquante élèves dont le roi payait la pension, et un nombre égal de pensionnaires aux frais de leurs parents, indépendamment des jeunes gens admis à suivre comme externes et gratuitement les cours de la même école. Établie dans les murs de l’antique abbaye de Beaumont, fondée en 1060, dont il existe encore aujourd’hui quelques ruines, cette école a formé plusieurs hommes distingués : le célèbre La-
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place, le savant auteur de la Mécanique céleste, y avait étudié en môme temps que deux généraux du premier empire, dont les noms sont assez connus, Caulaincourt et Évain. C. Prévost qui, dans un voyage à pied entrepris de concert avec M. de Blainville, avait eu l’oCcasion de passer sous les ruines de l’abbaye de Beaumont, a dit, dans le discours prononcé le jour des funérailles do celui-ci, qu’il avait quitté et subitement l’École militaire vers 1792, par des motifs qui lui étaient inconnus. Cependant, dans un certificat en date du 16 janvier 1807, un des professeurs de la môme école affirme que M. de Blainville avait accompli le cours de ses études : c’est le motif qui nous avait autorisé nous-méme à croire et à dire dans notre Notice de la vie et des travaux de M. de Blainville, que la Révolution française en abolissant et môme en persécutant les ordres religieux, avait ouvert les portes de l’abbaye de Beaumont à la jeunesse qui y était renfermée, et à M. de Blainville en particulier. Dans le môme discours, C. Prévost ajoute que celui-ci, contraint de quitter l’école, alla, au péril de sa vie, chercher un refuge à bord d’un bâtiment qui se trouvait en croisière dans la Manche, sur lequel il passa quelques mois et où il prit part à plusieurs combats sérieux; ces détails, il les tenait de la bouche de M. de Blainville qui les lui avait racontés en présence des ruines mêmes de son ancienne école. Sans chercher à nous expliquer la présence de M. de Blainville, âgé de 16 ans à peine, sur un bâtiment de guerre, nous devons accepter ce fait comme certain puisqu’il nous est attesté par C. Prévost qui l’avait recueilli de la bouche môme de celui auquel il l’attribue. Il y a, comme nous avons eu l’occasion de le faire remarquer, quelques points obscurs dans l’histoire de la jeunesse de M. de Blainville, qui ne l’étaient pas pour lui, mais qui le sont pour nous, et sur lesquels il nous est malheureusement impossible de jeter assez de lumière pour les mettre complètement en relief.
Tandis que la majeure partie de la noblesse française commettait la faute, qu’elle a depuis chèrement expiée, d’aller porter à l’étranger ses illusions et l’appui de son courage à ceux qui, dans leurs rêves insensés, se partageaient déjà les dépouilles do la France, MM. de Blainville, trop jeunes pour prendre un parti, continuaient à vivre obscurément sur le sol de la patrie. Cependant une partie de leur famille ne paraît pas avoir été complètement à l’abri des persécutions politiques, car s’il faut ajouter foi aux récits qui nous ont été faits par un des parents de M. de Blainville, ce dernier à peine débarqué dut accompagner sa mère, obligée de se dérober elle-même, par la fuite, aux poursuites judiciaires dont elle était l’objet à cette époque calamiteuse. Il montra dans cette circonstance le dévouement le plus touchant à celle qui avait pris des soins si tendres de son enfance. M. de Blainville a raconté
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à ce parent le fait qu’obligés sa mère et lui d’errer dans la campagne, par une do ces nuits d’hiver si dures à passer partout et principalement sous le ciel froid et brumeux de la Normandie, il était monté sur le toit d’une chaumière abandonnée pour en arracher quelques brins de paille afin d’allumer du feu dont il pût raviver et réchauffer les membres glacés de sa mère. A peu de temps de là Mm* de Blainville, tout au plus coupable d’être la veuve d’un ex-noble, pour nous servir du langage du temps, fut arrêtée et jetée en prison où elle resta jusqu’à la mort de Robespierre. Ce dernier fait ne paraît pas douteux, car M. de Blainville l’affirme dans sa biographie inédite de G. Cuvier : « L’abbé Texier, dit-il, eut l’occasion d’assister à une séance de la Société populaire de Valmont, bourg situé à quelques lieues de Fécamp. Cette société à cette époque (1793) s’occupait, comme toutes celles du pays, de chansons patriotiques et de dénonciations de suspects, ce qui y faisait souvent venir, par peur ou par prudence, un certain nombre de gens peu populaires. C’est ce dont je puis parler avec connaissance de cause, parce que j’y étais moi-même conduit par un domestique resté seul avec moi pendant l’arrestation de ma famille dans le village où je suis né. » La présence de M. de Blainville à celle époque, à quelques lieues de Fécamp, dans un village où sans doute il put rencontrer G. Cuvier, alors simple précepteur du fils du marquis d’Héricy, propriétaire de la terre de Fiquinville, située à peu de distance de Fécamp, ne permet pas d’admettre, avec C. Prévost, comme un fait probable que M. de Blainville ait été jamais élève de la célèbre école de Mars qui, créée par décret du 13 prairial au 11 (Ie* juin 1794), fut fermée par un autre décret du 23 octobre de la même année, c’est-à-dire très-peu de temps après avoir été ouverte. M. de Blainville, qui a laissé de nombreuses notes manuscrites sur les établissements d’instruction publique de notre pays et dans lesquelles il est même question de l’école de Mars , n’a nulle part dit qu’il eût appartenu à cet établissement dont l’existence était terminée bien avant son arrivée à Paris. Des raisons semblables nous font douter également qu'il ait été musicien au premier conservatoire de Paris, comme le prétend à tort M. Flourens.
Au commencement de l’année 1796, M. de Blainville se trouvait à Rouen, où sans doute il s’était rendu pour continuer ses études commencées à Dieppe dans le but d’entrer dans les services publics du génie ou des ponts et chaussées, dans les bureaux d’un ingénieur adjoint nommé Morel. Il avait été confié par sa mère à J. B. Descamps, qui habitait la capitale de la Normandie. Le nom de Descamps ne doit pas être entièrement inconnu aux personnes qui se sont occupées de l’histoire de la peinture. Nous devons en effet à son père un livre estimé,
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quoique écrit avec sécheresse, sur la vie des peintres flamands, et ce livre a été longtemps le seul guide des amateurs. Descamps avait hérité de la place de son père, mort en 1791, directeur de l’école gratuite de dessin ouverte à Rouen, et comme la connaissance du dessin était indispensable à un jeune homme qui désirait suivre une carrière où la pratique de cet art est absolument nécessaire, madame de Biainville avait cru très-bien faire en mettant en pension son fils cadet chez le directeur même de cette école.
C’est du moins ce que nous apprend une lettre du 23 janvier 1796, écrite par Descamps, qui, après avoir perdu de vue M. de Biainville pendant un assez grand nombre d’années, eut l’occasion de rencontrer, quelques années plus tard, son ancien élève au jardin des plantes et de renouveler connaissance avec lui. Nous avons cru devoir reproduire cette lettre, où nous apprenons que, dès celte époque, l’envie d’apprendre était la plus grande passion de M. de Biainville, dont le caractère se dessinait au milieu des impétuosités et de la fougue des passions de la jeunesse, tel que nous le verrons plus tard. C’est pendant son séjour à Rouen que M. de Blainville a dû former des liaisons intimes avec des jeunes gens du même âge que lui, appartenant à la même province, et qui avaient suivi la carrière des arts, fort prisée à cette époque, en attendant qu’ils pussent obtenir des places du gouvernement : partageant ses études, ils partageaient ses plaisirs et ses amusements. C’était le début du directoire, le premier déchaînement de la joie générale, et les journaux du temps, si habilement mis en œuvre par des écrivains de nos jours, nous font assez connaître comment, à une époque encore si voisine de la terreur, tous les rangs de la société étaient en quelque sorte confondus en France. Tandis que nos armées défendaient nos frontières, les Français qui n’avaient pas quitté le sol de la patrie ou qui avaient obtenu la permission d’y rentrer, trop heureux d’avoir échappé aux persécutions politiques, ne songeaient eux-mêmes qu’à s’amuser. Un grand nombre d’entre eux, enrichis des dépouilles des émigrés ou des condamnés par les tribunaux révolutionnaires, d’autres par d’heureuses spéculations commerciales ou par les fournitures faites à nos armées, la plupart par l’acquisition des biens nationaux arrachés aux communautés religieuses, supprimées sur toute la surface du territoire, commençaient à jouir en paix d’une fortune rapidement acquise.
Tous sans exception, les enrichis comme les dépouillés, les victimes comme les persécuteurs, cherchaient à l’envi, dans les fêtes publiques ou dans les réunions particulières de la société à peine rétablie, un dédommagement du passé, des espérances pour l’avenir et des plaisirs pour le moment. Comment un jeune homme Bl. Ost. c
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tel que M. de Blainville ne se serait-il pas livré aux dissipations et aux égarements du monde, d’un monde tout nouveau pour lui, dans lequel il apportait toutes les séductions d’un esprit charmant, tout l’entrain d’une vive gaieté, toute la fougue d’un tempérament ardent, sans avoir d’autre guide qu’une mère éloignée de lui, qu’il n’écoutait pas toujours. Descamps avait un peu trop compté sur la raison de son pensionnaire, et comme c’était un homme de mœurs sévères et religieuses, il crut devoir informer madame de Blainville que la conduite de son fils ne répondait pas aux espérances qu’il en avait conçues. Elle n’hésita pas à le rappeler auprès d’elle, où il se trouvait encore au mois de septembre 1796, et comme il était depuis longtemps absent d’Arques, il faillit être emprisonné à cette époque comme émigré, accusation dont il put heureusement se justifier au moyen d’un certificat de civisme délivré le 29 fructidor an Y (1791'), par la municipalité du lieu de sa naissance. Dans cet acte, il est constaté que M. de Blainville est en France depuis le 1er mai 1792, sous la tutelle de sa mère et qu’il n’a point émigré. Cependant un autre certificat de la même municipalité, en date du 11 frimaire de la même année, conséquemment antérieur au premier, établit également que le citoyen Henri-Marie Ducrotay fils est parti pour Paris afin d’y continuer son éducation à l’école du génie, mathématique et dessin, où il travaille depuis plusieurs années. De telle manière que si l’on ajoutait foi au premier certificat du 29 fructidor an V, M. de Blainville demeurait à la même époque à Arques, tandis que le second postérieur à peine de quelques mois au précédent établissait comme un fait également certain que M. de Blainville habitait Paris depuis plusieurs années. Pour concilier ces deux faits contradictoires, il n’y a que deux moyens : le premier est de dire que rien n’empêche de croire que M. de Blainville s’était rendu de Paris, où il étudiait, à Arques où il était domicilié comme mineur, afin de ne pas être compris au nombre des émigrés, ou du moins de se faire rayer de la liste sur laquelle il avait été porté, ou d’admettre avec nous que le second certificat se trompait, et qu’au lieu de mentionner plusieurs années, il aurait dû porter plusieurs mois, parce que de cette manière le fait incontestable de la présence à Rouen de M. de Blainville au commencement de l’année 1796 se trouve se concilier avec son arrivée à Paris à la fin de la même année.
Qnoi qu’il en soit, le jeune artiste, désormais libre de ses actions, à peine âgé de vingtans,ne songea d’abord qu’à profiter de la liberté que l’éloignement du restede sa famille lui donnait pour jouir des plaisirs de tout genre que le séjour de Paris offre à la jeunesse. Il y mena quelque temps une vie dissipée avec quelques-uns des camarades de son enfance, comme lui originaires de la Normandie et comme
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lui venus à Paris dans le but de s’y créer quelques ressources. Aimables et gais étourdis, ils se plaisaient dans la société d’un jeune homme de famille auquel ils avaient au surplus souvent recours dans leurs besoins d’argent, bien sûrs d’avance de son obligeance. C’est à la môme époque que M. de Blainville, qui serait peutêtre devenu un peintre habile s’il n’était pas devenu un grand naturaliste, entra à l’atelier de Vincent, dont les opinions politiques, quoique républicaines, étaient néanmoins beaucoup moins ardentes que celles de son rival, le célèbre David.
Dès le 17 thermidor an VI (1797), M. de Blainville sollicitait de la police l’autorisation de résider à Paris, où il continuait de mener la vie de la plupart des jeunes gens de son âge placés dans des conditions semblables à celles où il se trouvait luimême, c’est-à-dire orphelin de père, éloigné des siens et possesseur de quelque fortune.
Ainsi que nous l’avons vu, il avait dû à son extrême jeunesse de ne point quitter le sol de la France en 1790. Un accident malheureux, arrivé à une époque que nous ignorons, l’empêcha de faire partie des armées de la République. Conscrit de l’an Vif, année où tous les Français qui auraient dû partir comme soldats depuis la fameuse conscription de 1793, furent contraints à se rendre sous les drapeaux, peut-être eût-il trouvé la mort, et une mort obscure, avec tant d’autres sur les champs de bataille, sans cet accident; mais il fut réformé comme atteint d’une fausse ankylosé au bras droit, suite d’une luxation des os de l’avant-bras. Son certificat de réforme porte la signature de Junot, devenu plus tard célèbre sous le nom et avec le titre de duc d’Âbrantès. Tranquille désormais sur son sort, M. de Blainville put continuer, au milieu des plaisirs, à cultiver les arts, la peinture, la musique, la poésie même, tandis que la société française, si profondément troublée par la tourmente révolutionnaire, commençait elle-même à goûter quelque repos sous le gouvernement de Bonaparte. Nous touchons au moment où M. de Blainville va se trouver entraîné, comme il l’a dit lui-même à plusieurs reprises, par un invincible penchant, sans avoir pu jamais en être détourné par aucune autre occupation, vers l’étude des sciences naturelles. Jusqu’à présent il y a eu dans sa vie quelques défaillances, quelques incertitudes, quelques faux pas même; maintenant, au contraire, nous allons le voir marcher rapidement et sans jamais reculer vers le but qu’il s’était proposé d’atteindre. C’est ce que nous essayerons de montrer dans le texte de cette étude.
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