‹ Osteographie, ou, Description iconographique comparee du squelette et du systeme dentaire des mammiferes recents et fossiles pour servir de base a la zoologie et a la geologie (volume 2)Chapitre 92 sur 130 · DES CHAUVES-SOURIS · texte numérisé non relu

DES CHAUVES-SOURIS

A LA SURFACE DE LA TERRE

Si. — Histoire de la zoologie qui concerne les chauves-souris.

Les Chauves-Souris, désignées aujourd’hui assez généralement sous la dénomination scientifique de Chéiroptères, ou de Mammifères dont les mains sont converties en ailes, nom imaginé par le célèbre Blumenbach, avaient à peine attiré l’attention des naturalistes anciens, et même des modernes qui ont écrit dans le seizième et le dix-septième siècle , et dans la première moitié du dix-huitième. Sans doute parce qu’ici, comme pour tous les animaux qui ont quelque chose d’extraordinaire dans leur organisation ou dans leurs habitudes, l’attention , absorbée par cette sorte de monstruosité, semble avoir quelque peine à se porter sur les autres parties de l’animal, et, par suite, à différencier les espèces plus ou moins nombreuses qui offrent l’anomalie comme caractère commun.

Les anciens Grecs , en effet , et Aristote à leur tête , qui les nom- chez maient Nyctères , parce que ce sont des animaux nocturnes , se sont le” Anc,en presque bornés à faire l’observation que les Chauves-Souris, quoique volant dans l’air au moyen de leurs membres antérieurs modifiés, comme les Oiseaux, ne sont cependant pas des animaux de cette classe, puisqu’ils ont des mamelles et qu’ils nourrissent leurs petits du lait produit par ces organes.

Aristote, qui paraît avoir étudié les animaux sous le rapport de la Aristoie, locomotion plus que sous tout autre, en distinguant les animaux ter- 380®n®”vai

Pline,

80 ans après J.-Ch.

restres suivant qu’ils volent ou qu’ils marchent, dit que les animaux qui volent ne sont pas réduits à un seul mode de voler, comme les Poissons qui n’en ont qu’un pour nager ; et à quoi il ajoute que les animaux qui volent avec des membranes , et qu’il nomme Dermapterci , peuvent marcher; et, en effet , dit-il, les Chauves-Souris ont deux pieds. Aussi , dans un autre endroit où il subdivise les animaux d’après le mode et les organes de la locomotion , il parle de la nature différente des ailes qui servent aux animaux volants ( Pterota ), et il dit que ce peut être une peau comme dans le Renard et les Chauves- Souris.

Enfin, dans le livre des parties, où il traite des parties extérieures des Poissons et des raisons de leur organisation, après avoir montré ce en quoi les Cétacés en diffèrent, et comment ils sont pour ainsi dire terrestres et aquatiques, il est conduit à parler des Phoques et des Chauves-Souris, qui sont aussi des êtres intermédiaires, des uns avec les aquatiles, des autres avec les volatiles; et alors il ajoute que les Chauves-Souris ont des pieds comme ceux-ci, mais non comme les Quadrupèdes. Elles manquent aussi bien de la queue des Quadrupèdes que de celle des Oiseaux; elles ont des ailes cutanées , etc.

Du reste, Aristote paraît n’avoir pas cherché à distinguer les espèces de Chauves-Souris; on peut cependant penser que son Renard volant était plutôt une Roussette qu’un Galéopithèque.

Quoique Pline ait nettement tranché la question en plaçant décidément les Chauves-Souris, qu’il désigne sous la dénomination de Vespertilio indiquant à la fois deux particularités de leur nature, parmi les animaux volatiles , il fait ressortir leurs caractères de Mammifères encore mieux, peut-être, qu’Aristote, en faisant la remarque que seules des volatiles, elles sont vivipares; quelles ont des ailes membraneuses et des mamelles à l’aide desquelles elles nourrissent leurs petits, quelles transportent en les tenant embrassés.

Dans l’intervalle qui sépare les observateurs anciens, grecs et latins, de l’époque de la renaissance, au seizième siècle, nous ne voyons que

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fort peu (le chose à noter, comme pouvant augmenter nos connaissances sur les Chauves-Souris.

On trouve cependant annoncé par Strabon que, dans une ville de la strabo... Mésopotamie, qu’il nomme Dorsippe, il y a une grande quantité de Chauves-Souris beaucoup plus grandes que celles de nos pays, et qu’on les mange; ce qui indique évidemment une espèce de Roussette.

Cette indication est encore plus certaine pour les Chauves-Souris signalées, dans une lettre apocryphe d’Alexandre, comme étant de la grandeur d’un Pigeon et ne craignant pas d’attaquer les hommes; aussi Isidore de Séville et Albert le Grand, qui rapportent ce fait, ajoutent-ils Isidore que dans les pays chauds les Chauves-Souris sont bien plus grandes que deSèv,lle dans les pays froids. Et en effet, les plus grandes espèces de Chéiroptères , savoir les Roussettes, dans l’ancien continent, ne dépassent pas l’Égypte; et les Vampires, dans le nouveau, ne se trouvent pas au delà de la Guyane. Au moyen âge.

Albert le Grand avait en outre parfaitement aperçu les rapports na- Albert turels des Chauves-Souris avec les Mammifères, et fait l’observation que leGra!Mlces animaux passent l’hiver dans un état de torpeur.

Malgré cela, il est évident que chez les anciens, et même également dans le moyen âge , la connaissance scientifique des Chéiroptères était certainement fort peu avancée, aussi bien pour leurs rapports naturels, que pour la distinction des espèces.

On peut en dire presque autant des premiers temps de la renaissance. a la

Nous devons cependant faire remarquer que Belon , quoiqu’il ait traité renai8?anre de ces animaux dans son ouvrage sur la nature des Oiseaux, reconnut Belon.

parfaitement les rapports qu’ils ont avec les Souris, sauf pour le sys- 13B5-

tème dentaire, dont il signale convenablement les différences ; aussi leur donna-t-il le nom de Souris-Chauves , qui leur est resté ; moins heureux sous ce rapport que Victorinus, qui les avait désignés par celui d 'Avis- Sorex. Belon, du reste, fit ressortir les caractères qui les différencient des Oiseaux, comme de n’avoir pas de bec ni de plumes, et d’avoir au contraire des mâchoires, des lèvres, du poil; et il ajouta des détails cir- G. Vespebtilio. 8

Gesner,

im.

Aldrovancii ,

.lonston ,

constanciés et fort intéressants sur quelques points de l’organisation , sur leurs mœurs et leurs habitudes. Il commença même à compter et à décrire les dents au nombre de trente-quatre , de dix-huit en haut et seize en bas ; ce qui montre qu’il a observé une Noctule. Mais ce qui prouve qu'il connaissait d’autres espèces, c’est l’observation que les unes ont les oreilles simples et les autres doubles, ce qui indique l’oreillon ; et que la queue, tout entourée de membranes, passe quelquefois au delà, comme dans les Chauves-Souris d’Afrique; ce qui indique, sans doute, un Molosse. On voit même qu’il a connu l’espèce de Chauves - Souris type du genre Taphien , puisqu’il dit que les Chauves-Souris qui se logent dans les pyramides d’Égypte portent la queue longue comme les Souris.

Gesner ne connut sans doute pas les observations de Belon ; car l’article sur les Chauves-Souris , dont il parle dans son ornithologie , n’est qu’une pure compilation de ce qui avait été dit de vrai et de faux sur ce genre d’animaux.

Il n’en est pas de même d’Aldrovandi : en effet , quoique ce soit encore dans un chapitre de son ornithologie , intitulé : De Avibus médias naturœ , hoc est , partim quadrupedibus , partim avis naturam referentibus , qu’il en traite , décidant même que ce sont plutôt des Oiseaux que des Quadrupèdes , il n’en a pas moins commencé à montrer comment on pourrait distinguer les espèces par la queue, par la forme de la tête, par le nombre des oreilles, et par la couleur. C’est lui qui le premier a mesuré l’envergure , et qui a représenté le squelette d’une espèce en opposition avec celui d’un Oiseau. Il a décrit le fœtus comme étant entièrement semblable âsa mère par le développement , le nombre des dents, quoique encore privé de poils, et comme s’attachant à elle de telle sorte qu’on peut à peine l’en détacher même après la mort de celle-là.

1657. Jonston, dans l’abrégé qu’il donna du long chapitre d’Aldrovandi , ajouta l’observation que ces animaux ont l’organe mâle assez grand et saillant, comme chez les singes, ce que J. de l’Écluse avait pu

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remarquer encore mieux dans la première description d’une Roussette qu’il donna dans ses Exotica, lib. 5, cap. i, tom. II, p. 94. i6o5.

1678 Mais c’est, à ce qu’il me semble, Ray qui le premier a placé les Chauves-Souris parmi les quadrupèdes, en démontrant que c’était à tort que quelques auteurs en faisaient des Oiseaux , puisqu’elles ne sont pas ovipares , et quelles n’ont ni plumes ni bec , c’est-à-dire , aucuns des caractères essentiels qui distinguent les Oiseaux; cependant il en fait une division de ses quadrupèdes anomaux. Du reste, il n’a donné aucune description ou observation qui lui soit propre, et il termine par ces mots : cum Vespertilio animal sit singulare et sui generis, non opus est longa verborum ambage ad eum describendum; ce qui prouve qu’on était encore assez loin de penser aux nombreuses espèces de ce genre. Toutefois c était un grand pas de fait que la position des Chauves-Souris dans la classe des Mammifères , et dorénavant nous n’allons plus voir de variations que pour la place que les zoologistes lui assigneront dans la série mammalogique.

Ainsi Linné, dans les premières éditions du Systema natures, forma avec les Chauves-Souris , sous le nom de Vespertilio , un genre de carnassiers qu’il plaça à la fin de cet ordre immédiatement avant celui des Glires ou Rongeurs ; et ce ne fut que plus tard qu’il les fit remonter, dans son premier ordre, les Primates , avec l’homme, à cause du nombre des incisives qu’il pensait sans doute être toujours de ; , du nombre et de la position des mamelles , et de la liberté de l’organe mâle.

1743. Les premiers essais de Linné sur la classification des Chauves- Souris devaient prêter assez aisément aux critiques de Klein; mais quoiqu’il se permît de blâmer le nom de Feras parmi lesquels Linné mettait d’abord son genre Vespertilio et sa définition du genre : pedes anticos in alas expansos , qui était cependant si nette et si exacte ; il se borna à en faire lui-même un genre de sa famille des Pentadactyles entre les Belettes et les Taupes, en signalant quatre ou cinq espèces d’après les figures publiées par les iconographes.

Ili 11 ,

P.l isSOIl ,

Daubenton

60 CHÉIROPTÈRES; FESPERTILIO.

1752. Malgré cela Hill suivit la classification de Linné, dans laquelle le genre Vespertilio fut encore placé parmi les Ferœ, au commencement de la division , en lui assignant à tort six dents incisives en haut comme en bas, comme au reste Linné l’avait fait lui-même.

1756. C’est peu d’années après la publication du système mammalogique de Linné en Suède , de celui de Klein en Allemagne , et de Hill en Angleterre, que Brisson fit paraître le sien en France; et comme il fut rigoureusement établi sur la considération des incisives aux deux mâchoires, il en résulta que Brisson fut obligé de partager les espèces de Vespertilios de Linné en deux genres, celles qui en avaient ~ conservant cette dénomination, tandis que celles qui n’en offraient que ~, reçurent le nom de Pteropus , dès lors comprenant les Boussettes véritables et les Vampires. Malheureusement les deux genres furent placés dans deux familles différentes ; le premier après les Makis , et le second après les Singes ; cependant Brisson commença en outre à mieux distinguer les espèces par des phrases caractéristiques.

1758. Cette innovation proposée par Brisson eut cependant peu d’effet sur Linné qui n’accepta pas le genre Pteropus , mais qui fut assez mal guidé pour établir le genre Noctilio , sur la considération du nombre des incisives , et pour le placer à la fin de ses Glires , ou Rongeurs ; tandis que les Vespertilios étaient plus convenablement à la fin des Primates. Cette manière de voir ne fut pas changée en 1766 dans la dernière édition que Linné donna de son Systema naturœ.

1759. C’est donc à Daubenton qu’est réellement dû le premier travail sur les Chauves-Souris, dans lequel les principes de la distinction des espèces, et même ceux de leur distribution furent posés d’une manière certaine, et par suite la nomenclature des parties sur lesquelles portent ces distinctions , savoir : sur la queue ; sur le nombre , la forme et la disposition des dents incisives et molaires dont il fit un tableau , sur l’oreille et son oreillon ; sur la simplicité ou la complication de la conque olfactive; sur le doigt indicateur complet ou incomplet, et pourvu ou non d'un ongle.

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Du reste Daubenton se borna à adopter la division des Roussettes et des Chauves-Souris , et il établit la dénomination des espèces sur leur grosseur comparée avec d’autres mammifères de familles différentes , comme l’avait fait Seba ; d’où les noms de Marmotte volante , de Mulot volant, de Rat volant.

1760. Quant à Buffon, il est à remarquer que quoiqu’il se servit du travail de son collaborateur pour son grand ouvrage, il traita des Chauves-Souris à côté des Insectivores et décrivit les Roussettes après les Écureuils volants , dans un autre volume en 1 763 , sans à peine faire mention de leurs rapports.

1766. Quoique Pallas dans le troisième fascicule de sesSpicilegia, entièrement consacré aux Chauves-Souris, n’ait pas cité le mémoire de Daubenton qu’il pouvait cependant connaître , il est évident qu’il a été conduit par les mêmes principes. Après des considérations du plus haut intérêt sur ce groupe d’animaux , sur leur organisation extérieure et intérieure ; d’où il conclut que dans un ordre naturel, ils doivent être placés avec la plupart des Singes et des Lemurs , il passe aux essais que l’on a faits et qu’on pourrait faire encore pour partager en genres ce genre si naturel, et il montre que si, d’après les errements de Brisson et de Linné, on voulait avoir égard au nombre des dents incisives supérieures et inférieures , on verrait que l’on pourrait établir parmi les Yespertilios de Linné sept divisions, sans compter celles qui pourraient reposer sur des espèces encore inconnues.

La première , qui aurait quatre incisives supérieures et six en bas , serrées et peu distinctes, comme le murinus, comprendrait la plupart des Chauves-Souris d’Europe.

La seconde a quatre incisives en haut comme en bas , comme dans toutes les espèces exotiques sans queue de Linné.

Mais dans le V. mmpirus , nom sous lequel Linné comprenait encore toutes les Roussettes, les incisives sont à chaque mâchoire, serrées , presque égales , et cependant plus obtuses , subdidymes à l’inférieure , et les mitoyennes un peu plus grandes à la supérieure.

De Billion

Pallas ,

62 CHÉIROPTÈRES; FESPERTILIO.

Dans les au très V. ecaudati, pourvus d’une feuille nasale , le sincisives inférieures sont très-petites, obtuses et très-serrées entre des canines trèsdé veloppées, tandis qu’à la mâchoire supérieure , les moyennes, séparées entre elles, sont larges, aplaties et beaucoup plus grandes que les latérales, comme cela a lieu dans les V. soricinus, spectrum , spasma , perspicillatus et hastatiis.

Dans une autre espèce que Pallas propose de nommer Molossus à cause de la grandeur de ses lèvres pendantes , et dont il signale la singularité de la queue dépassant beaucoup la membrane interfémorale , il indique un autre système dentaire incisif, deux dents supérieures subulées, parallèles , mitoyennes , et quatre très-petites inférieures.

C’est en effet cette espèce qui est devenue le type du G. Molosse des zoologistes modernes.

Dans une autre Chauve-Souris (Z7-, leporinus , Gmel.), dont la queue et les lèvres présentent aussi quelque chose d’insolite, Pallas fait encore remarquer un nouveau système de dents incisives : quatre supérieures, dont deux mitoyennes plus grandes, coniques, et deux externes plus petites, obtuses , à peine visibles; et inférieurement deux didymes, obtuses, trèsserrées entre les canines qui semblent les cacher ou les faire disparaître ; au point que Linné a pu considérer celles-là comme des incisives , et faire de cet animal un genre de Rongeur sous le nom de Noctilio.

Pallas rapporte ensuite qu’une autre combinaison de dents incisives a été signalée par Daubenton dans deux espèces dont l’une est étrangère, et qui manquent de ces dents à la mâchoire supérieure , comme dans le V^. ferrum equinum devenu en effet le type du G. Rhinoloplie.

Il termine en disant que la Chauve-Souris qu’il va décrire sous le nom de V. cephalotes offre encore un nouveau système dentaire, la mâchoire supérieure ayant deux incisives, et l’inférieure en étant dépourvue. Aussi en a-t-on formé le genre Cephalotes ou Harpyia.

Enfin Pallas ajoute que dans les Vespertilios, les dents canines et les molaires varient sous le rapport de la forme , des proportions et du nombre, ati point qu’il serait , dit-il , aussi inutile qu’ennuyeux d’insister sur ces

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différences ; mais que cela suffira pour tourmenter l’esprit des méthodistes et pour démontrer la vanité des systèmes et des caractères trop minutieusement travaillés; et c’est sans doute cette observation critique du grand maître des distributions naturelles en zoologie, qui a été cause qu’aucun des zoologistes qui se sont tourmentés dans la classification des Chauves-Souris , n’a jamais dit un mot de ce beau travail de Pallas.

1 776. Il n’en fut cependant pas de même d’Erxleben , qui , malgré qu’il n’accepta pas sa manière de voir sur la position des Chéiroptères dans la série des mammifères , et encore moins celle de Pennant qui , dans son British zoology , en revenait presque à imiter les anciens , en terminant les quadrupèdes par les Chauves-Souris, pour faire le passage aux Oiseaux, n’en profita pas moins des observations de Pallas pour disposer les espèces d’après le nombre des dents incisives. En sorte qu’en séparant sous le nom de Pteropus avec Brisson les espèces qui n’ont que quatre incisives en haut comme en bas , qu elles aient ou non une feuille sur le nez , il partagea les autres en sections a) j ; b) { pour le Vpictus par une erreur échappée à Pallas c) d) | ; e) £ ; f) j ; g) 7 , pour le V. noveboracensis appartenant aux Nycticées des zoologistes modernes, et pouvant avec lage manquer entièrement de dents incisives.

1 777- f 778. Toutefois Scopoli et Blumenbach revinrent à la méthode de Linné , autant que le plan , considérablement restreint de leur ouvrage sur l’histoire naturelle en général, le leur permettait; mais le dernier fit plus ; en créant, pour les Chauves-Souris , sous le nom de Chéiroptères un ordre nouveau qu’il plaça entre les Primates et les Glires , innovation qui depuis a été généralement adoptée , quoiqu’elle ne le fût pas d’abord par Storr, dans son Prodromus methodi animalium , 1780 , et chez lequel cependant les Chauves-Souris en un seul genre sont au commencement des Plantigrades , immédiatement avant les Musaraignes.

1783. Malgré les avertissements sévères de Pallas , Hermann , qui avait du reste fort bien senti les rapports nombreux que les animaux de ce genre ont avec les Makis d’une part , et avec les Musaraignes de l’autre , émit cependant l’opinion que le genre Yespertilio de Linné, à cause

Erxieben

l'cnnant,

Scopoli ,

Blumenbach ,

Storr,

Hermann

du grand nombre d’espèces qu’il renferme , pourrait être subdivisé eu üerthout plusieurs genres , mais il ne fut pas plus loin ; et Berthout de Berchem , 1783 qui chercha aussi les affinités des quadrupèdes, à la manière, et peutêtre même avant Hermann, propose encore de voir dans les Chauves- Souris un passage vers les Oiseaux ; mais il eut l’idée de les subdiviser d’après l’existence ou l’absence de la conque nasale et de la queue, c.meiin. 1789. Aussi Gmelin , dans l’édition qu’il donna du Systema nciturœ , se borna-t-il à suivre la même marche qu’Erxleben , en partageant nettement les espèces en neuf sections, d’après le nombre des dents incisives aux deux mâchoires , et en laissant toujours ces animaux à la fin des Primates , mais sans accepter le G. Pteropus.

Daubenion 1792. Daubenton et Vicq-d’Azir, dans la Méthode mammalogique m2.AZ ' fiui est à la tête du discours préliminaire de l’Encyclopédie, placèrent assez bien les Chauves-Souris entre les Hérissons et les Taupes, c’est-àdire , parmi les insectivores ; mais ils ne connurent sans doute pas les améliorations faites en Allemagne sur ce groupe d’animaux ; aussi se bornèrent-ils à citer les espèces sans aucun ordre. g. cuvier j 7^5. Les choses en étaient là , c’est-à-dire que les divisions des Chauvese* E 1793. 5 Souris ne manquaient plus que de dénominations particulières, lorsque, quelques années après Gmelin , MM. G. Cuvier et Geoffroy annoncèrent dans leurs Méthode mammalogique, communiquée à la Société philomatique le 1 " floréal an III , en adoptant l’ordre établi par Blumenbach , qu’en examinant le système dentaire incisif d’un certain nombre d’espèces , ils en avaient trouvé où l’on suppposait qu’il n’en existait pas , et que le nombre et la position respective de ces dents leur fourniraient des caractères propres à en former plusieurs autres genres; travail qu’ils annoncèrent devoir être le sujet d’un mémoire qu’ils se proposaient de présenter très -incessamment à la Société; jusque là dans la liste des genres , ils se bornèrent à annoncer les G. V esperttlio , JY octilio , Pteropus , déjà établis, et un nouveau , sous le nom de Nycteris. e. Geoffroy, 1 796. Ce travail promis n’a sans doute pas été publié ; cependant ii96' nous apprenons , dans le mémoire de M. Geoffroy sur les Molosses , qu il

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avait lu, en l’an IV, à la Société d’histoire naturelle, un mémoire dans lequel il se proposait d’établir que les Chauves-Souris étaient aussi susceptibles que les autres Mammifères d’être distribuées en petits groupes ou genres naturels , qu’il portait au nombre de sept , nombre qui concorde exactement avec celui des sections établies par Pallas.

M. Geoffroy dit même , dans son mémoire sur les Phyllostomes et les Mégadermes, que les G. Phyllostome et Rhinolophe furent établis dans les travaux communs entre M. Cuvier et lui.

On voit , en effet , dans le catalogue des Mammifères du Muséum d’histoire naturelle, imprimé, mais non publié, que M. E. Geoffroy, avant son départ pour l’Ègypte, caractérisait dans l’ordre des Chéiroptères, comme genres distincts , les première, seconde, troisième, quatrième , cinquième et sixième sections de Pallas , sous les dénominations génériques de Pteropus, Phyllostoma, Noctilio, Rhinolophus , Vespertilio et Nycteris ; et qui , avec le genre Galéopithecus de Pallas , constituaient l’ordre des Chéiroptères pour MM. Cuvier et Geoffroy.

1798. Cependant M. G. Cuvier lui-même, dans son Tableau de l histoire naturelle des Animaux , se borne encore à mettre à côté des divisions établies par Erxleben et Gmelin, sur le nombre des dents, les noms de Roussettes, de Chauves-Souris, Rhinolophes, Phyllostomes et Noctilios.

Ce sont aussi les errements de M. E. Geoffroy , que suivit M. de Lacépède dans le Tableau du cours des Mammifères qu’il fit au Muséum pendant l’absence de son confrère alors en Égypte; c’est-à-dire qu’il adopta à peu de chose près les mêmes subdivisions : Spectrum ( Roussettes), Rhinolophus, Phyllostoma , Galeopithecus et Noctilio, et caractérisées de même; mais dans son système de mammalogie , les Chéiroptères formaient une division hors de rang dans la série naturelle , comme J avait fait Pennant, à limitation des zoologistes du dix-septième siècle.

Les zoologistes français qui publièrent alors des dictionnaires ou des abrégés, imitèrent complètement ce qu’avait commencé ou proposé M. Geoffroy sur les Chéiroptères. Mais c’est surtout pendant son séjour G. Vespertilio. 9

G. Cuvier,

De Lacépède,

en Égypte et encore mieux depuis son retour en France , que celui-ci passant en revue les divisions établies par Pallas, Erxleben et Gmelin , leur imposa des dénominations génériques, en développa les caractères et surtout en discuta les espèces.

K. Geoffroy, 1 800. Ainsi en 1800, dans les Mémoires de l'Institut d’Égypte, se G. Taphien. trouve établi le genre Taphien pour une espèce signalée fort anciennement par Belon à cause de la grande longueur de sa queue.

isos. i8o5. En i8o5, dans le tome VI des Annales du Muséum, il traita

g. Molosse. g£n£riquement ^ l’espèce nommée Molossus par Pallas, avec laquelle il groupa génériquement toutes celles qui s’en rapprochent. Seulement il crut, à tort, quelles sont propres à l’ancien continent, en distinguant g. Nyctinome. sous le nom de Nyctinomes celles du nouveau, quoiqu’elles ne diffèrent des Molosses proprement dits que par un état ou degré de dentition1, comme M. Temminck l’a montré depuis.

1806. 1 806. En 1 806 , dans le tome VIII des mêmes annales , M. E. Geoffroy

pe 1 définit rigoureusement, toujours d’après Pallas, les espèces qui doivent rester dans la division des ■§ incisives, à laquelle est réservé le nom de Vespertilio ; et il en augmente notablement le nombre par l’introduction des espèces décrites par d’Azzara.

i8i6. 1810. En x 8 1 o , et toujours dans le même recueil, il passe successive-

G. Roussette. , , , , ,

ment en revue , dans autant de mémoires séparés accompagnes de Donnes figures, les Roussettes sous le nom de Pteropus, en en retirant d’abord le V. cephalotes de Pallas, principalement à cause d’une dent incisive de moins à la mâchoire inférieure; puis les Phyllostomes ouïes Chauves-Souris à | incisives , mais avec une feuille sur le nez , en séparant a. Mégaderme, de celles-ci le V. spasma de Linné sous le nom de Mégaderme , subdivisions encore indiquées par Pallas, lorsqu’il avait dit que certaines espèces n’avaient pas d’incisives supérieures, d’après l’observation de Daubenton.

C’est cependant dans ce même mémoire que M. E. Geoffroy , revenant à la manière de voir de Pallas au sujet du système dentaire, pose en principe que les dents n’offrent pas plus que d’autres parties du corps un

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moyen sûr de se soumettre à la règle de la subordination, et que par conséquent la structure des dents ne peut pas seule, sans le secours d’aucun autre organe, servir à caractériser les genres. Annales du Muséum , t. X , p. io5.

1 8 1 1. C’est à cette époque qu’llliger porta dans la classe des Mammifères et des Oiseaux cet échafaudage de divisions systématiques, avec dénominations peut-être souvent mal appropriées , mais rigoureusement composées suivant le purisme grammatical. Aussi dans le point de zooclassie qui nous occupe, tout en acceptant les divisions génériques établies par M. E. Geoffroy , il crut devoir assez souvent en changer les noms, ce qui est peu important. Ce qui l’est davantage , c’est que le groupe tout entier des Chauves-Souris est transporté entre celui des Ornithorhynques et celui des Insectivores, sans aucun principe de distribution des genres.

i8i5. M. Oken, dans le premier ouvrage qu’il publia sur la zoologie, brouilla peut-être encore davantage ce qui était jusqu’alors établi; nonseulement parce qu’il plaça l’ordre qui contient les Chéiroptères entre les Cabiais et les Ornithorynques , mais surtout parce qu’il en rapprocha et éloigna les genres d’une manière qui semble tout à fait arbitraire. Ainsi il commence par les Roussettes et finit par les Phyllostomes ; mais dans les divisions intérieures les Nyctinomes sont avec les Noctilions, tandis que les Molosses, qui ne diffèrent pas des premiers, sont avec les Sténodermes.

Du reste, M. Oken, en réunissant les Chéiroptères avec les Insectivores, en a du moins éloigné les Galéopithèques pour les mettre à leur véritable place parmi les Lémuriens, comme je le faisais de mon côté, et comme le prouve mon Prodrome dune nouvelle distribution du règne animal , publié en 1816.

C’est à cette époque que , par suite de l’impulsion donnée par Illiger, l’étude du système dentaire chez les Mammifères fut poussée encore plus loin par M. Fréd. Cuvier, et devint un élément trop facile pour l’augmentation des divisions génériques.

Illiger,

Oken , 181 S.

H. de Blainvilie ,

G. Cuvier,

Goldfuss ,

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