CARNASSIERS; G. URSUS
variétés, qu’une seule espèce, en y confondant même celle de la Nouvelle Zemble, ou l’ 0 . blanc.
1755. Dès la première édition du S. N., Linné établit le genre Ursus ; mais sa note caractéristique principale portant sur le nombre des doigts , il y comprit tous les carnassiers de taille médiocre dont nous parlerons dans l’article suivant , sous le nom de Petits-Ours. Quant aux Ours proprement dits, il n’en admettait encore qu’une espèce.
1751. Klein, qui n’adopta pas cette réunion, et qui sépara, comme nous le verrons plus loin , les Petits-Ours sous le nom générique de Coati , en mêlant cependant quelques espèces hétérogènes , me paraît être le premier qui ait distingué sous le nom spécifique d’ U. albus , l’Ours polaire de l’Ours commun.
1756. C’est ce que fit aussi Brisson , quoique pour le reste il ait imité Linné dans la circonscription du genre Ursus , en augmentant déjà notablement le nombre des espèces.
1760. Mais c’est dans l’Histoire naturelle de Buffon et Daubenton que l’on commence à distinguer et à reconnaître , outre l’Ours brun et l’Ours noir d’Europe , un Ours noir et un Ours brun de la Nord-Nmérique , différents de l’Ours blanc maritime ; toutefois ils n’admirent que trois espèces réelles, un Ours brun d’Europe, un Ours noir d’Europe et d’Amérique et un Ours blanc maritime, mais sans caractéristique suffisante. Aussi Linné, dans toutes les éditions du S. N., jusqu a la douzième en 1 766, confondait-il les deux espèces d’Europe et d’Amérique sous le nom commun de U. arclos.
1770. Cependant Pennant, dont le Systema quadrupedum n’avait réellement été entrepris que dans l’intention de systématiser l’Histoire naturelle de Buffon , commença à accepter nettement la distinction de ces deux espèces, ce que fit également Erxleben en 1777 et probablement Schreber qui publiait alors son Histoire iconographique des mammifères, ainsi que Blumenbach , dans son Manuel d’Histoire naturelle.
1782. C’est aussi à la même époque que Pallas, reprenant en sous-œuvre les espèces de ce genre, plutôt soupçonnées que réellement défi-
HISTOIRE ZOOGLASSÏQUE.
nies , établit enfin d'une manière comparative les trois qui seules ont été longtemps connues, savoir Y U. arctos , ou O. d’Europe, Y U. cdbus ou maritimus , ou O. polaire, et Y CI. americanus, ou Ours noir d’Amérique, en considérant les variétés noire, brune, blanche, comme appartenant à l’O. d’Europe.
1789. Ce qui fut avec juste raison complètement imité par Gmelin et par la plupart des zoologistes subséquents.
Cependant le besoin que l’on eut de connaître mieux les espèces animales vivantes pour les comparer avec les espèces fossiles , et par suite distinguer celles-ci , quand elles paraissaient en différer , sous des dénominations particulières , détermina les naturalistes à approfondir davantage les différences spécifiques. C’est ce que fit d’abord Blumenbach en Allemagne pour les Éléphants, les Rhinocéros et pour les Ours; en sorte qu’il fut conduit à établir, comme distinctes, deux espèces fossiles qu'il nomma U. spelœus et U. arctoïdeus.
Dans le même but, feu M. G. Cuvier, à limitation de Blumenbach, ayant à discuter sur ces mêmes espèces fossiles , commença par définir les espèces vivantes; et d’après la considération et la forme du crâne et surtout du front et des mâchoires , il crut pouvoir en distinguer quatre , savoir : l’Ours noir d’Europe, l’Ours brun d’Europe, l’Ours d’Amérique et l’Ours blanc ou maritime : leur comparant ensuite les fossiles, il fut conduit à admettre les deux espèces de Blumenbach.
Sur ces entrefaites plusieurs espèces vivantes bien distinctes furent successivement introduites dans le système mammalogique. D’abord une grande espèce connue dans les Indes Orientales, et qui, considérée pendant un assez long temps comme une espèce de Paresseux, par Sliaw, et comme le type d’un genre nommé Prochilus , par Illiger , fut reconnue par moi comme appartenant au genre Ours et nommée U. Labiatus , à cause de la grandeur de ses lèvres : puis deux autres de la même partie du monde , mais l’une de l’Archipel et l’autre du Thibet , furent envoyées par MM. Rafïles et Alfred Duvaucel et acceptées par feu M. G. Cuvier, dans la seconde édition de ses Recherches surlesosse-
Gmelin ,
G. Cuvier, I8O0.
Gray.
G. Surursüs.
Généralités,
H CARNASSIERS; G. SUBURSUS.
ments fossiles, sons les noms de ü. malctïanus (Rafïles) et de U. thibetaniis (Fréd. Cuvier).
Les voyages dans l’Amérique méridionale en procurèrent une septième espèce des Cordillières qui fut nommée U. ornatus , par M. Frédéric Cuvier (i 82 5).
Et enfin , les voyageurs de l’Amérique septentrionale, après avoir vaguement reconnu une très-grande espèce, outre l’Ours noir qui est le plus commun dans leurs pays, ont fini par en apporter des dépouilles sur lesquelles les naturalistes Nord- Américains ont établi l’Ours gris ou féroce , U. cinereus ou ferox , ou horribilis , espèce dont M. le capitaine du Petit-Thouars vient de rapporter un bel individu vivant et un magnifique squelette au Muséum.
En sorte qu’aujourd’hui dans les ouvrages spéciaux de Mammalogie les zoologistes admettent, sans compter celles que les paléontologistes ont proposées à létat fossile, huit espèces d’Ours, la plupart suffisamment définies , et que M. Gray a réparties dans quatre genres distincts du moins par le nom; 1 un Thalassarctos pour Y U. maritimus ; le second U r sus , pour les U. circtos , niger et ferox : le troisième Helarctos poulies U. ornatus, Thibetanus et Malaïanus; le quatrième Prochilus pour Y U. labiatus .
Art. 3. — Des Petits-Ours (G. Subursus ) (1).
Les animaux dont il va être question dans cet article sont ceux que Linné réunissait à son genre Ursus , parce qu’ils sont plantigrades, ou parce qu’ils ont le tarse court , et surtout parce qu’ils sont pourvus de cinq doigts à tous les pieds , ces doigts étant presque de la même grandeur. Ce rapprochement au fond était fort naturel ; cependant l’on conçoit
(1) Dans mon Système général du Règne animal, j’ai proposé de réunir sous un nom commun tous les animaux autres que les Ours proprement dits que Linné comprenait dans son G. Ursus, afin de ne pas perdre le point de vue Linnéen sous lequel seul les généralisations peuvent avoir lieu d’une manière véritablement utile.
HISTOIRE ZOOCLASSIQUE. 15
que le nombre des espèces des différents pays venant à augmenter , on a pu non-seulement les séparer des Ours , mais encore les séparer ellesmêmes en un certain nombre de petites sections génériques.
Aujourd’hui, dans l'état actuel de nos connaissances, on les répartit en sept genres nommés A ïlurus , Procyon , Nasua , Cercoleptes , A rctitis , Arctonyx et Meles , dont un seul est de notre Europe et du périple de la Méditerranée, et par conséquent le seul connu des Anciens. Tous les autres sont en effet ou bien du Nouveau-Monde, ou bien des parties les plus méridionales de l’ancien.
Les naturalistes grecs ne paraissent même pas avoir connu l’animal européen désigné aujourd’hui sous le nom de Blaireau. On suppose cependant que le T ro chus , dont il est parlé par Aristote d’après Hérodote ( de Gen . , lib. ni , cap. 6 ), comme d’un animal qui aurait les deux sexes, ainsi que l’Hyène, pourrait bien être le Blaireau, sans cloute à cause de la disposition particulière de la poche crypteuse anale, et assez semblable dans ces deux genres; mais c'est chez les auteurs latins , et dans l’ouvrage de Varron , sur l’agriculture , que se trouve pour la première fois le nom de Meles , que l’on applique généralement à notre Blaireau , et dont il ne dit absolument que deux mots, en le mettant avec les Chats ( Felis ) , au nombre des animaux qu’il faut craindre dans les garennes.
On suppose aussi et avec plus déraison peut-être, que l’animal dont Galien a parlé {de Alimentorum facultate , 3, i ) , comme habitant de la Lucanie, où on le mangeait, et comme intermédiaire à l’Ours et au Cochon , pourrait bien être le Blaireau. Il est encore plus clairement désigné par Isidore de Séville , sous le nom de Melo , à cause de sa forme et parce qu’il recherche beaucoup le miel.
Ou trouve enfin que plusieurs des interprètes de l’Ancien Testament ont traduit le mot hébreu Taschach , animal dont la peau était recherchée comme pelleterie ou comme cuir, par celui de Taxus , mais, à ce qu’il semble , sans raisons bien satisfaisantes.
C’est donc par des naturalistes d’avant la renaissance , Albert le
Spécialités.
Chez
les Modernes.
Aristote,
Varron
Galien.
Chez
les Modernes.
Albert le Grand.
Gesner.
Linné.
Coatis et Eaton.
Hernandès.
Klein ,
Storr,
Kinkajou.
De Lacèpède,
Hliger,
Panda.
Fréd. Cuvier,
CARNASSIERS; G. SUBURSUS.
Grand, Agricola , Scaliger, etc. , que cet animal fut observé soit sous son nom ancien de Meles , soit sous celui de Daxus ou Tcixus , qui lui fut substitué par Albert le Grand, et dont notre vieux français avait fait le nom de Tesson.
Depuis lors tous les naturalistes de la renaissance en ont parlé plus ou moins longuement. Gesner en a même donné une assez bonne figure , sous le nom de Meles.
Linné fut le premier qui proposa d’en former un genre distinct sous ce dernier nom , quoiqu’il le confondit plus tard parmi les Ursus; mais depuis il a été rétabli par la plupart des zoologistes.
Des autres Petits-Ours , les premiers découverts et signalés furent les Ratons et les Coatis, puisque presque tous les historiens du NouveauxMonde , au moment de sa découverte , durent les rencontrer , tant ils sont fréquents dans bien des parties de l’Amérique , et même dans la TSord -Amérique. On les trouve déjà signalés et même très -bien figurés dans Hernandès, dans le muséum de Worm, dans Nieremberg, dans Gesner même qui représente le dernier sous le nom de Mus indiens , pag. 74 1 , et depuis dans un très-grand nombre d’autres ouvrages ; mais c’est Klein, qui en fit le premier le type d’un genre comprenant, il est vrai, tous les Petits -Ours ; et Storr qui, en 1780, dans son Prodrome dune méthode naturelle des mammifères , proposa de les retirer du genre des Viverras , où Linné les avait placés, pour en former autant de genres distincts voisins des Ours , sous les noms de Procyon et de Nasua.
Presqu’en même temps et dans les mêmes contrées fut encore découvert le Kinkajou , que Linné plaçait aussi, on ne sait pas trop pourquoi , parmi les Viverras, et dont M. de Lacèpède, et depuis un grand nombre de zoologistes , ont fait un genre sous le nom de Caudivolvulus changé en celui de Cercoleptes par llliger en 1 8 1 1 .
Enfin, dans ces derniers temps on a découvert dans l’Inde deux mammifères de cette division ; l’un dont Hardwick faisait une espèce de Mangouste , et dont M. F. Cuvier a formé son genre Aïlurus , c’est le Panda ; et l’autre qui est au contraire de toutes les grandes îles de
l'archipel Indien, le Binturung découvert par Baffles, et dont M. Temminck a fait son genre Arctitis ; en sorte qu aujourd’hui le groupe des Petits-Ours (Subursi) contiendrait neuf ou dix espèces réparties en sept genres , d’après la considération presque exclusive du système dentaire et de la queue.
Art. 4. — Des petites espèces de Carnassiers réunies par Linné sous le nom de Mustela
(G. Mustela L. ).
Entre les Carnassiers de taille médiocre à cinq doigts subégaux , sur la même ligne , aux deux paires de membres, à tarses peu élevés ou plantigrades, et les autres Carnassiers également de taille médiocre, que Linné a désignés sous le nom de Viverra , se trouve un groupe de petites espèces à corps plus ou moins allongé, cylindrique, vermiforme, à tête plus ou moins étroite , deltoïdale , à museau fort court , ainsi que les mâchoires , à griffes semi-rétractiles , à poils doux et fins , de couleur uniforme, que Linné a groupés, avec sa sagacité accoutumée, sous la dénomination générique de Mustela ; c’est de cette division des Carnassiers qu’il va être question dans cet article.
On admet assez généralement que les Grecs anciens, sous le nom de Gale , désignaient l’espèce principale de ce genre, c’est-à-dire la Marte, et peut-être mieux encore la Fouine, mais moins probablement la Belette, qu’ils connaissaient cependant indubitablement, puisqu’elle existe dans toute l’Europe. Ce qu il y a de certain , c’est que sous ce nom ils ne désignaient pas le Chat, pour lequel ils avaient la dénomination à'Ailuros , comme on peut s’en assurer par certains passages d’Élien. M. Bureau de Lamalle (i) pense cependant que sous ce nom les anciens Grecs entendaient tantôt le Chat privé, tantôt la Fouine privée , et même quelquefois le Putois ou la Belette.
(1) Sur les animaux connus des anciens sous les noms de Gale en grec, et de Mustela en latin ( Annales clés Sc. nat., tom. XVII , p. 176. 1839).
G. Carnassiers. 3
Binturong.
Temminck.
G. Mustela,
Considérations
générales.
Chez
les Anciens.
Aristote.
Gale.
Ailuros .
/dis.
Pline.