DES CIVETTES OU V1VERRAS PROPREMENT DITS
On admettait assez généralement, avant le mémoire de M. Dureau de Lamalle , que les anciens ne paraissaient avoir connu aucune des espèces de cette section des Viverras de Linné, et que c’étaient les
De Lacépède.
Uliger.
Des Espèces.
Des
Sous-Genres.
Surikate.
Vansire.
Crossarque.
Euplère.
Cynictis.
Ichneuraie.
Galictis.
Des Civettes Cliez
les Anciens.
28 CARNASSIERS; G. VI FERRA , L
Arabes qui les premiers avaient signalé la Civette. Ainsi , P. Castelli , dans une dissertation ad hoc , pensait avoir prouvé que cet animal n’était ni la Panthère des anciens, ni le Chaus de Pline, ni la véritable Hyène. ç Jonston. Hist. nat. Quadruped. de Hyœnil odoriferâ , zibethum gignente , quod Civetla vulgo appellatur .) Mais suivant M. Dureau de Hérodote. Lamalle, le Gale des champs de Silpbium , ressemblant beaucoup à celui de Tartesse dont parle Hérodote dans son énumération des animaux qui se trouvent dans le pays des Libyens nomades (le royaume de Tunis suidas. actuel), était une véritable Civette. En effet, Suidas, en parlant de la ville de Tartesse, la signale comme située sur l’Océan , hors des Colonnes d’Hercule, où naissent les plus grands Galès, et le scoliaste d’Aristophane, Heysichius Heysichius, dit que les Galès de cette ville sont synonymes de grands Galès. Or, en remarquant que des trois parfums cités par TNicétas comme employés par les anciens, savoir : le Manchon, le Zapetia et Y A nubar, le second est nommé Galaneum par Acharius dans l’Onésicrite , et chez que cet auteur désigne aussi par le nom de Gale l’animal qui fournit le
'a vice nu eT musc , appelé par Avicenne Galia, ou Algalia, que le lexique grecarabe explique aussi Galia par Tapetes , M. Dureau de Lamalle en conclut que le Galè de Tartesse, le plus grand des Galès, était celui qui fournissait le parfum nommé Galeum , ou la Civette, animal qui est certainement originaire d’Afrique, et qui était sans doute alors, comme il l’est aujourd’hui, élevé en beaucoup de lieux pour en obtenir le parfum.
D’après cela, il est à croire que la Civette n’a pas cessé d’être connue des Européens, qui font le commerce des parfums et des substances médicamenteuses depuis les temps les plus reculés.
Les médecins arabes paraissent en effet en avoir parlé d’une manière positive , et cependant il n’est pas certain que ce qu’ils nommaient Zzbethum soit réellement la matière odorante de la Civette, chez Quoiqu’il en soit, les premiers indices de cette matière, et même de les Modernes. ]’anjmaj qU[ ]a fournit, dans un écrit moderne , se trouvent chez un ai. Benedictî , médecin célèbre alors ( 1 47 8), nommé Alex. Benedicti , Véronais ( De curandis singillatim morbis , i3, 26); il parle de l’animal comme apparie-
HISTOIRE ZOOCLASSIQUE.
liant au genre des Chats, quoique, suivant lui, il n’ait pas la langue rude, mais bien le poil court , une barbe (sans doute des moustaches) et les yeux brillants : à quoi il ajoute que le parfum , dont le prix était de huit pièces d’or l’once , étant situé entre les organes de la génération et l’anus, aussi bien dans la femelle que dans le mâle, se retirait avec une espèce de cure-oreille d’os.
Ruell ( 1 539 ) nous apprend de plus que l’animal dont on tirait le zibethum, et qu’il compare au Felis qui habite les anciens édifices ruinés, était nommé Zapetion par les Grecs; mais n’y a-t-il pas là quelque confusion, puisque nous avons vu plus haut que, suivant Nicétas, c’était le nom d’un parfum.
i553. Belon fut peut-être le premier naturaliste qui donna une fort bonne description de cet animal (1), d’après un individu vivant qu’il avait observé; mais il pensa que c’était l’Hyène des anciens; et en effet, il publia la figure d’une Hyène véritable pour un Loup marin dans son Traité des Aquatiles, p. 34- C’est dans cet auteur que se trouve pourla première fois le mot Civetta. Mais bientôt quelques-uns de ces animaux paraissent avoir été répandus dans diverses contrées de l’Europe , et surtout chez les gens riches qui en recherchaient le parfum : aussi Cay , en latin Caius, en envoya une bonne description et même une assez bonne figure à Gesner qui les inséra dans son Grand Dictionnaire , et cela d’après un individu venant d’Afrique et vivant à Londres.
Kentmond, dans le même Gesner , cite un autre individu qui avait été acheté 70 thalers par l’Électeur de Saxe, Jean-Frédéric, en 1 545.
Léon l’Africain avait dit que cet animal vit sauvage dans les bois de l’Éthiopie où les marchands vont acheter les petits qu’ils élèvent en domesticité pour en tirer le parfum.
D’un autre côté , on savait aussi par Amatus Lusitanus que les Portugais tiraient ce parfum et l’animal lui-même des Grandes Indes, en sorte que , dès la première moitié du seizième siècle, on avait réellement vu en
Ruell
Belon
Léon
l’Africain.
Amatus
Lusitanus.
(1) Observations, cliap. xx, p 95.
CARNASSIERS; G. VfFERRA , L.
Europe les deux espèces distinguées par BufFon, mais alors complètement confondues. Et en effet, ces animaux devinrent de plus en plus communs. Ainsi Scaliger , en critiquant ce que Cardan avait publié du Zibetli dans le livre X de son traité De Subiilitate , et en le critiquant même à tort sur ce que le premier il avait dit qu’on tirait cet animal d’Espagne , assure que la Genette est bien de ce pays, mais non la Civette que l’on y transporte d’Alexandrie ou des Indes Orientales : il ajoute qu’il en a vu quatre individus vivants , l’un à Mantoue , et les trois autres à Rome , chez le cardinal Galeoti, auquel, suivant lui, les parfums, les armes, les pelleteries, les chevaux et les chiens servaient de bibliothèque.
Fabius Colunna, dans une lettre à Fabri, en date d’octobre 1626 , ne se borna pas à sa simple citation, mais il donna une fort bonne description avec figures de deux individus, l’un mâle et l’autre femelle, qu’il put observer à Naples; en sorte que Fabri lui- même, en s’aidant d’autres observations que lui fournirent un sieur de Corduba et F. Georges de Bolivar, qui nourrissait de ces animaux à Naples, put, dans un chapitre de son exposition sur les animaux de la Nouvelle-Espagne, par Recchi, donner une histoire fort, intéressante de la Civette , et montrer par le nombre et la forme des dents que c’était plutôt un Canin qu'un Felis.
Il fut alors aisé à P. Castelli d’écrire une assez longue dissertation citée plus haut sur le Zibeth, dans laquelle, recueillant avec sagacité tout ce qui avait été fait avant lui, mais pouvant surtout s’aider d’un animal mort, et même de son squelette , qu’il possédait, l’histoire de cet animal fut au moins extrêmement avancée.
Depuis lors, c’est-à-dire depuis 1 65 1 , il n’a jamais cessé d’être apporté en Europe, et surtout, à ce qu’il paraît, à Venise et à Amsterdam, pour en retirer la matière odorante , et dans les ménageries d’animaux vivants montrés à la curiosité publique. Aussi a-t-il été fréquemment observé , aussi bien par les anatomistes que par les zoologistes. Seulement il ne faut pas mettre de ce nombre, comme l’a fait d’abord M. G. Cuvier dans l’article de l’ouvrage intitulé : Ménagerie du Muséum ,
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<]u il a consacré à cet animal, le Musc de Laperonye ; car, comme M. Cuvier l’a reconnu aisément depuis, ce Musc n’était autre chose que la Genette de l’Inde.
La manière de voir de Castelli, que la Civette était plutôt un Chien qu’un Chat, fut adoptée par les premiers zoologistes systématiques , ainsi pai Ray et par Klein. Linné balança longtemps, et après en avoir fait une Linné,
espèce de son genre Meles , ce qu’imita Brisson, il finit par créer le genre Brisson.
Viverra presque pour elle, dans la dixième édition du S. N. , qui parut en 1758; mais on peut dire que ce genre ne put être un peu convenablement circonscrit que depuis la publication du IXe volume de ÏHistcnre naturelle de Buffon et Daubenton, qui parut en 1761. C’est en Bu,r°n efTet là que fut mise hors de doute la distinction de la Civette d’Afrique 61 Da',benton de celle d’Asie , et l’absence complète d’espèces de ce genre dans le nouveau continent.