DES GENETTES
Un autre petit carnassier, demi-Chat, de cette division des Viverras, Genettes. qui aurait pu être connu des anciens naturalistes , est la Genette, puis- En général qu elle se trouve au moins dans toute l’Europe méridionale, et fort communément en Espagne et même à Constantinople ; et cependant on ne connaît rien dans leurs écrits qui puisse lui être rapporté, quoique quelques chez
personnes aient voulu que ce fût la petite Panthère d’Oppien , dont elle a Ande,‘sen effet assez bien la taille, la robe, les mœurs, et même l’odeur agréable, suivant Gesner. Il paraît que c’est dans un auteur espagnol du septième siècle, Isidore de Séville, que le nom de Genestra, dont on a fait Genetta ou Genette, se trouve pour la première fois , dans le traité De isid.deSévme' Ordine creaturarum. On ignore son étymologie ; et l’on suppose que c’est un nom de pays qui indique la vitesse de l’animal. Depuis ce temps,
Albert le Grand, Vincent de Beauvais, en ont donné une description qui ne laisse pas de doute. Et enfin Belon, en 1 553 , a joint à une desci iption encore plus complète , d’après des individus vivants vus à Cons-
Beloii.
tantinople , où ils étaient domestiques comme des Chats , une ligure fort reconnaissable qui a été longtemps copiée par les zoologistes, cesner. Depuis Gesner, qui n’en connut et n’en figura que la peau, objet de commerce venant de Lyon, jusqu a Buffon et Daubenton , qui donnèrent Buflon dans ]e volume 1 Xe de leur Histoire naturelle , une description et une bonne
et Daubenton.
bgure , aucun naturaliste n’avait réellement revu la Genette en nature; mais depuis ce temps elle a été observée dans nos ménageries venant d'Europe, ou même d’Afrique , par plusieurs naturalistes et entre autres par M. Cuvier.
Longtemps ce joli animal a été considéré comme appartenant aux Mustelas, et ce n’est que depuis la dixième édition du S. N. qu’il a passé dans les Yi verras.
Espèces. Autour de cette espèce sont venues successivement s’en grouper quel- Butron. qUes autres, ainsi celle de Madagascar, ou la Foss^ne, par Bulfon, en 1 765. Le V. tigrina, Thumberg, 1775, la Genette de l’Inde, de Lapeyronnie, et plusieurs autres espèces nominales -qui rentrent dans l’une ou l’autre des précédentes , que plusieurs zoologistes ont réunies , et g. cuvier, entre autres M. G. Cuvier, sous le nom subgénérique de Genetta , d’après une considération erronée. En effet, la différence dans la poche, notée dans son article Civette de la Ménagerie , rectifiée en grande partie dans celui sur la Genette du même recueil , et cependant reproduite d’une manière plus tranchée que jamais dans son règne animal , n’existe pas. Les Genettes ont une poche tout aussi développée que les Civettes.
Dans cette même division des Viverras de Linné, une espèce que Buffon avait parfaitement décrite, en 1 782, dansses Suppléments, vol. III , p. 2 36, pl. 47> comme un animal de l’inde, mais que son graveur, par inadvertance, a intitulée Genette de France , et qui a été retrouvée Frèd. cuvier, fréquemment depuis ces vingt dernières années, et nommée F . prehensilis yar les zoologistes anglais, est devenue le type d’une subdivision générique , nommée par M. F. Cuvier Paradoxurus, à cause de sa queue fort longue , subpréhensile , et caractérisée par ses tarses plus courts , presque nus , et enfin par un système dentaire moins carnassier.
HISTOIRE ZOOCLASSIQUE. 33
Dans cette section se sont trouvées successivement inscrites un assez grand nombre d’espèces, ou bien nominales, comme me semblent être la plupart de celles que M. Gray croit avoir caractérisées dans un mémoire exprojesso, publié il y a peu d’années, ou bien assez distinctes dans quelques particularités du système dentaire , pour quelles aient pu être considérées comme types de genres. C’est ainsi qu’ont été établis successivement lesG. Cynogale, par M. E. Gray, en 1 836, et Hémigale et Ambliodon, par M. Jourdan, en 1 83y.
Art. 6. — Des Carnassiers du G. Felis, L.
Si les naturalistes anciens paraissent n’avoir connu qu'un fort petit nombre d’espèces de carnassiers du genre Linnéen précédent , il n’en est pas de même pour celui que l’on avait désigné longtemps avant Linné sous le nom de Felis , donné par les Latins à notre Chat domestique, et dont 1 étymologie est assez douteuse. En effet les anciens connaissaient, ou du moins avaient eu l’occasion de voir, surtout les Romains dans les jeux du Cirque, un certain nombre d’espèces de ce genre , savoir , en allant des plus petites espèces aux plus grandes : le Chat, le Lynx, le Léopard ou la Panthère, le Lion et le Tigre.
Les anciens Grecs , et Aristote à leur tête , paraissent avoir connu :
1 Le Chat proprement dit , qu’ils nommaient Ailuros , sauvage dans toutes les grandes forêts de l’Europe, et déjà domestique, quoique beaucoup moins qu’il ne l’a été depuis, et sur lequel ils ne nous ont laissé que fort peu de chose ;
2 La Panthère, qu’Aristote a nommée Pardalos, et qu’il assure n’exister qu en Asie et nullement en Europe. Malheureusement le peu qu’il en dit ne peut suffire à déterminer positivement quel est cet animal , parmi ceux que nous connaissons aujourd’hui. On trouve en outre le mot de Panther employé par Aristote (. H . A ., VI, 35), pour un animal dont les petits naissent aveugles comme ceux des Loups;
G. Carnassiers. 3
Chez
les Anciens.
Aristote.
Ailuros.
3° Le Lynx , qui est à peine plus que nommé par Aristote , mais que les modernes ont considéré comme étant l’espèce de Felis d’Europe , que l’on connaît aujourd’hui sous ce nom , parce que Élien a dit qu’il avait des pinceaux de poils aux oreilles ;
4" Le Lion, dont le naturaliste grec a parlé longuement en différents endroits de ses ouvrages , aussi bien sous le rapport de son organisation extérieure et intérieure, que sous celui de ses mœurs et de ses habitudes. 11 a même indiqué deux espèces : l’une plus courte , plus ramassée, avec la crinière plus crépue, et de nature plus timide; l’autre, plus allongée, à crinière plus lisse, et plus courageuse. Il paraît même avoir confirmé l’assertion d’Hérodote , que l’Europe nourrissait des Lions dans les parties montueuses et boisées de la Th race et de la Macédoine.
A l’époque où Élien compila ses anecdotes sur les animaux, le nombre des espèces de Felis connues alors parait n’avoir pas été augmenté. On commence cependant à trouver mieux désigné le Tigre , dont Aristote n’avait fait que prononcer le nom.
Il en est réellement à peu près de même de Pline , chez lequel on ne remarque guère qu’un peu plus de précision dans la distinction des espèces ci-dessus , mais sans augmentation dans le nombre. Ainsi outre le Chat, la Panthère, dont il décrit les taches, en disant quelles sont comme des yeux semés sur un fond blanc , et à laquelle il applique définitivement le nom de Pardalos d’Aristote, il parle du Lion , en admettant aussi les deux espèces, comme l’auteur grec qu’il traduit ici mot à mot, en ajoutant cependant plusieurs faits sur la nature de cet animal; et enfin du Tigre , qu’il cite pour sa grande vitesse.
M. Mongès, dans un mémoire fort intéressant sur les animaux montrés dans les jeux du Cirque chez les Romains, a émis l’opinion que la première espèce de Lion d’Aristote , plus petite et plus timide , pouvait être celle que Linné a nommée F. jubata. Mais malgré cette dénomination , il est bien connu que cette espèce de Chat , beaucoup plus petite que le Lion , n’a pas de crinière proprement dite , et sa bande de poils,
HISTOIRE ZOOCLASSIQUE. 35
un peu plus longs sur le clos du cou seulement , n’a certainement rien de crépu.
Je ne trouve pas que le nombre des espèces de ce genre se soit accru , dans le long intervalle qui sépare les naturalistes grecs et latins, de ceux de la renaissance des sciences et des lettres en Europe. Seulement on doit remarquer l’introduction du nom de Leopardus faite par J. Capi- J tolinus etÆliusSpartianus, et appliqué à la Panthère de Pline.
Les premiers naturalistes de la renaissance ne furent pas beaucoup plus loin non plus , quoiqu’ils commencèrent à mentionner sous la dénomination de Lions et de Tigres , tous les Felis de l’ancien monde.
C'est encore ce qui eut lieu jusqu’à Ray lui-même, quoique les Felis du nouveau continent , mieux connus , surtout par les observations de Marcgrave, commençassent à être désignés sous le nom d’Onça, et principalement par des noms de pays , que Buffon , par la suite , abrégea considérablement, ce qui permit de les rendre vulgaires.
C’est réellement à dater de la publication du IXe volume du grand ouvrage de Buffon et Daubenton en 1761 , que le nombre des espèces de ce genre fut notablement augmenté. On trouve en effet, dans ce volume et dans le XIIIe, la description' extérieure et souvent même intérieure de treize espèces au moins, que Linné, Pennant, Erxleben, Schreber et Gmelin introduisirent en bloc dans le Systema natures , sous des dénominations latines qui ont été adoptées par tous les zoologistes subséquents.
Cependant Buffon et Daubenton , induits en erreur par des renseignements fautifs sur le Jaguar véritable , qu’ils eurent pourtant l’occasion d’observer vivant , appliquèrent ce nom à l’Ocelot ou à une espèce voisine, et ce ne fut qu’assez tard que cette erreur fut entièrement reconnue; au reste, cette erreur fut au fond très-peu importante, puisque cela n empêcha pas les deux espèces Jaguar et Ocelot d’être parfaitement définies et distinguées par tous les auteurs systématiques, et entre autres par Linné.
Quoi qu’il en soit, à l’époque où Gmelin publia la dernière édition
. Capitolinus.
Chez
les Modernes.
Ray.
Marcgrave.
Buflon
et Daubenton.
Linné.
Gmelin.
3G CARNASSIERS; G. FELIS , L
du S. N., le nombre des espèces de Felis était de dix-neuf, c’est-à-dire n était augmenté que de cinq nouvelles, dues principalement aux observateurs du nord de l’Asie et de l’Amérique, avec une seule erreur, consistant en ce que cet utile et laborieux compilateur regardait comme une espèce distincte du véritable Jaguar, le Jaguar noir, qui n’en est certainement qu’une simple variété.
Pendant assez longtemps , les choses en restèrent à peu près au même point; seulement d’Azzara, observateur fort exact, mais qui s’est presque toujours montré comme critique acharné de Buffon , et souvent fort injustement, rectifia tout à fait l’erreur de celui-ci au sujet du Jaguar et de l’Ocelot , et fit connaître quatre nouvelles espèces , savoir le Jaguarondi, le Negro, l’Erva et le Pajeros.
Avant lui Molina , dans son Histoire naturelle du Chili, en avait signalé deux autres, le Guigna et le Colo-Colo, mais sans les définir d’une manière suffisante.
Sparman, Forster et Vosmaer en firent connaître une espèce nouvelle du Cap de Bonne-Espérance.
Pennant , et surtout Shaw , qui fit paraître en 1 790 sa Zoologie générale, ajoutèrent une espèce de l’Inde, qu’ils nommèrent F. bengalensis.
Les voyageurs Péron et Leschenault rapportèrent celte espèce et quelques autres de l’Inde, et entre autres une Panthère noire que le premier indiqua comme espèce nouvelle sous le nom de F. mêlas , et qui n’est évidemment qu’une variété de la Panthère ordinaire.
En sorte que la ménagerie du Muséum ayant possédé successivement , et souvent même à la fois , plusieurs espèces de Felis, les erreurs légères qui pouvaient être encore restées furent aisément détruites. Ainsi un Jaguar vivant permit à M. E. Geoffroy Saint-Hilaire de confirmer la rectification faite par d’Azzara, et de définir le Jaguar comparativement avec la Panthère.
C’est alors que M. G. Cuvier, développant toute la synonymie des espèces de ce genre donnée par Buffon , Erxleben et Gmelin , rassembla
HISTOIRE ZOOCLASSIQUE. 37
toutes les données acquises dans l’article étendu qu’il consacra aux grandes espèces vivantes de Chats , préliminairement à son chapitre sur les Carnassiers fossiles , publié en 1 809 dans les Annales du Muséum , sans apporter réellement rien de nouveau. On peut même dire qu’il ne fut pas heureux dans le peu d’innovations qu’il proposa. En effet, il crut devoir considérer l’Once de Buffon comme n’étant qu’une espèce nominale ou une simple variété de la Panthère d’Afrique, et cependant elle a été depuis démontrée comme distincte par Pallas et par les zoologistes anglais. Il pensa aussi avoir différencié d’une manière positive et tranchée la Panthère et le Léopard, la première d’Afrique, et le second de l’Inde, ce qui a été combattu par M. Temminck. Au reste, il ne fit connaître d’une manière suffisante aucune espèce nouvelle, en sorte que le sujet , comme monographie , restait encore à traiter.
Quoique la manière de voir de M. Cuvier au sujet de ces deux espèces de grands Chats fût répétée dans la publication de ses mémoires réunis en 18x2, sans modifications ; quoiqu’elle fût adoptée par les zoologistes qui eurent l’occasion d’écrire depuis sur les Mammifères, Pallas , dès 1 8 1 1 , s. Pallas. dans sa Zoographia Rosso-Asiatica , avait déjà confirmé l’existence de l’Once de Buffon ; cependant M. Cuvier ne changea encore rien dans la première édition de son règne animal qui parut en 1817.
Toutefois, dans la seconde édition de ses Recherches sur les osse- g. cuvier, ments fossiles, en 1825, le F. leopardus est reconnu comme ne pou- 182s' vaut plus être distingué du F. pardus, c’est-à-dire le Léopard de la Panthère, à moins que ce ne soit, ajoute -t-il , le grand Chat tacheté en rose des principales îles de la Sonde, opinion qui n’était, au fond, que celle de M. Temminck.
Quant à l’Once, M. Fischer de Waldheim ayant examiné la peau sur laquelle Pallas avait reconnu l’animal de Buffon , M. Cuvier ne crut pas d’abord devoir changer d’avis , et ce ne fut que dans le VIe volume du même ouvrage qu’il annonça que cette espèce venait detre reconnue par M. Hamilton Smith dans une Panthère alors vivante à Londres, et venant, disait-on, de Perse.
Temminck ,
De*
Sous-Genres
Desmarest.
E. Gray.
G. Cams.
En général.
Cette manière de voir ne fut cependant pas admise par M. Temminck dans sa Monographie du genre JFelis qui parut en 1826; mais il crut au contraire reconnaître aussi deux espèces de grands Chats à robe tachetée en rose, lune propre aux îles de la Sonde, et l’autre à l’Asie continentale aussi bien qu’à l’Afrique; mais il renversa les noms, appelant T . leopardus ou Léopard celle-ci, et F. pardus ou Panthère celle-là. Du reste M. Temminck, en reprenant le sujet, aidé qu’il était de la riche collection du Muséum des Pays-Bas, prit chacune des espèces à part, sans s occuper le moins du monde de leurs rapports natuîels, et en les distribuant d après la patrie, il en porta le nombre à vingtsept dont sept ou huit sont nouvelles suivant lui.
Depuis lors MM. Frédéric Cuvier, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire et Gray en ont proposé quelques autres , mais assez peu distinctes à ce qu il nous semble , quoiqu’elles aient été reprises dans le catalogue synonymique du patient et utile Jean-Baptiste Fischer.
Les espèces du G. Felis offrent d’une manière si rigoureuse les mêmes caractères génériques, aussi bien dans le système dentaire que dans le système digital , qu’il a été assez difficile de trouver à y établir des divisions génériques ou même sub-génériques. Cependant la considération des pinceaux de poils par lesquels les oreilles sont terminées , a conduit M. Desmarest d’abord, et ensuite plusieurs autres mammalogistes , à proposer le genre Lynx , division qui depuis a été mieux appuyée sur l’absence de la première fausse molaire supérieure. M. Gray la adoptée. Wagler (i83o) en a aussi proposé une autre pour les espèces dont les ongles sont demi-rétractiles, comme le F. Jubata, et qui ont en même temps les membres plus élevés. Ce sont les Cynadurus.
Art. 7. — Des Carnassiers du G. Canis, L.
L histoire de la zoologie de ces espèces de Carnassiers , que de tout temps les naturalistes ont rapprochées sous le nom commun de genus coninum ou de Canis , à cause de leurs rapports évidents avec notre
HISTOIRE ZOOCLASSIQUE. 39
Chien domestique , sera peut-être moins longue que celle des Felis , mais n’est cependant pas moins difficile, parce que plusieurs d’entre elles ayant été modifiées par une longue domesticité, il en est résulté des races assez fixes, assez différentes pour pouvoir être considérées comme de véritables espèces.
Les historiens naturalistes anciens paraissent n’avoir remarqué que les quatre espèces de ce genre qui se trouvent communément dans la partie du monde qu’ils connaissaient le mieux , le périple de la Méditerranée, savoir : le Chien, le Loup, le Chacal et le Renard. Il ne peut y avoir de doutes que pour le Chacal ; mais il me semble que, malgré quelques particularités qui ont semblé ne pas convenir à cet animal , dans le Thos d’Aristote, comme d’avoir les jambes basses et le corps allongé du côté de la queue et plus ramassé dans les parties de devant , il est impossible qu’un animal aussi commun que le Chacal , dans tous les pays les plus connus des anciens et même en Grèce , ait pu échapper à leurs observations. Il est même à remarquer qu’Aristote dit qu’on en distinguait deux ou trois espèces , d’après la couleur et la quantité des poils ; et en effet c’est un animal qui offre un assez grand nombre de variétés sous ce rapport.
Il faut aussi faire observer qu’Aristote avait remarqué que le Loup et le Renard d’Egypte étaient plus petits qu’en Europe, ce qui a été confirmé , malgré l’opinion de Buffon qui voulait que le Renard d’Égypte d’Aristote fût le Putois.
Aristote attribuait cette différence de taille à la différence dans la quantité de la nourriture : opinion tout à fait physiologique.
Les naturalistes latins, à en juger du moins d’après Pline, ne connurent ou du moins ne distinguèrent dans ce genre que trois des espèces connues d’Aristote , et cela sous des dénominations , Canis , Lupus et V ulpes , tqjites différentes de celles des Grecs, et dont l’étymologie n’est pas évidente.
Quant au Thos d’Aristote, Pline en fait décidément une espèce de Loup ; mais ce qu’il en dit est évidemment copié de l’auteur grec , avec
Chez
les Anciens.
l’exagération de style qui lui est propre. En effet, dans le passage qu’il a consacré à l’histoire des animaux qui changent de couleur , il se borne à contracter dans une parenthèse ce qu’ Aristote en avait dit de descriptif.
soiin. Depuis lors, ce que les auteurs anciens ont écrit sur un animal de ce nom, ne peut guère servir à le faire reconnaître, si ce n’est Solin qui dit que c’est un Loup d’Éthiopie , et qui ajoute qu’il est plus faible et moins courageux que le Loup ordinaire.
Peut-être aussi pourra-t-on trouver les indices de quelques-unes des espèces du genre Canis qui ont été distinguées depuis dans les quatre oppien. espèces de Loup dénommées, et même signalées par Oppien dans son poème de la Chasse :
i° Le L. sagittaire (Z. toxytera ), ayant la tête proportionnellement longue par rapport au corps qui est court, le pelage fauve en dessus, et tout le ventre blanchâtre, étant d’un aspect féroce , vite à la course, et hurlant d’une manière effroyable.
2° Le Z. épervier ( Z . circus), de taille plus grande, plus allongée, de couleur blanche sur les côtés et sur la queue , et l’emportant sur toutes les autres espèces en vitesse. Il vit dans les montagnes, si ce n’est dans l’hiver , où il en descend pour se rapprocher des lieux habités, et n’allant en quête de sa nourriture que dès l’aurore ou au crépuscule.
3° Le L. doré (Z. chryson), nommé ainsi à cause de la couleur brillante de son pelage , qui le rend le plus beau de ce genre d’animaux. Il est, du reste , d’une taille bien supérieure à celle du Loup ; il vit dans les montagnes de la Cilicie, sur les monts Taurus et Amanus; redoutant les chaleurs de la canicule , il se cache pendant toute sa durée dans une caverne. Il a la gueule si forte , si tenace , qu’il brise les pierres les plus dures , et même l’airain et le fer.
Oppien définit encore deux autres espèces de Loup sous le nom commun de Àcmonas , ayant l’une et l’autre le cou court, le dos large, les jambes et les pieds très-poilus , le museau et les yeux petits , avec le pelage hérissé en forme de soies.
HISTOIRE ZOOCLASSIQUE. 4f
L’un a le dos et le ventre plus blanchâtres, le tour des yeux noirâtre ; on le nomme quelquefois Ictinon.
L’autre , de taille plus petite , quoique aussi vigoureux , se distingue par sa couleur noirâtre.
Ils chassent principalement les lapins.
Quoique ces signalements soient insuffisants pour savoir s’ils indiquent des espèces véritablement distinctes, on peut cependant croire que la seconde est quelque chose de particulier qui ne peut être le Chacal , à cause de la grande différence de taille.
Quoi qu’il en soit , le nombre des espèces du genre Cornis resta longtemps borné à celles qui se trouvent communément en Europe.
Comme pour le genre précédent , et sans doute pour la même raison , c’est-à-dire à cause de leur emploi dans le commerce des fourrures, les premières espèces nouvelles furent signalées par les naturalistes du Nord, Olaüs Magnus, Albert le Grand et Agricola. On trouve en effet indiqués dans leurs écrits les Renards que l’on a nommés depuis C. V. isatis, decussatus , etc.
En 1 553 , les voyageurs en Orient, et entre autres Bélon, nous firent enfin connaître d’une manière assez complète le Chacal si commun dans tout l’Orient, ou le C. aureus , et cet auteur fit de l’Hyène un Loup marin.
Du reste les savants compilateurs et observateurs Gesner, Aldrovandi , n’ajoutèrent rien de bien nouveau à la liste des espèces connues. Nous voyons cependant que Jonston , admettant l’erreur de Bélon , considère comme espèce de ce genre l’Hyène, sous le nom de Loup marin , en émettant le doute , avec Gesner, que ce pourrait bien être la véritable Hyène.
Jonston a cependant commencé à parler, d’après Nieremberg, des espèces de Renards de l’Amérique, tels que le R. du Mexique, figuré par ce dernier, et probablement le R. tricolore en confondant avec elles les Moufettes , les Zorilles ou Vulpecula des Espagnols.
Ces espèces ne furent cependant pas reprises par Ray, qui , du reste , dans l’établissement de son Genus caninum , fut plus malheureux que G. Carnassiers. 6
Chez
les Modernes.
Albert Mj, Grand .
Olaüs.
Scaliger.
Aldrovandi.
Gesner.
Nieremberg.
Jonston .
Ray.
pour la plupart des autres, au point que non-seulement les Loutres s’y trouvent avec les Coatis , les Blaireaux , mais encore les Phoques et même les Lamantins; et cependant, dans sa caractéristique, il avait assez convenablement insisté sur le nombre des dents molaires , qu’il porte à tort à six de chaque côté des deux mâchoires, sur l’absence de clavicules , et sur la présence d’un os dans la verge.
Linné. C’est donc encore à Linné que sont dues la réforme et la délinéation convenables de ce genre Canis, en en séparant même la Hyène, qu’il y comprit depuis, dans trois des éditions du S. N., et qui n’en fut définitivement retirée que parBrisson, en 1756.
uuffon Toutefois, le nombre des espèces n’augmenta guère d’une manière
pt Daubenton. un peu stable qu’après la publication des derniers volumes de l’Histoire naturelle de Buffon et de Daubenton , qui eut lieu en 1767. En effet, les zoologistes systématiques y trouvèrent la description et souvent la figure de plusieurs espèces de Renards, de Loups, de Chiens, et cependant, dans la dernière édition du S. N. qui suivit cette publication, le nombre des espèces ne fut porté qu’à huit , en y comprenant les Hyènes.
Pcnnant. Mais il n’en fut pas de même dans le Système des quadrupèdes de
F.rxieben. pennant ? et dans ce]ui des Mammifères d’Erxleben, chez lequel le nombre total des Canis monte à quatorze , sans compter les deux espèces d’Hyène qu’il y range, contre la manière de voir de Pennant, ayant fait entrer les nouvelles espèces de l’Amérique du nord, de Sibérie , d’Afrique et même de l’Inde.
Gmeiîn. En 1 789 , époque de la publication de la i3' édition du S. N., par Gmelin, une quinzième espèce de plus seulement fut inscrite au delà de celles d’Erxleben.
raiias. Depuis ce temps, mais surtout depuis les travaux de Pallas en Asie, zzara. je pennant sur ja zoologie arctique et asiatique, de d’Azzara sur les quadrupèdes du Paraguay; depuis les voyages des naturalistes dans le sud et le sud-est de l’Afrique, dans le continent et dans l’archipel de l’Inde, dans la Nouvelle-Hollande, voyages nombreux et répétés , entrepris dans le but de rechercher les espèces animales, on a vu successivement
HISTOIRE ZOOCLASSIQUE. 43
s’accroître le nombre des espèces de Canis au point que, dans le catalogue de Jean-Baptiste Fischer, il serait de trente-deux sans les Hyènes ; mais J-b. Fischer, comme il y avait un assez bon nombre de doubles emplois, nous l’avons réduit à moins de vingt dans notre Système du règne animal , en comptant même encore plusieurs espèces incomplètement connues, et qui ne sont distinguées que par des noms.
Quoique Gmeliu ait distribué les Canis dans un ordre qui ne parait pas tout à fait arbitraire , ce n’est cependant que dans ces derniers temps que l’on a essayé d’y établir quelques divisions qui ont même été souvent considérées comme génériques.
La première a porté sur les Hyènes, qu’aucun zoologiste ne range g^Hques plus aujourd’hui parmi les Chiens, à l’imitation de Linné d’abord, puis Hyæna et surtout de Brisson.
Puis on a séparé les Renards d’après la considération de la pupille Renard, verticale dans sa contraction, et c’est à M. Desmarest que cette innovation est due.
Le même M. Desmarest , en ayant égard à la grandeur des oreilles et Fennec, à l’acuité des ongles, a encore établi (i8o4) le genre Fennec, formé avec le C. cerdo.
Ensuite sont venus successivement le genre Cynohyœna , établi avec cynohyène. une espèce de l’Inde qui a quatre doigts en avant comme en arrière; puis le G. Megalotis de M. Bennett, d’après la considération du système Megaiotes. dentaire , qui est tout différent de ce qu’il est dans les autres espèces , pour un animal du Cap de Bonne- Espérance , dont nous avons le premier signalé cette singulière particularité , et qui, du reste, a tous les caractères extérieurs et ostéologiques des Canis.
Enfin l’absence de la dernière arrière-molaire à la mâchoire inférieure , qui se remarque dans une espèce des sous-Himalayas , le C. primœvus de M. Hogdson a servi à en former aussi une section distincte, comme M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire a cru devoir en former une sous la dénomination de Protèles avec la Civette hyénoïde de Proteies.
M. G. Cuvier, qui n'a réellement aucuns caractères de la Civette, et
dont le système dentaire est si anomal dans la partie molaire , que ce dernier a pu dire que ce n étaient que des dents de lait petites et usées, et qu’il ne doutait pas que dans leur état normal elles ne ressemblassent à celles des Civettes , présomption que l’observation n’a nullement vérifiée.
Quant à la position du genre Canïs dans la série des Carnassiers , on peut concevoir combien elle a dû varier suivant que le principe (le leur distribution était tiré du système dentaire ou du système digital.
Art. 8. — Des Carnassiers du G. Hyama (Brisson).
Les Hyènes que nous venons de voir avoir été longtemps confondues dans le genre Canis, dont elles diffèrent cependant par un grand nombre de caractères tant extérieurs qu’intérieurs, et même par Linné , dans sa manière large de systématiser l’ensemble des êtres créés , sont des animaux dont l’histoire nous est parvenue, composée de beaucoup plus de faussetés que de vérités , non -seulement dans leur histoire naturelle , mais encore dans celle de leur organisation , quoique la plupart de ces faits faux reposassent sur quelque chose de spécieux.
Chez les naturalistes anciens , qui ne connurent guèré ce que plus tard on a nommé les rapports naturels des êtres et la partie systématique de la science , les Hyènes , dont le nom , grec d’origine et sans étymologie connue , nous est parvenu tel que les Latins l’avaient accepté , étaient considérées en elles-mêmes ; et il paraît en outre qu’ils avaient distingué de bonne heure les deux espèces vivantes que nous connaissons aujourd’hui. Seulement, quoique Aristote , dans sa manière sévère d’envisager la zoologie , ait rejeté l’opinion des deux sexes attribués à chacun de ces animaux , en montrant quelle n’est fondée que sur une apparence , il n’en dit que fort peu de chose ; cependant ce qu’il en dit , la grandeur et la couleur du Loup , le poil plus épais et une crinière qui se prolonge dans toute la longueur du dos , ne permet pas de douter que l’animal auquel nous donnons le nom d’Hyène, ne
HISTOIRE ZOOCLASSIQUE.
soit bien le même qu Aristote a nommé ainsi , et quelquefois Glaucus.
On doit tirer la même conclusion de ce qu’en a dit Pline , puisqu’il H‘»e. se borne, comme de coutume, à traduire à sa manière les passages d’Aristote, en y joignant, il est vrai, tous les faits apocryphes de l’histoire de cet animal, qu’Élien augmenta notablement; on peut même dire qu’ils existent encore pour la plupart aujourd’hui chez les Élien Arabes , et dans l’Orient où ils sont nés peut-être , et d’où ils sont passés chez les médecins de cette nation , et par suite ne se sont pas amoindris en arrivant jusqu’à nous.
Oppien , comme le fait justement observer M. G. Cuvier, avait Ce- Oppien. pendant ajouté ce dernier trait à la description d’Aristote , des lignes transverses noires ; mais on ne pouvait encore discuter convenablement tous ces renseignements ; aussi , dans les écrits des naturalistes d’avant la renaissance, époque à laquelle le merveilleux était justement ce que l’on recueillait et l’on admettait plus aisément , comme dans ceux d’Albert le Grand , de Vincent de Beauvais , de Thomas de Cantorbéry , l’on conçoit que ces fables , puisées dans les auteurs arabes , durent encore plutôt augmenter que diminuer, et c’est en effet ce qui eut lieu.
Cependant Bélon , qui avait obtenu, sans dire par quelle voie, une Bèlon> description et une figure passables de l’Hyène rayée, d’après un animal qui avait sans doute vécu en Angleterre ( car il dit dans sa description : cicurem cUiï- vixisse aiunt , et plus haut , in Oceani Britannici litlore aliquando conspectum ), ne la reconnut pas pour la véritable Hyène des anciens ; il lui donna même le nom de Lupus aquaticus , en traita dans son Livre des Aquatiles , publié en 1 553 , et décrivit, sous le nom de Hyène des anciens , la Civette, comme nous l’avons vu plus haut, trompé par la poche au musc, qui comme dans l’Hyène se trouve dans les deux sexes , mais autrement placée , ainsi qu’il aurait pu le voir dans la description d’Aristote.
Gesner lui-même , qui souvent a réussi à établir des rapprochements G- Gesner, fort difficiles avec une rare sagacité , après avoir montré que la prétendue Hyène de Bélon netait pas celle des anciens, mais bien la Civette,
Bubesque , 16.13.
Charleton.
Ray,
Kœmpfer.
n’avait pas reconnu que le Lupus aquaticus de celui-ci , dont il se borne à copier la figure et la description , était la véritable Hyène, dont il donnait cependant lui-même une figure originale assez passable, tirée d’un manuscrit d’Oppien ; mais, il est vrai , de l’espèce à taches rondes et sans crinière. On doit même faire remarquer, avec Ray, que Gesner ayant introduit, on ne sait trop comment, la figure et la description d’un Papion à la fin de son article sur l’Hyène , est persuadé que celui-là est le même animal que celle-ci , parce que Léon l’Africain , dans sa Description de l’Afrique , Ley de, i632, t. Il, pag. 756 , dit que les Arabes donnent le nom de Dabuh à ce Singe , et qu’Avicenne attribue à son Dabha tout ce que les anciens ont dit de l’Hyène; mais en vérité, puisque Léon l’Africain dit expressément que son Dabuh a les pieds et les jambes comme l’homme, ce que la figure et la description qui avaient été envoyées d’Allemagne à Gesner montrent d’une manière évidente , il est étonnant que celui-ci n’en soit pas revenu à sa première idée , que c’était un Arctopithèque.
Bubesque, ambassadeur de l’empereur Maximilien auprès de Soliman 11 , empereur des Turcs , ayant également eu l’occasion d’observer une Hyène vivante dans ses voyages , en donna une description dans ses lettres publiées en 1 633 ; cependant à peine si Charleton indiqua ce genre de quadrupèdes sous le nom de Dabuh des Arabes, en reconnaissant avec Gesner que c’était probablement l’Hyène des anciens ; et Ray, à la fin du dix-septième siècle encore moins , puisqu’il n’osa pas l’introduire dans son Synopsis quadrupedum , se bornant à dire , p. 1 58 , à l’article du Papio, que Gesner avait prétendu que c’était la Hyène des anciens, quadrupède sur lequel , ajoute-t-il , nous n’avons que des fables qui peuvent si peu convenir à un animal quelconque , que l’on pourrait croire que l’Hyène, telle que les anciens l’avaient décrite, n’existait pas in naturâ rerum , à moins que ce ne fût le Blaireau.
C’est peut-être cette dernière phrase de Ray qui aura porté Kœmpfer, dans ses Amœnilates exoticœ , à proposer en effet défaire de l’Hyène un Blaireau, sous le nom de Taxus porcinus ; toutefois, en la rapportant
HISTOIRE ZOOCLASSIQUE.
justement à l’Hyène des anciens, et même en la caractérisant fort bien d’après le nombre des doigts , également de quatre en avant comme en arrière.
Russell , dans son Histoire naturelle d'Alep , rectifia aussi plusieurs Russei. faits de l’histoire naturelle de l’Hyène, comme l’inflexibilité de son cou.
Cependant Linné n’adopta pas la manière de voir de Kœmpfer , et Linné, il fut plus heureux en en faisant une espèce de son genre Canis ; rapprochement que Scaliger avait admis près de 200 ans auparavant , et qu’imita Hill , zoologiste anglais ; mais Brisson le fut encore davantage en Brisson. en formant un genre distinct dès 1756, quoique dans la synonymie il y ait à tort placé le Glouton , alors mal connu, dont l’histoire était encore très-fabuleuse , et qu’il l’ait caractérisé par 4-5 digitis , combinaison qui n’existe à ma connaissance dans aucun mammifère, si ce n’est chez quelques Primatès par anomalie.
Enfin, quoique Linné, malgré l’excellente description donnée par Bufton
11 0 .et Daubenlon.
Buffon et par Daubenton, ne crût pas devoir changer sa première manière de voir, Pennant , en 1 772 , confirma non-seulement ce genre tel qu’il a été adopté par tous les zoologistes , en le caractérisant exactement , mais en distinguant les deux seules espèces récentes qui le constituent.
Depuis lors ce genre a été constamment admis , et d’autant plus aisément défini , que l’on a fait entrer dans sa caractéristique le nombre et la forme des dents molaires, qui sont en effet tout à fait propres à ce gronpe de Mammifères. Seulement les Méthodictes ont varié pour la position dans la série, suivant qu’ils donnaient la préférence à la considération du système dentaire ou à celle du système digital , et à l’élévation du tarse sur le sol.