CHAPITRE DEUXIÈME
ODONTOGRAPHIE.
Letude du système dentaire des Felis a été le sujet de descriptions et même de figures assez complètes ; mais ce n’est guère que dans ces derniers temps que l’on en a senti l’importance d’une manière un peu absolue. En effet, Daubenlon, Schreber, etc., n’en avaient guère donné que le nombre ; le premier ayant cependant signalé l’absence de la première molaire d’en haut chez le Lynx ; mais ce sont les paléontologistes , et surtout M. G. Cuvier , qui ont le plus insisté sur leurs formes et leurs proportions, en y joignant de bonnes figures : ce qu’a fait également M. F. Cuvier, son frère, d’une manière encore plus détaillée, par suite de ses principes sur la classification des Mammifères ; d’abord dans un mémoire particulier, Annales du Muséum , tome X, p. 1 1 7, avec figures seulement de la couronne ; puis, en 1 82 5, dans son ouvrage spécial sur les dents des Mammifères , en un volume, avec des figures lithographiées; et ce que j’avais fait moi-même dans le grand article sur les Dents , qui fait partie de la seconde édition du nouveau Dictionnaire d’histoire naturelle, en 1817.
C’est également M. G. Cuvier qui a commencé à montrer les différences que le système dentaire des Felis présente dans le premier âge et celles qu’offrent certaines espèces, et entre autres le Guépard; mais ni lui, ni son frère, n’ont encore envisagé le sujet d’une manière complète en portant une attention suffisante sur la signification même des dents, sur les racines et sur les nuances différentielles de la tuberculeuse supérieure , et encore moins sur les limites de variations dont chacune de ces dents est susceptible, point important cependant, puisque la plupart des paléontologistes ont appuyé la distinction des espèces fossiles qu’ils ont établies presque exclusivement sur ra grandeur de chacune de ces dents , comme nous le verrons plus loin.
Du Système dentaire.
Historique¬
ment.
Nombré
Figuré.
Comparé.
Appliqué à la Paléontologie.
En général.
En particulier. Incisives.
Leor
disposition.
Leur nombre.
Du Lion, F. Léo , pris comme type Canines.
Inférieures.
Supérieures.
Molaires Leur nombre.
Leur
agencement
Nous avons déjà eu l’occasion de faire observer que dans le genre Felis le système dentaire est parvenu au summum de la disposition carnassière , aussi bien dans la forme que dans le nombre , même dans la disposition particulière et réciproque des dents qui le constituent.
Sous ce dernier rapport, les incisives sont disposées de la manière la plus serrée et la plus rectiligne possible; et comme, en outre, elles sont toujours fort petites , au contraire des canines , il en résulte que ces animaux peuvent difficilement se servir des incisives pour ronger un os à la manière des Chiens.
Leur nombre est. du reste, le même que dans tous les Carnassiers, normaux : six en trois paires parfaitement rangées en haut comme en bas : l’externe toujours un peu plus forte que les deux autres, dont l’interne est la plus petite, avec le bord tranchant de la couronne indivis et pourvu en arrière d’un talon d’arrêt supérieurement et inégalement bilobé inférieurement.
Telle est en particulier la configuration des incisives dans le Lion que nous décrivons d’abord comme étant l’animal qui nous a servi de type.
Les canines du Lion sont, au contraire, remarquables par leur force et leur forme : celles d’en bas croisant d’une manière très-serrée celles d’en haut, et leur racine étant au moins aussi longue que leur couronne, qui est toujours un peu plus plate dans leur tiers interne qu’aux deux externes , avec une carène plus ou moins marquée , surtout en arrière, séparant ces deux parties creusées l’urie et l’autre de deux cannelures verticales plus profondes en dehors qu’en dedans. La supérieure, du reste, diffère toujours de l’inférieure, parce quelle est en général un peu plus comprimée, un peu plus longue, plus régulièrement arquée que l’inférieure , au contraire un peu plus courte , plus conique, plus en crochet, et souvent unisillonnée au côté externe.
Les molaires , qui ne sont qu’au nombre de quatre en haut et de trois en bas, ce qui est le minimum dans les Mammifères carnassiers, un seul Muslela excepté, sont disposées de manière que toutes se croisent, les postérieures ou mieux les carnassières, surtout, de dehors en dedans,
ODONTOGRAPHIE.
l’inférieure se plaçant en dedans de la supérieure, et alors étant entièrement cachée par elle. Quant à la dernière molaire supérieure , elle est tout à fait transverse et vide, ou ne correspond à rien, la dernière molaire d’en bas n’ayant pas de talon. Des quatre molaires supérieures il y a une avant-molaire , une principale et deux arrièremolaires.
L’avant-molaire, fort petite proportionnellement, à une seule racine, à couronne simple, presque mousse , occupe environ le milieu de l’espace qui sépare la canine de la principale ou seconde molaire.
Celle-ci , bien plus grande et de forme triangulaire et subtriquètre à sa couronne, avec le sommet submédian et peu pointu, est pourvue en avant et un peu en dedans d’un tubercule basilaire peu marqué , et de deux en arrière , dont l’un , le postérieur, est une sorte de talon.
La troisième molaire supérieure du Lion , comme chez tous les autres Felis, est de beaucoup plus grosse et tout à fait caractéristique. On trouve en effet quelle est formée d’une pointe submédiane tranchante , ayant à sa base antérieure un lobe conique renforcé en dedans par un talon tout à fait antérieur et bien détaché , quoique arrondi et lié par une carène obtuse au lobe médian , et en arrière , un lobe bien plus étendu , tranchant et subbilobé , s’écartant en une sorte d’aile postérieure.
Enfin la quatrième , la plus petite des quatre , est entièrement tuberculeuse ou plate , disposée transversalement et faisant ainsi un angle droit avec la précédente , par laquelle elle est plus ou moins cachée. Sa couronne est du reste subbilobée, le lobe externe un peu plus large que l’interne.
Les trois dents de la mâchoire inférieure sont une principale et deux arrière -mo laires.
La principale , qui suivrait la troisième avant-molaire des Carnassiers qui en ont trois, mais qui, ici, est immédiatement après une barre assez marquée , est un peu , comme celle d’en haut , triangulaire, comprimée , avec un talon basilaire en avant comme en arrière de sa partie moyenne,
Molaires
supérieures.
Avant-
Molaire.
Principale.
Première
Arrière-
Molaire
(Carnassière
supérieure).
Molaire , transverse.
Molaires
inférieures.
Principale.
Première
Arrière-
Molaire.
seconde
Arrière-
Molaire
(Carnassière
inférieure)-
Des diverses races de Lions.
Limites de Variation .
assez élevée , le postérieur un peu plus grand et avec tendance à se bilober.
La première arrière -molaire a absolument la même forme; seulement elle est plus grande , et la division du talon postérieur est plus prononcée.
La seconde arrière-molaire est , comme la première d’en haut , caractéristique du genre Felis ; elle est très-comprimée ou très-mince, assez élevée et formée presque exclusivement de deux lobes tranchants, nettement séparés par une échancrure plus ou moins profonde ; le postérieur un peu plus large que l’antérieur, sans presque aucune trace de talon ou d’arrêt à son bord postérieur. Cette dent est toujours fort serrée contre la précédente , au point quelquefois de la dépasser en dedans d’une manière assez marquée.
Je n’ai pu , à défaut de renseignements suffisants sur le sexe et l’origine des individus dont nous possédons la tête , rattacher les différences que j’ai pu reconnaître dans le système dentaire du Lion , à quelque particularité de race ou d’autre sorte ; mais , comme on pourra le voir dans le tableau , elles se sont cependant montrées assez considérables, dans le diamètre de chaque dent , en rapport avec la longueur totale de la tête , mesurée du bord postérieur du basilaire occipital au bord antérieur du prémaxillaire , pour mériter d’être mentionnées.
D’après l’examen de dix têtes osseuses pourvues de leurs dents molaires, les seules importantes à considérer, et qui m’ont offert une différence de o,o85 ou de près d’un quart, j’ai trouvé comme résultats :