‹ Osteographie, ou, Description iconographique comparee du squelette et du systeme dentaire des mammiferes recents et fossiles pour servir de base a la zoologie et a la geologieChapitre 13 sur 171 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

DES PRINCIPES DE CLASSIFICATION DES MAMMIFERES DU GROUPE DES CARNASSIERS.

Quoique presque de tout temps les Mammifères Carnassiers aient été rapprochés à peu près de la même manière , sauf pour la petite famille des Phoques, qui en était souvent éloignée, par suite de la considération du séjour ou des modifications de l’organisme qu’il détermine ; cependant cette réunion a été plutôt déterminée par instinct que par suite de principes ; aussi les zoologistes qui ont eu le plus de prétentions à la méthode naturelle se sont-ils fort peu occupés de l’ordre dans lequel ces genres et les espèces doivent être rangés.

Nous avons déjà fait remarquer comment ce groupe était formé dans la méthode de Storr, suivie par G. Cuvier, des Chéiroptères et des Insectivores, que l’on pourrait très-bien en séparer, comme l’ont fait plusieurs zoologistes : nous en avons donné la raison.

Quant aux Phoques, qui entraînent nécessairement avec eux les Morses ou Trichechus , réduits aux espèces de ce genre qui sont carnassières, Linné est peut-être le seul mammalogiste qui les ait constamment rangés dans ce groupe, depuis la première édition du S. N. en 1735, jusqu’à la dernière en 1766. Tous les autres zoologistes en ont fait un ordre distinct , qu’ils ont intercalé aux autres ordres , comme Brisson , ou qu ils ont placés tout à la fin sous le nom d’ Amphibies, supposant quils formaient le passage aux Cétacés par lesquels tous finissaient, comme Pennant, Blumenbach, G. Cuvier dans ses premiers ouvrages.

Quant au reste des Carnassiers, Storr avait eu l’idée, assez heureuse du reste, avant la découverte des Viverras à plante courte et nue, de les partager nettement en deux familles, sous les noms de Plantigrades et de Digitigrades , qui ont été longtemps adoptées, entre autres par

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G. Cuvier; mais depuis l’introduction, utile sous d’autres points, de la considération du système des dents molaires en rapport avec le degré de carnivorité, poussée à l’extrême par M. F. Cuvier, son frère a fini par bouleverser en grande partie ce qu’il avait fait d’abord. Ainsi tout en conservant la division des Plantigrades et des Digitigrades, parmi ceux-ci se trouvent les Paradoxures , qui sont aussi plantigrades au moins que les Coatis, avec les Loutres, qui ont les pieds palmigrades.

Quant à nous, nous avons toujours à nous occuper de la position du sous-ordre, de la disposition et de la distinction des espèces et de leur groupement en genres et sous-genres.

Prenant en première considération les extrémités, dans leur applica- D'après la lion sur le sol, ainsi que dans leur division en cinq doigts, dont le pouce est plus ou moins marqué, ce qui entraîne la forme des ongles plus ou moins en sabots, caractère qui, en se prononçant en moins, indique un éloignement plus grand de l’homme notre mesure, on peut voir pourquoi ce sous-ordre est après les Insectivores , en prenant le point de comparaison, comme cela doit être, avec les espèces normales qui sont encore claviculées , et comment il doit finir les Secundatès, puisque les dernières espèces n’ont que quatre doigts et sont essentiellement quadrupèdes digitigrades.

On peut aussi trouver un indice de disposition sériale des Carnassiers des Oreilles, dans la longueur proportionnelle des oreilles , qui , sauf l’exception des Loutres, s’accroissent presque régulièrement des Ours aux Hyènes.

Dès lors, on voit que l’ordre ou la disposition des espèces doit être Doù de celles qui sont les plus palmi et plantigrades, les plus quinquedigitées à générale celles qui le sont moins , ce qui place les Phoques à la tête des Carnassiers ; des Genreset, en effet, quoiqu’ils forment réellement un groupe anomal, pour cher- 10 pl,oques' cher et poursuivre leur nourriture dans l’eau, ce qui est, au fond , assez peu important dans notre manière de voir , ce sont certainement les espèces les plus intelligentes, les plus élevées et aussi les plus essentiellement palmi et plantigrades

Viennent ensuite les Ours, dont les rapports avec les Phoques ont été 20 ours.

G. Carnassiers. 7

sentis de tout temps, et même par Aristote, quand il a dit que les Phoques ont des pieds semblables à des mains, comme les Ours, et qui comme eux ont, en effet, la queue courte, la tête forte dans sa portion céphalique, les cinq doigts sub-égaux , les mains et les pieds largement et tout entiers appuyés sur le sol.

3° retits-ours. Les Petits-Ours, que l’on peut désigner sousle nom commun d eSubursus alin d’abréger, et qui étaient en effet des Ours pour Linné, conservent encore une partie de ces caractères dans leur forme lourde, ramassée, dans leur marche plantigrade, le peu d’élévation et la nudité du tarse, la sub-égalité des cinq doigts aux deux pieds, et la grande facilité à s’engraisser et à s’engourdir pendant l’hiver, du moins pour les espèces un peu septentrionales.

4" Musieias. Les mêmes raisons déterminent la place des Mustelas de Linné immédiatement après les Petits-Ours , puisque tous ont encore cinq doigts presque égaux, qu’ils sont au moins sub- plantigrades , du moins dans les premières espèces ; que leur système de coloration est uniforme , ou au pl us bicolore; que leur intestin est entièrement dépourvu de cæcum, et que l’humérus est percé d’un canal pour le passage du nerf médian.

y y i verras. Après eux , les Viverras viennent nécessairement, quand on les con¬

sidère dans la série entière qu’ils forment , et quoique les premières espèces soient encore plantigrades, parce que les dernières, deviennent en effet de plus en plus Felis à mesure que des Mangoustes , qui sont à la tête , on passe par des nuances presque insensibles jusqu’aux Genettes , qui sont presque des Chats.

Dans ce genre commence l’existence d’un cæcum qui deviendra de plus en plus développé à mesure que nous descendrons.

6» Felis. Le genre Felis se place ensuite par les mêmes raisons que nous venons de donner. En effet, dans ce genre, le tarse s’élève d’une manière déjà assez forte, et n’est jamais nu ; le pouce ne manque pas en avant, mais il remonte et se rapetisse sensiblement , et il manque complètement en arrière; le cæcum est encore court, quoique bien marqué; il y a un canal au condyle interne de l’humérus. En outre, ce genre offre des carac-

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tères qui lui sont propres dans le système dentaire , dans la brièveté des mâchoires , et la disposition des phalanges onguéales.

Les Canis deviennent encore plus digitigrades , le tarse s’élève encore plus, les ongles sont plus obtus, appuyant sur le sol; le cæcum est plus long; l’humérus n’a pas de canal au condyle interne de l’humérus; la poitrine est plus comprimée , et l’animal devient plus essentiellement quadrupède.

Enfin , tous ces caractères se prononcent encore plus dans les Hyènes , par lesquelles se termine le sous-ordre , et qui n’ont plus en effet que quatre doigts aux quatre membres , le pouce ayant totalement disparu ; dont les tarses sont encore plus élevés, les doigts proportionnellement plus courts, les ongles plus obtus, le cæcum plus long, et qui joignent à cela un assez bon nombre de caractères qui leur sont propres dans le système dentaire , dans l’appareil crypteux anal , ainsi que dans le nombre des vertèbres costales et des côtes.

La disposition et la distribution des espèces dans chacun de ces grands genres se déduisent absolument des mêmes principes ; seulement , comme chacun d’eux en contient un nombre souvent très-différent, ces espèces pourront présenter des différences plus ou moins grandes, surtout dans la partie molaire du système dentaire, et c’est sur quoi reposent les subdivisions génériques qui ont été établies en assez grand nombre dans ces derniers temps. Voyons, pour chaque genre, sur quoi la classification des espèces et leur distinction doivent reposer.

.a Disposition et la Distinc-

i° Dans les Phoques.

Toutes les espèces de ce genre offrent une similitude parfaite dans D’après té nombre des parties qui les constituent , soit a 1 inteneur, soit a 1 exte- tés du rieur ; ainsi le nombre des vertèbres troncales est de vingt , dont Squelette, quinze costifères , et de neuf sternèbres, dont un manubrium très-long, aigu, et un appendice xiphoïde également long et largement spatulé.

de la Tête.

des Doigts.

des Dents.

Incisives :

supérieures.

inférieures.

Canines.

Mais il n’en est pas tout à fait de même dans la forme des parties du squelette, et surtout de celles de la tête; les os du nez, les palatins antérieurs , et par conséquent la figure des orifices qu’ils contribuent à former, les os mastoïdiens peuvent fournir d’excellents caractères pour grouper les espèces de ce genre. Malheureusement ils sont anatomiques, et par conséquent d’un emploi assez difficile.

Le nombre des doigts étant toujours le même, cinq en avant comme en arrière, il faut avoir recours à la proportion qui varie un peu, mais qui ne peut guère être appréciée que dans le squelette.

Il n’y a que pour les dents et même pour les incisives que le nombre varie , sans être jamais celui des véritables Carnassiers , c’est-à-dire trois paires en haut comme en bas. Elles varient également sous le rapport de la forme , ce qui est encore plus marqué pour les dents molaires ; et c’est sur la considération de ces différences que j’ai le premier établi un certain nombre de sections parmi les espèces de Phoques, sections qui ont été considérées comme autant de genres par 31. F. Cuvier, mais dont deux ou tout au plus trois, étant en rapport avec d’autres caractères, méritent detre conservées; ce sont les Phoques à oreilles, ou Otiphoques, pourvus en effet de petites auricules extérieures , et les Phoques à défense (Oplophoques ) ou Morses, qui diffèrent des autres Phoques sans oreilles par un système dentaire particulier, mais véritablement anomal.

La considération de ce système est donc très-importante.

Les incisives, au nombre de i — 2 — 3 paires en haut, peuvent être à pointe simple comme dans les Phoques sans oreilles , ou presque bifurquées transversalement pour l’appui des inférieures, comme chez les Phoques à oreilles.

Les incisives inférieures varient également de 1—2 paires, et quelquefois même il n’y en a pas du tout comme dans le Morse à la mâchoire inférieure, du moins dans l’état adulte.

Les canines, toujours très-fortes et se croisant, comme à l’ordinaire , ne manquent jamais, si ce n’est les inférieures, chez le 31orse, où

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les supérieures au contraire se développent en grandes défenses verti¬

cales.

Les molaires varient de nombre et de forme; elles sont cependant le plus souvent simples aussi bien dans leurs racines qua leurs couronnes ; mais aussi il arrive que la racine se bifurque , et que la couronne , toujours aplatie , se trilobé . le lobe médian toujours plus grand que les latéraux.

La considération des membres est bien moins importante; cependant les Phoques à oreilles présentent, surtout aux pieds de derrière, une disposition singulière consistant en ce que les ongles , toujours fort petits , n’existent qu’aux trois doigts médians , et que les doigts sont plus ou moins dépassés par des lanières , prolongement des membranes interdigitales. Chez les Phoques ordinaires, la longueur et la proportion des ongles ne sont pas sans importance pour caractériser les espèces.

Nous avons déjà fait remarquer que la considération de l’existence ou de l’absence d’oreilles marche très-bien avec des particularités concomitantes dans les nageoires postérieures et dans les dents incisives.

La forme des moustaches simples ou comme annelées n’est pas non plus à négliger.

Quant au système de coloration , il offre des variations sans nombre, suivant lage, le sexe et même la saison ; en sorte qu’il faut s’en servir avec beaucoup de prudence dans la distinction des espèces de Phoques. En général l’animal a sa robe d’autant plus foncée qu’il est plus jeune ; en effet, à l’état de fœtus il est souvent entièrement noir, tandis que vieux il est presque tout blanc.

Les variations du système dentaire , suivant lage , sont moins grandes même que chez les autres Carnassiers ; cependant on remarque qu’il peut arriver, dans les Phoques à oreilles du moins, qu’une paire d’incisives de lait reste quelque temps avec celles de remplacement, de manière à fournir un caractère accidentel.

Quant à l’ordre à donner à ces espèces, c’est celui dans lequel, commençant par les plus anomales , on finit par celles qui le sont le moins, ce

des Membres.

de l'Oreille externe.

des Vibrissæ.

Du Système de coloration.

Ordre

des Espèces.

qui place les Morses à la tête, et les Otiphoques à la fin; rangeant intermédiairement, et suivant l’augmentation des dents incisives , les Phoques qui en ont deux en haut et une en bas, comme le Phoque à trompe, puis ceux qui en ont deux en haut et en bas, tels que le P. monachus , et enfin ceux qui en ont trois en haut et deux en bas , tels que les P. vitulina , barbota , etc., nombre qui se retrouve aussi dans tous les Otiphoques qui terminent, et qui en effet ont reçu assez généralement le nom d’Ours marin.

2° Dans les Ours proprement dits.

D'après la considération du Squelette.

Des Parties externes.

A la Tête.

Du Pelage.

De la Queue.

En admettant la circonscription actuelle de ce genre , et non celle de Linné , on reconnaît aisément que les espèces assez peu nombreuses qui le constituent ayant absolument la même organisation dans les systèmes sensorial, locomoteur et viscéral, la distinction des espèces semble plus difficile , aussi bien que leur disposition sériale.

On trouve en effet dans le squelette de toutes les espèces d’Ours, sauf une cependant, comme on le verra dans l’ostéographie de ce genre, absolument le même nombre de pièces ou d’os, semblablement disposées et avec une forme et des proportions fort semblables, à l’exception des différences qui peuvent dépendre de l’âge, du sexe, ou même être individuelles.

En examinant les parties externes de l’organisation des Ours, on trouve qu’ils ont tous le museau plus ou moins allongé, avec les narines terminales dans une sorte de mufle, comme les Chiens; que les yeux sont fort petits, les oreilles assez courtes, droites et arrondies; la gueule très-fendue; les moustaches ou vibrissœ peu prononcées, et, au contraire, le pelage touffu, plus ou moins hérissé, composé de poils longs, lanugineux à la base, plus ou moins lisses au sommet, devenant plus nombreux et plus hérissés en hiver, plus lisses et plus couchés en été.

La queue des Ours est toujours très-courte et cachée dans les poils.

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Les mains et les pieds sont constamment larges , entièrement nus et appliqués sur le sol.

Les doigts qui les terminent , toujours au nombre de cinq sur la même ligne, presque égaux, très-courts, sont au contraire terminés par des ongles fort longs, robustes, aigus, plus ou moins comprimés, toujours fouisseurs, mais à des degrés différents.

Les mamelles paraissent un peu varier en nombre, puisque dans certaines espèces elles sont au nombre de six en trois paires, deux thoraciques et une abdominale , tandis que dans la plupart il n’y en a que deux paires seulement et entièrement thoraciques, comme on dit que cela a lieu pour l’Ours blanc.

Le système de coloration étant toujours à peu près uniforme , on ne peut guère en tirer de caractères un peu importants. Je dois cependant faire observer que dans certaines espèces dans le jeune âge , et dans d’autres pendant toute la vie, on remarque que la partie inférieure du cou ou de la poitrine est blanche, ou du moins de couleur plus claire que le reste.

Quant à la couleur elle-même, si certaines espèces sont communément noires, tandis que d’autres sont brunes, fauves ou blanches, il faut remarquer que, dans ce genre plus que dans tout autre, à cause de ses habitudes alpines, les poils qui sont brun foncé ou presque noirs dans lage de la force, et lorsqu’ils viennent d’être renouvelés, perdent peu à peu cette couleur foncée , pour roussir, jaunir et blanchir de plus en plus , à mesure que l’animal devient plus âgé, que le poil devient luimême plus vieux, et que la saison hivernale est plus intense.

La grandeur proportionnelle des parties, presque toujours la même , ne peut fournir de caractères spécifiques de quelque valeur.

La grandeur totale, ou la taille, en offre peut-être encore moins, quoique les paléontologistes aient fortement insisté sur ce point, dans le but de distinguer plusieurs espèces fossiles. En effet, on sait par les principes généraux de la physiologie , que les limites de variation en plus ou en moins chez les animaux sont assez considérables, suivant quelesindi-

Des Doigts.

Des Ongles.

Des Mamelles.

Du Système de coloration.

De la Couleur.

De la Taille.

g Des Causes qui la font

Nourriture.

Repos.

D’où

les Races.

Agissant :

le Squelette.

par

suite de l'Age.

56 CARNASSIERS; ÜRSVS.

vidus se sont trouvés dans des circonstances plus ou moins favorables , non-seulement de nourriture, mais encore de calme et de repos, qui leur ont permis de profiter de leur alimentation , et de pousser leur carrière plus ou moins loin. Et comme la continuité de circonstances favorables ou défavorables, après avoir commencé son action sur des individus, finit par la prolonger sur leur progéniture, on voit aisément, comment dans certains temps, dans certaines localités , telle ou telle modification obtenue pourra se perpétuer, tant que les circonstances resteront les mêmes ; d’où résulteront des variétés constantes , ou des races qui n’arriveront cependant jamais à être des espèces, ces races étant susceptibles de remonter au type primitif, par le croisement avec des individus non modifiés, ou par la suppression ou le changement de telle ou telle des circonstances modificatrices.

Or, l’action de ces circonstances ne se borne pas au pelage plus ou moins abondant, plus ou moins laineux , plus ou moins coloré , mais porte aussi sur le système locomoteur et, par suite, sur ceux de la nutrition et de la génération.

Les variations qui affectent les appareils de ces deux grandes fonctions ne devenant que très- difficilement appréciables et ne pouvant servir à caractériser les espèces , nous nous bornerons à parler de celles qui portent sur le squelette, parce qu’en effet ce sont les seules qui aient présenté des différences assez grandes pour quelles aient pu être regardées comme spécifiques.

Nous noterons d’abord les différences qui tiennent à lage et qui, quoique les plus faciles de toutes à apprécier, ne l’ont peut-être pas été tout à fait encore assez par les ostéographes.

Je ne parle pas seulement de la mollesse des os, de la séparation de leurs épiphyses, des sutures non effacées , du peu de saillie des apophyses , des crêtes, des rugosités d’insertion, et, au contraire, du peu d’enfoncement des impressions, des échancrures , des cavités , des fosses d’insertion , ou des gouttières ou trous de passage : tous les anatomistes savent en effet que, suivant l’âge, la différence peut être fort considérable sous

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tous ces rapports ; mais il en existe aussi dans la proportion des os qui entrent dans la composition du squelette, et qui n’est certainement pas la même à tous les âges ; en sorte que , de la mesure d’un os long pris dans le squelette d’un jeune animal, conclure à la grandeur totale du squelette ou à celle de quelques autres de ses parties, c’est risquer de donner une conclusion erronée. En effet, nous nous bornerons à faire remarquer que toutes les parties de la charpente osseuse ne se développent pas à la fois ni du même pas, et que toutes augmentent encore en épaisseur, lorsque l’augmentation en longueur est déjà terminée.

Ainsi dans chaque os, les apophyses deviennent plus longues, plus grosses et plus rugueuses; les crêtes plus élevées, plus étendues en longueur, proportionnellement à celle de l’os , descendant plus bas , remontant plus haut; les rugosités d’insertion plus prononcées , plus saillantes et plus inégales ; les angles ou carènes plus aigus, d’où les os plus polygones et souvent même comme tordus et plus épais , ou proportionnellement plus courts.

Les variations dépendantes du sexe ne sont pas moins à prendre en du sexe, considération , aussi bien dans les os des Ours que dans ceux des autres Carnassiers, et meme que dans tous les Mammifères ; et ces différences ne portent pas seulement sur la grandeur totale, sur plus de gracilité de toutes les pièces du squelette chez les femelles que chez les mâles, sur moins de développement des apophyses et des crêtes d’insertion , etc. ; mais encore, et plus essentiellement, sur tout le bassin en totalité, dont les détroits sont proportionnellement plus larges et plus ouverts dans les femelles, sur le crâne considéré en totalité, et qui dans celles-ci est plus petit, plus allongé, plus étroit, moins renflé au front, moins élargi en arrière, avec les fosses temporales moins larges et moins profondes, les apophyses orbitaires frontales oujugales moins saillantes, les arcades zygomatiques moins larges et moins arquées , la crête occipitale moins élevée et moins épaisse.

En sorte que joignant à ces nombreuses différences dage et de sexe dermdividuacellesqui sont individuelles , il est aisé de voir à quel degré elles peuvent ,lte'

G Carnassiers. 8

s’étendre . et par conséquent combien les mesures rigoureuses de longueur, de largeur, des angles interceptés par certains points, sont insignifiantes ou même décevantes , et peuvent conduire à l’erreur.

Mais ces mesures seraient encore bien plus fallacieuses, si l’on pouvait considérer comme spécifiques les différences individuelles. En effet, en prenant pour point de départ ce que nous apprend l’ostéologie de l’homme et celle des animaux dont nous pouvons avoir à la fois un grand nombre de squelettes à comparer , il sera aisé de s’assurer que pas deux individus d’une même race, c’est-à-dire d’une même espèce propagée depuis longtemps dans un ensemble de circonstances semblables , ne se ressemblent jamais assez , quoique de même âge et de même sexe, pour qu’on ne puisse trouver entre eux des différences fort saisissables et susceptibles detre exprimées surtout par des mesures linéaires et angulaires.

Dès lors comment admettre que des différences de cette nature , tirées de l’ostéologie, puissent servir à l’établissement des espèces, quand les limites de variation n’ont pu être appréciées et ne sont pas connues? sur le système Les considérations tirées du système dentaire conduisent à des résultats dentaire. tQUt différents , aussi bien dans les Ours que chez les autres Mammifères , à cause d’une grande fixité dans les particularités qu’il présente, fixité qui tient à ce qu’il appartient au système phanérique ; aussi allons-nous trouver dans l’étude minutieuse de ce système, des moyens d’établir la distinction et la disposition sériale des espèces d’Ours.

Comme dans tous les Carnassiers, sauf les Phoques , les incisives sont au nombre rie six en haut comme en bas et en trois paires ; de celles d en haut, la troisième étant caniniforme , et de celles d’en bas la moyenne étant sur un plan un peu plus interne , tendant ainsi à être repoussée en dedans, par suite de la pression que détermine le développement des canines.

Les canines des Ours sont toujours normales , très-fortes , coniques, un

Canines. J

peu courbes sans cannelures, mais avec une petite carène en avant comme en arrière.

CLASSIFICATION

Les molaires dans ce genre sont les plus importantes, au nombre de six en haut et de sept en bas, mais seulement pendant un temps fort court à la fois, deux des antérieures tombant de très -bonne heure et pouvant être regardées comme caduques.

Des dents molaires supérieures trois peuvent être considérées comme fausses et trois comme vraies; ou mieux , suivant ma nouvelle notation, trois avant-molaires, une principale et deux arrière-molaires.

Des avant-molaires, la première est toujours collée contre la canine, et les deux autres, plus petites, également espacées, occupent la barre.

La principale est ici fort petite; aussi a-t-elle été considérée comme fausse molaire par les zoologistes : elle est subtriquètre, à deux racines et collée contre la première arrière-molaire.

Les deux dents de cette sorte sont plates et entièrement tuberculeuses; la première, plus petite, a quatre tubercules, deux externes et deux internes; et la dernière , toujours plus grande , est multiluberculée, avec une sorte de talon ou de queue plus étroite en arrière.

L’étendue, la disproportion des deux arrière-molaires, et, par conséquent, la grandeur de la dernière, peuvent parfaitement être employées pour disposer les espèces d’Ours dans une série des espèces les plus normales à celles qui se rapprochent davantage des autres Carnassiers.

Nous devons cependant faire l’observation importante que les deux sexes pourraient bien différer un peu sous ce rapport , la disproportion des deux dents arrière-molaires étant un peu moindre dans la femelle que dans le mâle.

A la mâchoire inférieure les avant-molaires sont au nombre de trois : la première accolée contre la canine, et les deux autres, plus petites, également distantes , remplissant la barre.

La principale est également assez petite; comme en haut, elle a également deux racines, et sa couronne comprimée est sub-trilobée.

Des trois arrière-molaires, la première, un peu plus longue , mais plus étroite que la seconde, est formée de deux lobes non bifides; la seconde , plus longue qu’épaisse , est composée à la couronne de deux

Molaires ;

supérieures.

Avant-

Molaires.

Principale.

Molaires

comparées.

inférieures.

Molaires.

Principale.

Arrière-

Molaires.

Disposition des Espèces.

Principes de leur classification.

Tirés :

Du Squelette.

Du Nombre des Doigts.

60 CARNASSIERS; SUBURSUS.

paires de mamelons obtus; et enfin la troisième ou dernière est la plus

petite : sa couronne est ronde et presque plate.

Ainsi , en faisant entrer comme élément de disposition sériale des espèces d’Ours, la considération delà longueur proportionnelle du pouce aux pieds de devant, du nombre des côtes , du trou au condyle interne de l’humérus, et de la proportion des deux arrière - molaires d’en haut , qui se retrouvera dans tous les Petits-ours , on voit que , commençant par l’Ours marin , on doit suivre par les Ours d’Europe, puis par l’Ours noir de la Nord-Amérique , par les Ours de l’archipel Indien , et finir parles Oursde la Sud-Amérique ou des Cordilières. C’est au reste ce que notre ostéographie et notre odontographie de ce genre de Carnassiers vont mettre hors de doute.

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