CHAPITRE TROISIÈME
PALÉONTOLOGIE
DE l’ancienneté des animaux de ce genre a i,a surface de la terre.
Généralités. j)e tous jes animaux mammifères, et même de tous les animaux en Dans
les Monuments général , les Canis ( i ) sont certainement ceux dont il est faitle plus ancien-
littéraires, , , r , • i 1
nement et le plus fréquemment mention dans les auteurs sacres ou profanes, poètes ou historiens, du moins pour l’espèce domestique , qui partout semble être un complément obligé de l’espèce humaine. Tous les livres en effet qui nous ont laissé la description de quelques scènes de la vie économique de l’homme , nous parlent du Chien , comme gardien des troupeaux , du Loup comme leur ennemi perpétuel , et souvent du Chacal sous le nom de Thos.
La Bible. C’est ce que nous voyons surtout dans l’histoire des patriarches arabes, d’où est sorti le peuple de Dieu.
Êiièzer. si on devait ajouter une foi absolue à ce que dit Éliézer ( cap. 21.), le Chien aurait déjà été connu des enfants d’Adam , puisqu’il rapporte que le corps d’Abel, après son assassinat par Caïn, fut défendu par le
(1) Quoique nous soyons assez éloigné d’ajouter une foi absolue aux étymologies, en voici une que nous devons à l’un de nos élèves les plus distingués , M. l’abbé Maupied, et qui nous semble digne d’être prise en sérieuse considération
Le nom du Chien est aussi admirable qu’il est remarquable dans les langues anciennes. — En hébreu , c’est kaleb, mot composé de la particule ha ( kemo ) , qui signifie comme , et qui est explétive en composition, ou bien d e Aol, tout, et de leb , cœur, le siège des affections... le nom du Chien en hébreu et en chaldéen veut donc dire très-affectueux , très-caressant. — En grec , le nom du Chien signifie la même chose , le mot Kuôn , Chien , n’est que le participe du verbe xuw, caresser, embrasser; le nom du Chien en grec veut donc dire caressant. — En latin , Canis vient du verbe caneo, vieillir, par extension être prudent; le nom latin du Chien veut donc dire, fidèle, prudent. — Le nom français Chien vient du grec kyon, kyen. — Ces étymologies si remarquables ne prouveraient-elles pas , pour leur part , que le Chien a été de tout temps un animal fidèle , caressant , attaché à l’Homme , et créé avec lui et pour lui ?
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Chien gardien de ses troupeaux , contre Ja voracité des animaux féroces et contre les oiseaux de proie ; mais sans remonter si haut , la Bible nous montre, dans un grand nombre de passages, que le Chien était connu dans ses habitudes et dans ses usages, du moins comme défenseur de son maître et surtout de ses troupeaux.
Ainsi l’on trouve dans Job , chap. XXXI , 1 . , un passage où. cet usage est clairement exprimé : Quorum paires non digniter ponere cum canibus ovium mearum.
L’histoire de Tobie nous fournit un autre passage qui nous montre le Chien comme étant pour ainsi dire un animal de la famille ( cap. V, v. 28, et XI, 23); c’est lorsque Tobie partant avec l’Ange, le Chien est signalé comme l’accompagnant aussi bien en allant qu’en revenant ; à quoi la Vulgate ajoute que le fidèle animal marchait avant eux, remuant la queue , et les précédant comme une sorte de courrier.
Le Deutéronome (XVIII, v. 19) vient aussi nous apprendre que le Chien était au nombre des animaux qui ne pouvaient être offerts à Dieu en sacrifice , ce qui est confirmé par Isaïe , LXVI , 5 ; soit que Moïse , par cette loi, ait voulu protéger cette espèce animale, à cause de sa haute utilité; soit qu’il ait voulu détourner le peuple qu’il gouvernait de l’abus auquel les Égyptiens étaient arrivés en mettant cet animal au nombre des plus sacrés.
Toutefois , et d’après l’observation de Bochart , qui en fait expressément la remarque , le texte hébreu des livres saints ne présente aucun indice, sauf en un seul passage, et encore est-il fort douteux, d’où l’on puisse induire que les Israélites se soient jamais servis de Chiens à la chasse ; et si les Septante , dans leur traduction en grec , ont employé pour désigner le chasseur Nemrod , le nom grec de Kunegein , c’est que le mot de Kuôn ou Chien en grec était comme élément du substantif chasseur, parce que la chasse chez les Grecs se faisait constamment avec des Chiens (1).
(1) Il est encore quelques endroits où la Bible parle du Chien comme sujet de comparaison :
D’après Job.
Tobie.
Moïse.
Du Chien de chasse.
chez Les Égyptiens nous ont également laissé des preuves que le Chien
leSuap^enS' leur était parfaitement connu, et qu’il était chez eux également do- Moïse. mestique , servant aussi bien à la garde des maisons qu’à celle des
troupeaux : on voit eu effet que Moïse , dans l’Exode , fait remarquer que malgré le grand nombre de peuples qui sortirent de l’Égypte et passèrent la mer Rouge , aucun Chien ne fit entendre sa voix.
Hérodote. On sait d’ailleurs , par le passage d’Hérodote que nous avons déjà eu occasion de citer dans d’autres mémoires de notre ouvrage , que chez les Égyptiens les Chiens étaient encore plus sacrés que les Chats , puisqu’en effet une seule ville, Bubaste, était spécialement consacrée à ceuxci : tandis que pour les Chiens c’était dans toute l’Égypte que l’on en conservait les momies. Aussi, du moins à en croire Hérodote, lorsque pour la mort d’un Chat, les peuples ne se rasaient que les sourcils, ils se rasaient les cheveux de toute la tête pour celle d’un Chien ; ce qui , malgré toute la confiance que mérite le célèbre historien grec , quand il parle de ce qu’il a vu , ne laisse pas que d’être difficile à croire , ou bien les Égyptiens devaient être très-fréquemment, pour ne pas dire continuellement, rasés.
Mais quel était le Chien domestique chez les Égyptiens, et ne connaissaient-ils que cette espèce? C’est ce qui n’est pas probable, le Loup, le Renard et le Chacal se trouvant encore aujourd’hui dans ce pays. Nous verrons plus loin , en examinant les figures et les momies de Cams qu’ils nous ont laissées , s’il est possible de répondre à ces questions, chez les Grecs Chez les Grecs nous trouvons également que le Chien , comme animal domestique dans ses trois principaux services , la garde de la maison ,
Exode, 22-31. Vous ne mangerez point la chair dont les bêtes auront mangé, mais vous la jetterez aux Chiens.
Juges, ch. 7, v. Ceux qui auront lapé l’eau avec la langue comme les Chiens ont coutume de laper.
I Livre des Rois, ch. 17-43. Suis-je un Chien, Canis.
Id. ch. 24-15. Un Chien mort, Canis.
II Livre des Rois, ch. 3, v 8. Suis-je donc une tête de Chien? (Terme de mépris.)
Proverbes, 26, v. 1 1 . Comme le Chien qui retourne à son vomissement.
Ecclesiaste, ch. 9, v. 4. Un Chien vivant est meilleur qu’un Lion mort.
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celle des troupeaux et la chasse , est cité par les poètes et les historiens les plus anciens ; nous voyons même qu’il est acteur dans un assez bon nombre de mythes que l’on doit regarder comme antérieurs à ces écrivains.
Homère , par exemple , parle du Chien comme garde des troupeaux ou compagnon de l’Homme, dans plusieurs passages de l’Iliade, et entre autres dans celui où , décrivant les effets de la peste envoyée dans le camp des Grecs , par Apollon , il dit quelle attaquait également les Hommes et les Chiens. En effet ses héros dans leurs discours menacent assez souvent leurs ennemis de donner leurs corps comme pâture à leurs Chiens, dont ils étaient souvent accompagnés ; peut-être même étaientils à demi sauvages, comme ils le sont encore aujourd’hui dans l’Orient, puisque dans les premiers vers de l’Iliade , il gémit du grand nombre de héros dont les corps seront la proie des Chiens et des Vautours.
Homère fait plus dans un endroit célèbre de l’Odyssée, puisqu’il en met un en scène sous le nom d’ Argus , et en lui donnant le caractère qui distingue le mieux notre fidèle compagnon, celui de reconnaître le premier son ancien maître Ulysse, lorsque de retour de ses longs voyages, celui-ci se présente dans sa maison, et même en s’exprimant par des gestes particuliers, le mouvement latéral de la queue et celui des oreilles, scène qui a été représentée sur une médaille de la famille Manilia et sur plusieurs pierres gravées.
On peut également trouver dans les poèmes d’Homère , qui nous peignent si bien l’état des sociétés humaines à cette époque si reculée , des preuves que l’on connaissait alors non-seulement le Loup , le Renard, mais encore le Chacal, car il paraît bien évident que tout ce que les anciens Grecs ont dit du Thos , ne peut appartenir qu’au Chacal , comme Bochart l’a mis déjà presque hors de doute depuis longtemps
11 paraît aussi que dès le temps d’Homère on distinguait déjà plusieurs espèces de Chien ; mais il ne me semble pas certain qu’il y en eût dès lors d’employés pour la chasse , comme cela eut lieu quelque temps après. On rapporte bien encore que la mort d’Hésiode fut découverte par
D’après
Homère.
Dans
l'Iliade.
L’Odyssée.
Chez les Mythographes.
Du Chien d'Actéon.
De Céphale.
De Mclèagre.
Du Zodiaque.
les aboiements de ses Chiens, restés auprès de son corps, après qu’il eut été assassiné ; mais il est probable que ces Chiens étaient des Chiens de garde, puisque suivant la tradition rapportée par Pollux, ce poète était pasteur ou berger près de l’Hélicon.
On trouve cependant de fort bonne heure, dans les écrits desanciens, mais surtout chez les mythographes , la preuve que le Chien était employé à lâchasse. Chez les Grecs, l’histoire d’Actéon, par exemple, élève deChiron , comme presque tous les héros grecs , chasseur fameux , et dévoré par ses Chiens, après sa métamorphose en Cerf, par Diane, jalouse de sa grande habileté à la chasse , ou blessée d’avoir été surprise par lui au bain , est une preuve que dès lors les Chiens étaient employés en meute à la chasse du Cerf.
L’histoire si touchante de Céphale , également grand chasseur , et qui fit présent à Procris, son épouse, du Chien Loelops, si agile et d’une vitesse si prodigieuse , montre que dès lors cet animal était dressé à la chasse du Renard, puisque c’est au moment où il allait atteindre le Renard immense Alopex , que Thémis avait envoyé pour désoler les environs de Thèbes, que le malheureux Chien fut converti en pierre, ainsi que le Renard quil poursuivait.
Une autre histoire des temps héroïques de la Grèce , celle de Méléagre rapportée par Homère ( Iliade , ch. X ), nous apprend que, à cette époque, comme de nos jours , dans certains cantons et dans certaines circonstances, les chasseurs d’un pays réunissaient leur adresse, leur courage et leurs Chiens pour la destruction de quelque animal formidable et nuisible. C’est en effet ce qui eut lieu pour le fameux Sanglier des environs de Calydon , capitale de l’OEtolie , animal dont les défenses et la peau , suspendues dans le temple de Diane , existaient encore du temps de Pausanias , quoique celle-là tombât de vétusté et dépouillée de ses soies. Auguste en emporta une défense à Rome.
Nous trouvons encore dans la fable que racontent les mythographes, au sujet du Chien du zodiaque ou de la canicule, constellation dont le nom semble de toute antiquité , que le Chien était déjà arrivé à ce degré
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d’attachement pour l’Homme dont les historiens se sont plu à rapporter tant de traits , puisque cefutMoera, la Chienne d’Icarius, qui fut placée dans le Ciel , parce que allant continuellement aboyer sur la tombe de son maître, elle découvrit, à sa fille Erigone, qu’il avait été assassiné par les habitants de l’Attique, se croyant d’abord empoisonnés par l’usage du vin qu’il avait importé chez eux.
Enfin, le Chien était tellement considéré comme signe, comme instrument nécessaire de la société humaine, qu’il entrait dans la représentation symbolique des dieux Lares, qui , sous la forme de deux jeunes gens, étaient accompagnés d’un Chien au repos, ou couverts delà peau d’un de ces animaux.
Mais les faits rapportés par Aristote sur les espèces de Canis connues des anciens, donnent la confirmation qu’à l’époque à laquelle il écrivait , non-seulement on connaissait les rapports des Loups , des Renards avec les Chiens, puisqu’on avait vu par expérience que ces animaux peuvent produire ensemble; mais encore on avait déjà obtenu au moins trois races de Chiens domestiques , qu’Aristote désigne sous les noms de C. Molosse , de C. de Laconie et de C. de Malte , races que l’on considère aujourd’hui comme le Chien mâtin , le Chien de chasse , suivant Gesner, le Chien de berger , suivant Buffon , et le Bichon ou Chien de dame , peut-être sans raison bien suffisante , Aristote ne donnant aucune note un peu caractéristique de ces trois races de Chien. Il se borne en effet à dire que le Chien de Laconie provient de l’accouplement d’un Chien et d’un Renard , ce qui a fait penser que le Chien -Renard de Xénophon était le même.
Quant au Molosse, dont le nom provient de celui d’une province de l’Épire, ce qui lui a valu parla suite le nom d’Épirote , on a dit qu’il provenait du fameux Chien de Céphale dont il vient d’être parlé.
Quoique l’on dût attendre quelque chose de plus significatif de Xénophon , puisque dans son Traité de la chasse il expose d’une manière générale les signes à l’aide desquels on peut reconnaître les bons Chiens, cependant il nous apprend assez peu de chose sur les différentes espèces
Des dieux Lares.
D'après
Aristote.
Le C. de Laconie.
Le C. itlolosse.
Xénophon.
Le C. Castor
Le C Renard
Le C. indien
D’après
Hérodote.
qu’il indique comme propres à la chasse des trois sortes d’animaux qui en étaient le sujet de son temps comme du nôtre, le Lièvre, leCerf et le Sanglier. Nous devons cependant faire remarquer que dans son signalement d’un bon Chien de chasse en général , il demande que les oreilles soient petites , minces, et peu poilues en arrière. Ce qui semble prouver qu’alors nos véritables Chiens couchants n étaient pas connus.
Pour la chasse du Lièvre , il indique deux sortes de Chiens. Les Castors, ainsi nommés , parce que la race provenait de celui de Castor et Pollux, mais dont il ne dit presque rien, et les Renardiers, qu’il dit être provenus de l’accouplement d’un Chien et d’un Renard , et qu’il décrit cependant , comme ayant moins de valeur que les Castors , le poil court et dur, les jambes hautes , le corps ramassé , le museau camus , ce qui semble ne pas trop rappeler le Renard. Aussi Pollux fait-il entendre que cette race de Chiens était la même que celle de Laconie d’Aristote , et que le Chien-Castor était le Molosse de celui-ci.
Pour la chasse du Cerf, ou mieux des Faons et des Biches , il recommande les Chiens indiens qu’il dit être robustes , grands, agiles, hardis et laborieux , mais sans autre désignation.
Enfin, pour le Sanglier, Xénophon se borne à signaler comme les plus convenables, les mêmes Chiens de l’Inde ou ceux de Locres ou de Candie. Ainsi il n’est plus question ni des Molosses d’Aristote , ni des Chiens de Laconie; mais il est aisé de voir que l’art de la chasse était descendu à des animaux plus variés, moins dangereux, et que le nombre des races deChiens s’était accru et surtout de celle de l’Inde , sans doute pas suite de l’expédition d’Alexandre ou des Grecs en Asie. En effet, la civilisation si avancée dans ces pays, le système de gouvernement généralement despotique, la nature même des contrées, ont dû donner lieuà un grand développement de l’art de la chasse, et par suite à de nombreux perfectionnements dans la race des Chiens nécessaires pour le rendre plus agréable et moins dangereux.
Nous lisons en effet , dans Hérodote , que les rois de Babylone avaient un si grand nombre de Chiens et de si grande taille, que des bourgs
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assez considérables étaient chargés, pour tout impôt, de la nourriture de quatre de ces Chiens (i).
Élien, qui semble avoir puisé plus qu’aucun auteur d’anecdotes sur les animaux, dans les récits de l’expédition d’Alexandre, ce qui fait que je le cite ici, parle en effet assez longuement , en plusieurs endroits , du grand Chien de l’Inde, recommandé par Xénophon pour la chasse de la grande bête ; il cite sa taille , son ardeur , son courage qui lui faisait mépriser les Loups , les Renards , pour s’attaquer aux Lions et même à l’Éléphant; mais malheureusement, dans tout cela, il n’y a rien de caractéristique.
11 rapporte aussi d’après Ctesias , de Rebus indicis , que la nation des Cynomalgi élevait beaucoup de Chiens de la taille de ceux d’Hyrcanie, que l’on décrit comme robustes, féroces, et sans doute à cause de cela, comme nés d’une Chienne et d’un Tigre, pour les lancer contre les Bœufs sauvages qui, à une certaine époque de l’année, venaient se mêler à leurs troupeaux , ou contre d’autres bêtes féroces à des époques plus anciennes, mais également sans autre signalement.
C’est aussi dans cet auteur qu’il est question pour la première fois, si je ne me trompe : i° du Chien de Crète, qu’il dit léger et agile, et accoutumé à courir dans les montagnes; 2° de Chiens sacrés, servant à la garde d’un temple dans la ville d’Adranus, en Sicile, et qu’il se borne à indiquer comme de la taille des Molosses.
Quant aux variétés déjà indiquées par ses prédécesseurs, il ne dit qu’un mot du C. melitensis , auquel il compare pour la taille le Phatagin et nous apprend que les Chiens Molosses étaient les plus courageux, les plus indomptables, comme les habitants des lieux où ils se trouvaient , au point , ajoute-t-il , que l’Homme et le Chien de Caramanide sont tellement féroces et rebelles , qu’ils ne peuvent être apprivoisés.
(1) Je dois cependant faire observer que dans les bas-reliefs représentant des chasses découverts par M. Rob. Ker Porter dans les ruines de Babylone, chasses dans lesquelles se voient des Sangliers ou des Daims en prodigieuse quantité, poursuivis par des chasseurs montés ou non suides éléphants, il n’y a pas un seul Chien figuré.
G. Canis. 9,
D’après Élien.