‹ Osteographie, ou, Description iconographique comparee du squelette et du systeme dentaire des mammiferes recents et fossiles pour servir de base a la zoologie et a la geologieChapitre 138 sur 171 · C. Anubis · texte numérisé non relu

C. Anubis

a) A l’état de momie.

On sait, d’après Hérodote (i), que les Égyptiens conservaient à l’état de momies les Chiens qui mouraient dans toutes les parties de l’Égypte, et la chose est mise hors de doute par les momies qui ont été trouvées en plusieurs hypogées ou catacombes fouillées par suite de l’avidité plus ou moins scientifique des modernes, et entre autres par M. Ruppell, et ensuite par MM. Hemprich et Ehrenberg. J’ai vu moi-même une de ces momies , faisant partie de la collection de M. Drovetti, mais malheureusement entièrement enveloppée dans ses bandelettes; en sorte qu’il m’est impossible d’avoir une idée un peu satisfaisante de l’espèce qui s’y trouve contenue ; il in’a semblé cependant que c 'était un Chien domestique de la taille d’un loup, à museau assez long et assez gros, et dont les oreilles , droites , étaient un peu fléchies à leur extrémité ; d’après cela je ne serais pas éloigné de croire que ce pourrait être le Lévrier d’Egypte.

M. Ehrenberg a été plus heureux, ayant eu, à ce qu’il paraît, à sa disposition des momies de Canis qu’il a pu analyser. Son travail à ce sujet n’a malheureusement pas encore paru; mais, à la fin de l’article consacré aux espèces de Canis sauvages dans la vallée du Nil, M. Ehrenberg indique un Canis sacer et un C. Anubis , qui sont , l’un de la division des Lupi, l’autre de celle des Lupuli ou Chacals, et qui se trouvent à la fois à letat de momie et à letat sauvage ; mais il paraît qu’il n’a pas observé

(1) A l’égard des Chiens , dit Hérodote (liv. II , p. 56, tome I, de la traduction de Larcher ) , chacun leur donne la sépulture dans la ville où ils sont morts, et les arrange dans les caisses sacrées.

PALÉONTOLOGIE

de Renard momifié. En effet , Hérodote ne compte pas ces animaux au nombre de ceux que les Egyptiens considéraient comme sacrés, et il n’en parle même que pour dire que le Loup d’Egypte n’était pas plus grand que le Renard , et par là , sans doute , il entendait les Renards de la Grèce.

M. J.-C. Sa vigny a fait représenter dans une des planches de la Description de l Egypte , Antiquités, II, pl. 52, plusieurs fragments de momies qui ont été dorés , considérés comme provenant d’un Chacal; mais, parce qu’ils sont enveloppés, en partie du moins, de leurs bandes, il est assez difficile d’assurer d’une manière positive qu’ils appartiennent à cette espèce et non à un Loup de petite de taille, comme le sont ordinairement ceux d’Egypte. Ils consistent en une omoplate, une moitié supérieure de cubitus, une assez grande partie de la main, un tibia entier, un astragale, et les quatre os du métatarse du pied droit, ce qui doit porter à penser que la momie était complète ; toutefois aucune partie de la tête et du système dentaire n’ayant été figurée, il est, je le répète, à peu près impossible de dire pourquoi ces fragments ont été rapportés au Chacal et non pas à la petite espèce de Loup que M. Ehrenberg a nommée C. lupaster.

b) A l’état fossile.

Esper est indubitablement le premier qui ait reconnu d’une manière certaine des traces de Loup et de Renard dans les cavernes de Gaylenreuth, dès l’année 1774» °ù il publia son ouvrage, encore utile aujourd’hui, sur les cavernes de la Franconie, et surtout dans un mémoire inséré dans la collection de ceux des naturalistes de Rerlin ; et, comme les éléments de comparaison peuvent se trouver tous les jours et à tous les moments sous la main de quiconque veut s’occuper de ce genre de recherches, il n’a pu y avoir aucune discussion à ce sujet.

Depuis lors, et surtout depuis le mémoire de M. G. Cuvier sur les ossements fossiles des carnassiers des carrières à plâtre de Paris , un assez grand nombre de personnes ont aisément reconnu, dans beaucoup d’au-

Le Chacal.

Par

M. Savigny.

très lieux, en Italie, en France, en Allemagne et en Angleterre, des os fossiles de Canis, dans des terrains d’ancienneté très-différente.

Nous pouvons en effet citer à l’appui de cette assertion :

i° M.Goldfuss, Sur les Environs de Muggendorf, 1810; et Essais ostéologiques pour la connaissance de différents mammifères de l’ancien Monde, en allemand; Nova Acta Acad. nat. cur., XI, part. 2 , p. 45o, 1 823 ;

20 Wagner, Essai sur l’ostéologie des mammifères de l’ancien Monde, également en allemand ;

3° M. le professeur Buckland , sur la caverne de Kirkdale , Philosoph. Transact., 1822, et Reliquiœ diluvianœ, 1823.

4° MM. Marcel de Serres, Dubreuil et Jean-Jean, sur les Cavernes des environs de Montpellier, et description entre autres de la caverne de Lunel-Viel, 1 829, et surtout Recherches sur les ossements hum atiles des cavernes de Lunel-Viel, 1 83p.

5° Schmerling , Recherches sur les osse ments fossiles dans les cavernes de la province de Liège, 1 833.

6° MM. Bravard, Croizet et Jobert, sur les quadrupèdes fossiles de l’Auvergne, 1827.

70 MM. Murchisson et Gédéon Mantell, sur un quadrupède fossile d’OEningen, 1 835.

8° M. Lund, sur les ossements fossiles des cavernes du Brésil. Académie des Sciences de Copenhague, XIII, 1 84 1 -

La distinction des espèces vivantes de ce genre étant , à l’époque où ces différents travaux ont été publiés, encore fort loin d’être basée sur des caractères un peu positifs, il en est résulté que la détermination des espèces fossiles n’a guère été établie que sur la grandeur et un peu sur les proportions; ce qui a permis cependant de s’assurer que le Loup et le Renard sont les espèces de ce genre qui se trouvent le plus ordinairement à cet état.

Mais voyons à les passer successivement en revue, comme nous l’a-

PALEONTOLOGIE.

vons fait pour les genres précédents; en commençant par celles qui étaient déjà admises, et en terminant par celles qui doivent être considérées comme nouvelles.

ie Le Loup (C. Lupus Spelœus).

Esper, comme nous l’avons dit plus haut, a depuis longtemps admis que cette espèce, si commune dans les forêts de l’Allemagne, existait aussi à l’état fossile dans les cavernes de Franconie ; il dit même que l’on trouve dans celle de Gaylenreuth autant d’ossements de Loup que de ceux d’Ours ; ce qui a également été remarqué par Rosenmuller, qui assure en outre que ces os sont absolument dans les mêmes conditions que ceux d’Ours, d’Hyène et de Tigre. Toutefois Esper n’en figure qu’une portion de mâchoire supérieure, qui ne peut laisser aucun doute sur son analogie avec le Loup actuel.

Quant aux dents plus ou moins caniniformes figurées, PI. V, f. 3 et 4, PI. XII, f. i, et regardées par lui et par M. G. Cuvier, comme des canines d’un animal de cette espèce, IM. Schmerling, p. 24, pense que celle de la PI. XII, f. 1 , est la canine inférieure d’un chien ; celle de la PI. V, f. 3, une incisive externe d’Hyène, et f. 4, une incisive externe d’Ours; ce qui paraît assez probable, sans qu’on puisse toutefois l’assurer d’une manière aussi positive que le fait Schmerling.

Cependant M. Goldfuss.ayant soumis à son examen une tête presque entière et parfaitement conservée , provenant des mêmes cavernes , a cru devoir l’en distinguer sous le nom de C. Spelœus , donnant comme différence principale que la crête sagittale s’élève davantage en général et en même temps plus vers sa partie postérieure que dans le Loup ordinaire ; à quoi il ajoute un ensemble de petites notes différentielles si légères qu’il est bien difficile, même aux personnes le plus portées à admettre que toute la création zoologique de cette époque était entièrement différente de celle de la nôtre, de pouvoir les considérer comme suffisantes pour en faire une espèce differente du Loup de nos forêts.

Loup

(C. Lupus).

Par Esper.

Rosenmuller.

G. Cuvier, 1807 et 1825.

Schraerling ,

Marcel

deSerres,

Comparaison des Os.

De Gaylenreuth.

102 CARNASSIERS; CANIS (C. Lupus).

Feu M. G. Cuvier, ayant eu à sa disposition plusieurs pièces de ce même carnassier, soit en dessin, soit en nature, a dû également conclure qu’une espèce de Loup a existé en même temps que les Ours, les Hyènes et les Éléphants; mais il semble la considérer comme différente de celle actuellement vivante; toutefois sans apporter de raisons à l’appui de sa manière de voir, sauf une brièveté proportionnellement plus grande du museau d’après une tête qu’il vit chez Ebel.

Il n’en a pas été de même de feu M. Schmerling qui a positivement admis leur analogie :

C’est-à-dire que les cavernes des environs de Liège renferment épars , souvent à d’assez grandes profondeurs , mêlés confusément avec des restes d’Ours , de Tigres , d'Hyènes , des ossements d’une espèce de Canis tout-à-fait identique avec notre Loup commun.

Enfin, MM. Marcel de Serres, Dubreuil et Jean-Jean, sont arrivés au même résultat, d’après une mandibule garnie de ses dents, trouvée dans la caverne de Lunel-Viel, et qu’ils ont rapportée au C. Lupus.

Ayant comparé attentivement :

i° La tête figurée par M. Goldfuss, provenant de la caverne de Gaylenreutb ;

2° Celle également figurée par M. Mac-Enery, et trouvée dans la caverne de Kent , près de Torquay, comté de Devon , en Angleterre ;

3° Mais surtout d’assez nombreuses demi - mâchoires inférieures de notre collection , provenant de Gaylenreuth , et figurées par M. G. Cuvier;

4° Des fragments de mandibules armées de dents molaires, les deux côtés d’une de taille médiocre et d’une autre plus grande , ainsi que d os longs, de vertèbres et de métacarpiens trouvés à Soute (Charente-Inf.), dans une carrière de M. Dupuis , dans une couche de trois ou quatre pieds de sable rouge, située au-dessous d’une autre, de trois ou quatre pieds d’une pierre blanche peu cohérente , reposant elle-même sur des dé-

PALÉONTOLOGIE

bris de pierres détachées, avec des os d’Eléphant, de Rhinocéros, de Cheval et de Bœuf ;

5° D’autres fragments de vertèbres, d’os longs, de trois cubitus, d’un radius et d’un tibia, avec un calcanéum, des phalanges du pied de devant, et quelques dents, provenant de Cagliari en Sardaigne, et probablement d’une caverne ;

6° Des morceaux , l’un d’une mandibule à dents fort usées , et l’autre d’une mâchoire supérieure du côté droit, portant les trois dernières molaires bien entières , et contenus dans un fragment de brèche calcaire assez endurcie, donnés au Muséum par M. Delanoue, avec quelques os d’Ours ;

7° Deux morceaux des deux côtés d’une même mandibule d’une grande taille, avec presque toutes ses dents molaires, trouvés dans le faubourg de Machecourt, près d’Abbeville, et envoyés par M. Traullé au Muséum ,

8° Des dents détachées, trouvées dans des lieux extrêmement différents, ordinairement dans le Diluvium , en Allemagne, en Italie, en Angleterre et en France ;

9° Enfin des fragments de tête, quelques vertèbres et des os longs assez nombreux, figurés de grandeur naturelle , par M. Schmerling.

Nous sommes arrivé à la conviction que le Loup fossile ne diffère pas du Loup vivant, pas même pour la taille, également un peu variable, et cela parce que nous sommes certain que les espèces réelles offrent constamment des différences saisissables dans le système dentaire ou dans quelques parties du squelette, tandis qu’ici les faibles dissemblances indiquées ne peuvent pas aller au delà de différences individuelles, sexuelles ou autres.

Le C. spelœus minor paraît avoir été établi et nommé par M. Wagner, dans ïlsis , t. IV, p. 986, ann. 1829, et, à ce qu’il me semble, d’après des fragments que ses prédécesseurs avaient cru devoir laisser confondus avec le C. Lupus spelœus ordinaire.

Us consistent en une dent carnassière inférieure , portée par un tron-

De Cagliari.

De Milhac défi ontron (Dordogne).

D’Abbeville.

Conclusion.

Du C. lupus minor.

CARNASSIERS; CAN1S {C familiaris).

çon de mâchoire , provenant de Romagnano , en Italie , et que M. G. Cuvier a figurée pl. XXXVII, fig 8, d’après un dessin de Camper; en plusieurs os de Renard figurés par M. Marcel de Serres et ses associés ( Mèm . du Mus., XVIII, p. 35o, pl. XVII, fig. 8 à 17). conclusion. Certainement, autant qu’on peut en juger d’après un dessin et dans une seule projection à la face interne, il est impossible de ne pas regarder la dent de Romagnano comme tout-à-fait semblable à sa correspondante dans un Loup de taille médiocre.

2° Le Chien (C. Familiaris).

Du C. domestique.

Par Esper,

M. Marcel de Serres, 1829 et 1839.

Schmerling,

Cette espèce me paraît encore avoir été signalée pour la première fois par Esper, qui, même dans son mémoire cité, dit expressément que les crânes d’Ours et de Loup étaient mêlés avec des crânes de Chien de même grandeur, et d’autres plus petits, et ensuite par MM. de Serres, Dubreuil et Jean-Jean dans leur Description des fossiles des cavernes des environs de Montpellier, et cela d’après deux fragments de mâchoire supérieure portant quelques dents, une mandibule presque entière, armée de presque toutes les siennes, deux ou trois vertèbres dont un atlas, un cubitus, deux tibias, trois ou quatre métatarsiens, qui semblent avoir appartenu à un seul individu de la taille d’un Loup médiocre. Ces messieurs en font un Canis intermédiaire à cet animal et au Chien courant domestique, à cause d’un peu moins de force dans les branches de la mandibule, et d’un peu plus de largeur de la dernière tuberculeuse.

Mais l’existence du Chien domestique à l’état fossile a été surtout démontrée par M. Schmerling dans l’ouvrage cité , d’après une tête presque entière, deux demi-mâchoires inférieures du côté droit, plusieurs dents canines et mâchelières, et enfin d’après des humérus, cubitus, radius et quelques autres os des membres postérieurs qui indiquent , selon l’auteur cité, deux variétés de Chien domestique différant notablement

PALÉONTOLOGIE. 105

de grandeur, entre elles ainsi qu’avec le Loup et le Renard dont on trouve les ossements pêle-mêle , aussi bien qu’avec ceux d’Ours, d’Hyènes, et de grands Felis.

En effet ces os de Canissont trop faibles et trop petits pour être con- comparaison. ' fondus avec ceux du Loup, et au contraire trop grands pour le Renard; mais surtout on doit penser que c’est bien un Chien domestique à cause dune élévation frontale notablement plus grande que dans le Loup.

Quoique je n’aie pas vu les pièces sur lesquelles repose l’existence du Conclusion. Chien domestique dans le sol des cavernes de notre Europe, et que la différence entre le crâne du Loup et celui de certaines races de Chien domestique ne soit pas aussi tranchée qu’on le pense , cependant il est bien difficile de ne pas admettre que la tête figurée par M. Schmerling,

H, pl. 2, fig. i, provient d’un Chien domestique et même, vu sa grandeur , d’une assez petite variété.

Je dois également signaler ici deux crânes donnés comme fossiles, Duc. Doguin. l’un imprégné d’oxyde de cuivre et étiqueté comme trouvé dans un Bain à Antemina par M. Pentland; l’autre comme provenant des tourbières d’Iogogne près de Château -Thierry , par M. Boblaye, et dont la taille fort petite et la forme de la tête sont tout à fait semblables à ce qui existe dans la race des Doguins du Chien domestique.

On trouve aussi signalé dans le Bulletin de la Société Géologique ,

IV, p. a5, un Chien à mâchoires plus courtes, trouvé par M. l’abbé Croizet dans les couches supérieures du terrain d’eau douce alluvial d’Auvergne. Nous en parlerons plus loin en décrivant les espèces nouvelles fondées sur des matériaux nouveaux, et que nous avons pu observer nous-même.

3° Le Renard (C. Vulpes).

Le Renard ordinaire est dans le même cas que le Loup. Son existence 3» du Renard, dans les cavernes d’Allemagne , et surtout dans celle de Gaylenreuth , indiquée depuis longtemps par Esper, a dernièrement été aisément Pa^per’

G. Canis. 14

G. Cuvier, 1808,

M. Buckland

Schmerling ,

Mac-Enry.

Murchisson et Gèdéon Mante», 1831.

Conclusion.

M. Marcel de Serres ,

106 CARNASSIERS; CANIS {Pulpes).

prouvée par M. G. Cuvier d’après l’examen d’un certain nombre de pièces et surtout par quelques dents et quelques doigts tout entiers , qu’il a décrits et figurés Ossem. foss., IV, p. 4bi, pl- XXXII, fig. 8-22.

M. Buckland a aussi reconnu et décrit plusieurs dents trouvées dans la caverne de Kirkdale et qu’il est impossible d’après les figures qu’il en donne pl. VI, fig. 8- 1 4 de ne pas attribuer à un Renard.

Schmerling a également reconnu cette espèce dans les cavernes de la province de Liège, et cela d’après de nombreux fragments plus ou moins importants, comme des portions de tête, des mandibules avec leurs dents , des os du tronc, vertèbres et côtes, et de toutes les parties de membres.

M. Mac-Enry a aussi figuré dans la pl. II, fig. 14 de sa Description de la caverne de Kent près de Torquay, une demi-mâchoire inférieure droite qui a évidemment appartenu à un grand individu de Renard; mais il paraît que ce fragment a été découvert à la surface de la stalagmite qui recouvrait le dépôt plus profond contenant des fragments d’Hyènes avec des couteaux de silex ( Flint knives).

M. Murchisson a publié la Description et la figure d’un squelette entier de Renard, trouvé dans les schistes argileux d’OEningen considérés parles géologues comme terrain tertiaire; et il n’admet aucun doute sur son analogie avec le Renard qui existe encore dans nos contrées, comme l’a parfaitement reconnu M. Gédéon Mantell dans l’examen de cette espèce de cadavre desséché et tout entier. La proportion des os du métacarpe et du tarse donnée par les figures, semble cependant indiquer une espèce plus robuste, peut-être un Chacal.

Nous avons observé nous-même les ossements de Renard figurés par M. G. Cuvier, et ce sont bien des os d’un Renard commun de petite taille.

MM. Marcel de Serres, Dubreuil et Jean-Jean ont aussi trouvé dans la caverne de Lunel-Viel quelques ossements qu’ils rapportent au Renard ordinaire et dont ils figurent un humérus, un radius, un métacarpien,

PALÉONTOLOGIE

une canine et une carnassière inférieure , pl. Il de leur ouvrage sur la caverne de Lunel-Viel (i).

4° L’Isatis (C. Lagopus).

Le C. Lagopus ou C. Isatis me semble aussi avoir laissé des traces de son existence ancienne dans notre France ; en effet le C. Mo ntis-Martyrum de quelques paléontologistes, C. Parisiensis de plusieurs autres, me paraît devoir lui être rapporté.

11 a été établi d’après une demi-mâchoire inférieure du côté droit, armée d’une seule dent entière, trouvée dans le gypse de Paris et que M. G. Cuvier a décrite et figurée dans ses Recherches sur les ossements fossiles de Quadrupèdes (III, p. 267, pl. 69, fig. 1.); nous avons pu l’observer dans les Collections du Muséum d’Histoire Naturelle dont elle fait partie.

Cette demi-mâchoire a bien évidemment appartenu à une espèce de Canis; mais en la comparant attentivement avec celle du Renard ordinaire , à laquelle elle lui paraît ressembler davantage , M. G. Cuvier pense cependant quelle s’en éloigne assez, par moins de hauteur dans le corps de la mâchoire , par plus de rectitude dans le bord inférieur , plus de brièveté et d’étroitesse dans l’apophyse coronoïde, pour indiquer une espèce distincte pour laquelle il n’a pas proposé de nom, parce qu’il n’a pu la comparer avec son analogue dans le squelette de l’Isatis.

Ayant eu cet avantage , il nous a semblé , après en avoir fait la comparaison d’une manière attentive, quelle ne peut laisser de doutes raisonnables sur cette identité , étant de même grandeur, de mêmes proportions et de même forme , surtout pour l’apophyse angulaire , qui est véritablement caractéristique.

4° de l lsatis [C. Lagopus).

Par

M. G. Cuvier, 1805,

Par Nous.

Description.

(1) On cite encore, parmi les fossiles de Mammifères trouvés dans le calcaire pisolithique de Meudon , une ou deux dents que l’on a rapportées au Renard , mais, suivant moi , à tort : elles proviennent plus probablement d’une petite espèce de Pachyderme.

Comparaison.

Conclusion.

M. G. Cuvier, 1805,

108 CARNASSIERS; CAN1S (C.? Gypsorum).

Cette demi - mâchoire est brisée vers le tiers antérieur de sa longueur, et à moitié de l’insertion de la seconde avant-molaire , en sorte quelle diffère notablement de la figure qu’en a donnée M. G. Cuvier , pl. 69 , f. 6 , et qui représente toute la partie antérieure avec la canine. Cependant la pièce du Muséum n’offre aucun indice quelle ait jamais été plus complète : en sorte qu’il faut penser que ce qui manque était en empreinte.

En comparant les deux fragments qui existent, on trouve les plus grands rapports avec le C. Lagopus , quoique indiquant un animal un peu plus fort ; ainsi la proportion de la dent principale , et des deux dernières avant-molaires, la position du trou mentonnier postérieur au-dessous de la troisième avant-molaire , la forme presque aiguë de l’apophyse angulaire, et même la forme peu convexe du bord inférieur sont comme dans le C. Lagopus. Seulement il y a plus de force en général, et surtout l’apophyse coronoïde est notablement plus large; mais je dois dire que je n’ai pu établir ma comparaison qu’avec un trop petit nombre d’individus de l’espèce vivante , et l’expérience m’a appris que cela est assez loin de suffire , quand les parties comparées ne sont pas absolument caractéristiques.

5° C. Gypsorum.

M. Cuvier a encore rapporté à ce genre un os métacarpien portant une première phalange , trouvé également dans le gypse de Montmartre , mais qu’il n’a connu , fig. III, pl. 70, f. 8-9 , que d’après un dessin que lui avait envoyé Adrien Camper. Aussi se borne-t-il à dire que ce sont les proportions d’un Chien de grande taille ; mais que la phalange est trop courte, et que, dans tous les cas, ces fragments n’ont pu avoir appartenu au même animal, que la demi-mâchoire dont il vient d’être parlé; ce qui est évident.

Aussi les paléontologistes ont -ils vu dans cet os les indices d’une autre espèce de Canis qu’ils ont nommée C. Gypsorum. Quant à moi , je n’o-

PALÉONTOLOGIE

serais pas même assurer qu’il n’a pas appartenu à une espèce de Felis , et peut-être à la même espèce que l’os métacarpien décrit page 1 54 du mémoire sur ce genre.

Je dois cependant faire observer que si la phalange représentée dans Par Noos, la figure donnée par M. Cuvier était bien réellement en connexion avec Gonclus,on’ le métatarsien (car c’en est un plutôt qu’un métacarpien), elle est bien courte pour un Felis, et se rapproche davantage de ses proportions dans un Canis. On pourrait alors y voir quelque chose de semblable à ce qui existe dans le C. Campestris.

Ici se termine l’exposition des ossements fossiles qui ont été attribués au genre Canis , tel que nous le définissons ordinairement ; mais en élargissant la caractéristique dentaire, comme nous le devons, d’après ce que nous a enseigné la connaissance du C. Megalotis , nous croyons devoir aussi y comprendre les deux fossiles suivants :

6° C. Fiverroides.

M. G. Cuvier a signalé pour la première fois le fragment sur lequel nous établissons cette espèce, dans la première édition de ses Recherches sur les ossements fossiles , tome 111 , pl. 3 , fig. 5 , et l’a donné comme provenant d’un Canis dont le squelette est encore inconnu , ou d’un genre de Carnassiers intermédiaire entre les Chiens , les Mangoustes et les Genettes ; mais dans la seconde édition , t. III , p. 272 , pl. LXX, fig. 12, l’article qui le concerne est un peu modifié ; aussi le titre est-il : Portions de tête et de mâchoire inférieure d'un animal du genre des Genettes , et la conclusion fort incertaine est que le plus de rapprochement est avec les Ichneumons, les Genettes et la Fossane.

J’ai observé avec grand soin la pièce fossile : elle a été trouvée dans le gyspe de Paris , il y a déjà un assez bon nombre d’années, et fait partie de la collection paléontologique du Muséum.

Elle consiste en un fragment de mandibule du côté droit , tronquée aux deux extrémités, mais avec une petite partie de l’apophyse coro-

Des C. Viterr aides.

Par M. Cuvier.

Par Nous.

Description.

CARNASSIERS; CANIS { P'iverroïdes).

Comparaison.

noïde à sa racine , le bord inférieur entier et tout droit, le bord supérieur ou dentaire offrant la dent carnassière, quoique cassée en deux parties, un chicot radiculaire de la dernière avant-molaire, et trois alvéoles d’a rrière-mol ai res.

La dent carnassière, ou première arrière-molaire , est formée , comme dans la plupart des genres semi-carnassiers , de deux parties portées , l’une en avant par deux racines transverses , et l’autre en arrière par une seule. La partie antérieure, la plus considérable , la plus élevée, de forme triquètre, est en effet terminée, à sa couronne, par trois pointes, deux en dehors , la postérieure la plus grande , et une en dedans ; la partie postérieure , plus petite , constitue une sorte de talon assez bas , plat et médiocre, occupant un tiers environ de la largeur totale de cette dent, du reste assez peu comprimée.

Sans cloute, cette dent, à elle seule, indique une plus grande ressemblance avec les carnassiers plus insectivores, comme les lchneumons, les Civettes et surtout la Fossane , parmi les Genettes , qu’avec les Chiens, à cause d’un peu moins de compression de la dent en totalité, et surtout de plus d élévation de sa partie antérieure , dont les pointes sont aussi plus aiguës. Mais les alvéoles, qui , comme M. G. Cuvier l’a fait justement observer, sont dans la même ligne, la postérieure, la plus petite, verticale. et les deux antérieures, divergentes, ne peuvent laisser aucun doute que ce système dentaire a appartenu à une espèce de Canis. En effet, ces trois alvéoles indiquent deux arrière-molaires, une première, à deux racines divergentes, et une seconde, à une seule verticale, ainsi que cela a lieu chez les Canis seulement , à l’exclusion de tout autre genre connu de Carnassiers. Or, cette particularité ne devait pas permettre , à M. G. Cuvier surtout, de voir dans cet animal autre chose qu’un Canis, et il ne pouvait soutenir l’opinion que ce fragment de mâchoire avait appartenu au même animal que la tête dont nous avons parlé, dans notre mémoire sur les Yiverras, comme d’une Genette, genre qui na jamais qu’une seule arrière- molaire.

Ce fragment fossile indique donc une espèce de Canis plus viverroïde

Conclusion.

PALEONTOLOGIE.

que celles que nous connaissons aujourd’hui sous le rapport du système dentaire, comme nous allons voir dans le suivant un Ganis plus hyénoïde sous le même rapport.

Je crois devoir rapporter à cette même espèce de Ganis, au moins provisoirement , une partie antérieure de dent carnassière du côté gauche , que M. d’Orbigny a recueillie dans l’argile plastique des environs de Paris, dans la partie nommée par lui calcaire pisolithique , dent qui a été considérée comme provenant d’une Loutre. La grande élévation de la couronne, sa disposition évidemment insectivore, ne peuvent permettre ce dernier rapprochement; et, en effet, cette partie de dent ressemble beaucoup à sa correspondante dans le Canis viverroïde; elle a évidemment été cassée au même endroit , et le talon n’existe plus. Elle est seulement un peu plus forte , et les trois pointes de la couronne sont moins divergentes et moins élevées.

7° Du C. (Hyænodon) lejjtorhynchus (de Laizer).

Gette espèce est une des découvertes les plus intéressantes qui aient été faites en paléontologie dans ces derniers temps. Elle fait le sujet d un mémoire qui a été soumis à l’Académie des sciences par MM. de Laizer et de Parieu, et sur lequel j’ai fait un rapport (Comptes rendus de l’Académie des sciences, tome VII, p. ioç>4), et qui a été publié par ces messieurs dans les Annales des sciences naturelles, tome XI, 2e série, année 183g.

Elle est établie sur une pièce qui a été trouvée dans le terrain diluvium ancien de l’Auvergne à Gergovia ; elle consiste en une mandibule presque entière , armée de presque toutes ses dents des deux côtés, tronquée seulement à l’extrémité des apophyses coronoïdes.

La mâchoire est en général allongée et cependant assez forte ; les deux branches réunies entre elles sous un angle fort aigu et par une symphyse fort longue et solidement soudée.

Chaque côté a sa branche horizontale, longue, étroite, assez convexe

Du C. leptorhynchus ( Hyænodon ).

Par

MM. de Laizer et de Parieu.

Description.

Branche

horizontale.

verticale.

Condyle.

Coronoïde.

Angulaire.

Système

dentaire.

Canines.

Molaires , Jy.

Avant- Molaires, 3.

Première.

Seconde.

112 CARNASSIERS; CANIS ( Hyœnodon ).

en dehors , courbée sur ses deux bords en bateau , assez relevée aux deux

extrémités.

La branche verticale se continue dans le prolongement de l’horizontale , le bord supérieur de celle-ci se relevant dans le bord de l’apophyse coronoïde, et son bord inférieur, après une légère excavation, descendant pour former l’apophyse angulaire. La branche montante offre , à sa face externe, uue assez profonde fosse massetérienne triangulaire , le sommet avançant à l’aplomb du milieu de la dernière molaire , et à l’interne un orifice du canal dentaire assez grand et assez élevé.

Des trois apophyses, le condyle dépasse à peine l’angulaire, son col est court et il est largement transverse. La coronoïde paraît avoir été assez courte et assez large, à en juger du moins par ce qui en reste. Quant à l’angulaire , elle est épaisse , subtriquètre , tout à fait dans le plan de la branche, en un mot absolument comme dans les Ganis.

Mais si la mandibule elle-même est complètement semblable à ce qui existe dans ce genre , il n’en est pas ainsi du système dentaire qui est tout à fait particulier.

Les deux branches de la mandibule ayant un peu chevauché l’une sur l’autre , et les canines étant très-développées à leur base , il en est résulté que les premières incisives ont disparu. La troisième paire caniniforme est seule restée, et le nombre des autres ne peut qu’assez difficilement être assuré.

Les canines sont longues, aiguës, courbes et assez fortes; cependant elles ne sont que fort peu comprimées et non carénées.

Les molaires sont au nombre de sept, trois avant-molaires , une principale et trois arrière-molaires.

Des trois avant-molaires, les deux antérieures sont assez distantes entre elles , ainsi que de la canine et de la troisième ; la première plus petite , à deux racines serrées , est en crochet court et obtus ; et la seconde plus large a deux racines bien séparées, même un peu en crochet, mais avec un large talon. Quant à la troisième , à peu près de la même lar-*

Troisième.

PALÉONTOLOGIE. H3

geur à la base , elle a sa pointe médiane , obtuse , avec un talon bien marqué en arrière et en rudiment en avant.

La principale a presque la même forme , mais elle est plus épaisse , et surtout plus élevée , ce qui la fait paraître plus étroite ; le talon postérieur est également coupé net , et il n’y a aucune trace de l’antérieur , pas plus en dedans qu’en dehors.

Les trois arrière-molaires , fort serrées entre elles , subsemblables , quoique croissant un peu de la première à la troisième, ont toutes deux racines , et deviennent de plus en plus carnassières à la couronne.

La première, la plus petite dans toutes les dimensions , a sa couronne divisée en trois parties; la médiane plus forte, les deux autres presque égales, l’antérieure plus tranchante que la postérieure en talon.

La seconde , également à trois lobes , a les deux antérieurs presque égaux , comprimés , et le postérieur ou talon très-petit.

Enfin la troisième a ses deux lobes élargis , comprimés , tranchants , presque égaux, avec le talon obsolète , absolument comme dans la Hyène rayée , d’où, l’on a tiré le nom de cet animal.

MM. de Laizer et de Parieu l’avaient d’abord considéré, avec juste raison, comme ayant sous ce rapport quelque ressemblance avec la Hyène, et moins heureusement avaient pensé que ce pourrait être un Didelphe, ce qui avait déjà été annoncé par M. Buckland , d’après des renseignements superficiels; mais il m’a été facile de démontrer qu’ils avaient été induits en erreur, etque ce fossile remarquable indiquait peut-être dans le genre Canis, la disposition dentaire la plus carnassière; comme le C. Megalotis offre la plus omnivore; toutefois, il faut en convenir, dans une combinaison de nombre , de forme et de proportion tout à fait particulière, et ne pouvant entrer que fort difficilement dans la série des espèces, telle que nous l’avons établie plus haut.

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