C. (Hyænodon )Brachyrynchus
J’ai déjà parlé de ce curieux fossile , à la fin de mon Mémoire sur les
G. Canis. 13
Principale.
Arrière - Molaires, 3.
Première.
Seconde.
Troisième.
Conclusion.
Considérations
générales.
114 CARNASSIERS; CANIS ( Hyœnodon ).
Subursus, parce que l’on pouvait apercevoir un assez grand nombre de points de rapprochement entre lui et des fragments trouvés dans le
Tête gypse de Paris, et que M. G. Cuvier avait regardés comme voisins des Coatis;
mais je n’en ai donné la description que d’après celle assez abrégée qu’en avait publiée M. Dujardin, dans les Comptes rendus de l’Académie; depuis lors la faculté de Toulouse , qui possède dans ses collections ce morceau encore unique, ayant bien voulu, à la sollicitation réitérée de M. Dujardin et de M. Lemery, me le confier à Paris; j’ai pu, avec la gracieuse autorisation que j’en ai reçue de la faculté de Toulouse , le décrire moimême d’une manière comparative, et le faire figurer, Subursi antiqiu , pl. XVII, et même le mouler en plâtre ; en sorte qu’il est aujourd’hui parfaitement représenté dans la collection paléontologique du Muséum. Décrite La tête sur laquelle repose l’établissement de 1 Hyænodon brachy-
rhynque de M. Dujardin, et à laquelle manquent seulement la partie occipitale et les arcades zygomatiques, a été singulièrement comprimée obliquement dans toute sa longueur, en sorte que le côté droit semble avoir glissé sur le gauche qui est aussi plus élevé, et que le chanfrein et le palais sont obliques; la mâchoire inférieure est placée et ses dents entre-croisées avec celles d’en haut , d’une manière fort serrée , comme si l’animal était mort dans un étal de convulsion tétanique, d'une manière La tête est en général oblongue , légèrement arquée dans son bord spèciale. SUpélqeur ou chanfrein, comme dans son bord inférieur mandibulaire. La ligne médio-supère excavée en une sorte de gouttière depuis Le Crâne, le bord nasal jusqu’au milieu du front entre les orbites, plutôt par suite de la compression , que par disposition naturelle , se relève ensuite en une crête sagittale qui devait être assez haute. Les fosses temporales qui occupent toutes les parties latérales du crâne sont limitées en avant par une ligne anguleuse atteignant une apophyse orbito-frontale assez prononcée , avec un rétrécissement post-orbitaire très-marqué. L’occipital, en très-grande partie brisé, n’offre que l’extrémité postérieure de sa crête; mais le pariétal est tout entier, et se portant assez peu en avant, en pointe, et fort obliquement d avant
PALÉONTOLOGIE. 115
en arrière et de haut en bas, il est à peu près triangulaire, un angle un peu tronqué en arrière dans l’épine occipitale , un autre en avant et le sommet en bas. Le frontal est encore plus considérable , partagé à peu près en deux parties égales par son apophyse orbitaire. Les os du nez assez larges , bombés , médiocrement allongés , s’articulant avec le frontal obliquement , mais largement , sont malheureusement brisés à leur terminaison.
Mais ce qui rend surtout cette tête fort remarquable, c’est la force et l’épaisseur de ses appendices maxillaires.
La mâchoire supérieure , large et haute, commence en arrière par un palatin postérieurpeu ou point distinct, et sans doute fort petit; mais par contre elle se continue en un palatin antérieur considérable, commençant en arrière par une partie étroite, pourvue d’une crête oblique qui va rejoindre le bord externe de l’os , et s’élargissant à mesure qu’il s’avance dans le palais. Celui-ci est cependant d’une largeur assez médiocre entre les lignes dentaires. Il résulte de l’étendue et du rétrécissement en avant du palatin, que l’ouverture du palais est fort rétrécie et portée presqu’au niveau des fosses glénoïdales. Du reste, il est parfaitement plein, et son bord postérieur ne paraît pas avoir été garni d’un bourrelet. Le lacrymal présente aussi la particularité de s’avancer assez notablement dans la composition delà face, en général plus élevée que large.
Lejugal manque entièrement des deux côtés , mais l’étendue de la fosse temporale doit porter à croire qu’il était court et probablement large et assez fortement arqué dans les deux sens.
Le maxillaire, qui constitue la plus grande partie de la face, est médiocrement allongé , mais fort élevé dans sa partie génale. Il présente en dedans de l’orbite, qui devait être rond et assez petit , un orifice considérable pour l’entrée du canal sous-orbitaire , et , en dehors , pour sa sortie, un trou ovale comprimé, de grandeur médiocre, mais fort avancé et tombant à l’aplomb de la troisième avant-molaire.
Quant au prémaxillaire, il est au plus médiocre, et même assez étroit
La Mâchoire supérieure.
Palatin antérieur.
Lacrymal.
Maxillaire.
Prémaxillaire ou Incisif.
La Mâchoire Squammeux.
Mandibule.
Branche
horizontale.
montante
Système
dentaire.
En général.
En particulier.
Incisives,
Canines.
Molaires ,
116 CARNASSIERS; CANIS (Hyœnodon).
dans sa branche montante, qui s’avance fort peu entre le maxillaire et
l’os nasal correspondant.
L’appendice de la mâchoire inférieure commence par un squammeux assez large, arrondi dans son bord supérieur assez élevé, et tronqué dans le reste; mais la mandibule, qui l’est aussi dans sa partie postérieure , est assez bien conservée dans ses branches horizontales ; elle est assez robuste, médiocrement allongée, comprimée, étroite dans ses deux branches, unies par une symphyse fort longue, est assez courbée parallèlement sur ses deux bords, sans trace d’apophyse géni, mais avec deux trous mentonniers subégaux, bien distants, médians, le postérieur à l’aplomb du sommet de la troisième avant-molaire , l’antérieur, à celui de la seconde racine de la première. Les branches montantes sont malheureusement presque complètement brisées et perdues; on peut voir cependant que l’apophyse coronoïde était assez large , arrondie , un peu oblique , et que la fosse massétérienne était assez peu profonde , et imparfaitement circonscrite dans son bord antérieur.
Le système dentaire est au moins aussi remarquable que les appendices sur lesquels il s’implante.
D’abord les deux lignes inférieures sont assez serrées, assez rapprochées pour être parfaitement entre-croisées en avant pour les avantmolaires , et imbriquées d’une manière complète latéralement pour les arrière-molaires, les inférieures par les supérieures , et devenant entièrement carnassières.
Les incisives, qui semblent avoir agi , celles d’en bas contre celles d’en haut, couronne contre couronne, quoique usées assez peu également, sont en haut comme en bas au nombre de trois paires, dont l’externe est bien plus forte queles autres, et la moyenne plus petite et très-rentrée à la mâchoire inférieure.
Les canines sont robustes , peu comprimées , coniques , sans aucune trace de carène, et verticalement implantées, sans être déjetées ni en dehors ni en dedans.
Les molaires , au nombre de six en haut et de sept en bas, sont, comme
PALÉONTOLOGIE
il a été dit plus haut, dans une connexion fort serrée entre elles, de manière à ce que les postérieures d’en haut cachent complètement celles d’en bas.
A la mâchoire supérieure , les trois avant-molaires sont assez fortes : la première, un peu arquée, à deux racines serrées et à couronne un peu en lancette aiguë ; la seconde un peu plus grosse , triangulaire , comprimée, à deux racines divergentes et à sommet submédian, sans traces de talon; la troisième, de même forme à peu près que la seconde, mais un peu plus épaisse à la couronne , avec un talon postérieur bien marqué et deux racines , dont la postérieure est la plus grosse.
La principale est à peine plus forte que la troisième avant-molaire , contre laquelle elle est fortement collée; sa couronne, subtriquètre , portée sur deux racines divergentes, une externe et l’autre interne , est pourvue en dehors d’une pointe médiane , très-peu comprimée , assez basse, et en arrière d’un talon assez marqué, avec un arrêt en avant.
Les trois arrière-molaires vont en croissant d’avant en arrière.
La première , de même forme à peu près que la principale , mais un peu moins large et plus oblique à son bord antérieur, est formée d’une pointe antérieure assez épaisse, un peu conique, et d’un talon postérieur plus large et subtranchant; on voit très-bien en dehors deux racines subégales , et la troisième , en dedans , ne peut être douteuse.
La seconde arrière-molaire n’existe pas sur la pièce fossile , et n’est indiquée que par un reste de racine antérieure et par une gouttière de la postérieure , toutefois suffisant pour montrer que cette dent croisait la moitié antérieure de la dernière molaire d’en bas.
La troisième n’était sans doute pas une dent transverse , mais c’est ce qu’on ne peut pas rigoureusement assurer.
A la mâchoire inférieure , des trois avant-molaires,
La première, un peu plus petite que sa correspondante en haut, est aussi un peu plus en crochet , et oblique en avant, avec ses deux racines presque connées.
Supé¬
rieurement.
Avant- Troisième
Principale.
Arrière- Molaires, 3.
Première.
Seconde.
Troisième.
Inférieurement.
Avant - Molaires, 3.
Première.
118 CARNASSIERS; CANIS ( Hyœnodon )
seconde. La seconde, plus grosse, plus élevée, plus verticale, a sa couronne triangulaire, le sommet obtus, médian, sans talon ni arrêt, avec deux racines assez distinctes.
Troisième. La troisième, notablement plus forte, plus élevée, du reste de même forme , mais avec ses deux racines bien divergentes.
Principale. La principale, malheureusement cachée par celle d’en haut, ce qui ne m’a pas permis de la voir d’une manière complètement satisfaisante , m’a semblé être également triangulaire, et certainement portée sur deux racines peu serrées , la postérieure plus longue et plus grosse.
Arrière- Des trojs arrière-molaires croissant de la première à la dernière, la pre- Molaires, 3. . 4 , .
Première mière ne peut être indiquée que par deux alvéoles du coté droit, toutes
deux arrondies, fort serrées, l’antérieure plus petite que la postérieure; elles indiquent d’une manière certaine que cette dent était plus petite que ses seconde. voisines, ce qui est comme dans le C. Leptorhynque. La seconde , assez complète du même côté pour montrer quelle était un peu plus forte, a deux racines inégales , et la couronne a deux lobes subconiques , avec Troisième un petit talon en arrière. Enfin la troisième, complète, surtout du côté droit, est remarquable par sa grande largeur d’avant en arrière, sa compression ou étroitesse, la couronne étant subtranchante, avec un lobe triquètre en avant, et une sorte de long talon fort bas, mais tranchant , en arrière.
conclusion. D’après cette description, il est évident, comme l’avait parfaitement reconnu M. Dujardin , que l’animal auquel cette tête a appartenu devait être fort rapproché de celui que MM. de Laizer et de Parieu ont nommé Hyœnodon leptorhynchus , tant il y a de ressemblance entre les parties analogues qu’on a pu comparer, c’est-à-dire entre les mandibules et leur système dentaire ; mais il n’est pas moins évident quelles indiquent deux espèces distinctes, comme il est facile de s’en assurer par un simple coup d’œil sur les figures représentées dans la dernière planche des Subursus, inscrite par inadvertance sous ce titre. On peut en effet observer qu’aucune des dents analogues dans les deux fossiles ne sont rigoureusement semblables, étant en général plus fortes et plus serrées , plus contiguës dans
PALÉONTOLOGIE
l’Hyænodon de M. Dujardin que dans celui de M. de Laizer; la dernière surtout est notablement différente : aussi, la mandibule elle- même est, dans le premier, proportionnellement plus épaisse , plus haute , en un mot plus robuste, les trous mentonniers plus rapprochés que dans le second.
Quant au rapprochement fait par M. Dujardin , de son Hyænodon avec le prétendu Coati de M. G. Cuvier, fossile que j’ai cru devoir distinguer sous le nom générique de Taxotherium , il nous semble bien plus douteux.
Il est bien vrai qu’en comparant le fragment de mâchoire supérieure du prétendu Coati avec sa partie correspondante dans l’Hyænodon brachyrinque, on trouve, dans l’un comme dans l’autre , le singulier caractère du prolongement du palais fort en arrière; mais, sans compter que la forme du palais est du reste fort différente , on ne peut, ce me semble , dire que le système dentaire soit absolument le même. Toutefois , on ne peut dissimuler qu’il y a un certain rapport dans le nombre et même dans la forme des avant-molaires , et peut-être même dans la seule arrière-molaire que nous connaissions dans le fragment du gypse de Paris.
En portant la comparaison sur le fragment (extrémité antérieure) de la mandibule du prétendu Coati, et sa partie correspondante de l’Hyænodon de M. Dujardin , le rapprochement me paraît encore bien moins certain sous le rapport de l’os et des dents qui s’y trouvent. En effet, en admettant avecM. G. Cuvier, que dans le fragment du gypse il manque la première avant-molaire, ce qui me paraît indubitable, les trois dents existantes seraient alors la seconde , la troisième avant-molaire et la principale. Or, dans cette manière de voir, aucune de ces dents ne se ressemble, outre leur disposition encore plus serrée dans le morceau du gypse que dans l’autre; à quoi il faut ajouter les trous mentonniers moins distants, peut-être même autrement placés, la symphyse bien moins étendue, et en général la mandibule beaucoup plus courte.
Nous sommes cependant loin de nier qu’il y a une certaine analogie
Comparé avec le Taxotherium .
Mâchoire
supérieure.
Mâchoire
inférieure.
Conclusion.
Avec
les Didelphes.
la Mandibule.
le Palais.
les Dents incisives.
Conclusion.
Est-ce
un Subursus ou un Canisî
120 CARNASSIERS; CANIS (Hyœnodon).
entre les fragments dont nous avons fait notre Taxothcrium Parisiense et les Hyænodontes bracyrinque et lepthorhynque ; nous croyons certainement à une distinction d’espèce entre ces deux-ci , quoique appartenant au même genre; mais nous ne croyons pas que les éléments actuellement connus soient suffisants pour décider la question du Taxotherium , d’autant plus que les deux fragments que nous lui rapportons peuvent très-bien provenir d’animaux d’espèce et même de genre différents.
Reste maintenant la question de savoir si. le nouvel élément introduit par la connaissance de la seconde espèce d’Hyænodon confirme ou renverse la position de cet animal dans la sous-classe des Didelphes. L’apophyse angulaire de la mandibule, si caractéristique chez ces derniers, ne pouvait nous fournir rien de plus que la pièce fossile de M. de Laizer, très-significative sous ce rapport, puisqu’elle est absolument comme dans les Canis ; mais ici , la structure du palais n’est nullement comme chez les Didelphes, chez lesquels elle est également particulière et toujours plus ou moins membraneuse; le rétrécissement post-orbitaire, la forme du squammeux, ne sont nullement comme chez eux ; mais surtout le nombre , la forme , la proportion des trois paires d’incisives en haut comme en bas, absolument comme dans les carnassiers monodelphes , ne peuvent plus laisser de doute raisonnable; du moins à en juger d’après la généralité des faits aujourd’hui connus; car, je le répète, on ne peut admettre de relation nécessaire, forcée, logique, entre la didelphieet le nombre des dents incisives , qui n’est jamais au-dessus ni au-dessous de trois paires aux deux mâchoires , chez les Carnassiers monodelphes, combinaison qui n’a encore été rencontrée dans aucun Carnassier didelphe.
Vient enfin une dernière question : les Hyænodontes doivent-ils être définitivement et rationnellement rangés parmi les Subursus ou parmi les Canis? Quoique je sois porté à penser que ce sont plutôt des Digitigrades que des Plantigrades, et des Carnivores que des Omnivores, en me fondant sur le nombre et la forme des dents molaires, je crois devoir avouer que pour décider tout à fait la question il faudrait avoir un plus
PALÉONTOLOGIE
grand nombre deléments et par conséquent de matériaux que ceux que nous possédons.
Après cette espèce de digression à l’occasion des Hyænodons qui ne sont peut-être pas de véritables Canis, nous rentrons d’une manière plus certaine dans les espèces de ce genre.
L’une des localités dans lesquelles on a recueilli dans ces derniers temps Des c. fossiles le plus grand nombre d’ossements fossiles du genre Canis est certainement celle des environs d’Issoire, en Auvergne, dans l’immense alluvion sablonneuse volcanique qui recouvre les plateaux de cette partie de la France, et qui remplit surtout les ravins qui versent à l’Ailier, sur la rive gauche de cette rivière, et entre autres , celui des Etouaires , que j’ai eu la satisfaction de visiter moi-même en 1828.
Les premiers observateurs qui eurent l’occasion de s’occuper de la mm. Devèze découverte de ce riche dépôt ossifère et d’en publier les résultats , et Bouillel MM. Devèze de Chabriol et Bouillet dans leur Essai géologique et minéralogique sur les environs d’Issoire, publié en 1827 , au nombre des pièces qu’ils ont figurées comprirent (PI. XIV, f. 6, 7, 8 , 9, 10 et 1 1 ) des fragments de mâchoires et des dents qu’ils rapportèrent à une espèce de Canis intermédiaire au Renard et au Chacal ; mais ils se bornèrent à ce simple enregistrement.
Depuis lors de nouveaux observateurs du même pays, et entre autres m. l'abbè M. l’abbé Croizet, ont été plus loin, non-seulement en recueillan 1 un bien Croizet* plus grand nombre d’ossements, mais encore en proposant de désigner, sous des noms particuliers, certains de ces os, qui leur semblaient différer des autres, et qu’ils pensaient indiquer des espèces différentes. Mais d’un nom à une caractéristique il y avait encore loin, et c’est cette tâche que nous allons essayer de remplir en acceptant comme de rigoureuse et convenable équité les noms que M. l’abbé Croizet avait assignés, dans le catalogue de sa collection cédée au Muséum , aux pièces qui la constituaient.
Xous serons moins heureux pour les espèces de Canis que M. Bravard, m. Brav<ird. autre collecteur fort zélé des ossements fossiles de l’Auvergne, a inscrites
G. Canis. 16
dans le catalogue manuscrit de sa collection, par ce que nous n’avons pas à notre disposition ces ossements eux-mêmes pour en faire la comparaison ; toutefois nous en dirons quelque chose pour montrer combien le genre des Canis était nombreux à l’époque où l’Auvergne était un des lieux de refuge les plus importants de la population quadrupède de notre France.
9“ C. brevirostris.