‹ Osteographie, ou, Description iconographique comparee du squelette et du systeme dentaire des mammiferes recents et fossiles pour servir de base a la zoologie et a la geologieChapitre 144 sur 171 · DOMESTIQUE · texte numérisé non relu

DOMESTIQUE

( C . familiaris).

Questions à résoudre posées.

(1) Dans le texte de M. Lund on lit Hodges ,

doute pour Hogdson.

Forme-t-il une seule espèce ?

Est-elle distincte ?

Par le nombre des Os.

132 CARNASSIERS; CANIS (Familiaris).

la règle posée par Pline : In omnibus animalibus placidum ejusdem

invenitur et ferum.

Chacune de ces questions a été résolue d’une manière affirmative par les uns et négative par les autres, et aucune ne l’a été d’une manière véritablement démonstrative, souvent à défaut d’études assez approfondies, mais souvent aussi à défaut d’éléments suffisants à l’époque où elle était agitée.

Et d’abord nous répondons à la première question en acceptant, avec le sens commun et avec Buffon, ce que la grande force de son génie, soutenu de l’observation, quoi qu’on en ait dit (i), lui a démontré à priori comme à posteriori , que, dans le règne végétal comme dans le règne animal, les individus de sexes différents qui, par antbèse ou par accouplement, peuvent produire des individus, eux-mêmes féconds, en tout semblables à leurs parents, et ne différant que par des nuances en plus ou en moins , constituent une espèce. Dès-lors, toutes les races et variétés si nombreuses de Chiens qui se trouvent dans toutes les parties du monde , et d’autant plus variées et nombreuses, que l’espèce humaine est ellemême à un plus haut degré de civilisation , ne constituent qu’une seule et même espèce, remontant à l’acte de la création divine.

Maintenant, cette espèce est elle distincte de celles que nous connaissons à l’état vivant ou à l’état fossile?

Si nous prenons en considération d’abord le nombre des os du squelette et même leurs formes et leurs proportions , nous ne trouverons certainement rien qui puisse différencier un Chien d’un Loup, pourvu que la taille du premier ne descende pas au-dessous de celle du second ; et je ne sache pas qu’aucun anatomiste, même paléontologiste, ait donné un caractère distinctif pour l’un de ces deux animaux.

(1) On est vraiment étonné de trouver que M. F. Cuvier, en acceptant, comme nous, la manière de voir de Buffon , la regarde comme due à la seule force de l’imagination de ce grand homme. Qui donc avait fait avant lui et a fait depuis lui autant d’expériences sur lagrande ques tion de l’hybridité chez les animaux ?

On a bien dit quelque part que le nombre des vertèbres de la queue a la Queue, était plus grand et plus variable dans le Chien que dans le Loup; mais cela n’était pas fondé. En effet, nous avons vu que dans le Loup ce nombre varie de dix-huit à vingt et même vingt et un , ce qui tient un peu à l’âge et même quelquefois au mode de préparation; c’est justement ce que M. F. Cuvier a reconnu pour les Chiens, où , suivant lui , le nombre des vertèbres coccygiennes n’est pas constant dans chaque race. Le plus commun est de dix-huit, comme dans le Chien delà Nouvelle-Hollande; mais il est quelquefois de vingt et de vingt et un , non pas suivant la race, mais suivant l’individu.

Quant aux doigts surnuméraires qui se remarquent dans certains Des Doigts aux Chiens, presque toujours de grande taille, aux pieds de derrière, c’est une véritable monstruosité, analogue à celle qui produit les sexdigitairesdans l’Homme, et nullement un produit de la domestication; elle se trouve dans une race aussi bien que dans une autre , comme M. F.

Cuvier l’a reconnu, et comme j’ai pu aisément le confirmer. Mais je dis que cette particularité n’est pas une indication que le Chien devrait être placé avant le Loup, comme ayant une tendance à être quinquedigité en arrière comme en avant, et que c’est une monstruosité et non pas le développement d’une partie normale. En effet , même dans le pied du Chien mâtin, signalé et figuré par Daubenton, et qui existe encore dans Dans un chien les collections du Muséum (i), exemple où le doigt surnuméraire est véri- a5Do'sls' tablement complet comme pouce , c’est-à-dire formé de son métatarsien et de ses deux phalanges parfaitement conformées, le pouce rudimentaire des Canisn’en existe pas moins, composé de son premier cunéiforme et du rudiment du premier métatarsien, collé d’une manière fort serrée contre le second. Seulement, le doigt supplémentaire a repoussé en dedans, a déplacé le métatarsien du rudiment du pouce, et s’est appuyé partiellement sur son cunéiforme (2).

(1) Du moins, à ce que nous supposons, car le squelette, dont nous avons fait figurer le pied, porte pour étiquette Chien de berger.

(2) M. Isid. GeofFroy-Saint-Hilaire , Histoire des anomalies, tome I , p. 692 , dit qu’il a quel-

à 6 Doigts.

Conclusion.

Par

a Grandeur.

*34 CARNASSIERS; CANIS [Familiaris) .

Cette particularité est encore plus évidente dans les individus qui ont le doigt surnuméraire moins complet , aussi bien que dans ceux où il y en a deux. En effet, chez eux, le doigt rudimentaire a sa forme et sa proportion normales, tandis que les surnuméraires sont très-incomplets dans leur métatarsien , bien éloigné de toucher et de s’articuler avec le tarse, quoique les deux phalanges soient bien complètes Ainsi, je le répète, c’est une monstruosité, analogue à celle qu’offrent les sexdigitaires dans 1 Homme, qui existe dans des êtres en société ou en domesticité , mais non pas par la domesticité, comme M. G. Cuvier l’a avancé, par mégarde sans doute, ce que M. Marcel de Serres a déjà relevé avec raison. En effet, cette monstruosité se trouve sous l’influence de l’Homme , non pas pour sa production , mais tout au plus pour sa perpétuité dans certaines races, en n’accouplant que les individus qui en sont affectés; mais encore elle ne se reproduit pas toujours , et elle peut exister dans plusieurs races, quoique plus commune dans les Chiens Braques et le Dogue de forte race (î).

Ainsi, on ne peut trouver dans le nombre des os du squelette d’un Chien, de quelque race qu’il soit, un caractère qui pourrait le différencier de celui du Loup ni même du Chacal. Voyons si nous pourrons être plus heureux pour la forme, pour la grandeur et pour les proportions.

La grandeur ou la taille ne peut être invoquée ou prise en considération : en effet, s’il y a chez les Chiens des individus de taille extrêmement variée, depuis le Chien de manchon jusqu’à celui des Pyrénées, on peut trouver aussi des Loups de taille fort différente, bien plus qu’on ne

quefois vu ce doigt surnuméraire des Chiens presque aussi long que les autres doigts, posant à terre , et aussi développé même que le doigt interne des Ours ; mais je n’ai jamais rien vu de semblable , et encore moins un cas analogue à celui qu’il cite p. 698, d’un Chien où le cinquième doigt, isolé de tous les autres, était sans aucun doute , suivant lui , le pouce normal , et non un pouce surnuméraire. Malheureusement M. Isid. Geoffroy paraît n’en avoir pas fait l’analyse , et sans elle on peut encore douter.

(1) D’après M. Isid. Geoffroy Saint-Hilaire , loc. cit., p. 692, Cette monstruosité n’a pas encore été observée chez les Lévriers.

le pense ordinairement : par exemple , le Loup d’Égypte et l’individu qui fit tant de bruit dans le dernier siècle , sous le nom de Bête du Gévaudan. Et d’ailleurs nous avons reconnu d’abord qu’ils ne formaient qu’une seule espèce, et comme on peut en trouver d’intermédiaires, et justement de la taille des différents Loups , on voit comment la considération de la grandeur ne peut conduire à rien pour la résolution de la question.

On peut en dire rigoureusement autant de la proportion des os du squelette en supposant quelle varie d’une manière un peu notable , ce qui n’est bien évident que lorsqu’on prend les extrêmes, les Chiens Bassets et les Lévriers.

Reste donc la forme. C’est en effet sur cette considération que porte plus spécieusement la distinction du Chien domestique des autres espèces, et surtout sur la forme du front ; et comme cette forme semble avoir un rapport évident avec le développement du cerveau, substratum de l’intelligence, on voit comment M. F. Cuvier, surtout, s’est servi de cette considération pour la classification des races de Chiens.

On donne généralement comme particulier au Chien le renflement frontal à la racine du museau; mais si l’on examine sous ce rapport un Loup et un Chien de même taille, de même sexe, et dont le museau soit de même longueur, on ne trouve que des différences individuelles, et rien qui distingue ces deux animaux d’une manière un peu tranchée. Bien plus, dans les races de Chiens dont le museau est long, le front est souvent bien moins bombé que dans le Loup, au contraire de ce qui a lieu dans les Chiens à museau court et camus.

En fait, lorsque l’on vient à comparer les crânes de Chiens domestiques avec ceux des espèces du genre Canis, il est évident que c’est celui du Loup qui s’en rapproche le pi us. Rien de comparable ne se remarque dans le Chacal et encore moins dans le Renard , dont le front ne se relève . jamais subitement à la naissance du nez , comme cela se voit toujours , quoiquà des degrés différents, dans le Loup. Jamais cependant ce renflement n’est aussi considérable que dans les races de Chiens domesti-

Par

la Proportion des os

Par la Forme du Front.

Comparé :

vee le Chacal, le Renard.

Conclusion.

par la Capacité crânienne.

par

la Clavicule.

par l’Os pénien.

par les Dents.

136 CARNASSIERS; CAN1S ( Familiaris ).

ques dont le museau est fort court, et, sous ce rapport, Je Boule-Dogue et certaines petites races de Cliiens de Malte sont bien supérieurs au Chien de Berger et même aux Chiens de chasse de plaine , aux Epagneuls et aux Barbets, regardés avec raison comme les Chiens les plus intelligents. Nous avons déjà eu l’occasion de montrer, à l’occasion de l’Ours fossile à front bombé, que cette particularité, qui provient, non pas de la traduction des lobes antérieurs du cerveau, mais du développement des sinus frontaux , est dans un certain rapport avec la force et la vigueur individuelle et sexuelle , avec l’âge, avec l’intensité de l’olfaction et plusieurs particularités biologiques, en même temps qu’avec l’allongement proportionnel des mâchoires.

Ainsi, la forme du front dans le Chien rapproche cet animal du Loup plus que d’aucune autre espèce de Canis.

On a été plus loin en supposant que la capacité crânienne était moindre dans le Loup que dans le Chien domestique ; mais ici il est évident que c’est dans son rapport avec l’aire de la face. Or, chez un Chien mâtin ordinaire et dans le Dingo ou Chien de la Nouvelle-Hollande, que l’on peut prendre comme type du Chien sauvage, la proportion des deux aires n’est certainement pas différente.

Parmi les autres pièces du squelette que nous considérons comme caractéristiques, tous les anatomistes sont d’accord pour admettre qu il n’est pas possible de distinguer celles du Loup de celles du Chien.

La clavicule ou mieux l’os claviculaire dont la forme et le degré de développement sont probablement spécifiques , m’a paru la même dans les deux animaux que nous comparons.

L’os pénien est-il dans le même cas? Daubenton dit positivement oui; mais a t-il pu établir sa comparaison d’une manière absolument rationnelle ? c’est ce qui ne me paraît pas hors de doute.

Il ne nous reste donc plus à examiner dans les parties solides du Chien que le système dentaire, dans le but d’y trouver les éléments que nous cherchons.

Dans la description des dents molaires du Loup nous avons fait observer

PALÉONTOLOGIE

que sur vingt crânes de Loups d’Europe douze nous ont offert une égalité parfaite entre l’espace de la mâchoire occupé par la principale d’en haut et celui que remplissent les deux arrière-molaires, tandis que sur deux de Loup noir, l’une d’Amérique et l’autre des Pyrénées , deux de Loup du Canada et quatre de celui de l’Inde, il y a inégalité en faveur des tuberculeuses. Cette même particularité s’est représentée sur trente ou quarante crânes de Chiens domestiques de toutes les races que j’ai pu examiner, grâce au soin que M. Fréd. Cuvier avait pris d’en recueillir la plupart, et aux additions que j’ai pu faire depuis à notre collection.

Dans la première catégorie , où les deux espaces sont égaux , se trouvent toutes les races de Chiens les mieux définies , savoir : le Chien du Groënland, d’Islande, duSpitzberg, de la Nouvelle-Hollande, de Sumatra, de la Guyane, le Chien de berger, deux Chiens métis de Loup et de Chienne, le Mâtin.

Dans la seconde catégorie , j’ai noté toutes les autres variétés domestiques européennes. Savoir : le Chien couchant, le grand Épagneul, le Danois, le Barbet et le Chien courant, celui de Mascara, de la Camargue, du Thibet , de Sumatra , le Boule-Dogue, mais quelquefois aussi un ou deux individus de Mâtin , de Dogue , et même de Chien d’Islande; en sorte qu’il ne faudrait pas regarder cette particularité comme une indication d’espèce ; d’autant plus que , si l’on examinait un plus grand nombre de sujets, l’on pourrait trouver sans doute des nuances intermédiaires.

M. G. Cuvier (Discours sur les révolutions de la surface du globe, p. 124-125), dit que par l’influence de l’homme, il s’est développé chez les Chiens une fausse-molaire déplus, soit d’un côté soit de l’autre. Le fait est vrai, et même plus étendu qu’il ne le pensait; car la collection du Muséum possède un assez bon nombre d’exemples de cette espèce de monstruosité ou d’anomalie , dans laquelle une dent de plus s’est développée à l’extrémité de la série normale, soit en haut, soit en bas, des deux côtés , ou d’un seul. Nous avons fait figurer la plupart de ces anomalies qui ont lieu sur différentes variétés de Chiens. Sur une tête de Chien

Q. CAMS. 18

comparées

avec les différentes variétés de Loup.

Pour

la proportion dés Molaires.

pour

le nombre

Variétés à ce sujet.

errant de Constantinople que nous a rapportée M. P. E. Botta , la dent surnuméraire est une avant-molaire supérieure de même forme , mais un peu plus forte, surtout d’un côté, que la normale ; sur un Chien de race anglaise, cette même dent n’existe que du côté droit ; sur un Chien des Pyrénées, la dent surnuméraire est une tuberculeuse assez bien de même forme que les autres, quoique plus petite et cela des deux côtés (i) et alors opposée à la septième d’en bas qui n’est plus dens vacuus ; sur un Mâtin de Daubenton et sur un Bouledogue, cette dent surnuméraire n’existe que du côté droit; enfin la collection possède une tête de Lévrier où la dent surnuméraire postérieure a lieu du côté droit en bas à la manconciusion. dibule , et elle est fort petite et ronde. Mais dans ces monstruosités ou mieux dans ces anomalies dont nous avons déjà cité quelques exemples chez des animaux sauvages , l’influence de l’homme n'y est évidemment pour rien, et l’on ne voit pas même comment elle pourrait y être pour quelque chose. MM. Marcel de Serres, Dubreuil et Jean-Jean ont donc bien fait de relever cette assertion de M. Cuvier dans leurs observations sur les Chiens dont les débris sont ensevelis dans les cavernes des parties méridionales de la France. Toutefois ils ont eu tort, ce me semble, de s’appuyer sur ce que, sur des os mandibulaires provenant de ces cavernes, ils ont vu manquer ou non la petite dent tuberculeuse postérieure , tantôt d’un côté , tantôt de l’autre ; en effet c’était évidemment parce quelle était tombée, et d’ailleurs M. Cuvier argumentait sur une avantmolaire de plus et non sur une arrière-molaire de moins.

Avec Si maintenant nous comparons le Chien domestique , sous le rapport

'EspèceT gran(leur et de la proportion des dents, avec les espèces sauvages,

decanis. autres que le Loup, nous trouverons des différences qui ne peuvent perchacai. mettre le moindre doute: avec le Chacal, la taille et la proportion supé- Aguara. rieure des deux dents tuberculeuses sur la carnassière ; avec l’Aguara de

(1) M. Isid. Geoffroy- Saint-Hilaire, qui cite un exemple semblable [Tératologie, I, p. 640 ) ajoute qu’il l’a observé un grand nombre de fois. L’individu que j’ai vu avec cette particularité, est le même qui m’a fourni le cas de sexdigitaire que j’ai fait figurer.

PALÉONTOLOGIE

même et la disproportion encore bien plus grande ; avec le Chien Hyénoïde du cap, une proportion relative de chacune des dents carnassières et des tuberculeuses extrêmement' différente , sans compter l’absence du pouce de devant ; avec le C. primœvus de l’Inde des différences de même force et , bien plus, absence complète de la dernière tuberculeuse d’en bas.

Ainsi le système dentaire nous conduit aux mêmes résultats que le squelette, c’est-à-dire que le Chien domestique ne peut être plus convenablement rapproché d’aucune autre espèce sauvage que de notre Loup d’Europe. Voyons maintenant s’il en sera de même de l’examen d’une partie importante de l’organisation intérieure, partie dont la considération ne laisse pas que d’être employée avec avantage dans la classification des mammifères , la longueur et la proportion de l’intestin et de ses parties principales. C’est à Daubenton qu’en est dû le premier emploi , et Guldenstaëdt s’en est servi pour soutenir sa thèse que le Chien domestique ne constitue pas une espèce distincte et que c’est le Chacal qui en est la souche sauvage.

D’après Daubenton et Guldenstaëdt qui a fait les calculs :

La longueur de l’intestin grêle serait à celle du corps mesuré de l’extrémité du museau à l’anus :

Hyénoïde.

primitif.

Conclusions.

Dans

les proportions des parties.

De l’Intestin .

Grêle.

Dans le Loup : : 4 • 1 •

Dans le Chien de berger : : . 1.

Dans le Chacal : : 5 : 1 .

11 serait par conséquent notablement plus long dans l’animal domestique que dans le Loup , mais plus court que dans le Chacal.

La proportion du cæcum et de l’intestin grêle serait : • Du Cæcum.

Dans le Loup :• 1 : 16.

Dans le Chien de berger : : 1 : 29.

Dans le Chacal : : 1 : 3 1 .

Le cæcum serait ainsi notablement plus court dans l’animal domestique , et sous ce rapport plus rapproché du Chacal.

Du Colon et du Rectum.

Conclusion.

les parties extérieures.

Les Yeux.

La direction de la Queue.

Enfin la proportion des deux parties du gros intestin , c’est-à-dire du rectum et du colon serait :

Dans le Loup

Dans Chien

Dans le Chacal

Le rectum serait donc au

contraire de l’intestin grêle plus court dans

le second que dans le premier , et encore plus dans le Chacal.

De ces mesures proportionnelles de l’intestin, et de ses différentes parties peut-on véritablement induire quelque chose d’un peu légitime, par exemple, que sous ce rapport le Chien est plus rapproché du Chacal que du Loup, comme l’a fait G uldenstaëdt.? Cela est douteux. En effet ces mesures n’ont été prises que sur un individu de chaque espèce comparée, et tout le monde sait quelles sont assez difficiles à prendre, et que sur l’homme, par exemple, où elles on tété sou vent répétées, l’on a trouvé des différences assez considérables et bien supérieures à celles qui viennent d’être mentionnées. Donc, pour qu’ elles pussent être concluantes dans la question, il est évident qu’il faudrait quelles fussent bien plus multipliées, et que l’on eût soigneusement égard au sexe et à lage.

En portant la comparaison sur les parties extérieures, on peut encore envisager :

L’obliquité des yeux si particulière au Loup, si caractéristique de cet animal, et qui ne se retrouve dans aucune race de Chien, pas plus que dans une autre espèce de ce genre. Le fait est admis; mais dans l’opinion de quelques personnes qui ont soutenu la thèse que le Loup est la souche sauvage du Chien domestique, la rectitude des yeux de celui-ci tient à l’habitude qu’il a prise de regarder son maître en face pour mieux comprendre ses ordres, disposition qui s’est transmise par la génération , étiologie , qui , si elle n’est pas une véritable pétition de principe , est au moins bien singulière et sans appui dans un second exemple analogue.

La direction de la queue à gauche chez les races de Chiens dômes-

PALÉONTOLOGIE. ui

tiques où elle tend à se recourber, à se tortiller, est encore un fait assez constant pour que Linné l’ait compris dans la caractéristique de l’espèce; toutefois cette direction n’a jamais lieu dans beaucoup de races et entre autres dans celles qui sont bien franches ; et dans ce cas, si la race n’est pas à poil ras , la forme de la queue rappelle celle du Loup , plus peut-être même que celle du Chacal , étant toujours bien plus chargée de poils plus longs en dessous qu’en dessus , mais jamais celle du Renard , où étant égaux , ils forment une queue cylindrique et traînante

Quant à la nature du poil , à la taille , à la forme du museau que Guldenstaëdt a invoquées en faveur de sa thèse , en faisant porter sa comparaison sur une sorte de moyen terme pris dans toutes les variétés de Chiens, il est évident qu’il est impossible d’en tirer quelque chose d’un peu satisfaisant pour résoudre la question posée.

Le naturaliste que nous venons de citer, le seul qui suivant nous l’a attaquée d’une manière véritablement rationnelle, et cela il y a plus de quatre-vingts ans , a été plus heureux en prenant en considération les mœurs et les habitudes, les gestes, la voix, le degré de carnivorité , l’audace et la hardiesse , la tendance à se rapprocher de l'homme, à le suivre partout , à être son parasite , points de vue sous lesquels il est évident que leChacal ressemble bien davantage au Chien que le Loup, qui fuit, bien plus qu’il ne recherche , la société de l’espèce humaine.

A quoi il ajoute, par suite de ses idées sur la patrie originelle de l’espèce humaine, l’Asie Mineure, sur son séjour, dans les montagnes peu élevées , son habitation primitive même, dans les cavernes , que parmi les trois espèces sauvages de Canis dont on pourrait faire sortir le Chien, savoir le Loup , le Chacal et le Renard , le Chacal est encore aujourd’hui celui qui se trouve abondamment dans l’Asie Mineure et les contrées adjacentes, plutôt dans les montagnes que dans les bois, séjour habituel du Loup, et que dans les plaines où se trouve ordinairement le Renard.

Ces considérations, auxquelles on a ajouté la durée de la gestation également de soixante-trois jours, tandis que chez le Chacal elle n’est que

Sa Forme.

La nature du Poil.

Les Mœurs et Habitudes.

La Patrie.

Le Séjour.

La durée de la Gestation.

Conclusion.

Disposition des Espèces d’après le système digital.

dentaire.

sensorial.

caudal.

Distinction :

par la forme et proportion de la dernière Molaire.

de cinquante-neuf, la durée de l’étal de cécité dans lequel naissent les petits, de dix à douze jours , sont d’une tout autre nature que celles dont nous avons dû nous servir en ce moment; toutefois comme elles n’en sont pas moins évidentes, ne peut-on pas, en les combinant avec celles que nous ont fournies l’ostéologie , l’odontographie et même la paléontologie, et cette autre observation que le Chien redevenu sauvage depuis plus de deux cents ans, en Amérique , reste Chien , et ne redevient pas Loup, comme cela a lieu pour le Cochon et le Chat, qui redeviennent Sanglier ou Chat sauvage, en conclure que le Chien domestique est un partout où il se trouve, distinct des espèces sauvages, moins cependant du Loup que de tout autre pour l’organisation , moins encore peut-être du Chacal pour les mœurs et les habitudes, et par conséquent formant une espèce distincte , comme le génie de Linné l’avait pressenti en la désignant par la dénomination de C. famïliaris.

RÉSUMÉ

i 0 Sur la distribution méthodique des especes.

Les espèces du genre Canis peuvent être disposées dans l’ordre de la série animale , en prenant en considération : a) le système digital dans le nombre des doigts et dans la forme des ongles ; b ) le système dentaire dans le nombre des dents, d’abord le plus grand possible et descendant au minimum , dans la forme des dents postérieures et la proportion de la partie carnivore et de la partie omnivore ou tuberculeuse ; c) le système sensorial dans la forme de la pupille ovale ou ronde, et dans l’état bilobé ou non de la base du bord externe de l’oreille; d) dans la forme de la queue d’abord longue et traînante, puis médiocre et plus ou moins relevée.

Les espèces peuvent être caractérisées: a) par la forme de la dernière molaire, en haut comme en bas, et surtout par sa proportion avec l’avantdernière et celle de toutes les deux avec la carnassière ; b) par la propor-

RÉSUMÉ. U3

ti°n du pouce des membres antérieurs; c) par la grandeur des oreilles, du Pouce. Quant aux caractères que l’on peut tirer de la taille et de la couleur, même des 0reillescelle du dos des oreilles, ils sont bien moins importants et plus secondaires.

A l’aide de ces considérations, on peut démontrer que le Chien forme conclusion, une espèce unique dans toutes ses variétés, ne pouvant être en aucune Pour,e Ghien manière rapprochée du Renard , mais pour ainsi dire , intermédiaire au domeslique' Loup et au Chacal; quoique ayant ses caractères propres, portant physiquement sur un développement plus considérable du crâne et du front, et physiologiquement sur une aptitude toute spéciale à la domesticité et à l’éducation.

2° Sur le système dentaire.

Le système dentaire adulte des Canis, sous le rapport du nombre géné- adulte, ral et particulier , aussi bien que sous celui de la forme et des propor- En généra1, lions, est presque toujours uniforme. En partlculier>

IVois paires d’incisives en haut comme en bas, disposées en demi-cercle, incisives, et plus ou moins lobées à la couronne. ib

Deux paires de canines coniques, peu comprimées , lisses et non caré- canines nées i

Trois paires d’avant-molaires en haut comme en bas, croissant de la Avantpremière à la troisième en grandeur, en forme triangulaire et en com- Mo,aires> pression , l’antérieure uni , les deux postérieures bi-radiculées. H

Une paire de principales supérieures presque tranchantes, triangulaires Principales, obliques, avec un tubercule interne fort petit, tout à fait antérieur et SüPérieures-1un talon tranchant.

Une paire de principales inférieures presque semblables à la troisième inférieures, 1. avant-molaire qui les précède, les deux denticules postérieurs plus prononcés.

Deux paires d’arrière-molaires en haut et trois en bas. Les supérieures Arrière-

plus ou moins subsemblables , bilobées au bord tranchant externe sur Molaires-

Supérieures, 2.

Inférieures, 3.

Différences :

en plus.

en moins.

Dans

le jeune âge.

Vertèbres.

Nombre :

Tête.

Vertèbres de Tronc.

baissé et pourvues d’un large talon interne; des trois inférieures, la première carnassière formée dans sa partie antérieure d’une lame tranchante externe, inégalement bilobée et dans la postérieure d’un talon plus ou moins large; la seconde et la troisième tuberculeuses : celle-ci tout à fait ronde.

Le moindre degré de changement qu’éprouve ce système dentaire adulte des Canis, consiste dans l’absence de la dernière tuberculeuse d’en bas ; mais il en peut offrir de bien plus fortes en plus ou en moins ; en plus, en augmentant d’une arrière-molaire tuberculeuse à chaque mâchoire, et devenant ainsi bien plus omnivore, aussi bien que dans la forme des carnassières ; en moins en se réduisant au contraire à une seule arrière-molaire, et devenant en outre complètement anomal dans la partie molaire du système.

Quant au système de jeune âge il est normal et formé de trois molaires en haut comme en bas, une avant-molaire , une principale et une arrièremolaire, et cela dans toutes les espèces, quelque anomales quelles fussent à l’état adulte.

3° Sur l’ostéologie.

Tous les Canis ont le même nombre de vertèbres , si ce n’est à la queue où elles varient de dix-huit à vingt-deux , c’est-à-dire de quatre seulement. Une seule espèce offre une vertèbre dorsale ou costale , par conséquent une paire de côtes, de plus que toutes les autres, chez lesquelles elles ne solit jamais qu’au nombre de treize; mais le nombre de vertèbres troncales reste le même, celui des lombaires ordinairement de sept, descendant alors à six.

La forme de la tête n’offre rien qui soit bien caractéristique , si ce n’est peut-être dans le prolongement des appendices céphaliques , plus grand proportionnellement que dans aucun autre Carnassier.

Il est également difficile de trouver dans chacune des vertèbres,

même dans les cervicales, une particularité un peu tranchée et qui leur soit exclusivement propre.

11 n’en est pas de même des os des membres.

La clavicule est plus rudimentaire que dans les Felis et moins que dans les Ours et les Petits-ours.

L’omoplate est également assez particulière dans sa forme étroite et sans apophyse coracoïde.

L’humérus court, assez arqué, sans canal au condyle interne , ni crête à l’externe, est constamment percé dans la cavité olécrânienne, d’un trou de non-ossification.

Le radius et le cubitus sont fort rapprochés , assez fortement courbés dans le même sens ; le premier fort aplati , aussi large en haut qu’en bas , et tout à fait en avant du cubitus.

Les os du pied de devant sont en même nombre que dans les Felis ; mais les os du métacarpe plus longs, plus serrés, plus courbés , le pouce plus court et les phalanges onguéales plus longues par rapport aux autres , et plus étroites , moins arquées et plus obtuses.

Le bassin est assez court et large dans la partie antérieure de l’iléon.

Le fémur est court et assez arqué.

Le tibia est remarquable par la manière dont sa crête est. brusquement tronquée.

Le péroné, par sa gracilité, sa flexion subite et son application au tibia dans sa moitié postérieure.

Le pied de derrière, par une disposition analogue à ce qui existe au pied de devant et même plus marquée dans l’étroitesse et l’élévation du métatarse.

La rotule, par son peu de largeur et sa grande épaisseur.

Enfin , l’ospénien par sa grandeur en général et par sa forme largement canaliculée.

Membres

antérieurs.

Clavicule.

Omoplate.

Humérus.

Radius.

Cubitus.

Os du Pied.

Membres

postérieurs.

Iléon.

Fémur.

Tibia.

Péroné.

Os du Pied.

Rotule.

Os pénien.

G. Canis.

En général.

En particulier.

En Afrique.

En Amérique.

En Europe.

4° Sur la distribution géographique des especes.

(Voir le Tableau: p. 151.)

On trouve une espèce de Canis domestique dans toutes les parties du monde, partout où est l’homme, et il s’en trouve également de sauvages dans les diverses régions de l’ancien et du nouveau monde, à l’exception de la Nouvelle- Hollande , de Madagascar et des îles de la mer du Sud , aussi bien dans les climats froids que dans les climats chauds, dans les pays élevés que dans les plaines, dans les continents que dans les îles; en bien plus grand nombre toutefois dans les premiers que dans les secondes.

Des différentes parties du monde, c’est l’Afrique qui nourrit le plus grand nombre d’espèces et même les espèces les plus singulières; savoir : le Renard, le Loup et le Chacal, et même, suivant quelques voyageurs, de plusieurs espèces, le Fennec, le Mégalotis, le Canis hyénoïde et le Protèle,ce qui est en rapport avec le nombre prodigieux d’espèces et d’individus de la famille des Antilopes de toute taille qui peuplent toutes les parties de l’Afrique.

L’Amérique vient ensuite, et cela aussi bien dans les régions les plus boréales que dans les plus australes; mais ce sont surtout les Loups et les Renards , formant plusieurs espèces distinctes , surtout au nord , et de plus les Canis à pouce court de la Sud-Amérique, mais point de véritables Chacals.

L’Asie, d’une extrémité à l’autre dans les deux sens, si ce n’est dans son archipel, nourrit essentiellement le Chacal et une ou deux espèces voisines; mais de plus le Loup , le Renard et le Chien primitif, ou mieux le Chien des pentes de l’Himalaya.

Enfin l’Europe ne renferme aujourd’hui que le Loup et le Renard commun, avec une autre espèce de petit Chacal appelé Isatis, tout à fait au nord, et le Chacal exclusivement à l’est.

RESUME

5° Sur l'ancienneté à la surface de la terre , et par suite sur les traces qu’ils ont laissées à [état fossile.

Ce genre est mentionné de toute antiquité par les plus anciens écrivains sacrés et profanes, et cela pour les trois espèces qui existent encore aujourd’hui dans toutes les parties de l’ancien monde, le Chien, le Loup et le Renard, et pour une quatrième qui ne se trouve que dans ses régions chaudes , le Chacal.

Les monuments archéologiques, c’est-à-dire les médailles, la statuaire, et même l’écriture hiéroglyphique ou autre , confirment ce premier résultat du moins pour le Chien et le Chacal.

Mais c’est surtout par les restes d’animaux de ce genre , conservés à l’état fossile, que son ancienneté est encore plus victorieusement démontrée.

C’est dans les terrains tertiaires que l’on commence à en trouver, d’abord dans la couche de l’argile plastique immédiatement en contact avec la craie, c’est-à-dire dans le calcaire pisolithique deMeudon : C. Vwerroïdes.

Puis et beaucoup plus évidemment dans la partie gypseuse de cette même formation aux environs de Paris, indiquant une ou deux espèces encore inconnues à l’état vivant, C. f^iverroïdes , et une espèce actuellement vivante C. lagopus Parisiensis.

Quant à l’animal carnassier des carrières de Montmartre, dont, suivant M. G. Cuvier (Extrait d’un Mémoire sur les Quad. fossiles, Soc. philom., an VI, ou 1798) « la forme des mâchoires, le nombre des dents mo- » laires, les pointes dont elles sont armées, indiquent qu’il devait se » rapprocher du genre Canis, ne ressemblant cependant à aucune » espèce de ce genre, parce que, marque distinctive la plus frap- » pante, la septième molaire d’en bas est la plus grande, tandis » que dans les Chiens, les Loups et les Renards, c’est la cinquième, » c’est celui dont M. Cuvier a fait plus tard un genre bien différent, inter-

Chez

les Écrivains.

Chez

les Artistes.

Dans le sein de la Terre.

Dans

les terrains tertiaires.

Environs de Paris :

Page 1