DE LA DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE ACTUELLE DES CARNASSIERS
Généralités. Quoique nous ne possédions pas encore tous les éléments nécessaires pour dessiner d’une manière complète la distribution actuelle des Carnassiers à la surface de la terre, il est cependant de la plus rigoureuse nécessité de traiter ce point important, si nous voulons donner aux conséquences que l’on pourrait tirer de l’étude des traces qu’ils ont pu laisser à l’état fossile , un appui de quelque valeur, influence. Parmi les conditions de l’existence des animaux, en tant qu’individus, celle qui comprend la nourriture étant évidemment la plus importante, et cette nourriture étant ici elle-même animale, on voit comment, pour D’au ires ]es Carnassiers, la distribution géographique est déterminée par la co-exis-
Animaux. n • > 1
tence d autres animaux, soit de la même classe, soit de classes différentes, et beaucoup moins qu’on ne l’a cru par la température; aussi l’on peut dire d’une manière générale qu’aux lieux où se trouvent un grand Herbivores, nombre d’animaux herbivores , surtout où les Carnassiers pourront être carnassiers, à l’abri des poursuites de Carnassiers plus forts qu’eux, et surtout de celles De l'Homme, de l’espèce humaine , qui seule a reçu de Dieu la haute prérogative de faire servir la nature entière à son usage , et de paraître l’opprimer, ils séront plus nombreux en espèces et même en individus, comme l’Afrique en est un exemple remarquable , surtout dans son intérieur, où la civilisation à peine a pénétré de nos jours. C’est là en effet que, sauf le Tigre, toutes les formes particulières de Carnassiers existent en grand nombre; parce que , outre la condition de température, se trouve la première bien plus importante, l’abondance de la nourriture fournie
par les Singes, par les Ruminants et autres animaux. Et comme parmi ceux-ci il s’en trouve de toute taille et de toute grandeur dans les eaux , et dans les airs comme sur la terre, on voit comment la forme carnassière s’est pour ainsi dire modifiée d’une manière si variée , pour atteindre à toutes ces nécessités d’harmonie générale, aussi bien dans la dimension que dans le mode et le degré de carnivorité.
On voit encore comment l’espèce humaine exerce une influence si grande sur les Carnassiers plus peut-être que sur la plupart des autres espèces de Mammifères.
Après ces quelques généralités sur la distribution géographique ac- En particulier.' tuelle des Carnassiers à la surface de la terre, entrons dans plus de détails en prenant chaque grand genre en particulier.
Des Phoques.
Les Phoques, par lesquels nous commençons, étant nécessairement littoraux des rivages de la mer, sont, sous le point de vue qui nousoccupe , un peu comme les Oiseaux aquatiques et les Poissons avec lesquels ils vivent , ou mieux dont ils se nourrissent , c’est-à-dire que la circonscription de leur position géographique ou de leur habitat est beaucoup moins limitée que pour les autres Mammifères.
On remarque cependant qu’en général ils sont beaucoup plus nombreux en espèces , et même en individus , dans les régions polaires que dans les régions tempérées, et surtout que dans les intertropicales.
On a même fait l’observation que jusqu’ici on ne connaît pas encore de Phoque dans la mer des Indes.
Spécifiant maintenant la répartition des différents groupes de Phoques, il est reconnu que les espèces sans oreilles sont bien plus abondantes et plus nombreuses dans les mers arctiques que dans les mers antarctiques. Il semble même qu’il n’y ait pas de Phoques de la division f incisives, par conséquent du même groupe que le Phoque commun ,
En général.
Dans
les Régions polaires.
Dans la mer des Indes.
En particulier.
les Phoques communs.
autre part que dans les mers du Nord , et cela est certain pour les rour le Morse. Morses , que l’on n’a pas encore rencontrés ailleurs que dans ces mers, i-e Phoque Au contraire, les Phoques à oreilles, ou Otiphoques, n’existent que « Oreilles dans jes mers de l’hémisphère austral , du moins de la mer Atlantique , car dans la mer Pacifique américaine , on en connaît depuis le cap Horn , au sud, jusqu’au Kamstchatka , au nord.
Pour Quant aux espèces suffisamment déterminées, il en est même un cer-
teiie ou telle tajn 110mbre qui paraissent, pour ainsi dire, limitées à des mers assez
Espèce. ...
p. monachm. peu étendues. Ainsi le P. monachus n’a encore été trouvé que dans la mer Adriatique, et suivant M. de Nordman, dans la mer Noire, tandis p. leptonix. qu’une espèce fort voisine, que j’ai nommée P. leptonix à cause de la petitesse de ses ongles, appartient exclusivement aux mers du Sud. p. l'iiuiima. Au contraire, le Phoque commun, le P. vitulima , L., n’a jamais été rencontré au delà de la partie la plus septentrionale de la Manche , en Europe, et du Groenland, sur les côtes de la Nord-Amérique, où il est excessivement commun et d’une très-grande importance pour les peuples de ces contrées.
On dit aussi que la mer Caspienne nourrit des Phoques, et, suivant M. de Nordman , d’une espèce particulière; mais elle n’a pas encore été caractérisée.
Des Ours.
Des ours. Les Ours étant, comme nous l’apprend leur histoire naturelle, des En générai, animaux qui habitent constamment des régions froides , l’on peut présumer que toutes les espèces doivent se trouver en plus grande abondance dans les régions polaires ou dans les montagnes élevées au voisinage des neiges perpétuelles; et en effet, c’est ce qui a lieu; tandis que l’on peut, au contraire, prévoir qu’il ne doit pas s’en trouver dans les pays de plaines et surtout dans les contrées équatoriales. Ce genre occupe donc les parties septentrionales du globe dans l’ancien comme dans le nouveau monde , et les chaînes de montagnes élevées dans les régions méridionales
distribution GÉOGRAPHIQUE. 77
des deux continents. Ce n’est que dans la Nouvelle-Guinée et dans la Nouvelle-Hollande qu’il n’existe pas d’Ours , ou du moins qu’on n’en a pas encore trouvé. On en dit autant de toute l’Afrique, sauf le versant nord de l’Atlas , et encore il y a quelques doutes à ce sujet.
Mais si ce genre de Carnassiers se trouve à peu près répandu partout , particulier les espèces qui le constituent sont plus ou moins limitées à certaines parties du monde.
Ainsi l’Ours blanc maritime habite tous les rivages des îles et des con Pour
. , . l’Ours blanc.
tinents compris entre le cercle polaire et le pôle Nord, aussi bien en Amérique qu’en Europe et en Asie; et s’il arrive quelquefois jusqu’en Islande et en Norwége, c’est qu’il y a été porté par quelque banc de glace, entraîné lui-même à l’époque du dégel annuel.
Les Ours proprement dits sont assez répandus dans toute l’Europe, cours
11 « i commun.
et surtout au nord, en Norwége, en Russie, en Pologne, et aussi dans les Alpes, dans les Pyrénées et sur le versant septentrional des montagnes qui, en Europe, en Asie et en Afrique, ceignent le Périple de la Méditerranée. Forskall en cite, et M. Ruppell aussi, en Arabie.
Ils le sont également dans la Nord- Amérique , depuis une mer jusqu à l’autre , et depuis le golfe du Mexique jusqu au Canada; mais avec 1 espèce d’Europe plus rare peut-être, il s’en trouve une ou deux autres qui sont particulières à la Nord- Amérique.
La partie méridionale de l’Afrique , ainsi que la grande île de Madagascar, paraissent ne nourrir aucune espèce d’Ours; tandis que dans le versant septentrional de l’Atlas se trouve l’Ours commun.
Il n’en est pas de même de l’Asie méridionale continentale, et même cours
r . .... du Thibet-
insulaire, qui possèdent, la première, lOurs du Thibet, qui habite les parties les plus montueuses , et l’Ours à grandes lèvres ( U. labiatus ), qui paraît se trouver aussi dans l’archipel Indien. lèvres.
Cette partie du monde renferme , surtout dans les grandes îles qui la cours malais, constituent , l’Ours malais ( U. Malayanus ) , dont la forme de tête rappelle beaucoup l’espèce qui habite les Cordillières , dans la Sud-Amerique, dont ont parlé depuis longtemps les voyageurs, mais qui ne se
CARNASSIERS; SUBURSUS-MUSTELA.
trouve dans nos collections que depuis un assez petit nombre d’années.
Sauf les grandes îles de l’Asie , on ne connaît d’Ours dans aucune autre , pas même dans les deux îles de l’Angleterre ; ainsi la Sicile , la Sardaigne , la Corse ne nourrissent pas d’Ours.
Des Petits-ours.
En général.
En particulier
Pour
le Rlaireau.
Les Coatis.