‹ Osteographie, ou, Description iconographique comparee du squelette et du systeme dentaire des mammiferes recents et fossiles pour servir de base a la zoologie et a la geologieChapitre 161 sur 171 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

ODONTOGRAPHIE.

En général.

Par

Daubenton.

MM. Cuvier.

H. de Blainville.

Considérées en totalité.

Le système dentaire des Hyènes n’est pas moins remarquable et même est peut-être plus particulier que leur squelette; et ce qu’il y a de singulier, c’est que si celui-ci se rapproche davantage des Canis, celuilà offre plus d’analogie avec ce qui existe dans les Felis qu’avec ce qu’il est dans tout autre genre de Carnassiers. C’est, en effet, ce qu’ont aperçu les anatomistes qui ont eu l’occasion d’étudier ce genre d’animaux, et, par exemple , Daubenton ( Histoire naturelle de Buffon, t. IX , p. 29 , 1761); aussi fait- il observer que « les dents de l’Hyène ont plus de rapports à » celles du Léopard qu’à celles du Loup par le nombre , la figure et la » position des mâchelières, principalement de la dernière mâchelière d’en » haut qui est placée hors de ligne au côté interne de l’avant-dernière , » celle-ci étant comme dans le Léopard beaucoup plus large et par con- » séquent plus grande que dans le Loup. » Les besoins de la zoologie, et surtout ceux de la paléontologie, si bien exprimés par Esper , dans son Histoire des ostéolithes de la caverne de Gaylenreulh , durent porter à décrire et à figurer avec détail les particularités différentielles de ce système dentaire, ce que firent surtout MM. Cuvier, l’un dans les deux éditions de ses Recherches sur les ossements fossiles de quadrupèdes , en 1806 et en 1 82 5, l’autre dans son Mémoire sur les Dents, considérées comme fournissant les bases de la classification des Mammifères, en 1826, et moi-même dans l’article Dents , du nouveau dictionnaire d’Histoire naturelle, deuxième édition, 1817.

Les dents de l’Hyène rayée , notre type, offrent d’abord une particu-

ODONTOGRAPHIE.

larilé que nous avons déjà fait remarquer chez les Gloutons , et qui consiste en ce quelles sont en général très-fortes , très-serrées , trèssolidement enracinées, les molaires, surtout, occupant, sans intervalle, toute la longueur des mâchoires, de manière souvent à se presser, se déranger, du moins les deux intermédiaires , comme si elles s’imbriquaient latéralement. C’est sans doute cette disposition accrue par lage , qui a porté quelques anciens voyageurs à dire que dans cet animal les dents forment un seul os par leur continuité entre elles et avec les mâchoires elles-mêmes.

11 y a, du reste, trois paires d’incisives, une paire de canines en haut et en bas comme chez tous les Carnassiers , depuis les Phoques , et de plus cinq paires de molaires en haut et quatre seulement en bas, comme dans quelques espèces de Mustelas; ce qui donne la formule générale suivante :

5 + 7 + ï dont Ô + 7 + 7

Ce qui est fort différent des Canis, où nous avons eu :

dont

et beaucoup moins des Felis, comme l’a parfaitement reconnu Daubenton , où la formule est :

Ainsi la différence dans ce dernier exemple porte seulement sur une avant-molaire de plus à chaque côté des deux mâchoires , ce qui a donné à celle-ci un peu plus de longueur, a). Supérieurement.

Les trois incisives rangées en arc de cercle, bien moins courbé cependant que chez les Canis, sont fortes et très-serrées, la première plus petite que la seconde, l’une et l’autre pourvues d’un talon interne, bi -

G. Hyène. 4

le Nombre et les espèces de Dents.

Formule

comparée

avec les Canis.

avec les Felis.

En particulier.

Supérieurement :

Incisives.

Première.

Seconde.

Troisième.

Canines.

Avant Molaires, 3.

Première.

Troisième.

Principale.

lobé ( i ) à la couronne, et d’une racine longue et assez comprimée; mais surtout la troisième, qui est bien plus grosse, en crochet pointu et véritablement un peu caniniforme (2).

La canine qui suit après un intervalle destiné à loger la canine inférieure est encore assez robuste, moins que chez les Felis, et même que dans les Ours, mais notablement plus que dans les Canis, étant en général plus courte et fortement radiculée ; du reste elle est ovale, sans autre cannelure ou arêtes que celles qui séparent le tiei-s interne, plus plat, des deux-tiers externes, plus convexes, de la circonférence.

Les trois avant-molaires suivent presque immédiatement la canine; la première beaucoup plus petite à une seule racine assez longue , supportant une couronne épaisse et subtriquètre, avec un bourrelet interne assez distinct ; la seconde beaucoup plus grosse à deux racines subégales, longues, peu divergentes ou presque perpendiculaires a la couronne triangulaire, épaisse, avec un arrêt en avant et un talon en tubercule simple en arrière ; la troisième de même forme , mais plus épaisse et notablement plus grande, est pourvue également de deux racines sub- verticales, la postérieure plus grosse et l’arrêt antérieur de la couronne bien moins marqué.

La principale est peut-être proportionnellement encore plus grande que celle des Felis et à fortiori que dans les Canis, la couronne étant du reste comme chez ceux-là formée, en dedans, d’un assez large talon tout à fait antérieur ayant sa racine propre et, en dehors, d’une lame tranchante divisée en trois lobes, le médian plus élevé et plus large que 1 antérieur, le postérieur le plus large des trois et formant une sorte de talon tranchant et un peu bilobé, porté sur la plus grosse des deux racines externes.

(1) Schmerling reproche , avec raison , à M. G. Cuvier, d’avoir dit que ce talon était à trois tubercules (IV, p. 402).

(2) Schmerling, Cav. de Liège, p. 52, après avoir repris M. Cuvier d’avoir décrit ces dents comme de petites canines , ce qui est cependant assez vrai , ajoute avec plus de raison qu’il a donné comme une canine de Loup , la dent fig. 3, pl. Y, d’Esper, et qui en effet est bien plus probablement une incisive supérieure externe d'Hyène.

0D0AT0GRAPH1E.

Enfin la seule arrière-molaire la plus petite de toutes, tout à fait rentrée et transverse comme dans les Felis, n’a qu’une racine (i), portant une couronne triquètre, un angle obtus fort peu marqué en arrière, un second arrondi en dedans, et le plus aigu en dehors, b). Inférieurement.

Les trois incisives, disposées plus transversalement , sont aussi en général plus petites qu’en haut, moins inégales, mais surtout plus étroitement et plus longuement radiculées. La première est toujours la plus petite, la seconde la plus rentrée, la troisième la plus grosse et cunéiforme, avec un petit auricule au bord externe de la couronne (2).

La canine ressemble assez bien à la supérieure, aussi longue qu’elle et à peine plus en crochet , quoique plus déjetée en dehors. La partie plate de la circonférence interne est aussi plus étroite avec ses arêtes moins prononcées.

Après une barre assez marquée , formée par un bord épais et rentrant, viennent les deux avant-molaires assez bien de même forme , la postérieure seulement bien plus forte et surtout plus élevée, plus épaisse, à deux racines serrées et sub- égales, presque parallèles, mais à une seule pointe entre deux talons d’arrêt bien marqués, surtout en arrière où le talon est comme divisé par le bourrelet marginal.

La principale est plus large , mais un peu moins haute et même moins épaisse dans sa pointe médiane que la seconde avant-molaire, au contraire des talons qui sont bien plus marqués, surtout le postérieur.

Enfin la seule arrière-molaire est assez bien comme son analogue chez les Felis, quoique proportionnellement bien plus petite. Elle est aussi plus épaisse , et par conséquent moins tranchante , mais éga-

Arrière-

Molaire.

Inférieurement.

Incisives, 3.

Première.

Seconde.

Troisième

Canine.

Avant- Molaires, 2.

Principale.

Arrière-

Molaire.

(1) M. Fréd. Cuvier dit qu’elle a plus de deux racines. (G. Cuv. IV, p. 236.)

(2) C’est donc à tort que M. F. Cuvier, loc. cit., décrit les incisives de l’Hyène, comme simples et d’égale grandeur.

Différences individuelles.

H. vulgaris de l'Inde.

d'Oran.

du Cap (N. fnsea).

Spécifique H. crocuta ).

Supérieurement :

lement formée de deux larges lobes presque égaux , divergents , avec un petit tubercule pointu collé en dedans de la base du lobe postérieur, et de plus, en arrière, d’un talon arrondi, excavé et rebordé le plus ordinairement de deux pointes; ce talon s’opposant dans le jeu des dents à la partie interne de la tuberculeuse d’en haut.

Comme dans les Felis, cette dent a deux racines dont l’antérieure est la plus grosse.

La description du système dentaire que je viens de donner est prise d’un individu originaire de l’Inde, probablement femelle, dont les dents bien adultes étaient dans un état parfait de conservation, netant qu’à peine un peu usées à l’extrémité des pointes.

Sur un individu venant d’Oran, et que nos collections doivent , ainsi que plusieurs autres bonnes choses, au zèle éclairé de M. le Dr Guyon, chirurgien en chef de l’armée d’Afrique , je n’ai trouvé de différences que dans la grandeur des dents en général , qui sont en effet notablement plus fortes , mais dans les mêmes formes et proportions.

Sur un crâne de l’Hyène brune (H.jiisca) , qui me semble provenir d’un individu mâle adulte mort à l’état sauvage, et par conséquent plus robuste que la plupart de ceux d’Hyène vulgaire que nous possédons , je n’ai pu non plus trouver de différences exprimables , même par l’Iconographie , pas plus aux dents supérieures qu’aux inférieures. Toutefois le tubercule interne de la carnassière inférieure était moins saillant, moins détaché, aussi que son talon postérieur, et, sauf plus d’épaisseur et moins de saillie des arrêts et des talons, la ressemblance était du reste parfaite pour toutes les autres , même pour la tuberculeuse

Il n’en est plus ainsi aussitôt qu’on passe à l’examen d’une véritable espèce , comme l’Hyène tachetée ; on peut aisément reconnaître dans son système dentaire , des différences notables et surtout dans les dents véritablement caractéristiques; car pour les incisives et les canines il serait difficile de les distinguer de celles de l’Hyène vulgaire. Mais il n’en est pas de même pour les molaires. En haut les deux premières avant-

ODONTOGRAPHIE.

molaires sont d’abord proportionnellement plus petites. En effet, sur l’exemplaire que je compare , la seconde n’est pas plus grande que dans un individu de l’Hyène rayée d’un cinquième plus petit ; mais c’est tout le contraire pour la troisième qui, dans l’Hyène tachetée, est bien plus haute , quoiqu a peine un peu plus large à la base. La principale offre aussi plus de développement , mais par suite de plus de largeur dans le talon tranchant, car le lobe antérieur est au contraire plus petit; son talon interne antérieur est aussi plus obliquement antérieur. Enfin la tuberculeuse est surtout beaucoup plus petite , quoiqu’elle soit également sub-triquètre , presque sigmoïde, la base en arrière, à la couronne.

Il y a plus de ressemblance pour les quatre molaires de la mâchoire inférieure. La première est cependant proportionnellement moins grande ; la seconde est aussi un peu plus élevée ; la troisième presque semblable , et plus oblique par pression a tergo ; mais la dernière ou carnassière est assez différente , d’abord parce qu’en totalité elle est proportionnellement plus large, et ensuite parce que le talon postérieur est bien plus petit, au contraire du bourrelet antérieur. Le tubercule interne est en outre entièrement nul. Il en résulte que cette dent de l’Hyène tachetée serait presque aussi carnassière que dans les Felis, si elle n’était pas plus épaisse et moins tranchante.

Comme j’ai pu étudier ces particularités différentielles des dents des deux espèces d’Hyène sur plusieurs individus , je me suis assuré de leur constance. Je n’ai pas été aussi heureux pour le jeune âge, n’avant encore réussi à me le procurer dans l’Hyène rayée , si ce n’est dans la variété brune du Cap (i).

Sous ce rapport, les animaux de ce genre sont, comme les Canis, dans la règle générale chez tous les carnassiers, les Felis exceptés, c’est-à-dire que la formule dentaire est:

Ayant-

Molaires.

Première.

Seconde.

Troisième.

Principale.

Arrière-

Molaire

ou

Tuberculeuse.

Inférieurement :

Molaires.

Première.

Seconde.

Troisième.

Quatrième.

Différences sur l’âge.

En général.

+ + dont

(1) M. G. Cuvier n’avait pu l’avoir pour aucune des deux espèces.

En particulier.

De l'Hyène tachetée (H. crocuta).

Incisives

Canines.

Molaires.

Supérieurement.

Première et Avant- Molaire.

Seconde Principale ou Carnassière.

Troisième ou Arrière Molaire ou Tuberculeuse.

Inférieurement.

Avant-

Molaires.

Principale.

Molaires.

Dans J Hyène tachetée du Cap, d’après deux individus, les incisives, en haut comme en bas, sont assez bien comme dans l’adulte, avec cette différence que la couronne est tout à fait indivise , même dans le talon d’arrêt des supérieures; mais il paraît quelles s’usent de bonne heure.

Les canines sont d’abord aussi comme dans l’adulte , en crochet court et bien formé; mais bientôt celui-ci est usé. La racine s’avance presque droite, ce qui lui donne une forme et une gracilité particulières.

Des molaires bien moins serrées que dans l’adulte, l’avant-molaire d’en haut est assez forte, triquètre, à trois racines, et à couronne triangulaire, sub-tranchante, avec un petit arrêt en arrière : la principale un peu plus compliquée que son analogue dans l’adulte, dont elle a cependant la forme, en ce que le lobe antérieur plus petit est pourvu en dedans d’une pointe très- marquée; son talon interne et par conséquent la racine, est en outre bien plus reculé, correspondant obliquement au lobe externe médian. L’arrière-molaire est encore bien plus forte et bien plus compliquée que dans l’adulte dont elle diffère prodigieusement. Elle a en effet trois racines divergentes, une pour chaque angle de la couronne trilobée , qui représente assez bien un triangle rectangle à bords excavés ; la base ou l’hypoténuse transverse en avant, l’angle droit en arrière, et, des deux autres, l’un plus arrondi en dehors , collé contre la principale , l’autre soulevé en talon en dedans, dans une direction opposée à celui de la principale.

Il y a moins de différences pour les dents de la mandibule qui sont également toutes à deux racines. L’avant-molaire est seulement plus obliquement triangulaire avec les arrêts moins marqués. La principale ressemble presque complètement à sa correspondante adulte ; seulement les talons et surtout le postérieur, plus larges et plus distincts. On peut en dire à peu près autant de l’arrière-molaire ou carnassière, elle ne diffère guère de celle d’adulte que parce que le talon posté-

PALÉONTOLOGIE

rieur est bien plus large au contraire de l’arrêt antérieur; il n’y a du reste non plus aucune trace du tubercule interne. Des deux racines, l’antérieure est également la plus forte, au contraire de ce qui a lieu pour les deux dents antérieures.

Sur le très-jeune sujet d’Hyène rayée, variété brune, que possède notre collection , j’ai pu m’assurer que la dent tuberculeuse supérieure diffère notablement de son analogue dans l’Hyène tachetée, en ce que sa couronne plus large est régulièrement en forme de triangle rectangle, les côtés rectilignes et les angles arrondis ; tandis que la carnassière inférieure ressemble presque complètement à celle d’adulte , par le grand développement du talon à trois cornes bien distinctes et avec le tubercule interne aigu comme dans celle-ci.

Ainsi les deux espèces d’Hyènes vivantes sont aussi bien distinctes par le système dentaire de lait que par celui d’adulte, ce que nous verrons avoir également lieu pour l’Hyène fossile.

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