‹ Osteographie, ou, Description iconographique comparee du squelette et du systeme dentaire des mammiferes recents et fossiles pour servir de base a la zoologie et a la geologieChapitre 39 sur 171 · TERRE · texte numérisé non relu

TERRE

Les Petits-ours, de taille au plus médiocre, n’ayant rien de frappant, rien d’extraordinaire dans leur organisation, non plus que dans leurs mœurs et leurs habitudes, aucun d’eux n’a dû attirer l’attention des poètes , des mythologistes , et des historiens de l’Homme ; à peine si

4e degré.

Sur un Blaireau.

Suivant

l’emploi.

Dans les Œuvres littéraires.

46 CARNASSIERS; SUBURSUS [Meles).

ceux de la nature ont fait mention du Blaireau, type européen de ce genre. En effet , il est à peine cité par Pline, et encore n’est-il pas absolument certain que le Meles de cet auteur soit le même animal que celui que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de Blaireau, artistiques. Aucune des espèces de Petits-ours ne se trouvant en Egypte , on ne doit pas être étonné que les anciens habitants de ce pays n’en aient laissé aucunes traces dans leurs hiéroglyphes , dans les peintures de leurs tombeaux , ni dans leurs nécropoles. Aussi l’auteur de la célèbre mosaï- Dans les (jUe je Palestrine n’en donne aucune figure fantastique ou non, dans cet Nicropok1 ouyrage intéressant et dont nous avons déjà eu l’occasion de parler assez longuement dans notre histoire des Primatès.

Dans les Nous sommes donc obligé de passer de suite à l’exposition des traces de' i'a Terre matérielles que des espèces de ce groupe, éteintes ou non, ont pu laisser dans les couches qui constituent l’écorce du globe terrestre , en suivant l’ordre que nous avons adopté pour l’ostéographie des espèces aujourd’hui encore existantes.

Art. i . — Des ossements fossiles de Blaireau.

De Blaireau. La première mention que j’ai trouvée d’ossements fossiles attribués au Blaireau, en passant sous silence le fait rapporté par Delamétherie (, Journal de Physique , tom LXV1II , page 379) d’une tête trouvée à Sercelles, aux environs de Paris, au milieu d’une couche de sable blanc quartzeux , à 1 2 ou 1 5 pieds de profondeur , parce que c’était sans doute dans un terrier, existe dans un mémoire publié en 1 829 dans le tom. XV1I1 des Mémoires du Muséum, p. 33o, par MM. Jean-Jean Dans le Dubreuil et Marcel de Serres ; il s’y agit de deux fragments figurés, loc. D" cil. pl. 16, f. io-i3, et qui ont été trouvés avec beaucoup d’autres De la France ossements dans le diluvium de la caverne de Lunel-Viel, département Méridionale. (|e l’Hérault.

Ces messieurs les ont rapportés sans balancer au Blaireau qui vit encore aujourd’hui dans toute l’Europe ; et cette opinion ne peut être contestée.

HISTOIRE PALÉONTOLOG1QUE. 47

On peut sans cloute en dire autant des ossements du Blaireau qui ont été trouvés dans d’autres cavernes du Midi, par exemple, dans celles de Sallèles, de Pondres, etc., ainsi que d’une demi-mâchoire inférieure du côté droit, armée de toutes ses dents, dans la forme et les proportions ordinaires, citée par M. Mac-Enry, comme trouvée dans la caverne de Kent, comté de Devon en Angleterre.

J’ai observé moi-même dans les collections du Muséum une assez grande portion de mandibule du côté droit pourvue de son système dentaire, et qui indique un Blaireau d’assez petite taille, mais avec tous les caractères de l’espèce encore existante, quoique assez rarement, dans toutes les parties de l’Europe.

Cette mandibule a été recueillie dans la grotte de l’A vison à Saint- Macaire, département de la Gironde, et M. Billaudel la mentionne avec des ossements de Taupes dont nous avons déjà parlé, et d’autres espèces dont nous parlerons plus tard.

Je ne vois pas que les paléontologistes aient cité des ossements de Blaireau dans d’autres cavernes en Allemagne , ( i ) en Angleterre ou en Belgique dans celles des environs de Liège; cependant M. Morren paraît en avoir reconnu quelques-uns dans les terrains d’alluvion du Brabant ; mais il se borne à cette assertion sans autres détails.

Art. 2. — De Mydaus?

Sans vouloir le moins du monde conclure d’une seule et unique dent qu’un animal voisin du Mydaus, habitant aujourd’hui exclusivement l’Inde , a existé dans nos pays , ce qui ne serait pourtant pas plus étonnant que d’y voir avec lui notre Blaireau qui s’y trouve certainement, je dois cependant enregistrer qu’une dent molaire à deux ra-

(1) Rosenmuller cite le Blaireau au nombre des animaux dont on a trouvé des ossements dans les cavernes des environs de Gaylenreuth, et suivant M. G. Cuvier, à la surface, avec ceux d’animaux d’espèces encore vivantes. On en cite aussi dans la caverne de Bronnenstein , également en Franconie.

D'Angleterre.

De Saint- Macaire.

D’Allemagne.

De Belgique.

Du Mydaus?

D’après une Dent.

48 CARNASSIERS; SUBURSUS (Ptérodon).

Dans le cines fort longues , inégales, serrées, portant une couronne étroite bien srraincalcaire , ,, . • i

pisolithique distincte a la base , armee cl une pointe épaisse , conique , un peu plus

à Meudon. convexe en dehors qu’en dedans, et postérieurement d’un talon peu saillant, subbituberculé , après m’avoir rappelé, malgré ses dimensions beaucoup moindres, la principale gauche inférieure du prétendu Coati du gypse de Paris, m’a paru avoir encore plus de rapports avec cette même dent chez le Mydaus, à cause de l’absence complète de talon antérieur.

Cette dent a été trouvée dans le dépôt intéressant découvert à Meudon , parM. d’Orbigny, au-dessus de l’argile plastique.

Art. 3. — Du Ptérodon.

du pièrodon . Quoique je sois assez éloigné de penser que le fragment fossile dont il va être question dans cet article appartienne aux Petits-ours, l’opinion que c’était un Dasyure et qu’il devait entraîner avec lui toutes les pièces sur lesquelles repose le prétendu Coati me force, avant de parler de cellesci, de donner la description du Ptérodon , nom sous lequel je désignerai le prétendu Dasyure de M. G. Cuvier.

La pièce sur laquelle repose la proposition provisoire de cette coupe générique a été signalée pour la première fois par M. G. Cuvier en 1828, dans une note lue à l’Académie des sciences, et mentionnée dans un passage de la 3e édition de son Discours sur les révolutions du globe, in- 8°, mais sans qu’il en donne de description. Elle consiste en un morceau d après une assez peu considérable de palais vu en dessous et montrant la double palais garnie série de dents molaires qui le bordent; plus complète cependant à de ses dents gauche, où elle est de cinq, qu’à droite où il n’en reste que trois. Mais il

molaires. . . , .

faut ajouter que ces dents ne sont pas dans les alvéoles qui n existent pas. Rapportés par M. Cuvier paraît avoir considéré l’animal auquel cette mâchoire a à unDasynre aPPartenu comme devant être rapproché du Dasyure cynocéphale , animal , comme , toutes les espèces de ce genre, habitant exclusivement la Nouvelle-Hollande. Nous ignorons au juste sur quoi reposait cette opinion

HISTOIRE PALÉONTOLOGIQUE. i9

de M. Cuvier, qui malheureusement n’a pas publié le volume de supplément qu’il promettait dans une note au bas du passage cité plus haut.

Pour nous, nous ne croyons pas devoir l’adopter, et nous allons en dire les raisons, après que préalablement nous en aurons donné une description détaillée.

Le morceau fossile, complètement encore saisi par le gypse dans Décrite dans lequel il était entièrement immergé, n’offre malheureusement que des fragments peu étendus des os qui constituent la voûte palatine; en effet, tronqué aussi bien en avant qu’en arrière, de manière à ce qu’on n’aperçoive rien des trous incisifs, ni du rebord palatin, on peut seulement s’assurer par le peu qui en reste, que le palatin était large, assez court, assez brusquement triangulaire, et sans aucunes lacunes dans sa partie moyenne. On peut également présumer, d’une partie restée en dehors de la dernière molaire de droite , que l’os malaire s’écartait assez fortement en dehors, d’où l’on peut présumer que l’arcade zygomatique était fort arquée.

Ce qui reste du système dentaire est heureusement beaucoup plus complet ; aussi est-ce sur lui sans doute que repose le rapprochement fait par M. G. Cuvier.

D’après ce qui vient detre dit de la troncature delà voûte palatine en avant, il n’est pas étonnant qu’il n’y ait aucune trace des dents incisives , ni même des canines , soit d’elles-mêmes , soit de leurs alvéoles.

Il n’y a donc que des dents molaires , cinq à gauche et trois à droite , Dans toutes parfaitement entières , parfaitement en place, de manière qu’on a ses Dents pu voir que les lignes quelles forment sont tout à fait droites, et convergentes sous un angle de 25 à 3o degrés , assez ouvert en arrière.

La série de gauche la plus complète me semble formée de deux avantmolaires , d’une principale , et de deux arrière-molaires , ces cinq dents croissant assez graduellement de grosseur delà première, la plus petite, à la cinquième , la plus grosse.

Les deux avant-molaires ont assez bien la même forme, comprimée, Avanttriangulaire, large à la base, épaissie en dedans. Seulement la première,

G. Scbürsüs. 7

CARNASSIERS; &UBURSUS {Ptérodon).

un peu plus petite et plus étroite que la seconde, est aussi moins équilatérale , le bord antérieur étant un peu plus convexe que le postérieur. Les talons ou arrêts de la base, et surtout l’antérieur, sont également moins prononcés. Du reste, toutes deux sont pourvues de racines écartées, principale. La troisième , ou la principale dans ma manière de voir, est plus large , mais surtout plus haute que la dernière des précédentes. Sa forme est pour ainsi dire intermédiaire à celle des deux sortes de molaires, triquètre à la base, le côté externe le plus long , l'antérieur le plus court ; elle offre en dehors une longue pointe épaisse assez obtuse, avec un arrêt postérieur assez marqué, presque lobiforme, et plus élevé que l’antérieur, cependant assez distinct, et en dedans un talon basilaire assez considérable, triangulaire , mais arrondi à son sommet.

Arriére La quatrième, ou première arrière-molaire, exagère la forme de la

première, principale, quoique notablement plus basse quelle, en ce quelle est beaucoup plus comprimée, plus oblique à la base, et que sa couronne devient bien plus tranchante ou carnassière ; l’arrêt antérieur est moins prononcé, ne formant que bourrelet, au contraire du postérieur , qui se dilate en un lobe tranchant , s’écartant fortement en arrière et en dehors, le lobe moyen étant du reste encore notablement le plus grand. Quant au talon interne, il est triangulaire, assez pointu, se portant obliquement en dedans et en avant, assez pour dépasser le tubercule antérieur du bord externe.

seconde. La cinquième, ou seconde arrière-molaire, encore plus grande que la quatrième, exagère encore sa forme lobée et comme ailée, quoiqu’elle reste encore un peu moins haute que la principale ; le lobe antérieur de son bord externe, notablement plus saillant, se continue par un bourrelet étroit avec le talon interne qui, plus étendu, se porte aussi plus en avant et en dedans. Le lobe moyen est cependant toujours le plus grand; mais le postérieur, qui s’est accru au point de presque l’égaler, se porte obliquement en arrière en forme d’aile tranchante, comparée avec Voyons maintenant si ce nombre et cette forme de dents molaires

desespeces peuvent réellement être assimilés à ce qu’ils sont dans les genres récents

vivantes. 1 i o

HISTOIRE PALÊONTOLOG1QÜE. 5(

ou fossiles que nous connaissons aujourd’hui; en admettant même qu’une certaine ressemblance dans les dents suffise pour identifier le genre.

En supposant d’abord que la ligne dentaire du fossile en question serait complète et formulée comme nous l’avons fait : 2 + 1 + 2 , on voit que la comparaison ne pourrait porter qu’avec les Mus telas proprement dits et avec les Hyènes, dont la formule est aussi de cinq molaires seulement ; mais outre la différence dans le nombre des sortes de dents (3+i + 1 , ) une avant-molaire de plus et une arrière-molaire de moins, on trouverait pour chaque dent, prise en particulier, une si grande dissemblance qu’aucun rapprochement ne pourrait être fait.

En reculant la principale sur la quatrième dent, la formule deviendrait identique pour le nombre total , comme pour celui des sortes de dents; mais on aurait une première avant-molaire évidemment trop carnassière, et une troisième trop semblable à la principale, outre que barri ère-molaire serait plus grande que la principale, et d’ailleurs la grande dissemblance entre chaque dent resterait la même.

Supposons donc , comme cela est plus probable , que la ligne dentaire est incomplète, d’abord en avant , où manquerait la première avant-molaire , ce qui donnerait, pour la formule , 3 + 1 + 2 , ou six dents molaires en tout. Alors la comparaison pourrait porter sur les Coatis et les Ratons , sur les Viverras et les Canis , qui ont en effet le même nombre aussi bien en général qu’en particulier pour chaque sorte, et les avant-molaires pourront être considérées comme ayant une certaine ressemblance, surtout avec quelques espèces de Viverras plantigrades.

La principale différerait cependant notablement, en ce quelle est beaucoup moins étendue que dans les deux derniers de ces genres , et surtout bien moins carnassière que chez eux.

Enfin les deux arrière-molaires différeraient encore bien plus, d’abord dans leur proportion entre elles , puisqu’elles augmentent delà première à la seconde , au contraire de ce qui a lieu dans ces trois genres ; et ensuite dans leur forme, qui, au lieu d’être tuberculeuse, comme dans ceux-ci, est la plus carnassière possible.

première supposition.

Avec les Mustelas.

Les Hyènes.

Dans une deuxième supposition.

A vecles Coatis.

Viverras.

52 CARNASSIERS; SUBURSUS ( Piérodon ).

Maintenant voyons si cette forme de dents molaires peut être réellement comparée avec les Dasyures, ou avec quelques autres genres récents ou fossiles, et d’abord avec les premiers.

i.es Dasyures. Pour que la comparaison pût s’établir avec le Dasyure cynocéphale qui a sept dents molaires supérieures ainsi distribuées , trois avant-molaires, une principale et trois arrière-molaires, il faudrait supposer que dans la pièce fossile il manquerait une première avant-molaire et une troisième ou dernière arrière-molaire de forme transverse. Pour celle-là, cela se peut, puisque la première de celles qui restent a deux racines; aussi M. G. Cuvier l’a-t-il considérée comme une seconde. Mais pour la troisième arrière-molaire, cela est plus contestable; cependant en général la dernière molaire est plus petite que la pénultième.

Et d'abord avec En portant la comparaison sur le D. Ursinus , dont nous possédons

le Dasyure aujourd’hui ]e squelette , il y aurait moins de difficultés , puisqu’il ne faucynocéphale. J 1 J L 1

drait supposer dans le fossile que l’absence d’une arrière-molaire, cet animal n’ayant que deux avant-molaires.

Entrons donc dans la comparaison de chacune des cinq dents du fossile avec celles que l’on peut supposer leurs correspondantes chez les deux espèces de Dasyures que nous venons de citer.

Avec le Dasyure cynocéphale il n’y a réellement aucune comparaison à faire , aussi bien pour l’ensemble des cinq dents que pour chacune d’elles en particulier. Cependant la dernière, ou la cinquième du fossile a une certaine ressemblance avec la pénultième du Dasyure qui est la sixième, quoiqu’elle soit dans le fossile en général bien plus élargie et plus tranchante à la couronne , surtout dans le lobe externe postérieur.

On peut dire la même chose en comparant l’antépénultième du Dasyure avec la quatrième ou première avant-molaire du fossile.

Mais la principale diffère autant que possible , étant de même forme, quoique plus basse , que les arrière-molaires dans le Dasyure ; tandis que , dans le fossile , elle est à peine bilobée inégalement et la plus haute de toutes.

La dernière avant-molaire n’a non plus aucune ressemblance.

Celle qui la précède en a- un peu plus; mais encore est- elle très-différente , par la disposition tranchante du lobe postérieur et par l’absence presque complète de talon , du moins en arrière.

Entre cette dernière supposition et la suivante, on peut en trouver une intermédiaire , suivant laquelle il ne manquerait aussi qu’une dent et seulement en arrière , ce qui donnerait encore six dents , mais dont 2 4- 1 H- 3, comme dans le Dasyure Ourson; mais quoique dans cet animal les mâchoires plus courtes ont fait que les dents sont contiguës et serrées un peu comme dans le fossile, ce qui, avec la direction rectiligne et fort distante en arrière des séries dentaires, établit une certaine ressemblance, cependant chaque dent diffère notablement de son analogue. Les avant-molaires sont toutes différentes, coniques dans le Dasyure, tranchantes dans le fossile : la principale, dans le premier, ressemble tout à fait aux deux premières arrière-molaires, au contraire de ce qui a lieu dans le fossile : enfin ces dents sont, chezle Dasyure Ourson, encore moins ailées, moins tranchantes que dans le sujet de notre dernière comparaison.

Dans une quatrième supposition , qui paraît avoir été celle qui s’est présentée à M. G. Cuvier, on peut croire qu’il manque deux dents à la série, une première avant-molaire et une dernière arrière-molaire; et alors le nombre total serait de sept ainsi formulées , 3 + x + 3.

Dans cette manière de voir, la comparaison ne pourrait avoir lieu qu’avec le Canis megalotis parmi les Monodelphes et avec le Dasyure cynocéphale parmi les Didelphes.

Avec le premier on trouverait à peu près les mêmes ressemblances et les mêmes dissemblances qu’avec les autres Canis : c’est-à-dire quelque analogie pour les avant- molaires, une ressemblance plus grande ou mieux une dissemblance moindre pour la principale, qui dans ce Canis, est bien moins carnassière que dans les autres espèces, n’ayant également en effet qu’une pointe en dehors; mais une dissemblance à peu près égale pour les arrière-molaires.

Avec le Dasyure cynocéphale, celui queM. G. Cuvier avait considéré comme entraînant le fossile dans ses rapports . il y a d’abord une certaine

Dans une troisième supposition.

Avec le Dasyure Ourson.

Dans une quatrième supposition.

Avec le Canü Megalotis.

Avec le Dasyure eynocéphale.

54 CARNASSIERS; SUBURSUS ( Piérodon ).

différence dans le rapprochement des avant-molaires entre elles, ce qui tenait sans doute à ce que l’animal fossile avait le museau bien plus court que le Dasyure cynocéphale , ce qui est peu important; mais les avantmolaires elles-mêmes sont bien plus en crochet dans celui-ci , tandis que dans le fossile elles sont plus larges, plus basses et plus équilatérales, le sommet étant à peu près médian. La principale diffère encore davantage, en considérant comme telle la troisième de la mâchoire fossile et la quatrième du Dasyure; en effet, dans la première, c’est la plus haute de toutes et n’ayant que fort peu de ressemblance avec les arrière-molaires; tandis que dans le second elle leur est tout à fait semblable, si ce n’est quelle est la plus basse.

La ressemblance pour les deux arrière-molaires est au contraire assez grande , surtout au premier aspect , d’abord parce que leur accroissement graduel est le même , et ensuite par une assez grande similitude de forme ; mais les différences sont plus fortes que les ressemblances. Nous avons vu que dans le fossile le bord externe à peu près vertical n’est presque que bilobé, tant le lobe antérieur est petit, etquele lobe postérieur, dilaté en aile tranchante , n’est guère moins grand que le médian , ce qui en fait des dents très-carnassières. Dans le Dasyure au contraire , d’abord la face externe de ces dents est très-oblique ou rentrante, et son bord est nettement trilobé ; le lobe antérieur , pointu , n’étant qu’un peu moins grand que le postérieur , seulement un peu plus large; quant au talon, il est aussi plus distinct , plus séparé, et nullement projeté en avant, ce qui laisse à la couronne une forme triquètre à peine oblique, au lieu de cette disposition aliforme tranchante, surtout de la dernière molaire dans le fossile, dont le système dentaire devient ainsi bien plus carnassier que dans l’animal vivant.

Pour faciliter le rapprochement de ces deux espèces, on pourrait encore admettre que la dent la plus saillante du fossile serait l’analogue de la troisième avant-molaire du Dasyure , qui est aussi la plus saillante de toutes ; mais outre la grande différence qui existe entre ces deux dents et qui dénote très-bien leur caractère , il faudrait alors admettre que dans

HISTOIRE PALÉOJNTOLOGIQUE. 55

Je fossile il manquerait deux arrière-molaires , ce qui est hors de toute vraisemblance , à en juger d’après ce qui reste de la racine de l’arcade zygomatique.

Ainsi la comparaison de ce que nous avons du système dentaire du conclusions Ptérodon , même en supposant que la partie molaire de ce système serait suffisante pour se déterminer , nous permettrait difficilement d’accepter que ce mammifère ancien ait appartenu au genre des Dasyures. Malheureusement nous ne possédons aucune partie de la tête qui pourrait nous aider à résoudre le problème. Nous devons cependant faire observer que dans la portion du palais qui reste entre les arrière-molaires, il semble ne pas exister de ces lacunes caractéristiques du palais des espèces de Dasyures que nous connaissons.

Voyons si nous serons plus heureux en nous appuyant sur d’autres comparée ave ossements fossiles, trouvés également épars dans le gypse des environs desesPèces de Paris, et qui avaient d'abord été regardés comme provenant d’un genre voisin des Coatis et des Ratons, par M. G. Cuvier , mais qu’il paraît avoir fini par rapporter à son prétendu Dasyure, lors de la découverte du fragment dont il vient d’être question. En effet, nous les avons trouvés réunis dans la même boîte sous un titre commun dans la collection paléonlologique du Muséum.

Art. 4. Du Taxotherium.

1 ’ D’une partie postérieure ou occipitale de crâne.

Nous parlerons d’abord d’un fragment de la partie postérieure de la tête d’un animal, prise dans la pierre à plâtre de manière à être vue en dessus , sans montrer , rien autre chose que le dessus de la boîte crânienne avec une bonne partie des fosses temporales et des arcades zygomatiques.

Cette pièce a été signalée parM.G. Cuvier dans la seconde édition de ses Recherches sur les ossements fossiles, publiée en 1825 ( tome III, page 271), dans le second paragraphe, avant pour titre : Portions de

1" Occiput. Des plâtres de Paris.

Signalé par M. G. Cuvier comme d’un genre de Coati ( Nasuxi par mentis.)

56 CARNASSIERS; SUBURSUS ( Taxothenum ) .

tête et de mâchoires d’une grande espèce appartenant à un genre de la famille des Coatis , des Ratons , et faisant partie du mémoire remanié sur les ossements de Carnassiers des plâtrières de Paris. Elle est assez bien figurée pl. LX1X , fig. 4> du volume cité. M. G. Cuvier, qui parle de ce fragment à la suite de la mâchoire dont il va être question dans l’article suivant, se borne à dire que cet occiput, avec les bases postérieures des arcades , lui paraît devoir être rapporté à la même espèce , parce qu’il correspond sensiblement en grandeur à cette pièce, montre ses crêtes et fait voir quelles saillent en arrière et en haut, et sont tellement aigues, que l’on ne peut pas même leur comparer celles de l’Hyène et du Glouton , et qu’il n’est égalé sur ce point que par le Tigre royal.

Décrite. De fait, cette partie de crâne, dont les dimensions indiquent un animal de la grandeur d’un chien d’assez forte taille, présente une crête sagittale et une crête occipitale fort prononcées, comme dans beaucoup de Carnassiers omnivores ou non, par exemple, dans le Blaireau qui , sous ce rapport, me paraît assez bien ressembler au crâne fossile. On pourrait cependant aussi établir un certain rapprochement a.vec ce qui a lieu dans le Dasyure cynocéphale , si l’on ne faisait pas attention à la manière dont la crête occipitale se porte en avant dans la tête fossile, au lieu de tomber presque verticalement comme chez le Dasyure, ce qui tient à la grande différence dans la position du canal auditif externe. En effet, c’est un caractère fort remarquable chez tous les Didelphes que la petitesse du cerveau, ce qui fait que la cavité cérébrale, proportionnellement réduite, n’est plus recouverte que par les pariétaux; d’où il suit, d’abord que le rétrécissement qui la sépare de la cavité nasale est plus i'eculé au niveau

Comparée. de la suture frontale, tandis que dans les Monodelphes, il est sur le frontal lui-même en arrière des orbites; ensuite que le canal auditif externe, ainsi que la racinepostérieure de l’arcade zygomatique , sont tout à fait en arrière, fort peu avant lescondyles, tant le crâne est peu chargé postérieurement. Or , il n’en est pas ainsi dans la pièce fossile : on peut même aisément voir que dans cet animal les apophyses mastoïdiennes de l’occipital sont assez fortes, plus que celles du temporal, cependant fort distinctes ;

HISTOIRE P ALÉOJN TOLOG I QU E . 57

que 1 échancrure du conduit auditif est au moins aussi antérieure que dans Je Blaireau; que les arcades zygomatiques, du reste fortement arquées et dilatées en dehors , sont également très-avancées dans leur raci ne ; que la boîte cérébrale, bien plus étendue que dans les Dasyures, ne se termine en avant que presque immédiatement derrière les orbites, qui même étaient probablement assez petits, à en juger du moins d’après la forme et la saillie de l’apophyse orbitaire du jugal, lui-même assez grand ; en sorte que, sans discuter la supposition que cette pièce fossile pourrait on non avoir appartenu à la même espèce animale que la mâchoire du prétendu Dasyure, il me paraît au moins certain qu’on ne peut la considérer comme pouvant militer en faveur de la prétention que celle-ci provient d’un Dasyure; car il me semble à peu près hors de doute que la portion d’occiput dont il est ici question , a appartenu à un animal qui devait être voisin du Blaireau, avec la tête duquel elle a plus de rapports qu’avec celle d’aucun autre Mammifère.

2U D’une portion antérieure de tête pourvue d’un certain nombre de dents.

Le fragment fossile dont il vient d’être question , en supposant qu’il aurait appartenu à la même espèce animale que le Ptérodon, aurait infirmé plutôt qu’appuyé l’opinion que celui-ci serait un Dasyure ou un Didelphe quelconque. Voyons si celui qui va faire le sujet de cet article nous éclairera davantage; ce qui se concevrait , parce qu’il consiste dans une assez grande partie de la tête faciale portant un certain nombre de dents.

Il en a encore été question pour la première fois dans la seconde édition des Recherches sur les ossements fossiles de M. G. Cuvier, tom. III, p. 269, et sous le même titre, comme appartenant à un genre de la famille des Coatis et des Ratons, avec une assez bonne figure, pl. LX1X, f. 2 . Pour M. Cuvier, cette pièce provient d’un Carnassier différent de tous ceux que l’on connaît , s’appuyant sur la forme pointue et tranchante des premières molaires, et l’énorme saillie de l’arcade zygomatique , pour le premier point, et pour le second sur la comparaison des dents avec leurs

G. SüBDRSüS. 8

Avec le Blaireau.

Avec les Dasyures.

Conclusions.

2» Portion antérieure de Tête.

Des plâtres de Paris.

Signalée par M. G. Cuvier, en 1825.

analogues dans les genres connus; à quoi il ajoute, pour la caractéristique de cet animal, le prolongement extrême des palatins en arrière, et que l’ouverture postérieure des narines, quoique ses bords ne soient pas entiers , fait voir que les palatins ne devaient finir que vis-à-vis la facette glénoïde, et qu’il y avait de chaque côté du palais une crête devenant assez forte en avant.

Malheureusement, les dents que M. Cuvier regarde comme au nombre de six, trois fausses molaires, une carnassière et deux tuberculeuses, aussi bien que les particularités de la tête , indiquées par des lettres dans le texte , ne le sont pas dans les figures, en sorte qu’il est assez difficile de bien comprendre la description donnée par M. Cuvier. Nous allons tâcher d’y suppléer.

Décrite. Cette pièce, encore retenue presque complètement dans un morceau de pierre à plâtre , est malheureusement assez informe , et par conséüans 1a partie quent assez difficile à lire. On peut cependant assez bien assurer quelle osseuse. est formée par une moitié gauche de tête sans partie occipitale, renversée , et par conséquent vue à sa partie inférieure ; aussi peut-on aisément reconnaître la série dentaire du côté gauche , dents ou alvéoles , depuis la canine jusqu’à la dernière molaire, l’une et l’autre inclusivement, l’arcade zygomatique tout entière , la partie médiane basilaire ou palatine en place, et en avant, une partie dérangée hors de sa place, surtout si, comme cela me semble, c’était un fragment de l’os occipital.

Ce qui n’est pas douteux, c’est que la mâchoire supérieure devait être assez courte, à en juger du moins d’après la série dentaire ; que l’arcade zygomatique était fort arquée et écartée en dehors , assez bien comme dans la pièce précédente, et que, comme chez elle, l’apophyse orbitomalaire était également assez marquée et arrondie. Quant à la partie médiane en place , et qui se joint à l’arcade zygomatique par une courbe plus serrée en avant qu’en arrière, M. Cuvier y voit, et la figure qu’il en donne l’indique assez bien , des os palatins assez étroits , allongés , portant dans leur longueur une crête oblique, et constituant en arrière

un orifice palatin également assez étroit , mais qui serait surtout fort singulier, en ce qu’il serait reculé presque au niveau de la cavité glénoïde , ce que je ne connais dans aucun Mammifère.

La partie du système dentaire est peut-être plus claire que le reste. Nous avons déjà fait remarquer quelle est composée desix ou sept dents en série, à peine dérangées. La première est une canine brisée un peu en dehors de 1 alvéole, mais qui paraît avoir été assez forte et conique. A la suite et après un assez court intervalle , viennent une première avant-molaire assez petite , un peu en crochet et à deux racines bien distinctes , mais rapprochées; une seconde avant-molaire de même forme, mais bien plus grande et en crochet recourbé en arrière et simple ; ensuite une troisième qui doit encore être considérée comme une avant-molaire, mais dont la forme est différente , étant triangulaire presque équilatérale , à sommet médian avec un tubercule à la partie d’arrêt postérieure , la base large , bilobée et biradiculée. La quatrième molaire , que je regarde comme la principale, est plus élevée, mais moins large, quoique plus épaisse dans sa couronne. Son bord externe présente, en dehors, une pointe élevée , quoique mousse , avec un arrêt peu marqué en avant , et un autre bien plus distinct et moins bas en arrière, en dedans, un véritable talon arrondi et occupant la largeur de la couronne ; ce qui porte à admettre que cette dent a trois racines , deux externes très-serrées et une interne. Enfin , la partie la plus large du bord dentaire présente trois ou quatre trous •alvéolaires bouchés par des tronçons de racines, dont la disposition me fait supposer que cette dent était beaucoup plus grosse et d’une tout autre forme que les autres, peut-être comme dans les Ours, ou mieux encore comme dans les Blaireaux. Il est en effet beaucoup moins probable que ces alvéoles seraient l’indice de deux arrière-molaires tuberculeuses , la dernière beaucoup plus petite que l’antérieure.

Quoique la signification de ces dents , telle quelle a été admise par M. Cuvier, diffère un peu de ce qui vient detre exposé, puisqu’il décrit, outre les trois avant-molaires qui suivent la canine, les racines d’une carnassière qui ne serait autre chose que la quatrième dent que j’ai con-

DanslesDents.

Canines.

Avant-

Molaires.

Première.

Deuxième.

Troisième.

Principale.

Arrière-

Molaires.

Comparée.

CARiXASSlEKS ; SÜBURSUS.

3U Portion antérieure de Palais.

Du plâtre de Paris.

Signalée par M. G. Cuvier, en 1823.

sidérée comme telle , et qu’il paraît ne pas reconnaître , malgré le talon saillant qui est à sa base interne et qui pourrait le faire croire; et qu’en outre, il pense que les quatre alvéoles postérieures indiquent deux dents tuberculeuses, une plus grosse à trois racines et une plus petite à une seule , je ne crois cependant pas que ce fragment fossile puisse appuyer la thèse que le Ptérodon était un Dasyure. En effet, quelque supposition que l’on fasse sur l’état complet ou non de la série dentaire du Ptérodon , il me semble impossible de trouver une ressemblance un peu suffisante entre aucune des dents existantes sur les deux fragments fossiles; c’est ce que la simple inspection des figures démontrera mieux que les plus longues descriptions. Aussi conclurons-nous sans difficulté aucune que ce second fragment de Carnassier fossile de notre dépôt gypseux des environs de Paris indique une forme toute différente du Ptérodon ; celui-ci , au summum de la disposition carnassière dans ses molaires , celui-là , au contraire, de la plus omnivore, plus voisine du Blaireau .

3° Fragment dune portion antérieure de palais.

Ce troisième fragment de Mammifère , trouvé dans le dépôt gypseux des environs de Paris, me paraît encore avoir été signalé pour la première fois par M. G. Cuvier, dans la seconde édition, en 1825, de ses Recherches sur les ossements fossiles , tome III , pag. 270, sous la désignation de morceau qui contient la portion antérieure du palais , mais dont la description est comprise dans l’article général où se trouvent décrites les deux pièces précédentes sous le titre de Portions de tête et de mâchoires dune grande espece appartenant à un genre de la famille des Coatis et des Ratons. Suivant lui , on y voit la seconde et la quatrième dent molaire en place avec fragment de la cinquième fort usé , et en avant , l’alvéole d’une canine et celle de six incisives avec l’empreinte des trous incisifs , le tout conformé comme dans les Carnassiers en général.

J’ai examiné ce fragment malheureusement dans un état trop brisé pour offrir rien de bien concluant dans une manière de voir quelconque. C’est évidemment le bord dentaire droit de la mâchoire supérieure d’un

HISTOIRE PALÉONTOLOG1QUE. 6)

animal presque exactement de Ja taille de celui qui a fourni le frag- Dans sa partie ment précédent; aussi les dents et les alvéoles qu’il présente ont-elles pu osseuse être comparées avec quelque probabilité d’analogie. On voit aussi en dessus la lame palatine du maxillaire, avec l’empreinte du trou incisif, qui était assez grand, et les alvéoles des six incisives, comme M. Cuvier les a reconnues. L’alvéole de la canine indique que cette dent était forte et conique.

Après un certain espace vide , toutefois trop petit pour pouvoir loger une Dans ses première avant-molaire à deux racines, comme celle de la pièce n°2, et Den'S dans lequel en effet, en fouillant, on n’en a pu découvrir qu’une seule, vient une assez forte avant-molaire que M. Cuvier note comme l’analogue de la seconde du fragment cité. Toutefois, il faut dire que plus forte elle n’en a pas la forme, n étant nullement en crochet, mais équilatérale; au delà est la place d’une autre dent à deux racines assez écartées , et qui pouvait par conséquent assez bien ressembler à la troisième avant-molaire du fragment précédent. La dent suivante a aussi quelque chose d’assez semblable à celle que nous avons considérée comme la principale dans ce même fragment ; seulement l’arrêt antérieur était sans doute moins marqué. Enfin , de la dernière il ne reste que les traces des deux racines externes, mais assez bien encore comme dans la pièce du n»2.

D’après cela , comme ce sont assez bien les mêmes proportions , on peut conclusions, accepter le rapprochement fait par M. G. Cuvier de ces deux pièces, comme provenant de la même espèce animale ; mais il est évident que ce ne serait pas en faveur de leur réunion au fragment du Ptérodon, et comme confirmant le rapprochement de celui-ci des Dasyures. En effet, le caractère le plus important du système dentaire de ce genre, c’est d’avoir huit incisives à la mâchoire supérieure avec des trous incisifs extrêmement petits , et M. Cuvier dit positivement que sur le fragment fossile il y a six alvéoles d’incisives et des trous incisifs comme dans les Carnassiers.

4° D’un fragment de mâchoire inférieure ( i ). /(0 Partie de

Cette pièce fossile est encore du nombre de ces ossements épars dans Machoire

inférieure.

(1 ) Il se pourrait qu’on dût rapporter au même animal une mandibule du côté gauche , figurée par Guettard dans son premier mémoire sur les os fossiles, planche I, comme provenant du

CARNASSIERS; SUBURSVS

Du plâtre de Paris.

Signalée par M. G. Cuvier, en 1825.

Décrite.

Dans sa partie osseuse.

Dans se; Dents.

les carrières à plâtre des environs de Paris ; aussi est-ce encore à M. G. Cuvier que nous en devons la première mention , en 1 825 , dans la seconde édition île ses Recherches sur les ossements fossiles , tome III , pag. 270, et aussi, comme les deux précédentes, dans l’art. II, sous le titre de Portions de tête et de mâchoires d’ une grande espèce appartenant à un genre de la famille des Coatis et des Ratons , etc.

Fort bien représentée dans la planche LX1X, fig. 3, sa description est comprise sans hésitation comme de la même espèce , comme s’ils avaient été trouvés en connexion, que les deux fragments 2 et 3 , mais sans donner les raisons qui ont porté à ce rapprochement. En effet, M. Cuvier se borne à en donner la description suivante : qu’en arrière de la canine , il y a trois fausses molaires , la seconde ayant déjà un lobe pointu en arrière et un obtus en avant , la troisième n’en ayant qu’en arrière ; à quoi il ajoute qu’il y avait probablement une de ces fausses molaires immédiatement derrière la canine , ce qui en portait le nombre à quatre.

Cet os fossile, qui fait partie de la collection paléontologique du Muséum, consiste dans l’extrémité antérieure brisée, fracturée, écrasée, d’une mandibule du côté gauche, indiquant un animal de la taille d’une Panthère. Ce morceau fait présumer que la mandibule, dans sa partie horizontale, était courte, épaisse et robuste, comme dans les Blaireaux, les Gloutons, etc. 11 n’offre qu’un seul trou mentonnier assez grand à l’aplomb de la dent avant-molaire la plus avancée. Quant aux dents dont il est armé , la série commence par une canine très-forte, arquée, conique , se projetant un peu en avant. Après une lacune ou barre assez étendue pour faire croire qu’il manque une première avant-molaire, comme l’a justement soupçonné M. Cuvier, en vient une seconde à deux racines serrées, à couronne épaisse , un peu en crochet mousse; puis une troisième notablement plus large , quoique de même hauteur à peu près ,

gypse d’Argenteuil , et comme ayant appartenu à un animal aquatique, pour lequel il emploie le nom général de Poisson, comme on le faisait encore souvent alors (1761) pour les Cétacés, et même pour les Phoques et les Morses.

et pourvue d’un petit lobe bien distinct en arrière ; enfin , la dernière dent, la troisième sur cette pièce, n’est pas encore une avant molaire comme le supposait M. Cuvier, mais plutôt , suivant moi , la principale , plus haute , plus forte , plus robuste que la précédente, et pourvue, sur deux grosses racines, d’un lobe antérieur fort considérable élevé, sans arrêt en avant, et d’un postérieur plus petit, mais bien prononcé. Ce qui me porte à croire que cette dent doit être considérée comme principale , c’est que , parmi les Carnassiers , je ne connais pas d’espèce qui soit pourvue de quatre avant-molaires, et quelle semble assez bien s’accorder, pour la forme et la grandeur, avec celle que j’ai désignée comme telle dans la mâchoire supérieure décrite sous le n° 2.

D’après cela, j’accepterai volontiers l’opinion de M. Cuvier, en regar- conclusions, dant, comme provenant de la même espèce animale, ces deux derniers fragments, et par suite les deux premiers; mais alors le fragment dont il est question dans cet article ne pourra venir à l’appui que cette espèce serait de même genre que le Ptérodon , et que celui-ci serait un Dasy ure ; car entre les dents qu’il a conservées et celles de ce prétendu Dasvure , non plus que celles d’un Didelphe quelconque , il n’y a aucun rapprochement à faire.

5° D’une tête inférieure d humérus. uesOsdes

Nous commençons ici l’examen des ossements fossiles qui nous semblent devoir être attribués à des Carnassiers du genre des Petits-ours, et qui proviennent d’autres parties que de la tête et du système dentaire ; mais en convenant d’avance que les difficultés de rapprochement , et surtout leur démonstration , sont bien autrement grandes que pour celles-ci.

Le fragment qui fait le sujet de cet article, trouvé libre en plein Tète inférieure gypse à Montmartre, a été signalé depuis fort longtemps par M . G. Cuvier , dans son mémoire sur quelques ossements de Carnassiers épars dans Taris, les carrières à plâtre des environs de Paris , publié en 1 807 dans les ^nal“v^ Annales du Muséum, tom. X, pag. 210. S’appuyant i° sur l’absence en 1 sot. d’une lacune au-dessus de la surface articulaire; 20 sur la grande saillie

en 1812.

en 1825.

Comme d'une Civelte.

Fémur entier.

Du plâtre de Paris.

Signalé par M. G. Cuvier

en 1807.

en 1825.

61 CARNASSIERS; SUBURSÜS.

du condyle interne ; 3° sur le trou dont ce condyle est percé , M. Cuvier était, dit-il , conduit irrévocablement à choisir entre le genre des Martes et celui des Chats , à l’exclusion même des Mangoustes ; mais le premier caractère le rapproche davantage des Martes. En sorte que pour lui , c’était une espèce de Marte de la taille du Chat domestique ; à quoi il ajoutait , que s’il est de la même espèce qu’une mâchoire fossile , avec une dent molaire de Canis inconnu , ou d’un genre de Carnassiers intermédiaire aux Chiens et aux Mangoustes et Genettes , p. 4 > ce fragment a dû être alors d’un genre tout particulier de Carnassiers.

Cette manière de voir ne fut pas changée dans la publication des mémoires réunis sous le titre général de Recherches sur les ossements fossiles , en 18x2 , tom. 111 , IX' Mémoire.

Mais dans la nouvelle édition, fortement remaniée en 1825, cette pièce est mentionnée sous le titre d 'Humérus dune espece particulière , tom. 111 , pag. 280; en elfet, après avoir balancé, non plus entre les Chats et les Martes , mais entre les Ratons et les Civettes , il ajoute que la vue d’un humérus entier au moins dans son empreinte , qu’il avait cependant reçu au moment de sa première publication , l’a déterminé en faveur des Civettes.

6° D’un humérus tout entier en empreinte ou en nature.

Il a déjà été question de cette pièce dans l’article précédent : elle est malheureusement tellement altérée , fendillée dans le morceau de plâtre qui la contient , que plusieurs fragments en ont été enlevés et n’ont plus laissé que leur empreinte. On a pu cependant comparer cet os d’une manière assez complète.

M. G. Cuvier en avait déjà eu connaissance au moment de la pre- ’ mière publication de son Mémoire sur les ossements de Carnassiers épars dans les plâtrières des environs de Paris, en 1807 , et même de la seconde ; mais il n’en a donné la figure que dans la seconde édition de ses Recherches sur les ossements fossiles , en 1825, PL LXX , fig. 9, du tom. 111, pag. 280. C’est même cet humérus, qui, quoique plus grand que celui duquel provenait la tête du n° 5 , et regardé comme de la

HISTOIRE PALÉOrvTOLOGIQÜE. 65

même espèce, avait par sa forme achevé de le déterminer en faveur des Civettes ; et comme il se trouvait de dimensions doubles de celles d’une Marte ou d’une Fouine , surpassant d’un tiers celles de la Mangouste d’Egypte , et même d’un dixième encore la grande Civette d’Afrique , il en concluait que, quoique du même genre que la tête de son § 111 , qu’il rapporte , avec raison , à une Genette , et ne pouvant être de même espèce , sans doute à cause de la taille , cet os devait indiquer un troisième Carnivore dans les carrières à plâtre de Paris.

En examinant ces deux pièces qui font partie de la Collection du Muséum, il m’a semblé, malgré la différence dans la grandeur , quelles pouvaient être rapportées à la même espèce animale , comme l’a fait M. Cuvier. On peut également reconnaître que l’humérus tout entier a les proportions et la taille de celui d’une assez grande Civette dont la tête a cinq pouces un quart de longueur totale ; les proportions et la forme de la poulie articulaire sont assez bien les mêmes. Le trou du condyle interne est un peu plus petit , et la crête deltoïdienue dans sa partie saillante m’a paru plus anguleuse. On peut donc assurer qu’il provient d’un Mammifère carnassier; mais parmi eux, malgré ses grands rapports avec la Civette, je le croirais plutôt avoir appartenu à un animal fouisseur , voisin du Blaireau , surtout à cause du prolongement plus inférieur de la crête deltoïdienne. Il est seulement un peu plus long que dans cet animal ; la largeur de la poulie articulaire étant cinq fois et demie dans la longueur totale au lieu de cinq fois seulement comme dans le Blaireau. Ajoutons que la forme de la tubérosité interne, et celle du trou dont elle est percée, sont aussi mieux comme dans ce dernier que comme dans la Civette , et nous serons autorisé à présumer que les deux fragments en question proviennent de la même espèce animale que les fragments de tête et de mâchoires, mais seulement d’individus plus petits.

7° D’un cubitus presque entier.

Nous croyons devoir aussi rapporter au genre des Petits-ours que nous avons nommé Taxotherium , l’os fossile qui va faire le sujet de cet article ,

G. Subürsbs. 9

Comme d’une Civette.

Décrite.

Et rapportée .

Civette, mais à un Blaireau.

Cubitus.

Des plâtres de Paris

CARNASSIERS; SUBURSUS.

Signalé par M. G. Cuvier,

Comme d'un Mangouste.

et qui provient encore du dépôt de gypse des environs de Paris.

M. Cuvier, auquel nous en devons la première connaissance, en a d’abord parlé en 1807 dans son Mémoire sur quelques ossements fossiles de Carnassiers épars dans les carrières à plâtre des environs de Paris ( Ann. du Mus ., tom. X , p. 2 16, pl. 1 o, f. 6 et 7) ; puis, en 1812, dans le même mémoire entrant dans la composition du tom. III , n°9, des Recherches sur les Ossements fossiles , pl. I, fig. 6 et 7. Il le considérait alors à part « comme provenant d’un animal voisin de la Mangouste, » qui la surpassait du double en grandeur, et qui surpassait même les » plus grandes Saricoviennes ou Loutres marines de la mer Pacifique , » et comme suffisant à lui seul pour ne pas hésiter à déclarer l’animal qui » le portait inconnu aux naturalistes.»

Dans la seconde édition des Ossements fossiles , cet os est le sujet du n" 1 'du § IV, consacré aux os des extrémités des Carnassiers des Fossiles de Paris , tom. 111, p. 278 , pl. LXX , fig. 6 et 7, où son appréciation est encore plus détaillée ; « comme ayant tous les caractères d’un cubitus de » Carnassier dans son articulation humérale , et comme n’ayant pu ap- » partenir qua une espèce à jambes courtes, telles que les Civettes et les » Mangoustes , et les Loutres , ce que prouvent la concavité dont il est » creusésur la longueur, à toute la face interne, et la disposition presque à » angle droit du bord postérieur et supérieur de la facette sigmoïde , seu- » lement il est plus gros et plus court à proportion , et deux fois et demie » plus long que celuide la Mangouste d’Égypte. » Ainsi c’était encore avec ; la Mangouste que le rapprochement était fait par M. Cuvier, et cependant cet os est intitulé, sans point de doute, Cubitus de la tête du § //, considérée comme d’un genre de la famille des Coatis et des Ratons, genres dont il n’est fait aucune mention dans le texte qui a trait au cubitus.

L’examen de cet os m’a montré que ce n’est certainement pas avec le cubitus de la Civette qu’il a le plus de rapports : il est en effet beaucoup plus robuste par son épaisseur comparée à sa longueur, et plus tourmenté par la saillie de ses crêtes, indiquant par là un animal fouisseur.

Je ne vois pas qu’il ait beaucoup plus de ressemblance avec le cubitus de la Mangouste, qui est peut-être encore plus grêle. Mais la ressemblance augmente à mesure qu’on le compare avec son analogue dans le Coati, dans le Blaireau , mais surtout dans le Mydaus, quoique le fossile soit bien plus grand et plus robuste; particularité qui concourt , ce me semble, assez bien avec la manière de voir qui rapporte ce cubitus à une même espèce que les fragments de tête décrits plus haut sous le titre général de Taxotherium.

8° D os de la main ou du pied de devant .

Il s agit dans cet article d’une partie de la main gauche, vue en dessous par le côté externe, c’est-à-dire montrant le cinquième, le quatrième, et partie du troisième os du métacarpe, avec deux ou trois os du carpe, le pisiforme, l’onciforme , et l’empreinte d’un ou deux autres os de la première rangée du carpe , le tout assez rapproché dans une masse de pierre à plâtre.

M. Cuvier en a fait mention pour la première fois, en 1812, dans un feuillet à part et non paginé : A dditions au mémoire sur quelques ossements de Carnassiers épars dans les carrières à plâtre des environs de Paris , et sous ce titre -.portion d'un pied de devant appartenant probablement au même animal que le grand cubitus , et figuré : supplém. pl. X , f. 9 à 12.

En 1825, dans la seconde édition des Recherches sur les ossements fossiles, t. III , p. 281, pl. XLVlll,f. 9-10-1 i-i2 , cette pièce est intitulée: Pied de devant qui paraît appartenir à la tête du § II (genre de la famille des Coatis , des Ratons , etc.), et M. Cuvier, après avoir fait observer que les dessins qu’il en donne n’ont pas trop bien réussi, dit qu’une comparaison exacte lui a fait trouver que ces os ont des rapports avec leurs analogues dans le Blaireau, la Civette et la Loutre, sans ressembler parfaitement à ceux d’aucune des trois espèces; qu’étant gros et courts ils ressemblent assez à ceux de la Loutre, qu’ils surpassent de plus d’un tiers dans toutes leurs dimensions; mais qu’ils ressemblent peut-être encore davantage à ceux du Blaireau avec des dimensions doubles : et

F,t rapproché du Blaireau.

Du Mydaus.

Pied de devant.

Du plâtre de

Signalée par M. G. Cuvier, en 1822.

en 1823.

Comme de Blaireau.

CARNASSIERS; SUBURSUS.

Décrit.

Comme plus voisin enc<re du Mydaus.

Conclusions.

8“ Membres postérieurs l’éroné et Calcanéum.

Du plâtre de Paris.

Signalés par M. C. Cuvier, en 1826.

cependant c’est toujours à la tête, considérée comme provenant d’un genre de la famille des Coatis et des Ratons , qu’ils sont rapportés dans le titre comme paraissant appartenir.

En étudiant ce petit groupe d’ossements fossiles, il m’a paru évident que leur brièveté et leur force indiquent encore assez bien un animal de la famille des Plantigrades ursiformes , plus voisin , cependant , des Blaireaux que des Coatis et des Ratons. En effet , dans ces deux derniers, les os métacarpiens sont bien plus grêles et plus allongés proportionnellement à leur grosseur. La ressemblance avec le Mydaus se soutient encore mieux peut-être qu’avec le Blaireau , à cause d’une moins grande différence de grosseur entre le cinquième et le quatrième métacarpien , si marquée dans ce dernier animal , et beaucoup moins dans le Mydaus.

Ainsi j’accepte le rapprochement fait par M. Cuvier de cette pièce avec les fragments de tête décrits plus haut, non pas cependant comme d’un genre voisin des Coatis et des Ratons, mais intermédiaire aux Mydaus et aux Blaireaux ; toutefois, en faisant l’observation que ce pied , un peu petit proportionnellement pour la tête, provenait sans doute d’un individu de moindre grandeur.

8° D’ un péroné et d un calcanéum en connexions.

Ces deux os ont déplus intéressant que la plupart de ceux dont nous avons parlé jusqu’ici , qu’ils ont été trouvés dans la masse de gypse assez près l’un de l’autre pour qu’on puisse les regarder comme provenant d’une même extrémité postérieure.

M. Cuvier en a fait mention pour la première fois en i 82 5 dans le 1. 111 , p. 2 83 , de la seconde édition de ses Recherches sur les ossements fossiles sous le titre . Péroné et calcanéum qui paraissent venir de la tête du § tl (d’un genre de la famille des Coatis et des Ratons, etc.), et ces os sont figurés sans lettres indicatives des parties, sans avoir été gravées au miroir, et même dans une projection assez peu favorable, PI. LX1X , fig. 8.

Suivant M. Cuvier, ce calcanéum a la plupart des caractères de celui des Carnassiers; il a même des rapports sensibles avec ceux de la Civette

et de la Loutre. La facette astragalienne est accompagnée à son bord externe d’une facette pour le péroné dont l’analogue est dans la Loutre, mais rejetée davantage en dehors. Entre cette facette et l’extrémité tarsienne, est au bord externe un tubercule distinct et saillant qui se retrouve plus ou moins dans plusieurs Carnassiers , mais qui n’approche de cette saillie que dans la Civette. Enfin, la facette cuboïdienne est en forme de Comme d'un rein comme dans un Chien de grande taille , au calcanéum duquel l’os fos- Ga" S sile ressemble d’ailleurs par la coupe et par la grandeur; et quoique ces ressemblances avec la Loutre, la Civette et le Chien ne semblassent guère y conduire, M. Cuvier n’en ajoute pas moins qu’il n’hésite pas, d’après la forme et la grandeur, à regarder ces deux os comme de la même espèce que la tête du § //, et par conséquent d’un genre de la famille des Coatis et des Ratons.

Le premier de ces deux os , ou le péroné , offre réellement quelque Décrits, chose de particulier, et pour ainsi dire intermédiaire au Blaireau et à Le Péron6 l’Ours, plus qu’au Mydaus et au Coati. Il conserve cependant encore un caractère qui lui est propre , étant beaucoup plus épais , par rapport à sa longueur , et plus robuste et plus arqué que dans aucune espèce du groupe des Petits-ours : et sous ce rapport peut-être y a-t-il quelque rapprochement à faire avec les Didelphes, quoiqu’en définitive la ressemblance soit encore plus marquée avec les Blaireaux.

Le calcanéum, quoiqu’un peu tronqué en arrière, me semble aussi LeCaicanéum. conduire à la même conclusion.

Quant à la présomption que ces deux pièces ont appartenu à la conclusions, même espèce animale que les fragments de tête et de mâchoires attribués à un genre de la famille des Coatis et des Ratons , cela se conçoit , j’en conviens, à cause d’un certain rapport de proportions; mais c’est ce qui ne peut certainemen t être mis hors de doute, du moins en l’appuyant suides raisons positives.

90 D’un astragale du pied gauche. Astragale.

Cette pièce , qui provient encore du dépôt gypseux des environs de D“ plâtre de Paris , n’existe dans la collection du Muséum d’histoire naturelle de Paris ' ar"

70 CARNASSIERS; SUBURSÜS.

que depuis 1828; aussi n’en est - il pas question dans l’ouvrage de M. Cuvier; elle est libre ou détachée delà pierre, mais malheureusement Décrit. tronquée dans son apophyse scaphoïdienne. C’est un astragale du pied gauche dont la poulie est très-oblique; la gouttière qui sépare les deux facettes articulaires inférieures, large, profonde et oblique, et qui me comme voisin paraît avoir une certaine ressemblance avec celui delà Loutre, etsur- “ tout avec l’astragale du Blaireau ; aussi suis-je fort porté à le regarder, à cause de sa grandeur et de ses proportions , comme ayant appartenu à la même espèce animale que le péroné et le calcanéum dont il vient d’être parlé, et par conséquent à la tête du prétendu Coati, conclusions je termine ici l’examen des différents ossements trouvésjusqu’ici épars gênerais. patres des environs de Paris, et que je rapporte avec quelque

probabilité à l’animal que j’ai nommé Taxotherium, pour indiquer ses rapports avec les Blaireaux proprement dits, et avec les Mydaus, qui en diffèrent si peu.

De 1 Existence. je crois donc assez probable, sans vouloir cependant l’assurer, que les différents os fossiles dont il a été parlé dans cet article, savoir : les humérus et surtout le cubitus, les métacarpiens, le péroné, le calcanéum et l’astragale, ont appartenu, non pas au même individu, cela est certain, mais à la même espèce animale, que les portions de tête et de mâ- Dune espèce choires, et que cette espèce animale, bien plus rapprochée des Blaireaux anciemîe. que de toute aulre esPèce de Petits-ours , constituait ce que les zoologistes modernes considèrent comme un genre, du moins d’après le système dentaire, dont la formule paraît être :

- molaires , dont - + - + -;

et comme , en définitive , ce n’était ni un Coati ni même un Raton , on voisin du pourra nommer ce Blaireau antique Taxotherium parisiense , en faisant allusion au pays dans lequel ses ossements ont été d’abord découverts, et non pas parce que cet animal vivait nécessairement aux environs. En effet, M. Constant Prévost a parfaitement prouvé, suivant moi, que le

sol de Paris supérieur à la craie s’est formé au fond d’un golfe où versaient les eaux provenant des montagnes de la Bourgogne, entraînant avec elles tous les corps quelles rencontraient sur leur passage, et par conséquent les ossements des animaux qui vivaient dans les forêts dont elles étaient couvertes.

Nous devons ajouter qu’aucun des ossements fossiles que nous avons rassemblés sous le nom de Taxotherium ne nous a paru venir à l’appui de l’hypothèse que les portions de tête et de mâchoires pouvaient provenir d’un Dasyure , comme on l’a supposé pour le fragment décrit plus haut sous le nom de Ptérodon , tout en convenant cependant que nous ne sommes pas assez hardi pour assurer qu’aucun de ces ossements ne provienne pas de ce dernier.

C’est avec la même réserve que nous allons parler, sous le même titre de Taxotherium , de trois ossements trouvés dans les terrains tertiaires d’eau douce d’Auvergne, et qui faisaient partie de la collection de M. l’abbé Croizet.

i° Humérus. Une extrémité inférieure d’humérus indiquant un animal de la taille d’un chien médiocre par sa grandeur , supérieur d’un quart environ à celui d’un Blaireau, il est vrai, de petite taille, et sans doute du genre des Petits-ours, ce que l’on induira de sa force, de la largeur de son extrémité articulaire, percée d’un assez grand trou ovale au-dessus du condyle interne, du prolongement de la crête deltoïdale; on peut même trouver à ce fragment quelque ressemblance avec son analogue dans le Raton, parla compression, quoique moindre, du corps de l’os à sa partie inférieure , et par le peu de saillie de la crête externe : seulement il indique un animal bien plus fouisseur.

2° Un os métacarpien du second doigt de la main gauche : indiquant un animal de la taille d’un très-grand Blaireau, à membres robustes, peut-être voisin de l’Arctictis, ou même de notre petit Amphicyon; mais qui me semble assez bien concorder de grandeur avec l’extrémité inférieure de l’humérus précédent; cet os est, du reste , gros et court comme dans la plupart des Petits-ours.

Et distincte du Ptèrodon.

A laquelle on peut rapporter provisoirement trois os fossiles d’Auvergne.

Métacarpiens.

CARNASSIERS; SUBURSUS.

3° Un os métatarsien, quatrième du côté droit, plus grêle et plus long que Je précédent, assez bien dans le même rapport que ces deux os dans l’Arciictis, indiquant un animal de la taille d’un chien médiocre, mais évidemment d’un Petit-ours, à cause de ses dimensions proportionnelles.

Art. 5. — Des Ratons et des Coatis proprement dits.

du coati Jusqu’ici il ne paraît pas qu’on ait encore trouvé d’ossements fossiles

proprement , . 1 2

dit qui aient réellement appartenu à une espèce de ces Petits-ours, soit dans les immenses alluvions de la Plata et de ses affluents, soit dans lesnom-

au Brésil breuses cavernes du Brésil, explorées dans ces dernières années d’une manière si intéressante par MM. Claussen et Lund; quoiqu’il soit fort probable que par la suite on pourra en découvrir (i).

En Europe. En sorte que , en admettant que j’aie prouvé que le prétendu Coati des plâtres de Paris ne doit pas être considéré comme tel , on pourra en conclure légitimement que ce genre doit être rayé du catalogue paléontologique actuel (2).

Dent incisive J’inscrirai cependant ici pour mémoire une dent qui m’a été remise

du calcaire . . .

pisolithique de avec cette étiquette : Incisive latérale supérieure gauche d un Carnas-

Meudon. Sler voisin des Renards , parce quelle me semble avoir plus de rapports

(1) Je trouve en effet sur le catalogue des ossements fossiles trouvés dans les cavernes du Brésil, l’indication d’une espèce de Coati; ce qui n’a rien d’étonnant , cet animal existant encore vivant dans le pays.

(2) J’ignore en effet où MM. Hermann de Meyer ( Palœonlolog p. 47) et Keferstein ( Nalurgesch. Erdkorp. II, p. 201 ) ont pris les éléments de leur Coali ou Nasua niceensis. Ils citent, il est vrai, Cuv., Ossem. foss., IV, et les brèches osseuses de Nice ; mais certainement dans les deux éditions du Mémoire de M. G. Cuvier, sur les Brèches osseuses, il n’est pas question d’os attribués à un Coati. Toutefois, en remontant au petit Manuel des Pétrifications (en aliéna.; de M. Fréd. Moll, p. 31 , on voit que cette espèce repose sur le Coati douteux de M. Cuvier, puisqu’il cite le vol. III, et les PI. 68 et 69 de ses Ossements fossiles. Mais comme il ajoute que le crâne a été trouvé dans les brèches de N ice , au lieu du gypse de Paris , on voit comment MM. Hermann de Meyer et Keferstein ont distingué le Coati ou Nasua parisiensis et le N . niciensis sans s’apercevoir du double emploi.

HISTOIRE PALÉOJXTOLOGIQUE. 7:i

avec son analogue dans le Coati, seul animal Carnassier à ma connaissance chez lequel cette dent est distante et un peu en lancette sans arrêt ni talon. La dent fossile se prolongeant en une longue racine assez pointue, comprimée, peu arquée, à peine plus convexe d’un côté que de l’autre, se termine par une couronne beaucoup plus courte, assez comprimée , tranchante en arrière et même en avant , à l’endroit de la jonction delà face externe, un peu plus bombée, avec l’interne. Elle n’est donc pas en crochet et n’a pas un rudiment de talon à sa base interne comme cela a lieu dans le Renard.

Elle a été trouvée à Meudon dans la couche intermédiaire au calcaire grossier et à l’argile plastique, nommée calcaire grossier pisolithique, par M. d’Orbigny , aide-naturaliste au Muséum.

Art. 5 bis. — De Palæocyon.

En parlant des formes spécifiques particulières que présente encore à l’état récent le genre des Petits-ours , nous avons eu l’occasion de citer deux espèces de Caudivolves, remarquables par leur queue prenante, par la brièveté de leurs mâchoires, et dont une est exclusivement propre à l’Amérique , le Kinkajou ; et l’autre à l’archipel Indien , le Binturong. INous n’en connaissons encore aucun fragment fossile; mais nous croyons devoir en rapprocher un animal qui a vécu anciennement dans nos contrées , et dont nous possédons à l’état fossile , contenue dans un grès sans doute de la formation de la mollasse , une tête presque entière , sauf la mâchoire inférieure, et un assez bon nombre d’autres ossements, malheureusement le plus souvent à l’état de fragments, et que nous désignerons, pour, être plus bref, par le nom de Palæocyon , ou mieux d ' Arctocyon.

INous les devons à M. le docteur Fromager, chirurgien en chef de 1 hôpital militaire de Nancy, qui a bien voulu, à la sollicitation de M. F. Cuvier, en enrichir la belle collection paléontologique du Muséum.

Ils ont été trouvés tout près de La Fère, dans une carrière située au G. Sübursus. 10

Palæocyc

Des environs de La Fère, dans la partie inférieure des terrains tertiaires.

1° Tête.

2° Système, dentaire.

Mâchoire supérieure.

Incisives.

Molaires, 7.

Avant-

molaires.

Première.

Seconde.

7i CARNASSIERS; SUBURSUS. ( Palœocyon. )

dessous de Ja route à Charmes , avec des restes d’Émyde ou de Tortues d’eau douce ( i ) , dans une sorte de grès assez peu dur, assez fin , micacé, faisant partie d’un terrain tertiaire , sans doute analogue à la mollasse.

La forme générale de la tête est celle des Carnassiers aquatiques, c’està-dire des Phoques et des Loutres , le crâne étant large , assez déprimé , séparé, par un étranglement très-prononcé, de la face ou du museau, qui est fort court ; les fosses temporales sont très-grandes , augmentées quelles sont par une crête sagitto-occipitale très-prolongée en arrière , et par une arcade zygomatique très-arquée en dehors; l’orbite, très-ouvert, n’est limité en arrière que par des apophyses frontale et malaire peu prononcées.

Le museau est , comme nous venons de le dire, fort court , large et comme tronqué en avant , mais peut-être par altération , avec un trou sous-orbitaire fort petit et contigu au rebord orbitaire. La voûte palatine est surtout remarquable par sa grande largeur.

Le système dentaire présente une combinaison toute particulière dans le nombre et la forme des dents.

Les incisives manquent entièrement, ainsi que leurs alvéoles, dans la pièce recueillie.

Les canines , brisées à leur base , sont médiocres , fort écartées , terminales et à coupe ovalaire , mais assez peu comprimées.

Les molaires sont au nombre de sept . trois avant-molaires, une principale et trois arrière-molaires.

La première avant-molaire est simple , petite , un peu dirigée en avant , un peu plus distante de la seconde que de la canine , et à une seule racine.

La seconde , à en juger du moins d’après l’alvéole en trou de serrure,

(I) JVI. d’Archiac, dans son important travail sur la coordination des terrains tertiaires du nord de la France, de la Belgique et de l’Angleterre ( Bullet . delà Soc. Gèolog. de France , 15 avril 1839, p. 193), a donné la description de cette roche sous le nom de Glauconie inférieure, comme formant le premier étage des terrains tertiaires, reposant immédiatement sur la craie supérieure ou craie blanche , et comme parallèle au calcaire grossier pisolithique deMeudon.

est plus grosse, à deux racines serrées, et également distante de la précédente et de la suivante.

La troisième est la plus grosse , du moins d’après les deux racines inégales qu’elle a laissées dans l’alvéole; elle était sans doute comprimée et triangulaire avec un lobe postérieur; mais ce n’est qu’une supposition d’après la disposition et la proportion des deux trous de l’alvéole.

La principale , contiguë à la précédente , est assez petite ou médiocre ; sa forme est triquètre à son collet avec trois racines serrées , deux en dehors , ce qui fait supposer que son bord était aminci , à deux lobes , et une en dedans et en avant portant sans doute un talon.

Les arrière-molaires sont toutes les trois à peu près carrées, l’avantdernière la plus grosse , et la dernière la plus petite.

La première est pourvue à la couronne de deux tubercules mammiformes en dehors , et d’un large talon en dedans se portant en avant.

La seconde est absolument de même forme, mais beaucoup plus forte et plus carrée, à angles arrondis.

La troisième beaucoup plus petite , quoique assez forte encore , est à peu près arrondie, bilobée, avec un lobe extérieur et un intérieur.

Nous ne connaissons rien de la mâchoire inférieure de cette tête; mais, d’après l’analogie , nous devons supposer que le nombre des dents molaires était de huit, une de plus qu’en haut, comme dans le C. niegalotis , ou au moins de sept ; car, dans aucun cas, si ce n’est dans les Félis, nous ne trouvons un nombre de molaires en bas moindre qu’en haut.

Des autres parties du squelette , nous ne connaissons qu’un assez petit nombre de pièces provenant des membres, et rarement complètes.

i 0 D’un humérus du côté gauche.

Cet os est très-remarquable par sa très-grande force , sa double courbure en S très-prononcée, la largeur et l’étendue de la crête deltoïdienne , qui descend en pointe au-dessous de la moitié de la longueur de l’os, remonte en s’épaississant beaucoup un peu au-dessus de la tête, elle-même fort épaisse; par la minceur de l’extrémité inférieure

Troisième.

Principale.

Arrière-

Molaires.

Première.

Seconde.

Troisième.

Mâchoire

inférieure.

3° Humérus.

Décrit.

76 CARNASSIERS; SUBURSUS. ( Palœocyon . )

percée d’un trou au-dessus du condy le interne , et dilatée en aile mince à l’externe; par la forme de la poulie articulaire dont la partie externe , la seule existante , indique une articulation radiale assez large , et dont les fosses antérieure et postérieure sont peu profondes, surtout celle-ci.

comparé. Comparé avec l’humérus des autres Carnassiers qui ont les mêmes caractères généraux , c’est évidemment avec celui du Blaireau qu’il a le

conclusions. plus de rapports , et peut-être aussi un peu avec celui de la Loutre ; il indique un animal faisant de grands efforts avec ses membres antérieurs , soit pour fouiller la terre , soit pour nager, mais bien plus grand que le Blaireau dans la proportion de plus d’un quart.

4° Radius. 2° D’un radius du côté droit.

Décrit. Cet os , que j’avais d’abord pris pour un tibia , parce que dans la pierre , à côté de son extrémité la plus large , était l’empreinte descondyles du fémur, s’est montré d’une manière évidente, quand il en a été extrait, un radius du côté droit , remarquable par sa force et son arqure , et sa forme triquètre , tranchante au bord postérieur, assez large et convexe en avant , et au contraire très-excavée à la face interne. L’extrémité supérieure, un peu endommagée , paraît avoir été assez large, ovale-transverse, et avoir occupé une assez grande étendue de l’articulation humérale ; son col est également peu rétréci , et l’empreinte d’insertion bicipitale assez rentrée. Quant à l’extrémité inférieure , elle manque presque entièrement. On peut seulement juger, par la coupe triangulaire du fragment, quelle devait s’élargir assez fortement et prendre une grande part à l’articulation carpienne.

Conclusions. Ainsi cet os fait supposer , comme l’humérus , un animal bien plus fort que le Blaireau et dans la même proportion à peu près que l’humérus.

5" cubitus. 3° D’une moitié supérieure de cubitus du côté droit.

Décrit. Ce fragment indique un cubitus remarquable par sa grande compression , sa minceur comparée à son épaisseur dans le sens d’avant en arrière , sa forte courbure en dedans, la direction sans courbure et le peu de développement de l’apophyse olécrane, dont le bord postérieur épais se

continue sans ressaut ou insensiblement avec celui du corps de l’os, plus large quelle vers le tiers probable de celui-ci , particularité que je 11e vois dans aucun des cubitus que je lui compare ; par la grande étendue d’avant en arrière de la fosse articulaire , ce qui indique des mouvements lâches du peu serrés , plus encore que dans la Loutre , mais réellement sissez bien comme dans le Blaireau ; par la position presque antérieure de la fossette d’articulation avec le radius, notablement moins externe que dans cet animal, moins cependant que dans les Phoques, et surtout que dans les Chiens.

Ainsi cet os indique un animal dont l’avant-bras était composé de deux os bien distincts, bien séparés, bien mobiles l’un sur l’autre, dont & cubitus , large et complet , était prolongé en un olécrâne assez long , mais moins apophysè que dans le Blaireau et la Loutre, peut-être, il est vrai, parce que ses bords ont été usés fortement.

4° D’un fragment d’os imiominé.

Ce fragment, qui ne consiste presque qu’en une portion d’os innommé du côté gauche , dans laquelle il n’y a de complet que la cavité cotyloïde, n’offre rien de bien caractéristique. On peut seulement déduire du diamètre de celle-ci , et d’une assez bonne partie restante de l’iléon , que c’était un animal robuste , presque de la grandeur d’un Ours de petite taille et de famille voisine.

5“ D’un fragment de fémur du côté droit.

Quoique ce dernier fragment du Palæocyon soit assez incomplet dans ses deux extrémités, ce qui en reste , c’est-à-dire la plus grande partie du corps , n’est pas moins remarquable par son épaisseur proportionnelle , sa largeur et sa forme subtriquètre , de manière à être subtranchant en dehors et aplati en dedans. Nous avons pu en outre juger par des empreintes laissées dans la pierre, à défaut de l’os lui-même, que supérieurement la fosse digitale du grand trochanter était peu distincte au contraire du petit trochanter, contribuant ainsi à l’élargissement de l’os. L’empreinte de l’extrémité inférieure a pu également montrer quelle

Comparé.

Conclusions.

innomme.

7° Fémur.

Décrit.

Comparé.

Conclusions.

générales.

Amphicyon.

Genre

nouveau.]

Établi par M. Cartel , d'après des Ossements trouvés à Sansans, dans un terrain tertiaire.

78 CARNASSIERS; SUJBURSUS. ( Amphicyon .)

était assez large , et que des deux condyles écartés, l’externe descendait

notablement plus bas que l’interne.

En comparant ce fémur avec celui de tous les Carnassiers , c’est encore avec le fémur du Blaireau que nous avons trouvé le plus d’analogie; seulement il est d’un tiers plus grand que celui de notre plus grand sque*lette de cette espèce, provenant, il est vrai, d’un jeune individu.

En sorte qu’en rassemblant les éléments que nous ont fournis, les différentes pièces dont nous venons de donner la description , on se trouve conduit à admettre: i° qu’ils indiquent une forme animale différente de toutes celles que nous connaissons aujourd’hui à l’état récent, et même à l’état fossile , ce que prouve évidemment le système dentaire , qui a cependant quelque chose de celui du Mégalotis ou du Chien là dents tuberculeuses; 2° que cette forme animale appartient à la famille des Petits-ours, voisine des Blaireaux pour la brièveté et la force des membres, et des Caudivolves pour la forme de la tête, de la queue, et même un peu pour la disposition complètement tuberculeuse des dents ; 3° et que peut-être cette espèce était-elle aquatique, comme nous verrons la Loutre parmi les Mustelas, et le Cynogale parmi les Viverras , et qu’ainsi elle vient combler une lacune dans la série des Mammifères.

Art. 6. — De l’Amphicyon.

Les ossements fossiles dont nous allons parler sous ce titre vont encore constituer une autre form^ animale de cette famille voisine des Binturongs ou Arctictis , mais avec une taille égale ou même? supérieure à celle de l’Ours , et un système dentaire presque seïfmlabre à celui des Chiens ordinaires, ce qui lui a valu la dénomination que lui a donnée M. Lartet , et que nous sommes heureux de pouvoir conserver.

C’est en effet aux investigations persévérantes et éclairées de M. Lartet dans ce célèbre dépôt de Sansans, contenant un grand nombre d’ossements de Quadrupèdes, d’Oiseaux, de Beptiles et d’Ampliibiens , que nous devons la découverte de ce genre et toutes les pièces qui vont nous

HISTOIRE PA LÉOJN TOLOG1 QUE. 79

servir à le confirmer et à en déterminer les rapports. M. Lartet en a parlé à plusieurs reprises dans les comptes rendus des séances de l’Académie des Sciences et dans les bulletins de la Société de Géologie pour l’année 1 836 ; mais de plus il a généreusement envoyé ces pièces dans les collections du Muséum.

Avant la découverte de M. Lartet, la science avait déjà quelques indices de cet animal, mais tellement faibles qu’il était presque impossible de s’en servir sans erreurs. AinsiM.G. Cuvier (tom. IV, p. ^66, Pl. XXXI, fig. i o de la seconde édition de ses Ossements fossiles ) avait rapporté à un Loup d’une taille gigantesque une première arrière-molaire supérieure gauche, trouvée dans Je dépôt d’Avaray près de Beaugency , et qui doit évidemment être rapportée à l’Amphicyon. Je crois que cela est plus douteux pouf 'fe canine ( loc. cit.^/zg. 2 1 ) qui serait bien plus grosse , sa largeur à la base étant , à un millimètre près, égale à celle de la molaire.

M.Kaup avait aussi trouvé une dent qui semble être également d’Amphicyon , et il avait parfaitement reconnu quelle indiquait une forme animale particulière, pour laquelle il avait proposé le nom d’Agnotherium, qui devrait avoir la préférence, si l’identité du genre avait pu être établie sur ce seul fragment ; comme cela était impossible , et même fort douteux , ainsi qu’il sera dit plus loin , nous préférons regarder le tr avail de M. Lartet comme la seule base du genre, et par conséquent conserver le nom qu’il lui a donné.

i° Du système dentaire.

Comme c’est en général, et surtout en paléontologie, principalement sur la considération presque exclusive du système dentaire que Ion établit les coupes génériques, nous allons commencer par décrire ce que nous connaissons des dents de cette forme animale ancienne; après quoi nous passerons en revue toutes les pièces du squelette que nous avons pu examiner et comparer.

Aucun des fragments de mâchoire supérieure jusqu’ici recueillis ne

Confondu avec les Canis par' M. G. Cuvier.

Rapproché du

Agnytherium de M. Kaup.

Décrit.

Dans le Système

Dents.

Supérieures.

Incisives.

Première.

Seconde.

Canines.

Molaires, 7.

Avant-

Molaires.

Troisième.

Principale.

80 CARNASSIERS; SUBURSIJS ( Amphicyon. )

nous a présenté de dents incisives. Nous ne pouvons cependant pas douter quelles ne fussent au nombre de trois paires, l’externe plus forte que les autres, et plus ou moins caniniforme. Nous possédons en effet, mais séparée , une de ces dents du côté gauche . elle est très-large et très-comprimée à la racine, subconique, un peu comprimée à la couronne, assez recourbée en forme de crochet, et ressemblant assez à celle de l’Ours et même du Chien. Une seconde incisive supérieure, également séparée et du côté gauche, semble, à cause de sa grande compression, avoir plus de rapports avec son analogue dans l’Hyène que dans le Chien, et même que dans l’Ours.

Les canines sont extrêmement fortes, robustes, assez comprimées, carénées et même tranchantes en arrière , un peu aplaties en dedans , plus convexes en dehors et fortement cannelées dans leur longueur, surtout en avant. Elles tombent presque verticalement sans se déjèter en dehors.

Les molaires sont au nombre de sept : trois avant-molaires, une principale et trois arrière-molaires, comme dans le Palæocyon, mais de toute autre forme et proportion.

La première avant-molaire, qui existe en nature sur la pièce principale, assez peu distante de la canine, est basse, assez comprimée, triangulaire, équilatérale, le sommet médian. La seconde, indiquée par deux alvéoles, devait être assez large et comprimée, car celles-ci sont assez éloignées, la postérieure plus grande et plus oblongue que l’antérieure. La troisième manque également et ne peut être appréciée que d’après ses deux alvéoles, qui indiquent qu elle avait deux racines , que sa partie postérieure était beaucoup plus épaisse que l’antérieure, et quelle était , comme de coutume, en contact avec la principale.

Cette principale est très-forte et ressemble complètement à celle du Chien , ayant comme elle son bord externe tranchant partagé en deux lobes: l’antérieur oblique, plus saillant et plus aigu; le postérieur plus large et plus tranchant ; le talon interne est du reste complètement antérieur.

HISTOIRE PA LEOiN TO LOGI Q U E . 81

Des trois arrière-molaires, la première est aussi presque semblable à sa correspondante chez le Chien, ayant comme elle deux denticules épais, subconiques au bord externe, et un large talon interne; seulement ici ce talon est proportionnellement plus fort (i). La seconde ressemble encore assez bien à celle du Chien; mais dans l’Amphicyon elle est beaucoup plus forte, toutes ses parties sont bien plus développées, et surtout le talon interne, qui est presque aussi large que Je bord externe bidenticulé, et aussi plus arrondi, et plutôt dirigé en avant qu’en arrière. Enfin la troisième , qui n’existe pas dans le Chien , n’a laissé dans le fragment fossile que son alvéole qui est simple , ce qui prouve quelle n’avait qu’une racine et quelle devait être petite , arrondie et tuberculeuse.

Le système dentaire de 1 Amphicyon à la mâchoire inférieure , nous est moins bien connu qu’à la supérieure, parce que la mandibule la plus complète que nous possédons ne présente que des alvéoles remplies par les racines brisées.

Nous regardons comme appartenant à une troisième incisive du côté gauche une portion radicale remarquable par sa grande compression et sa grande taille; mais voilà tout ce que nous avons vu des incisives inférieures de l’Amphicyon.

Nous ne connaissons des canines de la mandibule qu’un seul fragment d’une du côté droit, suffisant cependant pour montrer quelles étaient presque semblables à celles du Chien , les arêtes internes seulement plus marquées ; en effet , le côté mandibulaire que nous possédons de plus complet ne porte que les alvéoles, remplies par les racines, des molaires. A en juger par elles, il nous semble qu’il devait y avoir le même nombre de ces dents, et probablement de forme à peu près semblable, sauf la proportion relative , que dans les Chiens. Ainsi , la principale à deux racines était plus petite que la première avant-molaire ; mais celle-ci , ou la carnassière , devait être moins grande que dans les Chiens ; et comme la

Arrière-

Seconde.

Troisième.

A la mâchoire inférieure.

Canines.

Molaires.

D’après les Alvéoles.

(1) Cestà cette première arrière-molaire qu’appartient la dent trouvée à Avaray, près de Beaugency, et figurée par M. G. Cuvier, IV, pl. 31, fig. 20, comme provenant d’un animal du genre Canis, mais d’une taille gigantesque , p. 466.

Seconde avant Molaire.

Principale.

Arrière-

Molaires.

Première.

Seconde.

Troisième.

Dans le système osseux.

t) Mâchoire supérieure.

82 CARNASSIERS; SUBURSUS (Amphicyon).

seconde et la troisième arrière-molaires étaient au contraire proportionnellement plus fortes, et surtout la troisième, il en résulte que le système dentaire de l’Amphicyon devait être moins carnassier que celui du Chien.

Parmi les dents molaires inférieures séparées ou implantées qui peuvent être rapportées à notre animal, nous citerons:

Une avant-molaire , probablement une seconde du côté gauche, assez large, à deux racines, à une seule pointe, un peu plus antérieure que postérieure, ayant un peu de la forme de sa correspondante chez le Chien.

Une principale, du côté gauche, implantée dans un fragment de mandibule , et qui montre une coupe plus triquètre , plus allongée , plus inégale dans ses deux lobes que chez le Chien.

Une première arrière-molaire du côté droit, exactement de la dimension de l’alvéole correspondante sur un côté de mandibule dont il va être question , et qui est si semblable , quoiqu’un peu plus grande , à son analogue dans le Loup , que l’on pourrait aisément la considérer comme provenant de cet animal.

Une seconde arrière-molaire, également du côté droit, de la grandeur convenable pour l’alvéole correspondante de la mandibule citée, offre aussi une grande ressemblance avec son analogue dans le Loup ; seulement, elle est notablement plus grande.

Enfin , je regarde comme la troisième arrière-molaire du même côté une dent dont la couronne , large , arrondie , est plate , multituberculée , pourvue d’une seule racine en pyramide tétraèdre, et qui est surtout remarquable par sa grande ressemblance avec celle de l’Ours. Aussi estelle bien plus grosse que dans les Canis.

2° Des os de la tête.

Nous ne possédons encore de cette série d’os que des parties plus ou moins considérables des mâchoires , et rarement un peu caractéristiques.

De la mâchoire supérieure nous ne connaissons en effet ni les pala-

HISTOIRE PALÉOJNTOLOGIQUE. 83

tins postérieurs, ni le lacrymal, ni même le jugal; nous savons seulement quelle ressemble un peu à celle de l’Hyène par sa grande force, quoiqu’elle soit un peu plus longue , à cause d’un plus grand nombre de dents arrière-molaires et par la forme du chanfrein , et que le palais est percé d’un trou palatin antérieur très en arrière de l’incisif, et creusé en dedans de la dent principale d’une grande fosse pour loger la carnassière inférieure , disposition beaucoup moins prononcée dans les Chiens et dans les Hyènes. Nous ignorons si l’incisif remontait ou non jusqu’au frontal (i).

L’appendice céphalique inférieur nous est mieux connu par deux frag- 2) Mâchoire ments assez complets de mandibule, et surtout par une demi-mâchoire "lfell<ure inférieure du côté droit presque entière.

Cette mandibule est véritablement remarquable par sa taille supé- Décrite, rieure à celle de nos plus grands Ours , et ayant dix pouces et demi dans une partie qui n’a que cinq pouces et demi chez un Loup ; par sa forme allongée , qui rappelle celle du genre Canis plus que celle de tout autre Carnassier, ayant en effet le même mouvement en général et dans chacune de ses parties. Ainsi , les deux bords de la branche horizontale sont également un peu courbés dans le même sens, et sa face interne est aussi plate ou légèrement convexe ; la fosse massetérienne de la branche verticale ne dépasse pas la dernière molaire ; le canal dentaire interne est large , et du reste comme dans les Chiens ; mais l’apophyse angulaire est plus large et moins saillante , moins détachée , moins en crochet. La face externe de la branche horizontale est bien plus plate ou moins convexe; les trous mentonniers sont bien plus près du bord supérieur, et du reste placés de même ; enfin, le condyle transverse fort étendu, cylindrique, est beaucoup plus épais en dedans qu’en dehors, la surface articulaire s’étalant fortement en dehors de son extrémité interne.

Une autre portion de mandibule , mais du côté gauche (2) , est évidem-

(1) Nous apprendrons , par un fragment de tête de VA.minor, qu’il en était fort loin.

(2) Retournée au miroir dans la figure que nous en donnons, afin de faciliter la comparaison.

3) Os temporal.

4) Vertèbre Atlas.

8) Vertèbres cervicales.

lombaires.

coccygiennes.

Si CARNASSIERS; SUBURSUS {Amphicyon).

ment plus courbée et surtout plus large que la première, mais peut-être

altérée par suite d’une forte pression.

Nous devons aussi faire mention d’un fragment radical d’une arcade zygomatique du côté gauche , remarquable par son épaisseur, sa largeur, sa convexité ; en un mot , par un état robuste bien supérieur à ce qui existe dans les Ours , les Chiens et même chez les Hyènes, quoique cette arcade se déjette moins en dehors que dans ces dernières : aussi y a-t-il plus d’analogie, surtout à cause du peu de profondeur de la cavité glénoïde , avec ce qui a lieu dans le Loup.

3° Des vertèbres.

De cette série d’os , et même de tous ceux du tronc , nous n’avons encore pu observer qu’une vertèbre atlas dont la forme générale rappelle parfaitement en grand celle du Blaireau , et n’en diffère guère que parce que le pédoncule de l’arc est notablement moins échancré au bord postérieur; deux corps de vertèbres cervicales démontrées telles par la coupe oblique de leur corps, la grandeur proportionnelle du canal médullaire, les indices du trou pour l’artère vertébrale , et qui, comparées avec celles des autres Carnassiers, dénotent un cou fort robuste , notablement plus long que dans le Blaireau , et presque autant que dans le Chien ; deux vertèbres lombaires , dont une seconde et une dernière ; celle-là ayant des rapports avec sa correspondante dans les Canis par la forme allongée et carénée du corps, au contraire de ce qui a lieu dans les Ours, par la proportion de la masse apophysaire, un peu moindre cependant que dans les Canis, un peu plus grande, mais avec la forme générale quelle a dans les Blaireaux, l’apophyse épineuse étant fort large , ainsi que les transverses. La dernière a au contraire son corps élargi , déprimé transversalement , la cavité médullaire petite et de même forme.

Nous savons, par un assez grand nombre de vertèbres coccygiennes, provenant , pour la plupart , d’un squelette presque complet , que l’Amphicyon était pourvu d’une queue très-longue et très-puissante , autant (jue dans les Tigres.

HISTOIRE PALÉOJNTOLOG1QU E . 85

4° Des membres antérieurs.

Nous signalerons :

a) Humérus.

Une portion inférieure d’humérus du côté gauche, indiquant un animal de très-grande taille , supérieure à celle du plus grand Ours de nos collections , offrant , par la forme de la poulie articulaire , fort large et moins haute , plus de rapports avec l’Ours qu’avec aucun autre Carnassier , mais par celle de la crête externe , assez étroite et élevée , et surtout par le trou fort allongé dont le condyle interne est percé, beaucoup plus de ressemblance avec le Lion et le Tigre qu’avec l’Ours , et surtout qu’avec les Canis.

Un humérus tout entier du même côté gauche , mais un peu plus petit que le précédent , conservant pour les parties supérieures beaucoup plus de rapports avec celui de l’Ours qu’avec ceux du Lion et du Tigre , par la forme des tubérosités interne et externe , surtout par la courbure et l’arqure de son corps, et par la terminaison très-inférieure de l’empreinte deltoïdienne, tandis que le trou dont est percé le condyle interne semble le rapprocher des Felis.

b) Radius.

Plusieurs radius , entiers ou non , qui nous démontrent, surtout l’un des premiers du côté gauche trouvé avec les restes d’un squelette presque complet, et entre autres avec l’humérus dont il vient d’être parlé , que l’Amphicyon avait l’avant-bras plus court , plus ramassé , plus robuste même que l’Ours , chez lequel le radius est à l’humérus comme 12 : 11, tandis que , dans l’Amphicyon , la proportion de ces os est de 10 à 12 ou i3. Du reste, ce radius est assez arqué, beaucoup moins comprimé que dans le Lion, et sa tête supérieure, portée sur un col arrondi , est un peu plus qu’hémi-circulaire à sa face articulaire , et pourvu, vers le tiers interne de son bord antérieur, d’une éminence plus marquée encore que dans les Ours.

c) Cubitus.

D’après deux cubitus, l’un du côté droit et l’autre du côté gauche,

8) Humérus.

Décrit.

Comparé.

Autre

Humérus.

Comparé.

9) Radius.

Comparé.

10) Cubitus.

Décrit et comparé.

1 1 Scaphoïde.

Comparé avec celui de l’Ours.

Indiquant cinq doigts.

1 2' Pisiforme.

Métacarpiens.

8C CARNASSIERS; S U B U RS US (Amphicyon ) .

provenant de l’individu trouvé presque entier, cet os conserve sa spécialité; moins grêle, moins comprimé dans sa partie supérieure que celui du Lion , il est aussi large que dans l’Ours. L’olécrâne épais se tord cependant un peu moins que dans celui-ci , mais beaucoup plus que dans le Lion. Inférieurement, notablement plus épais, moins triquètre, moins anguleux , il se termine par une apophyse styloïde fort grosse ; en sorte que, comme le radius, cet os indique un animal dont l’avant-bras avait plus de mouvements que dans le Lion.

d) Scaphoïde.

La forme de cet os nous est donnée par les deux scaphoïdes du squelette presque entier. Il est absolument de la même grandeur que celui d’un Ours médiocre, ayant même beaucoup de sa forme , seulement, il est peut-être un peu plus court transversalement , et par conséquent plus large , plus ovale. Quant à ses quatre facettes pour le trapèze , le trapézoïde , le grand os et l’onciforme , elles sont à peu près les mêmes que dans les grands Felis , avec lesquels j’établis la comparaison ; en effet elle est un peu moins complète avec l’Ours. On peut donc assurer que l’Amphicyon avait cinq doigts aux membres de devant ; à quoi on peut ajouter que probablement leurs mouvements étaient moins serrés que dans les Felis , parce que les crêtes des facettes articulaires sont plus arrondies et plus effacées.

e) Pisiforme.

Cet os , qui nous est connu d’après un échantillon bien entier du côté droit, offre au contraire plus de ressemblance avec son analogue dans l’Ours que dans le Lion , mais encore plus robuste , c’est-à-dire plus épais , proportionnellement à sa longueur, que dans le premier de ces animaux. La facette articulaire pour le cubitus indique aussi une articulation plus pivotante et plus mobile que dans le Lion , et à peu près comme dans l’Ours.

f) Métacarpiens.

Nous avons pu examiner plusieurs os du métacarpe , les uns du côté gauche , les autres du côté droit , et dont une partie proviennent du sque-

lette presque entier. Leur grosseur, proportionnellement à leur longueur, et leur brièveté lèvent toute espèce de doute , s’il pou vait y en avoir encore , sur les affinités del’Amphicyon. En effet, quoique ceux du squelette presque entier soient un peu plus courts et plus robustes que d’autres évidemment plus grêles , il n’en est aucun qui soit jamais dans des proportions assez allongées pour être comparé aux métacarpiens des Felis ou des Canis, et ce n’est qu’avec ceux des Ours et des Blaireaux que la comparaison peut s’établir. On peut même, à peu près, assurer que , comme dans ces animaux , c’était le cinquième qui était le plus gros , et le premier le plus petit.

g) Phalanges.

Nous possédons quatre ou cinq premières phalanges, dont trois bien entières, provenant, pour la plupart, du squelette presque entier; remarquables par leur brièveté , leur aplatissement en dessous , et une certaine arqure assez marquée , surtout dans les plus petites. Elles s’éloignent beaucoup de celles des Felis, moins de celles des Ours, et encore moins de celles du Blaireau , sauf la taille.

Nous n’avons vu que quatre secondes phalanges, dont trois provenant du squelette entier. Elles sont , comme les premières , fort courtes , tout à fait plates en dessous, et à peine convexes en dessus, ce qui leur donne une certaine ressemblance avec celles des Palæothériums. C’est cependant de l’Ours qu’elles se rapprochent le plus; aussi leur base, plus large que l’extrémité antérieure, est-elle pourvue au dos d’une apophyse d’insertion musculaire, comme cela se voit quelquefois chez ces animaux.

Deux de ces phalanges ont leur bord interne déclive un peu comme dans les Chats.

5° Des membres postérieurs.

Les collections du Muséum renferment aussi un assez bon nombre d’ossements provenant des membres postérieurs de l’Amphicyon.

a) Os innominé.

Uneportion antérieure de l’os des iles, bornée à la partie rétrécie avant la

Comparés avec ceux d’Ours.

14) Phalanges.

Premières.

Secondes.

15) Os innominé.

Fémur.

Décrit.

Comparé.

88 CARNASSIERS ; S U B U RS US [Amphicyon ) .

cavité cotyloïde , montrant une très-petite partie inférieure de cette cavité, mais avec tout le bord supérieur de la branche , et une partie même de l’articulation sacrée , indique un animal d’une taille au moins égale à celle d’un assez grand Ours, et ayant plus de rapports avec la partie correspondante dans cet animal que dans aucun autre , par la manière dont le bord inférieur s’élargit avant d’arriver à la cavité cotyloïde , et par le grand développement de la tubérosité d’insertion du muscle droit antérieur au-dessus de cette cavité. Il faut cependant observer que cette partie de l’iléon est plus courte et surtout plus robuste , et que la cavité cotyloïde est beaucoup moins étalée ou plus petite que dans l’Ours, ce qui est en rapport avec la forme de la tête du fémur.

b) Fémur.

Une partie supérieure (le tiers environ de l’os) du côté droit , malheureusement assez écrasée, offrant une tête arrondie, creusée d’une fossette assez considérable pour le ligament rond, portée sur un col assez oblique et comprimé; un grand trochanter arrondi à l’extrémité, ne s’élevant pas au niveau de la 'tête, avec une cavité digitale assez grande; un petit trochanter peu marqué et assez descendu.

Une autre partie de fémur, les deux tiers inférieurs, peut-être ce qui manque au premier fragment, et également du côté droit.

En supposant que les deux pièces proviendraient du même os , elles indiqueraient un fémur plus grêle , plus allongé que dans l’Ours et même que dans le Lion , plus comprimé latéralement , surtout inférieurement ; aussi la tête inférieure est-elle beaucoup plus étroite , plus serrée que dans ces deux animaux; la poulie rotulienne étant peut-être encore plus étroite et un peu plus oblique, ce qui rend lescondyles inégaux.

Cependant le fragment supérieur offre plus de rapports avec le fémur de l’Ours qu’avec celui des Felis , par la forme du grand trochanter plus arrondie, plus descendue au-dessous du niveau de la tête; toutefois la fosse digitale est beaucoup moins étendue, et surtout moins profonde que dans cet animal et même que dans le Lion. La tête de l’os est également plus dégagée même que dans l’Ours; mais l’os lui-

HISTOIRE PALÉONTOLOG1QÜE. 89

même offre à peu près le même degré de compression , étant bien moins épais que dans le Lion.

C) Tibia. Tibia.

i Un tibia gauche tout entier en parfait état de conservation , un Gauche, peu plus long que celui d’un Ours d’assez grande taille , un peu plus petit que celui d’un Lion, et surtout remarquable par sa force et sa brièveté , indiquant un animal bas sur pattes , ayant quelque chose de celui du Décrit. Blaireau , sauf la grandeur ; ressemblant cependant assez par sa tête supérieure à celui de l’Ours , avec la crête tibiale encore plus prononcée, plus recourbée en dehors , la face externe plus excavée et le bord ex- Comparé, terne plus arqué. Le corps de l’os est au contraire bien plus fort que dans 1 Ours , plus semblable à ce qu’il est dans le tibia du Lion. Il en est de même pour l’extrémité inférieure, la poulie articulaire étant plus oblique , plus serrée que dans l’Ours , et même un peu plus que chez le Lion. Aussi l’échancrure antérieure du bord interne de la poulie est plus étroite et plus profonde, tandis que toutes les apophyses sont plus aiguës et plus saillantes.

2° Un autre tibia du côté droit en deux morceaux , et un fragment su- Droit, périeur mutilé de celui de gauche, provenant du squelette presque entier, est notablement plus petit que le précédent, quoique non épiphyse.

Il a , du reste , les mêmes formes , si ce n’est que ses échancrures et saillies sont encore plus prononcées. C’est certainement avec le Blaireau que 1 articulation tarsienne a le plus de ressemblance ; ce tibia étant aussi un peu plus court que le fémur.

d ) Péroné. réronè.

Je ne connais cet os que par une petite partie de l’extrémité supérieure restée collée contre un fragment de tibia gauche, dont il vient d être parlé. On peut cependant en déduire qu’il était assez ovalaire à sa tête, subtriquètre avec les angles arrondis au-dessous , ce qui n’offrirait aucune analogie avec ce qui a lieu dans l’Ours , dans le Lion , ni même chez le Blaireau.

G. Scbursus.

90 CARNASSIERS; SUBURSUS (Amphicyon)

jjoMo. e) Rotule.

Une Rotule bien entière, bien conservée, provenant encore du sque lette presque entier , nous a offert la plus grande ressemblance avec celle de l’Ours, ayant en effet les memes proportions, et la môme forme ovale-arrondie , quoiqu’un peu irrégulière.

Astragale. f) Astragale.

Deux de ces os du tarse , l’un plus grand et un peu tronqué dans son apophyse scaphoïde et du côté droit, l’autre du côté opposé et un peu plus petit , provenant du squelette presque entier , nous ont permis de voir que l’astragale de l’Amphicyon était fort large , comme dans l'Ours; mais que sa poulie était plus profonde même que dans les grands Félis , et assez oblique. Quant à la tête scaphoïdienne , portée sur un col ou rétrécissement très-marqué , elle se dilate fortement en dedans, de manière que la surface articulaire est trans verse-ovale , réniforme, ce qui dénote un scaphoïde fort large, et par suite trois cunéiformes et trois doigts internes , outre les deux externes , c’est-à-dire cinq doigts comme dans les Ours et les Blaireaux , avec l’astragale duquel celui du fossile offre toujours le plus de rapports, calcanéum. g) Calcanéum.

Nous possédons aussi deux calcanéums d’ Amphicyon, un bien plus grand du même côté et sans doute du même animal que le grand astragale dont il vient d’être parlé, et également dans un état parfait de conservation ; l’autre plus petit et du squelette entier. Le premier indique un animal carnassier de grande taille, égalant celle de notre plus grand Tigre , ayant cependant plus de rapports par sa forme ramassée avec celui de l’Ours qu’avec celui d’aucun Félis , quoiqu’il soit un peu moins robuste que dans le premier de ces animaux. On peut aisément en juger par le rapport de longueur de la partie antérieure articulaire et de la partie postérieure apophysaire. Dans l’Amphicyon , il y a presque égalité, tandis que dans l’Ours la partie apophysaire est bien plus courte , au contraire de ce qui a lieu dans le Lion. En outre, les deux facettes articulaires avec l’astragale sont aussi plus larges , et celle du cuboïde plus

arrondie; le calcanéum du Blaireau ressemble davantage à celui de 1 Amphicyon.

h) Métatarsiens.

Nous n’avons pu examiner que deux os métatarsiens entiers, mais un plus grand nombre de fragments , savoir : un quatrième du côté droit , un troisième de gauche, les têtes postérieures de trois autres et une moitié antérieure d’un second doigt de gauche.

Ces os sont notablement plus grêles et plus allongés que les métacarpiens , comme cela a lieu chez tous les Mammifères ; mais ils le sont'trop peu pour être comparés même avec les métacarpiens des Félis, du moins dans le Tigre et le Lion, et ils sont beaucoup trop grands pour une Panthère. Ils ne peuvent non plus être considérés comme des métacarpiens d’Ours , dont ils ont cependant assez bien la taille et les proportions ; en sorte que je suis porté à les attribuer à l’Amphicyon , par voie d’exclusion cependant plus que par démonstration directe.

Avant de passer à l’examen des ossements fossiles que nous allons rapporter au petit Amphicyon , je dois noter que parmi les fragments envoyés par M. Lartet à notre collection , se trouvent : une troisième incisive en crochet; une canine inférieure tronquée aux deux extrémités; une molaire principale, toutes les trois du côté droit, et enfin une première arrière-molaire supérieure du côté gauche , qui indiquent un individu de taille notablement moindre que celle du grand Amphicyon, peutêtre même d’espèce différente, ce qu’il est impossible de décider.

Du petit Amphicyon de Sansans.

Pour éviter d’introduire dans la paléontologie des assertions douteuses , en créant des genres non définis , tout en leur donnant des noms très-distinctifs, comme on l’a fait trop souvent avant moi, je parlerai , sous le nom d’Amphicyon , de quelques ossements fossiles de Sansans et d’Auvergne, qui me semblent bien appartenir à la famille des Petitsoiïrs plus qu’à toute autre, mais qui peuvent bien aussi constituer une ou plusieurs formes animales distinctes , ce qu’à défaut d’éléments suffisants je ne puis affirmer.

92 CARNASSIERS; SUBURSUS (Amphicyon ).

Denu. Système dentaire.

Je suis loin pour celte espèce d’avoir un système dentaire aussi aisé à lire que pour le grand Amphicyon , n’ayant que des dents détachées , et même en assez petit nombre.

canine. i u Une dent canine que l’on pourrait , au premier aspect , regarder comme une incisive externe de quelque grand Carnassier , ce qui ne peut être à cause de sa symétrie presque complète , et qui me semble être en Décrite. effet la canine gauche inférieure d’un Carnassier du genre des Petits-ours ;

elle est en général fort comprimée , aussi bien dans la racine qu a la couronne, malheureusement tronquée à la pointe, mais qui devait être arquée en crochet et un peu carénée en arrière ; sa racine est remarquablement forte et très-atténuée à sa pointe , ce qui prouve quelle est complètement adulte.

Molaire. 2° Une molaire principale supérieure gauche , ayant une certaine resüécrite. semblance avec son analogue dans le grand Amphicyon , mais en différant surtout parce que le talon ou lobe interne, au lieu d’être tout à fait en avant, comme dans cet animal et dans les Chiens, ou bien aux deux comparée, tiers, comme chez les Ours, est ici au milieu du corps de la couronne.

Les deux lobes tranchants sont aussi moins dissemblables que dans les Canis. On peut dire que cette dent est quelque chose d’intermédiaire à l’Ours, au grand Amphicyon et aux Canis.

Je me suis assuré que ce ne peut être l’Agnotherium de M. Kaup. vertèbre. 3° Une vertèbre avant-dernière lombaire , beaucoup plus petite que celle du grand Amphicyon , indiquant un animal de la taille d’un grand Chien , un tiers plus grand que le Blaireau et un quart moins que la Panthère, mais dont la forme rappelle davantage ce qui a lieu dans le Blaireau que dans tout autre Carnassier par la brièveté et l’aplatissement , l’état caréné du corps et la largeur des apophyses, cubitus^ 4 Cubitus. Je suppose que l’on peut rapporter à cette forme animale deux fragments de cubitus du côté gauche, provenant l’un et l’autre de Sansans, et surtout le dernier, le plus long, plus épais, plus étroit, plus courbé, plus convexe en dehors avec l’apophyse olécrane

élargie et très-tordue. Il me semble différer de celui du grand Amphicyon autrement que par la taille, et ressembler davantage au cubitus de l’Ours qu’à ceux des Viverras, des Félis et des Canis.

5° Os métacarpiens. Je rattache encore au petit Amphicyon, c’est-àdire à un animal carnassier à doigts courts , du genre des Petits-ours , double du Blaireau et d’un tiers plus petit qu’un Ours ordinaire, quatre os métacarpiens provenant , comme les précédents , du dépôt de Sansans ; un cinquième gauche, robuste, arqué, élargi à l’extrémité supérieure, et fortement crêté à l'inférieure} beaucoup plus que dans l’Ours ; un second, remarquable par sa grande brièveté et sa ressemblance avec celui de l’Ours, quoique d’un tiers plus petit; une moitié inférieure d’un métacarpien du second doigt évidemment plus grêle ; enfin la moitié supérieure d’un troisième métacarpien , mais proportionnellement plus grand.*

6° Rotule. Une rotule du côté droit, bien plus large, plus courte, plus arrondie que dans le Blaireau, de forme subtriangulaire, très-rugueuse à l’extérieur, à carène intérieure très-surbaissée, et ayant évidemment beaucoup d’analogie avec celle de l’Ours, quoique moitié plus petite.

7° Tibia. Quatre fragments inférieurs de tibias, deux du côté gauche et deux du côté droit , de dimensions un peu différentes , indiquant un animal un peu plus petit que la Panthère , mais pour la forme ayant plus de rapports avec son analogue dans le Blaireau, et mieux peut-être encore dans le Coati, à cause de l’aplatissement de la face interne de l’os, et la profondeur de la gouttière externe. Toutefois c’est encore avec le grand Amphicyon que le rapprochement est le plus complet.

Mais je rapporte d’une manière plus certaine encore à une petite espèce d’ Amphicyon une assez bonne partie de la moitié gauche d’une tête de Carnassier, trouvée à Digoin, département de Saône-et-Loire, et que nous devons à la générosité éclairée de M. Johannis , professeur à Valence.

Ce fragment nous donne assez bien la forme du museau comme ayant quelques rapports avec celui d’un Chien barbet , et même d’une Hyène ,

Métacarpien

Rotule.

Tibia.

l'ortion de Tête.

De Digoin

Décrite.

Os du Nez.

Frontal.

Mâchoire

supérieure.

Palatin.

Maxillaire.

P rémaxillaire

Jugal.

94 CARNASSIERS; SUBURSUS ( Atnphicyon ).

par sa grosseur, sa brièveté médiocre et sa coupe trapézoïdale; le petit côté parallèle très-plat avec sillon médian formé par des os du nez assez longs, s’élargissant un peu en avant, arrondis à l’angle externe de leur extrémité frontale, et en connexion immédiate avec le maxillaire dans la très-grande partie de leur étendue , et les deux non parallèles ou déclives par les maxillaires.

Il nous montre aussi que le frontal se relevait assez fortement à la racine du nez , et qu’il était assez profondément échancré par le nasal : au delà il est malheureusement brisé.

Mais ce que ce fragment nous apprend beaucoup mieux que tout ce que nous possédons du grand Amphicyon , c’est la forme de la mâchoire supérieure et de la racine de l’inférieure.

La partie antérieure du palatin est large et s’avance dans le palais jusque et presque au niveau antérieur de la dent principale, un peu comme dans les Canis, et elle est percée d’un trou unique, arrondi , encore plus grand que dans le Loup. En arrière cet os est brisé.

Le maxillaire est beaucoup plus entier ; sa branche verticale , presque complète, est fort large, aplatie, montant assez obliquement vers les os du nez, et percée fort bas et à l’aplomb de l’intervalle de la dernière avant-molaire et de la principale , par un trou sous-orbitaire vertical, assez grand, mais étroit, étant bien plus haut que large, à peu près encore comme dans les Canis. Le prémaxillaire est brisé; mais il est certain qu il était loin de remonter jusqu’au frontal par son apophyse montante.

Une partie de l’os jugal, quoique séparée et un peu hors de place, indique que l’arcade zygomatique était large, arquée dans les deux sens, plus que dans le Loup, moins que dans l’Hyène : ce qui est pleinement confirmé par l’apophyse jugale du temporal plus large peut-être encore que dans les Panthères ; aussi la cavité glénoïde est-elle grande , profonde, peu serrée cependant, et limitée postérieurement par une lame recourbée considérable, percée en arrière d’un trou glénoïdien comme dans les Felis. De cette disposition dans la racine jugale du squammeux , il résulte que la fosse temporale était large et profonde.

HISTOIRE PALEONTOLOGIQUE. 95

Ce qui reste du système dentaire sur ce fragment n’est pas considérable , puisqu’il n’y a que trois dents, et encore sont-elles cassées au collet, avec un intervalle alvéolaire entre la principale et la seconde arrièremolaire. Mais elles suffisent pour montrer qu’il provient d’une espèce d’Amphicyon distincte non-seulement par la taille , d’un tiers au moins plus petite , mais encore pour la proportion relative des dents ; en effet , dans ce petit Ampliicyon, la seconde arrière-molaire est, par rapport à la principale, comme i : 3 ; tandis que dans le grand, ces deux dents sont comme 1:2, en les mesurant au point de jonction de la racine au collet de la couronne; les deux premières arrière-molaires paraissent en outre avoir été plus triquètres.

J’ignore au juste dans quel terrain , géologiquement parlant , ce fossile a été trouvé ; mais il me semble , à la nature de la roche , que c’est dans un terrain tertiaire ; car celle-ci semble être ce que l’on a nommé calcaire moellon dans le midi de la France.

De tout ce que nous venons de dire des parties du système dentaire et du squelette, que l’on peut avec certitude , ou avec une assez grande vraisemblance, attribuer à l’Amphicyon, ce genre de Carnassiers peut être caractérisé par un système dentaire particulier , aussi bien dans le nombre que dans la forme des dents, sinon pour les incisives, que nous ne connaissons qu 'assez incomplètement, mais déjà par la forme trèscomprimée et carénée des canines, et surtout par les molaires, au nombre de sept en haut comme en bas : trois avant-molaires, une principale, et trois arrière-molaires; combinaison que nous ne connaissons chez aucun Carnassier monodelphe actuellement vivant. En effet , chez les Carnassiers qui ont même nombre des trois sortes de molaires aux deux mâchoires, ce nombre ne dépasse jamais six, dont 3-f-i+a , et lorsque le nombre des arrière-molaires s’élève à trois comme dans les Canis à la mâchoire inférieure, le nombre total monte à sept; mais en haut il reste à six : s’il augmente encore d’une inférieurement , c’est-à-dire s’il est de huit , comme nous en avons un exemple dans le Chien à grandes oreilles du Cap, il n’est que de sept en haut. On ne connaît

Denis.

Conclusions sur le G. Ainphicyon el ses Caractères.

Tirés des Denis.

Incisives.

Canines.

Molaires.

% CARNASSIERS; SUBURSUS ( Amphuirctos ).

même ce nombre de sept molaires aux deux mâchoires que dans la plupart des Carnassiers didelphes : ce qui n’est cependant nullement une raison pour que l’Amphicyon ait appartenu à cette sous-classe.

Des Doigts. Ce genre , du reste , était indubitablement pourvu de cinq doigts courts etsub-égaux , comme les Petits-ours, ce qui est indubitable poulies pieds de devant , dont nous possédons le scaphoïde pourvu de ses trois facettes antérieures, et très-probable pour ceux de derrière, à en juger par le peu de saillie de la tubérosité du calcanéum , ce qui indique que cet animal était plantigrade, et jusqu’ici nous ne connaissons pas un Carnassier plantigrade qui ait moins de cinq doigts , même les Paradoxures ; mais ces animaux n’ont pas l’humérus percé au condyle interne , et celui de l’ Amphicyon l’est comme dans tous les Petits-ours.

Jugeant ensuite par la brièveté et la force des os des membres antérieurs et postérieurs, et par la forme de presque toutes leurs parties, on peut aisément voir que la comparaison s’établit avec une espèce du genre des Petits-ours, mieux qu’avec aucune autre espèce, et moins avec les Canis et les Hyènes qu’avec tout autre carnassier ; en sorte qu’en joignant à cette considération l’observation que l’ Amphicyon était pourvu d’une queue longue et robuste, on est pour ainsi dire conduit à cette conclusion , que c’était une forme animale du groupe des Petits-ours à longue queue , rappelant en Europe les espèces qui existent encore en Amérique et en Asie, mais bien plus carnassière et surtout bien plus grande quelle , du moins pour une espèce dont la taille égalait celle de nos grands Ours d’Europe.

Art. 7. — Du SlVALOL'RS.

Dei Amphi MM. Cauteley et Hugli Falconer, auxquels la paléontologie doit des découvertes si nombreuses et si intéressantes faites dans les monts Si valiens fragmente8 ou Sous-Himalayas , ont décrit, p. 193 du tom. IX des Asiatic Redèpôt^tertîaire searches pour i836, sous le nom d 'Ursus sivalensis , un crâne presque Himaiayas. entier et un grand fragment de mandibule du côté droit, trouvés fossiles

avec un nombre considérable d’ossements d’autres Mammifères, de Crocodiles, de Tortues et même d’Oiseaux. Quoique ces messieurs n’aient malheureusement pas joint de figures à leur mémoire, leur description étant détaillée , et souvent même comparative , il nous a été possible d’apercevoir dans cette tête une forme animale inconnue aujourd’hui à 1 état vivant, c’est ce qui nous a déterminé à en parler, quoique nous ne puissions pas en donner de figures n’en possédant qu’un modèle construit sous nos yeux par M. Merlieux, sculpteur attaché au Muséum, à l’aide des mesures fournies par MM. Cauteley et Hugh Falconer.

La forme générale de la tête ne semble pouvoir être comparée à celle Une Tête

d aucune espèce d’Ours, si ce n’est peut-être, suivant ces messieurs, un prcs<,ue ■ , entière.

peu a celle de l’Ours polaire , sans doute parce qu’il n’y a pas de bosses frontales, malgré la largeur du coronal, et que la ligne du chanfrein est Décrite, presque entièrement rectiligne tout le long des os du nez , jusque vers les apophyses post-orbitaires , et ne se courbe légèrement qu’au delà ou en arrière. Le crâne, qui est pourvu d’une crête sagittale fort élevée , com- crâne, mençant de bonne heure par la réunion des crêtes temporales, paraît être fort étroit; aussi les fosses temporales sont-elles larges et profondes, ce qui fait présumer que les arcades zygomatiques , malheureusement détruites, avaient un développement proportionnel.

Le museau large, obtus et même court, puisqu’il n’était que le quart Museau, de la longueur totale de la tête , est un peu plus étroit que la largeur du front, ce qui, suivant MM. Cauteley et Falconer, établit un rapport avec l’Ours à grandes lèvres. ' .

Les orbites sont cependant très-grands, très-obliques, le bord anté- Orbites, rieur ne s’avançant que jusqu’au niveau de la dernière molaire; et le canal sous-orbitaire se termine très en avant du rebord orbitaire audessus de la carnassière , par trois trous fort rapprochés , l’un au-dessus de 1 autre, particularité qui a paru si singulière à ces messieurs, qu’ils se sont demandé si elle ne serait pas individuelle; et en elfet je ne la connais dans aucune espèce de Carnassiers.

Le palais était fortement arqué dans les deux sens ; la partie horizontale palais.

G. SOBDRSDS.

Une

Mandibule.

Système

dentaire.

Incisives.

Canines.

Avant-

Molaires.

Carnassière.

98 CARNASSIERS; SUBURSVS ( Amp/uarcios .

de l’os palatin ne s’étendant qu’à peine au delà de la dernière molaire , tandis que dans une tête d’Ours à grandes lèvres, avec laquelle la comparaison était établie par nos observateurs, elle s’étendait à deux pouces, quoique cette tête n’eût que 12 pouces de long. Le sinus palatin était aussi proportionnellement étroit pour la grandeur de la tète.

Quant à la mandibule, elle était tronquée en avant et en arrière ; aussi MM. Cauteley et Falconer se bornent-ils à dire que son bord inférieur était très-courbé en arrière et que sa face externe était profondément excavée ( indented ) par un enfoncement musculaire vers son angle.

Le système dentaire était au contraire presque complet et a été décrit d’une manière étendue.

Les incisives cependant manquaient toutes ; mais on a pu juger par les alvéoles quelles étaient au nombre de six aux deux mâchoires , et que de celles d’en haut, les deux externes étaient bien plus fortes que les autres.

Les canines, du moins les supérieures, étaient presque complètes et d’une grande dimension , ovales plutôt que comprimées.

Les avant-molaires occupant un espace très-court et fort resserré entre la canine et la principale, étaient au nombre de deux en haut et de trois en bas. Les supérieures, du moins à en juger par les alvéoles, avaient chacune deux racines. Les deux premières inférieures manquaient également, mais la troisième, grande, comparativement à ce quelle est dans l’Ours, était distinctement trilobée; le lobe médian plus développé que les deux autres plus petits , ce qui , suivant MM. Cauteley et Falconer, continue l’analogie avec l’Hyène déjà montrée par la carnassière.

Cette dent à la mâchoire supérieure était de très-grande taille , excédant un peu celle des deux arrière-molaires ; elle avait trois lobes, l’antérieur étant très-développé comme chez les Carnassiers les plus élevés, et le tubercule intérieur correspondant au lobe médian , au lieu d’être en arrière comme dans les Ours; ce qui olfre beaucoup d’analogie avec ce qui a lieu dans la dent correspondante de l’Hyène , suivant les observateurs cités.

Des deux arrière- molaires supérieures, la première, un peu plus

HISTOIRE PALÉONTOLOG1QÜE. 99

grande que la seconde, et carrée, c’est-à-dire aussi épaisse que large, était Première, au côté externe, comme dans les autres espèces d’Ours, pourvue de deux tubercules ; le côté interne un peu plus court , ayant l’apparence de n’en avoir qu’un gros, tant le sillon qui le partage en deux était peu marqué.

Quant à la seconde ou dernière, MM. Gauteley et Falconer, qui voient Dernière, déjà dans la première une analogie éloignée avec ce qui existe dans les Chiens, et une déviation du type ordinaire des Ours, y trouvent encore une plus grande différence avec ce qui a lieu dans ces animaux ; en effet, sa couronne, plus petite qu’à la première , était encore carrée, bituberculée au bord externe , et à peine trisillonnée irrégulièrement à l’interne, sans talons, mais pourvue en dedans d’un disque aplati, alternant avec le tubercule postérieur externe et en partie opposé à sa portion postérieure ; tandis que, comme le font justement observer ces messieurs, aucune espèce d’Ours n’a cette dent carrée, et sans l’addition d’un talon crénelé sur les bords.

A la mâchoire inférieure , la principale, qu’ils nomment antépénul- inférieurement.

. . , , . , Principale.

tieme, était tellement mal conservée, qu on n a pu en tirer que la mesure de sa longueur. Des deux arrière-molaires , la première, oblongue, était cependant plus large pour sa longueur que cela n’a généralement lieu dans les Ours; sa couronne était aussi moins compliquée de tubercules. Quant à la dernière, elle n’existait pas; mais son alvéole, située très-obliquement sur la racine du bord antérieur de la branche montante de la mâchoire , a montré que comparativement elle devait être peu considérable.

Quoique les auteurs de cette description ne nous aient pas donné , Conc,us‘onssans doute à cause de l’état incomplet de la pièce, tous les éléments né- Ce ne peut être

parmi les

cessâmes pour résoudre complètement le problème , on peut cependant Animaux assurer que l’animal duquel elle provient ne peut être regardé comme récenls une

1 r r o espèce d’Ours.

une espèce dOurs proprement dit, en s’appuyant aussi bien sur les particularités de la tête que sur celles du système dentaire (1).

(1) C’est donc à tort que dans mon mémoire sur les Ours fossiles j’ai dit que l’ U. siualensis de MM. Cauteley et Falconer devait probablement être rapproché de VU. labiatus. J’avais négligé en effet de consulter le mémoire de ces messieurs , et surtout de le lire avec assez d’attention.

100 CARJVASSIERS ; SUBURSUS { Amphiarcios ).

En effet , pour la première , la forme du crâne , celle de la crête sagittale, des fosses temporales, des os du nez , du chanfrein , et surtout le peu d’étendue de la voûte palatine en arrière; la position même, sans compter sa division, du trou sous-orbitaire, la grandeur de l’orbite, éloignent cette tête de tout ce qui appartient au genre des Ours.

Le système dentaire est encore plus concluant, du moins pour sa partie molaire , comme l’ont reconnu MM. Cauteley et Falconer euxmêmes , et cela pour les trois sortes que ces messieurs , sans hésitation , portent à cinq dents en haut et six en bas. Je ne vois pas même qu’on puisse y apercevoir d’une manière bien évidente la marche de la dégradation que nous avons si nettement reconnue parmi les espèces de ce genre , et qui consiste dans les avant-molaires plus persistantes , plus fortes , plus serrées , les principales plus développées , les arrièremolaires plus carrées, surtout la postérieure d’en haut moins prolongée en arrière.

Mais alors, en supposant toujours la description des dents complète , à quel genre peut- on rapporter cette tête?

a) Parmi les genres connus à letat récent.

Ce ne peut être aux Felis ni aux Mustelas : cela est indubitable.

Ce ne peut être aux Hyènes : cela ne l’est guère moins.

Ce ne peut non plus être à un Canis : le nombre , la forme , la proportion , s’y opposent presque également, ne Musteia. Ce ne peut être aux Mustelas , qui n’ont que fort rarement ~ molaires comme le Glouton, parce que si la formule est la même que dans le fossile, 7 + 7+’-, la forme et la proportion de ces dents sont toutes différentes.

De viverra. Ainsi, il nous reste à opter entre les Viverras et les Petits-ours, chez lesquels , quoique la formule ordinaire du système molaire soit f-f-f-f- ' , c’est-à-dire six molaires eu haut comme en bas , il arrive aussi qu elle soit réduite à f par la chute de la première avant-molaire d’en haut , comme cela paraît être le cas dans le fossile de MM. Cauteley et Falconer,

puisque les deux avant-molaires d’en haut, fort serrées, avaient deux racines.

Maintenant , en ayant égard à la forme carrée , et même à la proportion des arrière-molaires, il me paraît que l’on se rapproche davantage des Viverras plantigrades que des Petits-ours ou Subursus , qui le sont toujours. Puis , en considérant la position avancée du trou sousorbitaire et le peu d’étendue en arrière de la lame palatine , il semble qu’on s’éloigne davantage des Petits-ours pour se rapprocher des Paradoxures. Toutefois , comme les dernières espèces d’Ours à humérus percé, les Hélarctos, ont cette lame palatine fort courte, on peut encore admettre provisoirement que YUrsus simlensis est un passage, une nuance encore plus marquée que les Hélarctos des Ours proprement dits aux Petits-ours. Il faut cependant convenir que cette dénomination ne conviendra pas trop à l’animal dont les restes sont fossiles dans les sous- Himalayas, puisque le crâne qu’on en possède devait avoir entier environ un pied et demi de long , et être par conséquent presque aussi grand que celui du grand Ours fossile des cavernes.

b) Parmi les espèces fossiles ou déjà éteintes.

Ce ne peut être un Taxotherium des plâtrières de Paris ; la forme prolongée de la voûte palatine, si remarquable dans cette ancienne espèce, et celle du système dentaire , empêchent d’établir aucun rapport avec le fossile des sous-Himalayas.

On ne peut pas en trouver davantage avec notre fossile des environs de La Fère , tant le système dentaire est différent.

Il semblerait, au premier aspect , qu’il y aurait plus de rapprochement à faire avec l’Amphicyon, dont la taille approchait de celle de l’Ours prétendu de Sivala, et dont le système dentaire semble aussi avoir quelque ressemblance ; mais le nombre des molaires en général et celui des arrièretnolaires en particulier, ainsi que la disposition des avant-molaires , suffisent pour montrer que c’était autre chose, quoique probablement d’un genre voisin.

On pourra donc encore et provisoirement distinguer comme type

Mais

les Fossiles.

Ce ne peut être un Taxotherium.

Un

Amphycion.

Mais

une forme particulière.

De l'Hyœnodon de MM.de Laizer et de l’nrieu.

De M. Félix Dujardin.

D'après une tète trouvée à Rabesteins

un terrain tertiaire.

Décrite.

10*2 CARNASSIERS; SUBURSVS [Hyœnodon ? )

d’une forme animale particulière le fossile des monts Sivaliens, sous le nom provisoire d ' A mphiarctos sivalensis ; car je ne puis supposer que ce puisse être quelque chose de voisin de Y U. Thibetanus , qui habite cependant les régions moyennes de l’Himalaya, et dont la tête osseuse n’est pas connue, les auteurs qui en ont parlé jusqu’ici s étant bornés à nous apprendre que cette espèce est intermédiaire pour la taille à l’Ours à grandes lèvres et à l’Ours malais.

Art. 8. — De l’Hyœnodon ?

Cette dénomination a été employée pour la première fois par MM. de Laizer et de Parieu , pour désigner une espèce animale dont ils ne connaissaient qu’une mâchoire inférieure garnie de ses dents, et véritablement remarquable par son bel état de conservation et par un système dentaire tout particulier. Nous remettons à la décrire et à la figurer , lorsque nous serons arrivés à l’histoire de l’ancienneté des animaux du genre Canis à la surface de la terre , parce que nous pensons que c’est à un animal de ce grand genre linnéen quelle appartient. En ce moment , nous n’avons donné le titre d’Hyoenodon à cet article , que parce que M. Félix Dujardin a considéré comme appartenant à la même espèce animale une tête de Carnassier , trouvée sur les bords du Tarn , auprès de Rabesteins , dans une marne sablonneuse et micacée d’un gris verdâtre , faisant partie du terrain tertiaire moyen. Cette tête, à peu près complète quoique écrasée, était, à ce qu’ont dit les ouvriers, accompagnée d’un squelette presque entier, qui a malheureusement été détruit et perdu. Elle a été décrite par M. Dujardin , dans les comptes rendus des séances de l’Académie des sciences de Paris , janvier 1 840 , pag. 1 34 , et jusqu’ici non figurée; en sorte que ce que nous allons en dire ne repose que sur cette description de M. Dujardin. Je lui avais fait écrire par un ami commun , M. de Roissy , pour le prier de me confier cette pièce intéressante , mais il n’a pu le faire , la pièce étant restée à Toulouse, dans la collection de la Faculté des sciences, à laquelle elle

HISTOIRE P ALÉONTO LOGIQUE. 103

appartient, et qui , malgré les plus vives instances de ma part, n’a pas cru devoir s’en dessaisir, ni même m’en procurer un moule.

La forme générale de la tête n’est pas indiquée dans la note citée : je sais seulement , d’après ce que m’en a dit M. de Roissy, qui l’a vue , quelle était fortement étranglée en arrière des orbites; mais dans ses particulai’ités , M. Dujardin nous fournit les suivantes : les pariétaux , de forme triangulaire, ont leurs bords antérieurs se portant très-obliquement en arrière vers la cavité glénoïde; les frontaux sont séparés par une gouttière profonde entre des crêtes temporales très - saillantes qui , vers le milieu de l’os, se constituent en une crête sagittale s’avançant ainsi jusqu’aux orbites. Les os du nez, très-développés , s’articulent largement avec les frontaux par une longue suture à angle droit , et se rétrécissent un peu en se portant en avant.

A la mâchoire supérieure, les palatins se prolongent en arrière au moins jusqu’aux fosses glénoïdes , en formant un canal aussi haut que large. Le lacrymal très-développé dans la joue y produit une large échancrure. Le maxillaire est percé d’un trou sous-orbitaire semblable à celui du Chien , mais placé plus en avant au-dessus de la troisième molaire. Enfin le prémaxillaire , dans sa branche verticale , est fort éloigné de s’élever jusqu’au frontal.

A la mâchoire inférieure, le squammeux s’élève beaucoup en arrière ; et la mandibule , dont les condyles et les apophyses angulaires étaient malheureusement brisés , était , du reste , d’après l’observation de M. Dujardin , dont je continue à copier la description , entièrement semblable à celle qu’ont figurée MM. de Laizer et de Parieu. Seulement il paraît quelle était notablement plus courte.

Le système dentaire de l’Hycenodon de M. Dujardin est cependant comparé par lui à celui du prétendu Coati de M. G. Cuvier , tel que ce dernier l’a représenté dans ses PI. LXVIII , j%. 3, et LXIX , fig. 4- Au reste . voici comme il le décrit :

Les incisives, au nombre de six (en trois paires) en haut comme en bas , sont verticalement implantées, de manière à se rencontrer et à s’user

Dans sa forme générale et dans ses particularités.

Frontaux.

Os du Nez.

Palatin.

Lacrymal.

Maxillaire.

Prémaxillaire.

Squammeux.

Mandibule.

Système

dentaire.

Supérieure

Incisives.

Canines.

Molaires supérieures, fi

Les trois premières.

La quatrième.

La cinquième.

La sixième

Incisives.

Molaires, 7.

Observations

et

ItH CARNASSIERS ; SUBURSUS (Hyoenodon ? ).

presque horizon talement au bord de leurs couronnes plus fortes supérieurement qu’inférieurement ; elles sont en forme de cylindre latéralement comprimé , les inférieures plus serrées que les supérieures.

Les canines sont très-développées.

Les molaires supérieures sont au nombre de six ; et quoique réduites pour la plupart à la racine , ce qui en reste suffit pour montrer, suivant M. Dujardin , leur parfaite ressemblance avec celles figurées par M. Cuvier dans les planches citées plus haut. Les trois premières n’ont que deux racines ; la quatrième ou la première des deux suivantes , qui en ont trois, montre un tubercule mousse correspondant à la troisième racine en dedans ; la cinquième, qui frottait sur la carnassière ou dernière molaire d’en bas , paraît n’avoir pas eu de tubercule. M. Dujardin ne parle malheureusement pas de la sixième , la plus importante , ce qui fait supposer quelle n’existait pas , mais seulement sa racine ou son alvéole.

A la mâchoire inférieure, les incisives étaient fortement serrées par le grand développement des canines. Quant aux molaires, M. Dujardin se borne à dire quelles étaient au nombre de sept , et que la carnassière avait 20 millimètres sans doute de large, mais sans indiquer sa position. Cependant , dans un autre passage , dans lequel M. Dujardin compare la mâchoire de son Hyoenodon avec celle décrite et figurée par MM. de Laizer et de Parieu sous ce nom , il la rapporte à la même espèce. Seulement il ajoute, que les dents étaient toutes un peu plus fortes et plus saillantes.

N’ayant pas vu la pièce intéressante dont M. Dujardin était en possession, et ne la connaissant que par une description sans doute abrégée et sans figures , je ne puis même agiter la question , si elle doit être rapportée ou non à Y Hyoenodon leptorliynchus , dont la mâchoire inférieure , la seule qu’on connaisse, est tout à fait remarquable par sa longueur et son étroitesse , et par un système dentaire presque insolite. Il me semble , cependant, véritablement difficile d’admettre quelle puisse en même temps être rapportée à cette mandibule et aux parties de mâchoires attribuées par M. G.

HISTOIRE PALEONTOLOGIQUE. 105

Cuvier à une espèce de Coati ou de Raton, et qui sont, en effet, plutôt courtes que longues ; aussi celui-ci en a-t-il rapproché un bout de mandibule armée de trois dents, qui ne ressemble certainement en rien à la partie correspondante dans la mandibule de l’Hycenodon à museau grêle. On conçoit en outre , avec quelque difficulté, que M. Dujardin ait pu dire des dents molaires supérieures de son fossile , que quoique réduites pour la plupart à la racine , ce qui en reste suffit pour montrer leur parfaite ressemblance avec celles figurées parM. Cuvier aussi M. Laurillard, garde du Cabinet d’anatomie du Muséum , pense-t-il , après avoir vu la pièce fossile de M. Dujardin , quelle ne peut réellement être rapportée ni au Coati douteux des plâtres de Paris , ni à l’Hyœnodon de MM. de Laizer et de Parieu , les mâchoires étant beaucoup trop courtes. Il est donc probable que cette tête fossile indique encore une forme animale distincte de l’ordre des Carnassiers monodelphes , du genre des Subursus ou des Canis, ce que nous ne pouvons décider.

Ne serait-ce pas le Gulo diaphorus de M. Kaup, qui n’est certainement pas un Gulo , et qui me semble, d’après la figure du moins, avoir dans son système dentaire la plus grande ressemblance avec celui de l’Amphicyon , en admettant qu’il manquerait la petite tuberculeuse postérieure ? En effet , la forme et la proportion des deux dernières dents de ce fragment , sont absolument comme dans un morceau de mandibule de l’Amphicyon de Lartet ; ce serait seulement une espèce plus petite et à museau plus court, et dont la principale serait un peu plus carnassière (i).

Je pourrais aussi parler, dans ce chapitre, de l’Agnotherium de M. Kaup (Ossements fossiles du cabinet de Darmstadt, cah. II, chap. V, pag. 28), établi sur la considération de deux dents , l’une canine et l’autre molaire , trouvées séparées dans le célèbre dépôt d’Eppelsheim , regardé comme appartenant au terrain tertiaire ; mais la forme de cette mo-

(I) M. Kaup rapporte aussi à son Gulo diaphorus une grande partie de cubitus du côté gauche, et. qui, quoique de taille un peu petite pour le fragment de mandibule sur lequel l’espece est établie, indique aussi quelques rapports avec les Petits-ours; mais il faudrait voir la pièce pour se décider.

G. Sdbdrsus. 44

Ne serait-ce pas le Gulo diaphorus de M. Kaup?

Ou son

Agnotherium?

Histoire

/ooelassique

106 CARNASSIERS; SUBURSUS.

lait e nous paraissant beaucoup plus carnassière que dans aucune espèce de Subursus, nous croyons devoir en renvoyer la description au chapitre consacré au genre Hyène, dont elle indique une espèce plus voisine des Canis que toutes celles que nous connaissons.

CONCLUSIONS

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