Du Glouton
Le Glouton, M. Gulo, dont nous parlerons d’abord, comme moins Ours, n’a pas même étédécrit en peau par Daubenton ; et en effet Buffon, qui n’en a parlé que d’après les autres, tome XIII, p. 278, paraît n’avoir pu se procurer cet animal que vers 1777, époque à laquelle il setait séparé de son collaborateur anatomiste ; aussi sa description ne s’étend-elle que jusqu’au système dentaire, et est-elle due à son dessinateur, de Sève. Il obtint sans doute, cependant, le squelette de l’individu qui lui avait été envoyé vivant, à Paris, de Saint-Pétersbourg; caria collection du Muséum en possède un qui doit lui être attribué , cet animal, fort rare dans nos collections , 11’ayant jamais été vu vivant dans la ménagerie du Muséum depuis sa fondation, en 1792.
Quoi qu’il en soit, c’est ce squelette dont M. Cuvier s’est servi pour en figurer les os séparés à moitié grandeur dans la Pl. 38 du tomelY de ses Recherches sur les ossements fossiles des quadrupèdes , avec une description très-abrégée, et celui que MM. Pauder et d’Alton ont figuré Pl. V de leurs Squelettes des Carnassiers , et c’est aussi ce même squelette dont je me suis servi après l’avoir fait réparer et disposer convenablement.
Considéré en général, le Glouton semble , sous ce rapport , se rapprocher plus d’un Subursus que d’un Mustela, à cause de la brièveté de la
Vertèbres.
céphaliques.
Os de 1 Ouïe.
Sternébres, 10.
Côtes, tS.
Membres
antérieurs.
Omoplate.
22 CARNASSIERS; MUSTELA ( Gulo ).
queue et de la force des os ; mais la considération du système dentaire et
même du système digital détruit bientôt ce rapprochement.
La colonne vertébrale du Glouton est composée de quarante-huit à cinquante vertèbres , parce qu’il n’y en a que quatorze à quinze à la queue, mais du reste elles sont réparties comme dans les Mouffettes et les Zorilles, quinze dorsales, cinq lombaires, et trois sacrées (i)-
La tête, bien plus robuste que celle des Fouines, est plus étroite, moins déprimée dans sa partie cérébrale; aussi ses crêtes sagittale et occipitale, et surtout la première, sont-elles bien plus prononcées : Ja face est aussi un peu plus longue, l’orbite plus grande, l’arcade zygomatique plus épaisse, plus large, et la mandibule un peu plus courbée.
Dans les osselets de l’ouïe la différence est peut-être plus considérable en ce que les branches de l’étrier sont plus serrées, et surtout parce que le col du manche du marteau est largement perforé à l’endroit de la naissance de l’apophyse de Raw.
Toutes les autres vertèbres sont assez bien comme dans la Fouine , seulement en général plus épaisses et plus accentuées, surtout dans les apophyses dont elles sont hérissées.
La série sternale est composée de dix slernèbres au thorax , dont un manubrium court et arrondi dans son avance trachélienne, et un xiphoïde cartilagineux et assez pointu.
Les côtes, au nombre de quinze, dont dix vraies et cinq fausses, quoique moins grêles que dans la Fouine , sont encore assez comprimées, et par conséquent moins robustes , moins épaisses, que dans le Ratel. Les postérieures sont plus fortes que les moyennes.
Les membres, et surtout les antérieurs, sont, proportionnellement au tronc, plus longs que dans les espèces précédentes. Les clavicules sont complètement nulles; l’omoplate, de forme trapézoïdale , est assez dilatée dans son bord antérieur, presque droit; mais l’apophyse récurrente de
(1) M.G. Cuvier dit , IV, p. 479, cinq sacrées, mais évidemment à tort; car le sacrum n’est composé que de trois vertèbres.
sa crête est beaucoup moins prononcée; l’humérus , presque égal aux neuf premières vertèbres dorsales, est aussi long que le fémur; il est percé au condyle interne , mais nullement au-dessus de la poulie; le radius et le cubitus sont assez fortement arqués dans le même sens, en dedans, et celui-ci peu épais et subtranchant à son bord externe, au contraire de l’interne , a un olécrane fort court ; la main est , en totalité , presque aussi longue que le cubitus; le carpe est cependant fort court, et par conséquent ses sept os petits, quoique dans les proportions ordinaires; mais, par contre, les métacarpiens et les phalanges sont au moins aussi longs que dans le Putois; seulement ces os sont bien plus forts, et les onguéales sont à peine plus longues que les secondes , quoique encore assez courbées.
Les membres postérieurs sont encore un peu plus longs dans toutes leurs parties. L’os innominé est cependant , peut-être , un peu plus court, un peu plus égal dans ses deux moitiés, l’iléon étant plus large, plus excavé et plus arrondi à son bord antérieur ; le fémur est long et assez grele; le tibia et le péroné sont encore un peu plus courts que lui, avec la forme de ces os comme dans le Putois. Comme chez ce dernier, le pied est notablement plus long que la jambe , plus même que le fémur; cette grande longueur ne porte cependant pas sur le tarse, dont le calcanéum est encore assez grêle , mais bien sur les os métatarsiens, et sur les deux premières sortes de phalanges. Quant aux onguéales, elles sont assez bien comme à la main , presque droites ou bien moins arquées que dans la Fouine.