‹ Osteographie, ou, Description iconographique comparee du squelette et du systeme dentaire des mammiferes recents et fossiles pour servir de base a la zoologie et a la geologieChapitre 84 sur 171 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

ODONTOGRAPHIE.

Le système dentaire des Viverras, considéré d’une manière générale , se distingue au premier aspect de celui des Mustelas, non-seulement parce qu’il est plus complet , étant rarement , et presque par anomalie, au-dessous de six molaires en haut comme en bas, au lieu de { au plus chez ces derniers; mais encore par une particularité de forme dans les arrière-mo-

ODON TOGR A PH I E .

laires. En effet, Ja première arrière-molaire inférieure est, dans ce genre de carnassiers, toujours plus ou moins soulevée dans sa partie antérieure en une couronne à trois pointes, et la dernière arrière -molaire supérieure est presque constamment triquètre ou cunéiforme à la couronne; mais cest ce qu’il sera facile démontrer après que préalablement nous aurons décrit d’une manière complète le système dentaire adulte f.» particulier, de 1 espèce que nous avons prise pour type, c’est-à-dire , de la Civette or- De la civette dinaire (V. Civetta. L.). {~v' CiveHa-

Dans cet animal le système dentaire est formé de trois paires d’inci- du nombre sives, dune paire de canines et de six paires de molaires à chaque mâ- desDentschoire, ce qui constitue un total de quarante-deux dents dont la formule est la suivante :

Incisives. Canines.

Molaires. Avant-Molaires. Principales. Arrière-Molaires.

dont

dont l’agencement des inférieures avec les supérieures est tel que les in- De leur oisives se croisent un peu d’avant en arrière pour les deux premières agencement paires, la troisième , les canines et même les fausses molaires, l’inférieure avant la supérieure, tandis que les principales et la première arrièremolaire supérieures sont croisées en partie par leur bord externe, les dernières se correspondant en totalité par la couronne.

Les incisives ne présentent que d’assez légères différences avec ce quelles Des incisives, sont chez les autres Carnassiers. On peut dire cependant quelles sont en général moins transversalement terminales que dans les Mustelas et plus que dans les Canis ; quelles sont moins lobées à leur tranchant que chez ceux-ci, et que la seconde inférieure est moins rentrée que dans ceux-là. Du reste la troisième est toujours un peu plus forte que les deux autres, plus caniniforne et plus déjetée en dehors.

Les canines sont aussi un peu plus grêles , moins robustes, moins en Des canines, crochet que dans les Canis et même que dans les Mustelas. Elles sont aussi à peu près lisses.

G. Vl VERRA. 6

Des Avant- Molaires.

rieurement.

La première.

Inférieurement.

La première.

La troisième.

Des

principales.

Supérieure-

Inférieurement

Des Arrière- Molaires.

Snpé-

La première.

La seconde.

La première.

42 CARNASSIERS; VI TERRAS (Civetta).

Les avant-molaires de la mâchoire supérieure rappellent fort bien , pour la forme et même pour la proportion entre elles , celles des Mustelas : cependant elles sont moins serrées, plus distantes l’une de l’autre et de la canine, et peut-être aussi un peu moins comprimées. Mais la première est encore bien plus petite que les deux autres qui sont subégales.

A la mâchoire inférieure, les avant-molaires ressemblent aussi beaucoup à leurs correspondantes chez la Fouine, et même peut-être avec moins de différences encore. La première est pourtant un peu moins gemmiforme , et la troisième offre à son bord postérieur un denticule qui n’existe pas à celle de cet animal.

La principale d’en haut est aussi un peu moins carnassière , par plus d’épaisseur du talon interne antérieur, et par moins de largeur du lobe postérieur; mais celle d’en bas est encore plus semblable à son analogue chez la Fouine.

Mais c’est dans le reste du système dentaire que la ressemblance cesse aussi bien pour le nombre que pour la forme.

Des deux arrière-molaires d’en haut, la première, bien plus grosse que l’autre, a sa couronne assez excavée au milieu et de forme triangulaire , la base oblique bituberculée en dehors , et le sommet arrondi , portant un tubercule trièdre, fort bas en dedans, comme serti par un rebord , ce qui n’a lieu ni dans les Genettes , ni dans les Mangoustes. Quant à la seconde arrière-molaire, elle est ovale -transverse, coupée obliquement, sub-tuberculée en dehors, arrondie avec trois tubercules obsolètes et bordée d’un collet étroit en dedans.

Les deux arrière-molaires d’en bas sont aussi assez peu semblables à celles de la Fouine. Il y a en effet bien moins de disproportion entre elles, et ensuite la première, bien moins comprimée, moins tranchante dans sa partie antérieure , armée de trois pointes subégales , est aussi bien plus large dans son talon , qui est arrondi et relevé en pointe en dehors, en dedans et même en arrière. La seconde est proportionnellement plus grosse; sa couronne, plus ovale et creusée au milieu, est

ODONTOGRAPHIE.

relevée de quatre pointes en croix , ce qui la fait ressembler à celles des Sapajous. On peut encore mieux peut-être comparer cette seconde arrière-molaire à la première, dont la pointe antérieure serait supprimée, ce qui réduirait le groupe à deux, l’une externe et l’autre interne , et dont le talon serait quadrilobulé à son bord saillant.

Quelle que soit la signification que l’on croie devoir préférer, on peut, en résumé, dire que le système dentaire de la Civette est moins carnassier que celui des Mustelas, moins même que celui des Canis, quoiqu’il y ait beaucoup de rapports avec celui-ci pour les dents supérieures, les inférieures devenant plus insectivores. Aussi les différences que nous allons signaler dans les espèces de Viverras que nous connaissons vont-elles porter essentiellement sur cette particularité.

Examinons d’abord les Viverras les plus plantigrades , et qui , par une disposition remarquable, sont aussi les moins carnassiers, les plus omnivores sous le rapport du système dentaire.

Dans le Paradoxure type, le nombre total des dents, et celui de chaque sorte en particulier, sont absolument les mêmes , ce qui donne une formule tout à fait semblable.

Les incisives sont cependant un peu plus terminales en ligne droite.

Les canines sont certainement plus comprimées, plus carénées ou moins arrondies, et même plus sensiblement striées, ce qui est assez bien comme dans plusieurs espèces de Subursus.

Les trois avant-molaires d’en haut comme d’en bas sont un peu plus serrées, et surtout plus larges à la base, plus comprimées, plus tranchantes, avec le tubercule du bord postérieur de la troisième à peine indiqué.

La principale d’en haut est de même forme que dans la Civette , mais un peu plus petite proportionnellement dans sa partie externe, au contraire du talon interne , plus large et relevé d’un mamelon. Celle d’en bas est au contraire moins comprimée, moins simple; elle est en effet composée d’une partie antérieure à trois pointes, l’externe postérieure la plus haute , et d’un talon relevé au bord externe et à l’interne d’un

La seconde.

Comparaison

avec

les Mustelas.

Les Canis.

Dans le Paradoxure type.

Incisives.

Canines.

Avant-

Molaires.

Principale.

Snpérieore-

Inférieurement.

Arrière - Molaires supérieures.

Inférieures

Conclusion.

Des différences dans les autres espèces.

Le Cynogale.

Sopérieure-

Pour

les Avant- Molaires.

La Principale.

Inférieurement.

Avant-

Molaires.

Principale.

U CARNASSIERS; VI VERRAS ( Paradoxurus ).

denticule, en sorte quelle ressemble un peu à une carnassière inférieure de Canis.

Les deux arrière-molaires supérieures sont en général plus rondes , plus disproportionnées entre elles. La première, de beaucoup la plus grosse , est ovale , ou mieux subparallélogrammique à la couronne , en biseau bidenté au bord externe, et en talon arrondi, un peu relevé sur son bord , à l’interne. La seconde , très-petite , presque ronde , relevée d’un denticule à la partie antérieure du bord externe.

Quant aux deux arrière-molaires inférieures , elles sont presque tout à fait comme dans la Civette, seulement avec les pointes moins élevées, surtout les trois antérieures de la première.

Ainsi , dans cette espèce , le système dentaire est plus carnassier dans les avant-molaires et même dans les principales, il l’est moins dans les arrière-molaires. Toutefois, il l’e3t encore plus que dans les Petits-ours, dont toutes les dents molaires sont constamment plus épaisses , surtout la principale , aussi bien en haut qu’en bas.

Toutes les véritables espèces de cette section des Vi verras offrent quelques nuances différentielles dans le degré d’élévation ou d’abaissement des tubercules , et c’est là-dessus , ainsi que sur des degrés dans la nudité du tarse, que reposent plusieurs des genres établis dans ces derniers temps par les zoologistes; aussi ne renferment-ils guère qu’une espèce.

Dans le Cynogale, les différences portent essentiellement : à la mâchoire supérieure, sur le grand développement et la forme large, comprimée, triangulaire, élevée, un peu courbée à la pointe des trois avant-molaires, par conséquent plus carnassières, au contraire de la principale, qui, rétrécie dans sa lame externe, est élargie dans son talon interne arrondi et denticulé sur ses bords, et même des deux arrièremolaires, dont la première est plus arrondie , plus plate à la couronne, et la seconde plus large : à la mâchoire inférieure, sur la même exagération carnassière des trois avant-molaires comprimées et aussi développées en hauteur qu’en largeur, et surtout sur la forme de la principale,

ODONTOGRAPHIE.

très-mince et très-denticulée sur ses bords, de manière à ressembler un peu à une dent de Requin; quant aux arrière-molaires, elles sont seulement encore plus plates et de proportions moins différentes entre elles.

Ainsi cette espèce, qui semble la plus carnassière pour les avant-molaires, le serait au contraire le moins pour les postérieures.

Le Paradoxure brun doré, dont on a fait le genre Ambliodon, est peutêtre au minimum de disposition carnassière sous le rapport qui nous occupe ; c’est-à-dire que ses dents sont plus omnivores que celles du Paradoxure type. Les incisives et les canines présentent cependant la plus grande ressemblance, celles-ci étant également comprimées et tranchantes; mais les avant-molaires sont déjà un peu moins comprimées, aussi bien que les principales; surtout celles d’en bas qui sont bien plus épaisses. Quant aux arrière-molaires, la disproportion entre celles d’en haut est assez la même; mais la première est plus triquètre, le talon interne étant notablement plus petit que le bord externe ; et pour les deux d’en bas, elles sont encore plus semblables dans la forme et les proportions, seulement les tubercules, plus abaissés, semblent un peu plus mamelonnés.

Le Paradoxure zèbre, type du genre Hémigale, ayant ses mâchoires plus grêles , le système dentaire qui les arme est plus aigu , et pour ainsi dire intermédiaire à celui du Paradoxure type et du Cynogale ; les avant-molaires sont en effet un peu plus comprimées , plus lancettiformes que dans le premier; mais la principale d’en haut et les deux arrièremolaires sont un peu comme dans le second , un peu moins larges cependant, surtout au côté interne. On peut à peu près dire la même chose de ces mêmes dents à la mâchoire inférieure. La principale est cependant évidemment un peu plus épaisse et moins denticulée sur ses bords. Quant aux deux arrière-molaires , elles sont comme chez le Cynogale.

Le Paradoxure Bondar, si voisin du Paradoxure type, qu’on n’a pas encore trouvé à en former un genre distinct, me paraît cependant offrir une nuance vers le P. auratus, Ambliodon, par plus de brièveté et dV

Arrière-

Molaires.

Conclusion.

Dans

le P. auraius, leucomystax.

Incisives.

Canines.

Avant-

Molaires.

Arrière-

Molaires.

Dans

le P. Derby anus.

Avant-

Molaires.

Principale.

Principale.

Arrière-

Molaires.

Dans

le P ■ Bondar.

Dans le P. leucogena.

Dans le P.Hamillonii.

Incisives.

Canines.

Avant-

Molaires.

Supérieure- Inférieurement .

Les principales

Les Arrière- Molaires.

46 CARNASSIERS ; FI FERU AS ( Paradoxurus ) .

baisseraient des tubercules, dont les arrière-molaires sont hérissées, et

par la petitesse des dents en général.

Le Paradoxure à joues blanches ( P. leucogena ) est encore plus voisin du Paradoxure type pour le système dentaire ; on peut cependant encore reconnaître quelques différences , d’abord dans la deuxième avantmolaire d’en haut , plus triquètre par plus de séparation du talon , qui dans les autres espèces est toujours moins large, et surtout dans la dernière arrière-molaire , proportionnellement un peu plus grosse , ce qui a également lieu à la mâchoire inférieure. Les autres dents sont plus semblables , mais un peu plus comprimées.

Enfin , dans le Paradoxure d’Hamilton , animal d’Afrique , les différences sont réellement plus considérables, d’abord dans le nombre des dents , s’il était certain qu’il n’y eût que cinq molaires à la mâchoire supérieure par manque de la seconde arrière-molaire, ce qui donnerait une formule dentaire semblable à celle des Martres ; mais nous allons voir qu’il n’en est pas ainsi.

Quoi qu’il en soit , les incisives de ce petit Carnassier sont subégales et fort petites en haut comme en bas.

Les canines sont également fort grêles, un peu comprimées, mais non carénées.

Les trois avant-molaires d’en haut sont biradiculées , triangulaires, assez tranchantes, avec un denticule au milieu du bord postérieur des deux dernières. Celles d’en bas également larges et tranchantes au talon postérieur, peu marqué, mais sans denticules.

La principale supérieure n’est pas très-carnassière, quoiqu’elle manque presque du tubercule interne; l’inférieure l’est davantage, avec talon en avant comme en arrière, mais sans denticule.

Des deux arrière-molaires , la première d’en haut est triquètre , à bord externe tranchant , très-oblique, très-bas, avec son talon arrondi ; tandis que la seconde est excessivement petite et ronde ; en bas, la dernière a aussi la même forme, mais elle est bien moins petite , et la première est également fort peu carnassière, très-épaisse, quoique son talon soit fort court.

ODONTOGRAPHIE.

En résumé, le système dentaire de cette espèce se rapproche plus de celui des Civettes que des Paradoxures ; et quoi qu’on en ait dit d’abord, le nombre des molaires est également de six aux deux mâchoires.

Il n’en est pas de même de toutes les espèces de la division des Mangoustes ; en effet , si dans le plus grand nombre il est encore ainsi , nous allons voir que le système dentaire peut être réduit à quatre en haut et à cinq en bas. Mais voyons d’abord ce qu'il est en général et en particulier dans la Mangouste d’Égypte, type de cette division.

Dans cet animal , le nombre des dents et leur disposition générale sont absolument comme dans la Civette , mais avec un degré de plus de disposition insectivore par l’élévation des pointes dont les molaires sont armées.

Les incisives, plus en ligne droite même que dans les Paradoxures, ressemblent tout à fait à ce quelles sont chez les Mustelas, et de même, la seconde inférieure est assez fortement rentrée.

La même ressemblance existe pour les canines qui ne sont nullement carénées, et dont l’inférieure est en crochet.

Les trois avant-molaires sont dans le même cas, un peu moins comprimées cependant.

C’est ce qu’on peut également dire des principales. Seulement , la supérieure est un peu moins carnassière , par suite d’une diminution du tranchant postérieur, et de l’augmentation du talon interne antérieur.

Mais les différences deviennent très-sensibles quand on vient à examiner les arrière-molaires. En haut, la première est triquètre et encore plus serrée , encore plus oblique que dans la Civette , et la seconde , trèspetite, transverse, est formée de deux lobes subégaux , l’externe oblique subtrilobé à son bord ; en bas , la dissemblance avec la Civette est moindre. Cependant les trois pointes de la partie antérieure de la première arrière molaire sont plus soulevées et le talon est bien plus petit. Quant à la postérieure , sa forme est également subtriquèlre ; mais elle n’a que trois pointes à la couronne : une en arrière formant

Conclusion.

Dans les Mangoustes.

La Mangouste d'Égypte, type.

' Incisives.

Canines.

Avant-

Molaires.

Principales.

Arrière-

Molaires.

première.

dernière.

Dans les autres Espèces.

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