CHAPITRE PREMIER
HISTOIRE DE LA PARTIE DE LA ZOOLOGIE QUI A TRAIT A LA CLASSIFICATION DES CARNASSIERS.
Chez
les Anciens.
Chez
les Modernes.
Les auteurs anciens, pour peu qu’ils se soient occupés d’histoire naturelle, ont tous fait mention des genres principaux de Carnassiers , tels que nous les circonscrivons aujourd’hui; mais, comme de coutume, sans s’occuper beaucoup de leur distinction spécifique et encore moins de leur distribution systématique ou sériale.
On voit cependant qu’ils les désignaient sous le nom commun de Serridentes ou de Carcharodonta ; on trouve même dans Elien , liv. XI , ch. 37, ce passage : Dentibus serratis prœdita esse dicuntur, quœ dente s teretes et acutos habenl , ut Lupus , Canis , Léo , Panthera ; liœc eadem sunt carnivora; qui montre que la définition du nom de Carcharodonta doit porter non sur la dent elle-même , mais sur la disposition des dents dont la série forme une sorte de scie.
On voit aussi par l’énumération des animaux que les anciens rangeaient sous ce titre, que les petits Carnassiers de nos méthodes actuelles n’y étaient pas compris non plus que les Ours ni les Phoques. En sorte que n’y ayant rien de général sur la classification des Carnassiers
HISTOIRE ZOOCLASSIQUE.
à recueillir chez les anciens, nous allons de suite passer à l’examen de chacun des genres que Linné y a établis.
Art. 1. — Des Phoques (G. Phoca , L. ).
Les animaux de cette famille ou de ce grand genre Linnéen , quoique n’ayant jamais été réduits à l’état domestique , malgré l’histoire mythologique qui donne des troupeaux de Phoques à Protée et à Neptune , ont été parfaitement signalés par les anciens auteurs d’histoire naturelle, et entre autres par Aristote. Ce philosophe, ayant en effet principalement porté son attention sur le mode de locomotion et sur le séjour des animaux, pour les subdivisions du règne animal, a dû considérer les Phoques comme des Amphibies. Il a dit en effet ( Hist. Anim. , lib. 2 , cap. 1), que le Phoque a des pieds semblables aux mains, comme sont ceux des Ours , et comme quelques-uns de ces animaux existent dans la Méditerranée , et qu’ils offrent quelque chose d’assez singulier dans leurs mœurs et dans leurs habitudes; l’attention surprise a dû aisément en garder le souvenir.
Aussi Pline, Elien , Oppien et tous les auteurs anciens dont les écrits ont plus ou moins de rapports avec les productions naturelles , ont-ils parlé des Phoques sous une dénomination qui n’a jamais laissé la moindre équivoque , et qui se trouve en effet être la même en grec , en latin et en français , sauf la désinence.
Cependant la singularité de l’organisation des Phoques , et la similitude de leurs habitudes principales , ont produit ici le même effet que dans toutes les autres parties de la zoologie , c’est-à-dire que ce n’est qu assez tard que les zoologistes ont commencé à distinguer plusieurs espèces de Phoques.
En effet, quoiqu’il soit possible d’apercevoir déjà un pas vers cette distinction dans les dénominations différentes sous lesquelles Albert le Grand parle de ce genre d’animaux, puisque si les noms de Chiens marins , de Veaux marins, à'Hilcus , de Koki , doivent s’appliquer aux Phoques
dans lesgenres Linnéens.
G. Phoca, L.
Chez
les Anciens.
Aristote.
Pline.
Oppien.
Chez
les Modernes.
Albert le Grand.
Belon , 163b.
Rondelet
Parsons, 1743 et 1731 .
De Buffon ,
Pennant, Erxleben ,
communs, son Focaon Bœuf marin indique sans doute une plus grande espèce , et sa Vache marine , quoiqu’il en dise fort peu de chose , est aussi très-probablement le Morse; mais ce n’est que trois cents ans plus tard que la distinction réelle de ces espèces a eu lieu.
i655 Ainsi, après que Belon eut fait connaître le Phoque commun par une description et une figure au milieu de ses Aquatilia, et qu’en 1 65 8 Bondelet eut distingué le Phoque de la Méditerranée, qui a été appelé depuis P. Monachus , de celui de la mer Océane, en donnant des deux des figures assez reconnaissables, l’histoire systématique de ce genre d’animaux resta presque sans progrès, jusqu’aux mémoires que Parsons publia dans les Transactions de la société royale de Londres , l’un en i , et l’autre , plus considérable, en 1 75 1 , et dans lequel aux deux espèces précédentes il en ajouta trois autres assez mal définies.
11 n’en fut pas de même de Buffon qui, en 1765, dans la dernière partie du XIII' volume de son Histoire naturelle , vint porter dans l’histoire des Phoques cette netteté d’analyse , cette solidité et cette richesse de critique , qui caractérisent d’une manière si tranchée le grand et noble péristyle qu’il a élevé à la gloire de l’homme et de l’histoire naturelle ; et quoiqu’il fût nécessairement entraîné à quelques erreurs, en réunissant , par exemple , dans le même groupe , les Phoques , les Lamantins et les Dugons , n’ayant presque aucun des objets dont il parla sous les yeux, il porta le nombre des espèces à cinq , en y comprenant le Morse.
Linné les adopta dans les éditions du S. N., subséquentes h 1765; mais dans la dernière il y joignit le résultat des travaux des naturalistes du nord, où les Phoques sont si nombreux en individus et en espèces, comme le firent plus tard, et encore mieux, Pennant et surtout Erxleben en 1777. En effet, celui-ci en désigna neuf espèces : P. Ursinn , Leonina , Jubata , Vitulina , Groenlandica , Hispidci , Cristata , Barbata et Pusilla , en employant les matériaux recueillis par Steller, dans son malheureux et utile voyage dans les mers du Kamschatka, par Muller, dans sa Faune Danoise, par Egede et Othon Fabricius , dans leur histoire naturelle du Groenland, et par quelques autres voyageurs,
HISTOIRE ZOOCLASSIQUE. 7
comme Anson, ou par des baleiniers ; mais il les plaçait pêle-mêle et sans beaucoup de critique.
C’est ce que ne fit pas Buffon , revenant sur ce même sujet vingt ans après son premier travail , dans le volume de ses suppléments , publié en 1782. En effet , il ne se borna pas à discuter et à augmenter le nombre des espèces, mais il fut le premier qui les partagea en deux sections, d’après la considération de l’existence ou de l’absence de l’oreille externe.
1789. Gmelin n’eut malheureusement pas l’idée d’accepter ce perfectionnement , et dans son édition du S. N., les espèces de Phoques restèrent comme elles étaient dans Erxleben et Schreber ; mais du moins il résista comme eux à l’innovation fâcheuse commencée par Pennant, et peut-être même un peu par Buffon, et qui consistait à sortir les Phoques de l’ordre des Carnassiers, pour en former un ordre à part sous le nom d’Amphibies ; ce qu’avait fait Blumenbach et ce que firent , à son imitation , Storr, Cuvier, etc.
Sauf cette dissidence entre les Linnéens et ceux qui prétendaient suivre la méthode naturelle , les choses en restèrent à peu près au même point jusqu’en 1804, où M. Desmarest, dans son tableau mammalogique du Nouveau Dictionnaire d Histoire naturelle , ne porta encore le nombre des espèces de Phoques qu’à onze. Mais bientôt , par suite des voyages dans les mers du Sud , par les naturalistes de l’expédition de Lapeyrouse , de d’Entrecasteux , de Baudin , le nombre des espèces de Phoques s’accrut , ou du moins parut s’accroître. Péron publia en effet un mémoire sur ce genre de Mammifères, d’abord dans les Annales du Muséum d histoire naturelle , puis dans le tome 11 du Voyage aux terres australes , dans lequel, acceptant la division établie par Buffon , il leleva au rang de genre sous le nom d 'Otaria.
Il en résulta que feu M. Desmarest , dans la seconde édition du Nouveau dictionnaire d Histoire naturelle , en s’aidant d’un travail que j’avais entrepris sur les espèces de ce genre, au retour de mon premier voyage en Angleterre en 1814, porta le nombre des espèces sans oreilles
H. de
Blainvillc,
externes à quinze , et celui des espèces à oreilles à neuf , mais sans une critique bien rigoureuse.
Ce fut peu d’années après , c’est-à-dire en 1820, que je publiai moimême mon travail dans le Journal de physique, tome XCI, p. 280, avec la figure de quelques crânes observés par moi dans la Collection du collège des chirurgiens de Londres. C’est dans ce mémoire que les espèces furent pour la première fois rangées et distribuées en petites sections sous - génériques , d’après la considération de la forme et du nombre des dents incisives et des dents molaires. Je ne fis cependant connaître qu’une espèce véritablement nouvelle sous le nom de P. leptonyx.
1825. Peu de temps après, feu M. F. Cuvier, dans les principes qu’il avait adoptés sur l’emploi du système dentaire dans la distribution méthodique des mammifères , fut conduit , en l’appliquant aux espèces de Phoques, à considérer comme des genres distincts la plupart des subdivisions sous-génériques que j’avais établies, et à leur donner les noms de Calocephalus , Sténo rhynchus , Pelagius , Stemmatopus , Macrorhynus , Arctocephalus et Platy rhynchus. Du reste, il n’augmenta le nombre des espèces connues ou mieux indiquées dans les catalogues , que d’une seule : le P. discolor , qui, suivant M. Nilsson, n’est qu’une variété du P. vitulina.
11 n’en fut pas autrement dans l’article étendu que M. Fréd. Cuvier consacra à ce genre dans le t. XI du Dictionnaire des Sciences naturelles publié en 1 826.
Cependant feu M. G. Cuvier, dans le chapitre où , avant de traiter des ossements fossiles attribués à tort ou à raison aux Phoques, il a parlé des espèces vivantes de ce genre, en restreint bien plus qu’il n’en augmente le nombre, puisqu’il le réduit à quatorze dont le P. lagurus serait seule nouvelle, quoique ce ne soit qu’un jeune âge du P. groenlandica , comme M. Nilsson s’en est assuré en visitant la collection du Muséum de Paris. Du reste , il n’a pas essayé de les grouper autrement que Buflfon , p’adoptant pas ainsi les principes de leur distribution tels que je les avais
HISTOIRE ZOOCLASSIQUE. 9
établis et qu’ils avaient été acceptés par son frère , ce qu’il a pourtant fait dans la seconde édition de son Règne animal, publié en 1827. 1827
Depuis lors , cependant , les espèces de Phoques de toutes les parties du monde ont pu être étudiées , et par conséquent définies avec plus de facilité et de rigueur. Ainsi MM. Gray, Harlan et surtout Nilsson ont pu en augmenter le nombre , ou rectifier la diagnose des espèces incomplètement connues; en sorte que, par la publication du grand travail de ce dernier, pour le perfectionnement duquel il paraît avoir visité les principales collections européennes , et entre autres la nôtre , ce genre sera sans doute incessamment un des mieux connus. M. Nilsson a cru même devoir former un genre nouveau sous le nom de Halichœrus pour le Phoca gryphus.
Art. 2. — Des Odrs proprement dits (G. Ursus).
Les naturalistes anciens n’ont réellement connu qu’un assez petit nombre des animaux que les zoologistes récents rangent dans cette division des Carnassiers normaux , et encore le peu qu’ils en ont dit est-il assez insignifiant.
Aristote lui-même se borne à un petit nombre d’observations d’histoire naturelle , dont plusieurs même sont assez erronées , et la seule particularité d’organisation consiste à remarquer que l’Ours a le pied semblable à la main de l’homme, ce qui a été admis par Oppien dans son Poème de la Chasse, liv. 3, vers 1 44 » en ajoutant que, pendant l’hiver, cet animal , retiré dans sa bauge et sans nourriture , lèche ses pieds et ses mains, ce que Élien accepte en le rendant plus merveilleux encore par quelques particularités , comme dans la durée de son abstinence, fixée à 40 jours, et en ce qu’il ne lèche que sa main droite.
Les autres historiens naturalistes parlent encore moins des Ours, si ce n’est comme Pline , à l’occasion des animaux exposés à la curiosité des Romains dans les jeux que les consuls et les empereurs donnaient au peuple; il cite, par exemple , cent Ours de Numidie que Domitius Ahe-
G. Ursds.
les Anciens.
Pausanias.
Athénée.
Chez
les Modernes.
Albert le Grand.
G. Agricola
nobardus, édile curule, l’an 693 de Rome, montra dans le cirque avec autant de chasseurs éthiopiens ; aussi en est-il étonné, puisque, ajoute-t-il,
11 est certain que l’Afrique n’engendre pas d’Ours. ( Lib. 8 , cap. 36. )
Pausanias nous apprend qu’il existait des Ours dans la Thrace.
Athénée (lib. Y, p. 201, éd. 1697) assure que Ptolémée Philadelphe montra un Ours blanc en Égypte, et Aristote lui-même parle aussi d’un Ours blanc , mais comme d’une variété accidentelle et tenant à des causes particulières; d’où l’on peut conclure que ce n’était pas notre Ours toujours blanc, U. mciritimus , cette espèce ne dépassant certainement pas l’Islande ou la Norwége, pays avec lesquels les Romains avaient sans doute fort peu de relations ; mais probablement l’Ours de Syrie découvert dans ces derniers temps par M. Ehrenberg (1).
Ainsi les anciens ne connaissaient sans doute qu’une espèce d’Ours , celle qui habite encore les montagnes élevées du périple de la Méditerranée. Mais dès que l’étude des sciences naturelles , comme l’ensemble de la civilisation , se fut portée plus au nord, et que les relations avec les habitants de cette partie du monde devinrent plus fréquentes et même habituelles, la connaissance de ces animaux se rectifia, s’agrandit ainsi que le nombre des espèces.
Albert le Grand, habitant un pays voisin des lieux où les Ours sont communs, fut aussi le premier des naturalistes du moyen âge, avant la renaissance, qui put augmenter le peu que nous avaient laissé les anciens sur ce genre d’animaux; il reconnut en effet qu’il y a en Europe îles Ours noirs, des Ours bruns et des Ours blancs; mais en outre il fut le premier qui distingua le véritable Ours blanc, U. mciritimus , des régions arctiques.
G. Agricola, du même pays qu’ Albert le Grand, portant son attention sur la taille, crut reconnaître deux races dans notre Ours d’Europe,
1) M. G. Cuvier, dans son Discours préliminaire , p. 45, 1812, devenu le Discours sur les révolutions du globe en 1825, nous paraît donc avoir à tort regardé comme le véritable Ours blanc ( U. maritimus , L. ) , l’animal de cette couleur que Ptolémée Philadelphe montra en Égypte.
HISTOIRE ZOOCLASSIQUE. H
les uns très-petits, qui grimpent plus facilement aux arbres, et les autres atteignant une très-grande taille.
C’est aussi ce que fit Gesner, habitant des Alpes suisses , en désignant c Gesner la petite race par le nom d’Ours des rochers, et la grande par celui d’Ours capital , manière de voir qu’il paraît avoir acceptée des chasseurs ses contemporains , et qui se retrouve aussi dans Pontopidan , ainsi que chez les Allemands et les Russes.
i645. Aldrovandi, habitant de Bologne en Italie, ne pouvait guère Aidrovandi, que copier Gesner, ce qu’il a fait , cependant en donnant une meilleure figure de l’espèce d’Europe.
1 655. Mais il n’en fut pas de même de Worm , qui faisait à Copenhague Wurm >
la collection qu’il a décrite lui-même dans son Muséum. En effet , outre la distinction d’Ours grands et petits , noirs et blancs , terrestres et maritimes admis avant lui , il ajoute que les TNorwégiens en distinguent réellement trois espèces : une plus grande de couleur fauve , plus frugivore que les autres ; une seconde noire , plus petite et plus carnassière ; et une troisième encore plus petite , mais aussi malfaisante , et qu’à cause de son goût pour les fourmis on a nommée O. des fourmis; à quoi il ajoute que ces trois espèces produisent ensemble, en donnant lieu à des espèces intermédiaires, ce qui prouve que ce ne sont que des variétés.
Mais Worm distingue beaucoup mieux une quatrième espèce, l’Ours blanc maritime du Groenland, dont il donne une description courte, mais suffisante , d’après une peau qui lui avait été envoyée des parties les plus septentrionales d’Islande.
Un auteur moins connu que Worm, nommé Gadd, paraît aussi Gadd. avoir distingué trois variétés de notre Ours commun ; l’une , la plus grande, noire et plus rare; un Ours des fourmis brun et le plus petit de tous; et enfin un troisième brunâtre, avec un collier blanc, ce qui l’a fait nommer Ours à collier, variété qui sera signalée plus tard, et qui n’est qu’une variété dage.
1693. Ray, qui fut assez malheureux pour comprendre les Ours avec j. Ray, les Chats, dans son Genus felinum , ne vit, du reste, dans toutes ces 1693'
Brisson,
Bulîon
et Daubenton ,
variétés, qu'une seule espèce, en y confondant même celle de la Nouvelle Zemble , ou l’O. blanc.
1735. Dès la première édition du S. N., Linné établit le genre Ursus; mais sa note caractéristique principale portant sur le nombre des doigts , il y comprit tous les carnassiers de taille médiocre dont nous parlerons dans l’article suivant , sous le nom de Petits-Ours. Quant aux Ours proprement dits, il n’en admettait encore qu’une espèce.
1751. Klein, qui n’adopta pas cette réunion, et qui sépara, comme nous le verrons plus loin , les Petits-Ours sous le nom générique de Coati. en mêlant cependant quelques espèces hétérogènes , me paraît être le premier qui ait distingué sous le nom spécifique à' U. albus , l’Ours polaire de l’Ours commun.
1 756. C’est ce que fit aussi Brisson , quoique pour le reste il ait imité Linné dans la circonscription du genre Ursus , en augmentant déjà notablement le nombre des espèces.
1760. Mais c’est dans l’Histoire naturelle de Buffon et Daubenton que l’on commence à distinguer et à reconnaître , outre l’Ours brun et l’Ours noir d’Europe , un Ours noir et un Ours brun de la Nord-Amérique, différents de l’Ours blanc maritime ; toutefois ils n’admirent que trois espèces réelles, un Ours brun d’Europe, un Ours noir d’Europe et d’Amérique et un Ours blanc maritime , mais sans caractéristique suffisante. Aussi Linné, dans toutes les éditions du S. N., jusqu’à la douzième en 1 766, confondait- il les deux espèces d’Europe et d’Amérique sous le nom commun de U. arctos.
l'ennant, j 770. Cependant Pennant, dont le Systema quacLrupedum n’avait réellement été entrepris que dans l’intention de systématiser l’Histoire naturelle de Buffon , commença à accepter nettement la distinction de ces Erxieben, deux espèces, ce que fit également Erxleben en 1777 et probablement Schreber qui publiait alors son Histoire iconographique des mammifères, ainsi que Blumenbach, dans son Manuel d’Histoire naturelle, raiias, 1782. C’est aussi à la même époque que Pallas, reprenant en sous-œuvre les espèces de ce genre, plutôt soupçonnées que réellement défi-
HISTOIRE ZOOCLASSIQUE.
nies , établit enfin d’une manière comparative les trois qui seules ont été longtemps connues, savoir XU. arctos, ou O. d’Europe, VU. albus ou maritimus, ou O. polaire, et l’ U. americanus, ou Ours noir d’Amérique, en considérant les variétés noire, brune, blanche, comme appartenant à l’O. d’Europe.
1789. Ce qui fut avec juste raison complètement imité par Gmelin Gmeli"’ et par la plupart des zoologistes subséquents.
Cependant le besoin que l’on eut de connaître mieux les espèces animales vivantes pour les comparer avec les espèces fossiles , et par suite distinguer celles-ci , quand elles paraissaient en différer , sous des dénominations particulières , détermina les naturalistes à approfondir davantage les différences spécifiques. C’est ce que fit d’abord Blumenbacb en Allemagne pour les Eléphants , les Rhinocéros et pour les Ours ; en sorte qu’il fut conduit à établir, comme distinctes, deux espèces fossiles qu’il nomma U. spelœus et U. arctoïdeus.
Dans le même but, feu M. G. Cuvier, à limitation de Blumenbacb, g. cuvier, ayant à discuter sur ces mêmes espèces fossiles , commença par définir les espèces vivantes; et d’après la considération et la forme du crâne et surtout du front et des mâchoires , il crut pouvoir en distinguer quatre , savoir . l’Ours noir d’Europe, l’Ours brun d’Europe, l’Ours d’Amérique et l’Ours blanc ou maritime : leur comparant ensuite les fossiles, il fut conduit à admettre les deux espèces de Blumenbach.
Sur ces entrefaites plusieurs espèces vivantes bien distinctes furent successivement introduites dans le système mammalogique. D’abord une grande espèce connue dans les Indes Orientales, et qui, considérée pendant un assez long temps comme une espèce de Paresseux, par Shaw, et comme le type d’un genre nommé Prochilus , par Illiger , fut reconnue par moi comme appartenant au genre Ours et nommée U. labiatus , à cause de la grandeur de ses lèvres : puis deux autres de la même partie du monde , mais l’une de l’Archipel et l’autre du Thibet , furent envoyées par MM. Rallies et Alfred Duvaucel et acceptées par feu M. G. Cuvier, dans la seconde édition de ses Recherches surlesosse- '*23.
CARNASSIERS; G. SUBURSUS.
ments fossiles, sous les noms de LJ. malaïanus (Rallies) et de U. thibetanus (Fréd. Cuvier).
Les voyages dans l’Amérique méridionale en procurèrent une septième espèce des Cordillières qui fut nommée U. omatus , par M. Frédéric Cuvier (i 825).
Et enfin , les voyageurs de l’Amérique septentrionale, après avoir vaguement reconnu une très-grande espèce, outre l’Ours noir qui est le plus commun dans leurs pays, ont fini par en apporter des dépouilles sur lesquelles les naturalistes Nord- Américains ont établi l’Ours gris ou féroce , U. cinereus ou ferox , ou horribilis, espèce dont M. le capitaine du Petit-Thouars vient de rapporter un bel individu vivant et un magnifique squelette au Muséum.
Gra> . En sorte qu’aujourd’hui dans les ouvrages spéciaux de Mammalogie les 1S3< zoologistes admettent, sans compter celles que les paléontologistes ont proposées à l’état fossile, huit espèces d’Ours, la plupart suffisamment définies, et que M. Gray a réparties dans quatre genres distincts du moins par le nom; l’un Thalassarctos pour Y U. maritimus ; le second Ursus , pour les U. arctos , niger et ferox : le troisième Helarctos pour les CJ. ornatus, Thibetanus et Malaïanus; le quatrième Prochilus pour Y U. labiatus.
Art. 3. — Des Petits-Odrs (G. Subursus ) (1).
G. SüBÜRSDS. Les animaux dont il va être question dans cet article sont ceux que Généralités. ynn£ réunissaità son genre Ursus, parce qu’ils sont plantigrades, ou parce qu’ils ont le tarse court, et surtout parce qu’ils sont pourvus de cinq doigts à tous les pieds, ces doigts étant presque de la même grandeur. Ce rapprochement au fond était fort naturel ; cependant l’on conçoit
(1) Dans mon Système général du Règne animal, j’ai proposé de réunir sous un nom commun tous les animaux autres que les Ours proprement dits que Linné comprenait dans son G. Ursus , afin de ne pas perdre le point de vue Linnéen sous lequel seul les généralisations peinent avoir lieu d’une manière véritablement utile.
HISTOIRE ZOOCLASSIQUE. 15
que le nombre des espèces des différents pays venant à augmenter , on a pu non-seulement les séparer des Ours, mais encore les séparer ellesmêmes en un certain nombre de petites sections génériques.
Aujourd’hui, dans l’état actuel de nos connaissances, on les répartit spécialités, en sept genres nommés Ailurus, Procyon, Nasua, Cercoleptes , Arctitis,
Arctonyx et Meles , dont un seul est de notre Europe et du périple de la Méditerranée, et par conséquent le seul connu des Anciens.
Tous les autres sont en effet ou bien du Nouveau-Monde , ou bien des parties les plus méridionales de l’ancien.
Les naturalistes grecs ne paraissent même pas avoir connu l’animal blaireau. européen désigné aujourd’hui sous le nom de Blaireau. On suppose ]es Modernes cependant que le Trochus , dont il est parlé par Aristote d’après Héro- Aristote, dote ( de Gen. , lib. ni , cap. 6 ), comme d’un animal qui aurait les deux sexes , ainsi que l’Hyène, pourrait bien être le Blaireau , sans doute à cause de la disposition particulière de la poche crypteuse anale, et assez semblable dans ces deux genres; mais c’est chez les auteurs latins , et dans l’ouvrage de Varron , sur l’agriculture , que se trouve varron. pour la première fois le nom de Meles , que l’on applique généralement à notre Blaireau, et dont il ne dit absolument que deux mots, en le mettant avec les Chats ( Felis ) , au nombre des animaux qu’il faut craindre dans les garennes.
On suppose aussi et avec plus déraison peut-être, que l’animal dont Galien. Galien a parlé (de Alimentorum facultate ,3, i ) , comme habitant de la Lucanie , où on le mangeait , et comme intermédiaire à l’Ours et au Cochon , pourrait bien être le Blaireau. Il est encore plus clairement désigné par Isidore de Séville , sous le nom de Melo , à cause de sa forme et parce qu’il recherche beaucoup le miel.
Ou trouve enfin que plusieurs des interprètes de l’Ancien Testament ont traduit le mot hébreu Taschach , animal dont la peau était recherchée comme pelleterie ou comme cuir , par celui de Taxus , mais, à ce qu’il semble , sans raisons bien satisfaisantes.
C’est donc par des naturalistes d’avant la renaissance , Albert le
Chez
les Modernes.
Albert le Grand.
Coatis
Hernandès.
Klein ,
Kinkajou.
De Cacépède,
Hliger,
Panda.
Fréd. Cuvier,
16 CARNASSIERS; G. SUBURSUS.
Grand, Agricola , Scaliger , etc. , que cet animal fat observé soit sous son nom ancien de Meles , soit sous celui de Daxus ou Taxus , qui lui fut substitué par Albert le Grand, et dont notre vieux français avait fait le nom de Tesson.
Depuis lors tous les naturalistes de la renaissance en ont parlé plus ou moins longuement. Gesner en a même donné une assez bonne figure , sous le nom de Meles.
Linné fut le premier qui proposa d’en former un genre distinct sous ce dernier nom, quoiqu’il le confondit plus tard parmi les Ursus; mais depuis il a été rétabli par la plupart des zoologistes.
Des autres Petits-Ours , les premiers découverts et signalés furent les Ratons et les Coatis, puisque presque tous les historiens du Nouveau- Monde , au moment de sa découverte , durent les rencontrer , tant ils sont fréquents dans bien des parties de l’Amérique , et même dans la Nord-Amérique. On les trouve déjà signalés et même très -bien figurés dans Hernandès, dans le muséum de Worm, dans Nieremberg, dans Gesner même qui représente le dernier sous le nom de Mus indicus, pag. 74 1 » et depuis dans un très-grand nombre d’autres ouvrages : mais c’est Klein, qui en fit le premier le type d’un genre comprenant, il est vrai, tous les Petits-Ours ; etStorr qui, en 1 780, dans son Prodrome dune méthode naturelle des mammifères , proposa de les retirer du genre des Viverras , où Linné les avait placés, pour en former autant de genres distincts voisins des Ours , sous les noms de Procyon et de Nasua.
Presqu’en même temps et dans les mêmes contrées fut encore découvert le Kiukajou , que Linné plaçait aussi, on ne sait pas trop pourquoi, parmi les Viverras, et dont M. de Lacépède, et depuis un grand nombre de zoologistes , ont fait un genre sous le nom de Caudivolvulus changé en celui de Cercoleptes par llliger en 1811.
Enfin, dans ces derniers temps on a découvert dans l’Inde deux mammifères de cette division ; l’un dont Hardwick faisait une espèce de Mangouste , et dont M. F. Cuvier a formé son genre Aïlurus , c’est le Panda ; et l’autre qui est au contraire de toutes les grandes îles de
HISTOIRE ZOOCLASSIQUE. t7
l’archipel Indien, le Binturung découvert par Rafïles, et dont M. Tem- binturonc. minck a fait son genre Arctitis; en sorte qu’aujourd’hui le groupe des Temminck. Petits-Ours (Subursi) contiendrait neuf ou dix espèces réparties en sept genres , d’après la considération presque exclusive du système dentaire et de la queue.
Art. 4. — Des petites espèces de Carnassiers réunies par Linné sous le nom de Mustela (G. Mustela L. ).
Entre les Carnassiers de taille médiocre à cinq doigts subégaux , sur la même ligne , aux deux paires de membres, à tarses peu élevés ou plantigrades, et les autres Carnassiers également de taille médiocre, que Linné a désignés sous le nom de Viverra, se trouve un groupe de petites espèces à corps plus ou moins allongé , cylindrique , vermiforme , à tète plus ou moins étroite , deltoïdale , à museau fort court , ainsi que les mâchoires , à griffes semi-rétractiles , à poils doux et fins , de couleur uniforme , que Linné a groupés , avec sa sagacité accoutumée , sous la dénomination générique de Mustela ; c’est de cette division des Carnassiers qu’il va être question dans cet article.
On admet assez généralement que les Grecs anciens, sous le nom de Gale , désignaient l’espèce principale de ce genre, c’est-à-dire la Marte, et peut-être mieux encore la Fouine, mais moins probablement la Belette , qu’ils connaissaient cependant indubitablement , puisqu’elle existe dans toute l’Europe. Ce qu’il y a de certain , c’est que sous ce nom ils ne désignaient pas le Chat, pour lequel ils avaient la dénomination d 'Ailuros , comme on peut s’en assurer par certains passages d’Élien. M. Dureau de Lamalle (i) pense cependant que sous ce nom les anciens Grecs entendaient tantôt le Chat privé, tantôt la Fouine privée, et même quelquefois le Putois ou la Belette.
G. Müstëla,
Considérations
générales.
Chez
les Anciens.
Aristote.
Gale.
Ailuros.
(1) Sur les animaux connus des anciens sous les noms de Gale en grec, et de Mustela en latin ( Annales des Sc. nat., tom. XVII , p. 176. 1839).
G Carnassiers. 3
is CARNASSIERS; MUSTELA , L.
ictis. Aristote, en parlant des animaux qui ont la verge osseuse, cite le
Loup , le Renard , X Ictis et le Gale. Il décrit X Ictis , Hist. an., IX , 6, en disant qu’il est de la taille des petits chiens de Malte , qu’il est semblable au Gale pour l’épaisseur du poil et la blancheur de la partie inférieure ; à quoi il ajoute qu’il devient très-privé , et qu’il mange les oiseaux comme les Chats ( Ailuros ) ; ainsi la taille et la couleur des parties inférieures portent à regarder l’ictis comme la Fouine, ou le Mustela foina des zoologistes , à moins que ce ne soit plutôt le petit Carnassier que les habitants de la Sardaigne nomment Bocca-Mele , à cause de son avidité pour le miel (i).
Quant au Gale qu’Aristote se borne dans ce passage à comparer à l’ictis pour l’épaisseur du poil et la blancheur de la partie inférieure, à quoi il ajoute , dans différents endroits , que les Gales des bois font la guerre aux Rats, qu’ils sont ennemis des Chats-Huants et des Serpents, qu’ils étranglent les oiseaux sans bruit, et qu’ils transportent leurs petits avec leur gueule , ce qui explique le préjugé populaire que ces animaux accouchent par la bouche; Gesner et, depuis, tous les zoologistes en ont fait la Marte proprement dite; mais dernièrement M. Dureau de Lamalle , pour appuyer l’opinion que c’était notre Putois ( M. Putorius , L. ), cite un passage d’Aristophane, où ce nom de Gale est employé pour désigner un animal auquel il veut comparer une vieille femme à laquelle la peur fait exhaler une mauvaise odeur; mais depuis, notre confrère a pensé que c’était plutôt la Belette, comme l’avait fait Camus.
mine. Les naturalistes romains n’ont latinisé aucune de ces dénominations grecques , et se sont servis des noms de Mustela , de Viverra , de Martes
(1) Voici le passage d’Aristote d’après la traduction de Gaza ; Ictis genus mustêlœ rustica -, quod Viverram interpretor , magnitudine est , quant melitensis Catellus minor, sedpilo , forma, albedine partis inferioris et morum astutia mustelœ similis; mansuescil majorem in modum; officit alvearibus ; mellis enim avida est; aves etiam petit. Ut J élis génitale ejus osseum est , ut ante dixi , et medicamento urince stillationibus esse putatur; datur per ra¬
ment a ex vino.
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et de F élis, dont l’origine et l’étymologie sont à peu près inconnues, ou du moins bien obscures , et qui ont été acceptées par les naturalistes modernes.
Au lieu du mot Gale que l’on suppose être notre Putois ou notre nverra. Belette , Pline paraît avoir substitué celui de Viverra. En effet , dans le passage d’Aristote , cité plus haut , Pline dit : genitalia ossea surit Lupis,
Vulpibus , Mustelis et Viverris ; ce dernier mot étant évidemment à la place du Gale d’Aristote , et celui de Mustela remplaçant la dénomination (X lotis.
Dès lors le nom de Mustela appartiendrait à X lotis des Grecs ou à Mustela. la Fouine ( M. Foina ) ; et en effet Pline ledit lui- même dans le passage où il distingue deux espèces de Mustela , differentes de grandeur, que les Grecs nomment Ictidœ ; l’une sauvage ou sylvestre , l’autre qui vit dans nos maisons, transportant et changeant de place chaque jour ses petits , et poursuivant les Serpents.
D’après cet article , qui pourrait encore fort bien reposer sur differents passages d’Aristote , on voit que les Latins semblent avoir distingué une espèce de plus; et comme Pline compare ses deux espèces d’Ictides ou de Mustelas suivant que l’une habite les bois ou nos maisons, les zoologistes ont admis assez généralement que l’espèce des bois était notre Marte proprement dite, et que celle des maisons était notre Fouine, qui vit en effet constamment encore autour de nos habitations.
Cette opinion est d’ailleurs fortifiée par une observation de Palladius , qui , en parlant des moyens de détruire les Taupes, qui viennent s’établir au milieu des plants d’artichauts , dit que la plupart des horticulteurs se servent de Mustèles privées; et ces Mustèles paraissent à M. Dureau de Lamalle être plutôt la Fouine que la Marte , celle-là étant moins sauvage et vivant même dans nos habitations.
Le nom de Martes , dont nous avons tiré le nom que nous donnons Martes. à l’espèce sauvage , se trouve aussi chez les auteurs latins, dans ce vers de Martial ,
Venator capta Marte superbus adest ,
mais seulement, suivant Gesner et M. Dureau de Lamalle dans cet auteur, et sans aucune description.
Si ces interprétations étaient hors de doute , les naturalistes grecs et latins n’auraient pas connu la Belette , et dans l’apologue d’Ésope , où il ne peut être bien évidemment question que de cet animal , Phèdre aurait employé le nom de Mustela par approximation. Cependant quelques auteurs , et entre autres Scaliger et Agricola , pensent que l’animal nommé Mus ponticus-albus par Aristote pourrait bien être l’Hermine ; mais que peut-on dire sur la simple note (liv. VIII, ch. 17, et liv. IX , ch. 5o) que cet animal se tient caché pendant quelque temps, comme le Loir, et qu’il rumine, quoiqu’il ait des dents également aux deux mâchoires, à moins que, comme l’a pensé Gesner, ce ne soit plutôt quelque espèce d’Ecureuil ; ce qui a été assez généralement adopté.
M. Dureau de Lamalle rapporte à la Belette ce que dit Aristote de son Gale , qu’il est blanc dans les parties inférieures du corps , comme YIctis, caractère qui n’appartient en Europe qu’à la Belette et à la Fouine , or, celle-ci étant YIctis ; donc, suivant lui , le Gale ne peut être que la Belette.
Nous devons encore faire observer que si l’on ne peut avoir de certitude sur la connaissance par les anciens de plusieurs des très-petites espèces de Mustèles actuelles, il n’en est pas de même pour le Furet; en effet , Strabon , qui écrivait dans le premier siècle de notre ère , en parlant des Lapins d’Espagne , et des animaux qui les chassent , comme importés d’Afrique , emploie l’expression de Gales agrias , mais sans prétendre que ce soit la même chose que l’animal nommé Gale par Aristote. Gesner pense avec raison que c’était au moins une espèce voisine : aussi quelques commentateurs ont-ils traduit Gale par Furo, et Pline le désigne par le nom de Viverra, que nous avons vu être certainement appliqué par lui au Gale d’Aristote; en sorte que, avec les renseignements que nous ont laissés les anciens sur les animaux du genre Mustela, il est bien difficile
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d’assurer au juste quelles espèces ils ont connues ( i). 11 n’en est pas de même des premiers naturalistes du Nord ; on voit en effet qu’Albert le Grand , Agricola , et surtout Gesner, ont parfaitement désigné et souvent décrit la Marte , la Fouine, le Putois, le Furet , le Perousasca ou Marte de Pologne , aussi bien que la Belette et l’Hermine. Albert le Grand avait même parfaitement connu le changement de couleur de ces deux dernières espèces pendant l’hiver.
Aldrovandi , et son commentateur et éditeur Ambrosini , n’eurent donc pas de peine à les distinguer chacun sous un nom propre , en y ajoutant la Marte de Sibérie ou la Zibeline que le commerce avait introduite en Europe, et qu’ Agricola (de Anim. subt.; p. 4o) semble avoir désigné le premier sous 1a. dénomination de Zobels.
Il fut donc très-facile à Ray, lorsqu’il chercha à introduire dans l’étude des corps naturels la marche systématique, d’établir son Genus mustelium , que Linné , trente ou quarante ans plus tard , nomma plus simplement Mustela, et dans lequel ont été successivement rapportées des espèces de contrées plus ou moins éloignées.
Les premières furent les petits animaux Carnassiers du Nouveau-Monde que l’odeur extrêmement puante qu’ils exhalent en certaines occasions, a fait nommer Moufettes, signalées par les premiers voyageurs dans ces pays, et que Linné considérait comme appartenant à son G. Vivorra , ce qui fut imité par un assez grand nombre de zoologistes , jusqu’au moment où M. G. Cuvier crut devoir en constituer un genre distinct en 1817.
Vinrent ensuite ces grandes espèces de l’Amérique méridionale que Buffon nous fit connaître sous les noms de Tayra et de Grison , et qu’une certaine ressemblance avec une autre espèce encore plus forte de l’ancien continent, et plus anciennement connue, puisqu’elle est déjà parfaitement
Chez
les Modernes.
Albert le Grand.
Agricola.
Gesner,
Aldrovandi ,
Ray
Bull'on.
(1) Voici cependant les conclusions desMémoires de M. Durean de Lamalle : Gale et Mustela signifient tantôt le Chat privé et tantôt la Fouine privée ; avec l’épithète d ’Ictis, Sylvestris ou Martes , la Fouine et la Marte sauvage ; quelquefois le nom de Gale seul indique le Pu lois ou Belette. Tantôt avec l’épithète d 'Agria, le Furet, et avec celle de Tartessia la Civette ou la Megale.
Sparmann .
Isid. Geoffroy.
Loutres.
indiquée dans Olaus Magnus, fit réunir sous la dénomination générique de Glouton ou de Gulo. Mais depuis ce temps, les deux espèces d’Amérique ont été de nouveau séparées génériquement sous le nom de Galiclis, par M. Bell, et de Huro par M. Isidore Geoffroy.
Les voyageurs au Gap de Bonne-Espérance rapportèrent aussi d’assez bonne heure les Mustelas de la Sud- Afrique , c’est-à-dire le Rattel décrit pour la première fois par Sparmann en 1777, et dont Storr a formé le genre Mellivorci , auquel est venue se joindre une espèce de l’Inde, et la Zorille que Buffon considérait comme le représentant, dans l’ancien continent, des Moufettes du nouveau, mais qui, offrant quelques particularités des dents, a pu aussi être érigée en genre par des zoologistes qui ont également cru devoir séparer génériquement les Putois d’après la considération rigoureuse du système dentaire.
Plus tard, on connut des espèces de l’Amérique du Nord que Buffon . qui les détermina le premier, nomma Vison, Pecan , etc.; puis successivement 011 en découvrit dans l’Amérique moyenne, et enfin dans la Sud- Amérique; en sorte qu’aujourd’hui le nombre des espèces du genre Mustela de Linné peut aisément être porté à trente réparties dans les genres ou sous-genres nommés Mellivora , Gulo , Zorilla, Huro , Putorius , Mustela proprement dit, qui, ainsi réduit, ne contiendrait plus que cinq à six espèces suffisamment définies. Enfin , dans ces derniers temps, les recherches zoologiques faites dans les Indes Orientales ont amené la connaissance de la singulière espèce dont M. Isidore Geoffroi- Saint-IIilaire a fait son genre Melogale , indiquant les rapports de ce mammifère avec les Blaireaux d’une part , et avec les Mustèles de l’autre , tandis que l’Amérique fournissait à M. Lichtenstein un autre quadrupède américain qui , avec le système de coloration des Viverra , et même leur système dentaire, a cependant tous les caractères des Mustelas; c’est le Bassaris.
Dans cette même division des carnassiers sont comprises , comme Linné l’a fait d’une manière plus ou moins complète , les Loutres ; nous devons donc donner un aperçu historique des travaux des naturalistes sur ce genre d’animaux.
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Les Grecs connaissaient certainement la Loutre ordinaire, qui se trouve chez
en effet dans toutes les eaux douces d’Europe, et cela sous le nom ,esAncien d 'Enhydris ; mais ils jugèrent fort mal de ses rapports , comme cela se conçoit aisément , en pensant que la considération de première importance pour eux était le séjour; aussi l’ont-ils presque toujours rapprochée du Castor, et c’est même à ce rapprochement erroné qu’est due l’erreur d’attribuer à la Loutre le castoréum, employé depuis si longtemps comme hystérique, ainsi que nous l’apprend Hérodote. Du reste, Aristote n’en dit Ariskll(‘ que fort peu de chose , et rien de son organisation : seulement son nom , sa place parmi les animaux aquatiques , et la force de sa morsure ne permettent pas de douter que c’est bien de notre Loutre qu’ Aristote a parlé sous le nom d 'Enhydris ; mais il s’en faut beaucoup qu’il soit aussi assuré que le Latcix soit également une espèce de ce genre, ou même un Phoque , comme le veut Buffon. En effet , l’habitude qu’ Aristote attribue à son Latax de sortir la nuit , de couper avec ses dents les arbrisseaux qui viennent sur les bords des rivières , et les caractères d’avoir le corps plus large que la Loutre , la dent forte , et le poil ferme , tenant de celui du Phoque et du Cerf, indiquent plutôt un rongeur qu’un carnassier.
Elien a aussi dit quelques mots des Loutres qu’il appelle Chiens Éiien. fluviatiles.
Il est bien plus certain que l’animal dont parle Pline sous le nom de wine- Lutra , Lulris , est notre Loutre; mais ce nom ne paraît nullement provenir de celui d’Enhydris employé par Aristote ; et il est même à remarquer que dans ce que dit Pline de la Loutre, rien ne paraît avoir été extrait des écrits du philosophe grec , et qu’il a appliqué le mot d 'Enhydris aux Serpents d’eau.
L’histoire de la Loutre commence donc encore , comme celle de tous Alberl les animaux du Nord de l’Europe, à ce qu’en ont dit Albert le Grand,
Agricola , et surtout Belon , qui l’a passablement décrite et figurée.
Depuis lors , et surtout depuis l’anatomie qu’en ont donnée les membres de l’ancienne Académie des Sciences , la Loutre a été considérée
Ray ou comme le type d’un genre distinct, par Ray, en i6g3, ou comme une espèce du genre Mustela , ainsi que Linné l’a fait dans les dernières éditions du S. N. Seulement sa place a varié quand on l’a considérée comme genre distinct , suivant le système mammologique adopté.
Quoi qu’il en soit , le nombre des espèces s’est successivement accru , d’abord de la grande Loutre si commune au Brésil , par Ray , puis de l’espèce marine dont nous devons la connaissance à Steller; après lesquelles sont venues les L. de l’Amérique méridionale ou septentrionale, Frèd. Cuvier, savoir : les L. lataxina , Cancidensis, insularis, enudris (Fréd. Cuvier, i823), auxquelles on a ajouté depuis les L. Californiœ (Gray, 1827), L. Chilensis ( Bennett , 1 832 ) , L. Paroensis ( Rangger, i832 ),L.Sanbacchii , de M. Gray, 1 838 , puis celles de l’Inde insulaire ou continentale, savoir : les L. Barang et Leptonyx de Rallies, L. nair de Ratties. Fréd. Cuvier, et depuis les Z. indica, chinensis ( Gray , 1 83y, et enfin les
Gra>- deux seules qui soient connues en Afrique, L. inermis (Fréd. Cuvier,
1823), L. Poënsis ( Water-House, 1 83q ) , de Fernando Po. ogiiby. M. Ogilby paraît même en avoir trouvé une espèce nouvelle en Irlande, L. Roënsis , en i832.
Cet accroissement successif des espèces plus ou moins distinctes de Loutres a été nécessairement suivi de quelques essais de leur distribution en genres d’après la considération de certains caractères plus ou moins importants; ainsi, la L. Marina a été considérée comme genre par MM. Oken , Fleming et Goger, sous les noms de P usa , diEnhydris et de Latax , d’après la considération du nombre des incisives qui n’est que de
La L. inunguis , par M. Lesson , en 1827, sous celui d Aonyx , à cause de la petitesse presque rudimentaire des ongles aux pieds de devant.
La L. Sajidbachii, par M. Gray, sous la dénomination de Pteronurus, à cause de la forme de la queue.
Toutes les autres ont été conservées sous le nom de Lutra , sans qu’on ait cherché à leur donner un ordre véritablement systématique , ce qui était cependant facile par la considération de la dernière molaire , dont
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la grosseur s’accroît d’une manière graduelle, de la longueur proportionnelle du museau comparée à celle du crâne, et enfin, çornme l’a fait M. E. Gray, de la nudité plus ou moins étendue du tarse.
Art. 5. — Des Carnassiers du G. Viverra , L.
Sous ce nom Linné avait réuni , mais sans peut-être la caractériser g. d’une manière suffisante , une partie de la série des carnassiers intermédiaires aux Mustèles , aux Chats et aux Chiens, c’est-à-dire à ceux qui nous sont le mieux connus. Ce groupe des Viverra comprenait les animaux que Buffon avait désignés sous les noms de Mangoustes , de Civettes et de Genettes , que plusieurs zoologistes modernes ont encore trouvé à subdiviser en plusieurs sections génériques, d’après la considération du système dentaire , et de quelques autres particularités.
Ce nom de Viverra a été tiré de Pline , qui s’en est servi pour traduire d’abord le mot Gale employé par Aristote pour désigner un animal qui , comme YIctis , le Loup et le Renard, ont un os dans la verge, et ensuite celui de Gale agria de Strabon, qui indique évidemment le Furet, etc. Nous ignorons son étymologie. Linné, sans considérer que les natu- < ralistes de la renaissance l’avaient généralement employé pour désigner ce dernier animal , l’appliquant aux trois divisions des Ichneumons ou Mangoustes , des Civettes et des Genettes : nous allons passer en revue i chacune de ces subdivisions,