V. gigantea
D’après
Deux côtés de la même Mandibule.
76 CARNASSIERS; VIVERRAS.
dépôt , que Ja troisième avant-molaire était fort comprimée et presque aussi grande que la principale , et même quelle était pourvue d’un petit arrêt ou talon à la partie postérieure de sa base. En elFet , les deux racines de cette dent qui manque de sa couronne occupent un espace presque égal à celui que remplit la principale existante , et la postérieure est un peu plus ovale dans sa coupe que l’antérieure.
Je rapporterai aussi à cette espèce une couronne de dent principale ou troisième avant-molaire inférieure gauche que je trouve séparée au nombre des pièces recueillies avec tant de persévérance par M. Lartet.
J’en ferai autant, du moins provisoirement, pour un fragment de mandibule gauche portant une première arrière-molaire ou carnassière complète avec les deux racines de la principale , et une de la deuxième arrière-molaire , fragment qui vient d’Auvergne. En effet , quoique sensiblement plus petite , la dent citée a la même forme que dans le V. Zibethoïdes.
Conclure de l’examen de ces trois fragments que le Zibeth a existé anciennement dans nos contrées serait peut-être trop hardi, quoiqu’il n’y ait là rien d’impossible ; que c’était une espèce intermédiaire à la Civette et au Zibeth, ne me paraît pas non plus hors de doute; j’indiquerai cependant cette ancienne espèce sous la dénomination provisoire de V. Zibethoïdes.
D. Dépôt tertiaire d’eau douce de Soissons. i° D’une mandibule du côté droit (V. gigantea).
Enfin , le dernier dépôt où l’on a découvert des fragments de Mammifères carnassiers qui me semblent devoir être rapportés au genre linnéen des Viverras, est celui de Soissons , dans l’argile bleue pyritifère , qui constitue une grande partie du sol des environs de cette ville.
Je parlerai d’abord d’une mandibule ou mâchoire inférieure formée de ses deux côtés séparés, et plus ou moins incomplets, surtout celui de
droite , celui de gauche étant presque entier dans la branche horizontale, mais malheureusement tronqué en avant seulement dans la partie incisive , et en arrière, dans toute la branche montante.
Cette mandibule provient des lignites de Mirencourt , à deux lieues de Noyon , dans le Soissonnais , et nous la devons à M. Le Grand des Cloiseaux , qui a bien voulu la donner à notre Muséum , grâces à l'intervention de M. Becquerel , notre confrère. Montrant les trois dents molaires postérieures, et les alvéoles des autres derrière celle de la canine, elle indique un animal delà taille d’une Hyène d’assez grande taille. Elle est surtout remarquable par sa grande hauteur à la fin de la ligne dentaire, sa convexité en dehors, son aplatissement en dedans, et par la manière dont le bord inférieur, fort convexe , s’excave légèrement en s’approchant de la symphyse. Elle est , du reste , médiocrement allongée , assez peu courbe dans son bord supérieur ou alvéolaire, et n’offre qu’un seul trou dentaire externe à l’aplomb de la pointe de la troisième avantmolaire.
Le système dentaire est encore plus particulier que la mandibule dans laquelle il est implanté; malheureusement il est incomplet dans sa partie antérieure, et ne peut être jugé que d’après les alvéoles.
Le morceau tronqué en avant ne nous montre cependant ni les alvéoles , ni les dents incisives.
L’alvéole de la canine , par sa grandeur et sa forme circulaire , nous apprend que cette dent était forte et conique, nullement comprimée.
En arrière et jusqu’à la première dent existante , qui est la principale , se trouvent cinq trous alvéolaires fort serrés et occupant un espace total presque moitié moindre de celui que remplissent les trois autres molaires : le premier très-petit et arrondi, les deux suivants ovales, subégaux et encore assez petits; et enfin, les deux derniers bien plus grands, l’antérieur ovale , le postérieur plus grand et arrondi , indiquant trois avantmolaires très-serrées : la première , presque rudimentaire , à une seule racine ; la seconde , bien plus forte , triangulaire , à deux racines , et la troisième encore plus , et sans doute pourvue à la partie postérieure de
Décrite
elle-même.
Dans ses Dents.
Incisives.
Canines.
Avant-
Molaires.
Par
les Alvéoles.
première.
seconde.
troisième.
CARNASSIERS; FIFERRAS.
Principale
Molaires.
Conlirmée d'après un autre côté «le Mandibule.
les Subursus.
la base de sa couronne, également triangulaire, d’un petit talon ; ce que l’on peut induire du plus de grandeur dans le trou postérieur de l’alvéole.
La dent principale existe en nature , mais un peu usée ou brisée à la couronne, remarquable par sa grandeur presque égale à celle des arrièremolaires ; on voit que , portée par deux fortes racines , la postérieure plus que l’antérieure , la couronne était formée d’une partie antérieure , soulevée probablement en pointe avec un arrêt en avant, et peut-être un denticule en arrière d’une partie postérieure disposée en un large talon.
Des deux arrière-molaires, la première, en partie brisée , était un peu plus grande que la seconde , mais sans doute de forme semblable et pourvue comme elle de deux racines. Quant à la seconde, sa couronne , bien entière , est formée d’une partie antérieure soulevée à trois pointes , et d’une postérieure en talon crénelé sur ses bords relevés, surtout en arrière. C’est ce que j’ai pu confirmer sur un autre fragment de mandibule du même côté que le précédent , et que je dois à la générosité de M. Graves, bien connu des géologues et des archéologues par ses travaux approfondis sur la statistique du département de l’Oise. Cette pièce présente en effet en place , et sans altération , les quatre dernières molaires , savoir : la troisième avant-molaire, la principale et les deux arrière- molaires. Seulement elle indique un animal plus petit que celui dont provenait le premier fragment, et quoique parfaitement adulte. Peut-être était-ce une femelle , comme plus d’étroitesse et de gracilité dans la mandibule semble l’indiquer.
Ainsi , l’animal antique auquel a appartenu cette mandibule avait six molaires à la mâchoire inférieure , trois avant-molaires, une principale et deux arrière-molaires, nombre général et particulier qui existe presque généralement dans les Viverras, mais qui se trouve aussi dans plusieurs Subursus. Il faut donc , pour déterminer auquel de ces deux genres le fossile doit être rapporté, avoir égard à la proportion et à la forme de ces dents. Or, chez les Subursus à six molaires inférieures , la principale
PALÉONTOLOGIE
est toujours bien plus petite que les arrière-molaires, sans compter que celles-ci sont simplement tuberculeuses , tandis que dans le fossile elles sont évidemment ce qu’on nomme insectivores ; c’est donc parmi les Viverras qu’il faut chercher l’animal auprès duquel il doit être rangé. Dès lors , après avoir éliminé les Paradoxures , les Civettes , dont le système les Para-
. , doxures.
dentaire est ou plus omnivore ou plus carnassier, on trouve que cest iesciveties. plutôt parmi les Mangoustes, delà division des Cynictis. En effet, chez cet Man-
animal la forme assez raccourcie et assez convexe de la mandibule , la position du trou mentonnier, la disposition et même aussi la forme et la proportion des dents molaires , sont assez bien comme dans le fossile. Seulement, dans le Cynictis, la principale est proportionnellement un peu moins forte , et la seconde arrière-molaire un peu plus petite que la première , ce qui est un peu moins marqué dans le fossile. En sorte que Conclusion, l’on peut , sans inconvénient , regarder l’animal dont il provient comme une espèce presque gigantesque de Cynictis , c’est-à-dire d’Ichneumon ou de Mangouste , genre qui se trouve en plus grande abondance dans l’ancien continent , au sud de la Méditerranée.
On pourra donc le nommer Cynictis ou Mangusta gigas , ou eu faire, dans le système zoologique suivi de nos jours , une division sous-générique sous la dénomination de Palœonictis.
Nous ne possédons malheureusement aucun autre ossement que nous puissions rapporter avec quelque certitude à cette espèce animale.
La forme de la dent existante sur un fragment de mandibule trouvé Dos ossements
dans les carrières à plâtre de Paris, et rapporté par M. Cuvier, qui en a dérésalors
parlé le premier, à une espèce de Viverra (.Recherches sur les ossements comme * . , , , .... . .des Viverras ;
fossiles de quadrupèdes , t. III , p. 227), pourrait faire penser a un certain fragment rapprochement avec notre fossile; mais ce serait à tort, parce que der- de Mandibule